Kronologic : Cuzco 1450 – Inca-pable de résister !
🏺 Kronologic : Cuzco 1450. Le Cluedo nouvelle génération qui fait chauffer les neurones ! Mieux ? Moins bien que Paris 1920 ?
Kronologic : Cuzco 1450

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
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En bref :
- Un « Cluedo nouvelle génération » qui transpose les mécaniques de Paris 1920 dans l’Empire Inca
- 15 enquêtes plus corsées avec des contraintes de déplacement inédites qui élèvent intelligemment la difficulté
- Une immersion inca réussie et un matériel de qualité pour une expérience de déduction pure et addictive
« Encore un Cluedo ! », pourriez-vous penser en voyant Kronologic : Cuzco 1450… jusqu’à ce que vous découvriez ses mécaniques révolutionnaires qui changent tout.
Kronologic : Cuzco 1450 est un nouveau jeu de société d’enquête et de déduction édité par Super Meeple/Origames. Deuxième opus de la série Kronologic, il nous transporte en plein cœur de la capitale de l’Empire inca au XVe siècle.
Après un premier volet très réussi situé dans le Paris des Années folles, cette suite nous fait voyager dans le temps jusqu’en 1450 à Cuzco, à l’apogée du règne de l’empereur Pachacutec – époque durant laquelle des merveilles telles que le Machu Picchu furent érigées. Le concept ? Un Cluedo moderne mâtiné de Turing Machine : les joueurs et joueuses incarnent des enquêteurs devant résoudre des mystères historiques en reconstituant qui a fait quoi, où et quand. Le tout avec une pointe de pédagogie historique et une bonne dose de logique et de réflexion.
Concept du jeu et contexte historique
Kronologic : Cuzco 1450 s’appuie sur un concept original mêlant enquête criminelle et voyage temporel. Chaque jeu de la gamme Kronologic propose d’élucider une série d’affaires mystérieuses dans une époque donnée : le premier volet nous plongeait dans une intrigue policière à l’Opéra de Paris en 1920, tandis que cette nouvelle boîte nous emmène au Pérou, dans la capitale inca de Cuzco en 1450.
Le contexte historique est plus qu’un simple décor : il apporte une véritable couleur locale et une immersion renforcée. On se retrouve propulsé à l’époque de l’empereur Pachacutec, lorsque Cuzco était le centre névralgique d’un empire florissant – c’est d’ailleurs autour de 1450 que ce grand souverain fit construire la citadelle de Machu Picchu.
Le jeu exploite habilement cette thématique inédite. Les personnages suspects et les lieux de l’intrigue sont inspirés de la culture inca, conférant à l’enquête une atmosphère exotique et dépaysante. Par exemple, là où Kronologic : Paris 1920 mettait en scène des protagonistes comme La Baronne ou Le Journaliste au milieu des coulisses de l’Opéra, Kronologic : Cuzco 1450 fait évoluer son mystère parmi des figures locales (on y croise par exemple un fermier andin ou une éducatrice quechua) et des sites emblématiques de la région de Cuzco.
Le thème historique est donc solidement intégré, avec des illustrations et détails qui raviront les férus d’histoire. Cette forte thématisation sert l’immersion, tout en restant accessible à tous publics grâce à des textes limités et des références culturelles expliquées au fil du jeu.

Mécaniques principales
Sur le plan des mécaniques, Kronologic : Cuzco 1450 est un jeu de déduction pur et dur, sans hasard, qui rappelle un peu la logique d’un Mastermind ou d’un Turing Machine.
Le principe général est le suivant : chaque enquête propose un mystère (meurtre, disparition, vol…) qu’il faudra résoudre en identifiant le bon personnage, au bon endroit, au bon moment. Pour y parvenir, les joueurs vont interroger le jeu à tour de rôle en combinant des indices de Personnage, de Lieu et de Temps. Concrètement, le matériel comprend des cartes et plaquettes astucieusement conçues (certaines perforées) qui permettent de révéler des informations partielles lorsqu’on les superpose les unes aux autres.
Au début de la partie, chaque enquêteur reçoit une fiche de notes et un paravent pour cacher ses déductions aux autres. À votre tour, vous sélectionnez une plaquette Personnage et une plaquette Temps, puis vous les superposez sur une carte Lieu spécifique du plateau. Cette combinaison d’indices vous révèle alors deux informations : l’une est annoncée à voix haute et partagée avec tout le monde, tandis que l’autre est communiquée secrètement au seul joueur actif.
Par exemple, en interrogeant Le Devin (personnage) sur le Temple du Soleil (lieu) à midi (heure), vous pourriez apprendre publiquement que « Le Devin était présent 2 fois dans le Temple du Soleil » et découvrir secrètement qu’il s’y trouvait précisément au deuxième tour de garde. Munis de ces bribes d’information, chaque joueur et joueuse note soigneusement ce qu’il apprend sur sa feuille en croisant avec les indices précédents, afin de peu à peu reconstituer l’emploi du temps de chaque suspect.
La mécanique de jeu est donc à la fois simple dans son déroulement et subtile dans ses implications. On ne pose pas de questions librement aux autres joueurs comme dans un Cluedo classique ; ici, c’est le jeu qui répond aux requêtes logiques que vous formulez via les bonnes combinaisons de cartes. Les tours s’enchaînent rapidement, chacun révélant un petit bout du puzzle global. Il faudra ainsi alterner judicieusement entre deux types de questionnements : soit demander “combien de fois tel personnage est passé par tel lieu”, soit demander “combien de personnes étaient présentes à tel endroit à telle heure”. Chaque type de demande donne un morceau différent du tableau (un nombre d’apparitions, et souvent le nom d’un personnage ou une indication de moment précis), et c’est en combinant toutes ces pièces du puzzle que la solution émergera.
Évidemment, un suspect ne peut pas être à deux endroits en même temps, ni rester immobile entre deux périodes : il y a un principe de déplacement qui fait que les personnages se déplacent d’un lieu adjacent à l’autre à chaque unité de temps. Cela ajoute une couche de logique spatiale, car connaître la position d’une personne à un instant T permet souvent de déduire où elle ne peut pas être juste après, et ainsi de suite. Tour après tour, les détectives en herbe affinent leurs déductions jusqu’à ce que quelqu’un pense avoir résolu le mystère complet (identité, lieu, heure du crime par exemple). Il lui suffit alors d’annoncer sa solution : si elle est correcte, il remporte l’enquête immédiatement. Sinon, il est éliminé de cette manche et les autres continuent jusqu’à ce qu’un gagnant émerge.
Cette alternance d’indices publics et privés fait tout le sel du gameplay. Elle crée une tension légère : chacun en sait un peu plus que les autres sur certains points, mais personne n’a la vision complète tant que l’enquête n’est pas assez avancée. Il faut donc aussi être attentif aux conclusions que vos adversaires pourraient tirer des informations publiques. Rien ne vous empêche d’orienter vos questions de manière à obtenir une info cruciale pour vous tout en ne donnant qu’un indice anodin aux autres – un petit côté tactique discret que les plus malins sauront exploiter.
Au final, le premier qui parvient à déduire correctement la solution l’emporte, récompensant à la fois la logique et la prise de risque mesurée.
Cuzco 1450 vs Paris 1920
Bien que partageant le même socle de règles, Kronologic : Cuzco 1450 et Kronologic : Paris 1920 offrent chacun une expérience distincte, notamment grâce à leur univers et à quelques évolutions de gameplay. D’emblée, le changement de thème renouvelle complètement l’ambiance de jeu. Là où Paris 1920 nous plongeait dans le faste feutré de l’Opéra Garnier en pleine Belle Époque (avec décors art déco et intrigues façon Fantôme de l’Opéra), Cuzco 1450 nous transporte sous le soleil andin au milieu des temples et des montagnes sacrées. Les deux jeux se savourent comme deux chapitres d’une anthologie : on y retrouve une mécanique commune, mais appliquée à des époques et des intrigues sans lien scénaristique direct (chaque boîte est indépendante et peut être jouée seule, inutile d’avoir l’une pour jouer à l’autre).
Le plaisir vient justement de ces changements de décor qui offrent des sensations de déduction différentes à chaque enquête grâce aux changements du plateau et aux déplacements variés des personnages. En somme, Kronologic nous fait voyager autant par l’esprit que par le thème.
Sur le plan des mécaniques, Kronologic : Cuzco 1450 introduit quelques nouveautés astucieuses qui pimentent les enquêtes par rapport à son prédécesseur. La plus notable est la présence de routes à sens unique ou barrées sur le plateau de Cuzco en fonction des scénarios. Autrement dit, certaines voies de circulation entre les lieux peuvent être fermées ou ne permettre le passage que dans une seule direction pendant une enquête donnée. Cela complexifie un peu plus la donne par rapport au plateau de l’Opéra de Paris, où les déplacements restaient plus symétriques. Dans Paris 1920, les suspects pouvaient en général se déplacer librement d’une salle adjacente à l’autre à chaque tour, ce qui donnait un graphe de déplacement assez classique dans le bâtiment.
À Cuzco, en revanche, le relief escarpé et les sentiers inca font que vos personnages devront parfois emprunter des chemins détournés – et il se peut qu’un endroit ne soit accessible que depuis un autre via un col ou qu’un glissement de terrain bloque une route dans un scénario particulier.
En termes de jeu, cela signifie que la logique de déduction intègre ces contraintes : si tel suspect était dans le Temple A à la mi-journée, pourra-t-il réellement atteindre la Place du Marché à l’heure suivante si le raccourci est fermé ? Ce genre de question supplémentaire rend les casse-têtes encore plus corsés dans Cuzco 1450, pour le plus grand plaisir des joueurs qui aiment se creuser la tête.
Un autre point de comparaison concerne la difficulté globale et le rythme des enquêtes. Kronologic : Paris 1920 avait été salué pour son accessibilité et sa progressivité, avec des scénarios de plus en plus complexes mais restant abordables pour un public familial ou des détectives en herbe.
On avait même parfois trouvé les énigmes un peu faciles et on aurait souhaité un défi plus corsé sur la fin. Cuzco 1450 semble avoir été calibré en tenant compte de ces retours, proposant globalement des enquêtes d’un niveau plus élevé. Cette seconde boîte reprend la même méca mais avec des enquêtes beaucoup plus… velues.
En pratique, cela se traduit par des mystères demandant davantage d’induction et de déductions croisées. Par exemple, le premier scénario de Paris 1920 consistait “seulement” à trouver qui avait empoisonné la victime en étant seul avec elle à un moment donné (une affaire rapidement élucidée), tandis que dans Cuzco 1450 on peut s’attendre à des intrigues impliquant plusieurs suspects, des alibis croisés et peut-être des objets à retrouver. Sans spoiler, la variété est au rendez-vous et les neurones seront mis à (très) rude épreuve.
En termes de rythme de jeu, les deux titres restent assez proches – des parties d’environ 30 minutes, enchaînant les tours d’interrogation sans temps mort. Toutefois, la courbe de difficulté plus élevée de Cuzco 1450 peut rendre les déductions un peu plus longues à établir. Dans Paris 1920, les joueurs expérimentés pouvaient parfois résoudre une enquête en une quinzaine de minutes à deux, alors qu’à Cuzco, il faudra sans doute utiliser un peu plus d’indices avant de crier victoire. Les décisions stratégiques, quant à elles, conservent la même nature dans les deux jeux : choisir quelle combinaison Personnage/Temps/Lieu interroger à son tour pour obtenir l’indice le plus pertinent possible.
Sur ce point, un habitué de Paris 1920 ne sera pas dépaysé en jouant à Cuzco 1450. Néanmoins, avec les nouvelles contraintes de déplacement et la difficulté relevée, la part de bluff et d’observation des adversaires gagne en importance.
Par exemple, dans une partie de Paris 1920, on pouvait assez vite deviner quel axe d’enquête suivait tel joueur en voyant les lieux qu’il inspectait publiquement. À Cuzco, la multiplicité des contraintes rend la lecture du jeu de l’autre plus ardue, ce qui nivelle un peu les chances et maintient le suspense jusqu’au bout.
Enfin, impossible de comparer les deux opus sans évoquer le plaisir thématique différent qu’ils procurent. Paris 1920 séduisait par son côté polar classique dans un décor historique glam. Cuzco 1450, lui, apporte une bouffée d’air frais en nous faisant enquêter dans un registre rarement vu dans le jeu de société – l’empire inca – avec tout ce que cela comporte de mystères et de légendes. Le changement de registre s’accompagne d’un renouvellement esthétique réussi : la boîte arbore de magnifiques tons vert émeraude et or, avec une impératrice inca en couverture, tandis que le plateau et les cartes regorgent de motifs précolombiens.
En jouant à Cuzco, on n’a pas l’impression de rejouer simplement une extension de Paris : on découvre vraiment un nouveau jeu dans la même série, avec sa propre identité visuelle et narrative. Cette différenciation est un vrai atout pour ceux qui possèdent déjà le premier volet – et un excellent argument pour craquer si vous aviez hésité, car rien ne fait doublon entre les deux boîtes.
Sensations de jeu et public cible
Quelles sensations de jeu procure Kronologic : Cuzco 1450, et pour quel public ? Avant tout, il faut souligner que c’est un jeu qui fait appel à l’esprit de déduction pur. Si vous aimez résoudre des énigmes logiques, cocher des cases dans un tableau et confronter vos hypothèses, vous serez aux anges. Chaque partie donne véritablement l’impression de mener une enquête à la manière d’un détective privé, mais sans le facteur chance d’un Cluedo : ici, tout se base sur des faits à recouper et des raisonnements implacables. Cette approche a d’ailleurs valu à Kronologic d’être qualifié de « Cluedo nouvelle génération », le jeu offrant une expérience nettement plus cérébrale et satisfaisante pour les fans d’énigmes.
En termes d’ambiance, attendez-vous à des parties plutôt calmes et concentrées. On est ici dans un jeu d’enquête compétitif où chaque joueur planche sur sa grille de déduction derrière son paravent. Les interactions sont limitées aux informations qu’on partage malgré nous et aux observations qu’on peut faire sur les choix des autres. Cela crée une tension feutrée : on lève la tête de son carnet pour scruter les réactions adverses, on sourit en coin si l’on comprend un indice avant les autres…
Le suspense intellectuel est bien présent, mais ne comptez pas sur de grands éclats de rire ou des coups de bluff bruyants. Kronologic offre une forme de plaisir solitaire en groupe, proche de celui d’un casse-tête ou d’un Sudoku géant qu’on serait plusieurs à résoudre en même temps. Ce positionnement le destine en priorité à un public qui apprécie déjà ce type de défi cérébral. Des joueurs et joueuses qui aiment Sherlock Holmes Detective Conseil, Turing Machine ou les escape games de réflexion y trouveront sans doute leur compte. À l’inverse, si vos soirées jeux sont plutôt animées par des party-games ou jeux d’ambiance, Kronologic fera peut-être retomber la pression d’un cran – ce n’est pas un défaut, juste un style différent, plus posé.
Côté accessibilité, les règles de base sont très simples à expliquer. En quelques minutes, même un joueur novice comprend le principe de choisir une plaquette et de lire un indice. Le jeu est officiellement conseillé à partir de 10 ans, ce qui est plausible pour la manipulation et la compréhension des mécaniques. Néanmoins, la capacité à vraiment déduire et résoudre les enquêtes pourra varier fortement selon l’âge et l’habitude.
Pour de jeunes joueurs ou des néophytes complets, Kronologic : Paris 1920 se révélait déjà un excellent tremplin, avec des enquêtes initiales assez directes. Kronologic : Cuzco 1450, plus exigeant, pourrait nécessiter un peu plus de maturité logicielle – certains recommandent plutôt 12 ans et + pour en profiter pleinement.
En famille, le jeu peut être un très bon exercice de déduction pour les ados, éventuellement en mode coopératif officieux (on peut imaginer aider le plus jeune à formuler ses hypothèses, même si officiellement c’est compétitif). Entre adultes, il se montre suffisamment prenant pour intéresser pendant plusieurs soirées de suite, surtout si l’on aime se creuser la tête. À 1 joueur, car oui un mode solo est prévu, Kronologic devient un casse-tête à score où l’on tente de résoudre l’affaire en un minimum de questions posées : un vrai bonus pour les aficionados qui voudraient s’entraîner en solitaire.
Parlons aussi de la durée et de la rejouabilité. Chaque enquête (partie) dure environ 30 minutes d’après la boîte, ce qui nous a semblé correspondre à la réalité, avec parfois un peu moins de temps sur les premières missions simples, et un peu plus sur les dernières plus retorses.
C’est donc un format assez court, parfait pour enchaîner deux ou trois enquêtes dans la même soirée si le cœur vous en dit. Dans la boîte Cuzco 1450, il y a 3 scénarios offrant chacun 5 enquêtes, soit 15 mystères au total. Chaque scénario propose un cadre narratif global (par exemple, une suite de meurtres rituels, ou une histoire de vol d’artefact) décomposé en cinq affaires distinctes de difficulté croissante. Le jeu suggère ainsi de les faire dans l’ordre, mais libre à vous de piocher n’importe laquelle une fois que vous êtes rodés. Surtout, chaque enquête est rejouable 5 fois en changeant la solution à chaque reprise. En effet, chaque mission dispose de cinq configurations de solution possible (on tirera aléatoirement ou selon un numéro pour ne pas rejouer le même cas deux fois). Cela garantit que même en refaisant la même enquête, vous devrez redécouvrir la réponse par d’autres déductions.
Sur l’ensemble de la boîte, on a donc potentiellement 75 expériences ludiques uniques si on voulait tout optimiser – largement de quoi rentabiliser le jeu, même s’il est probable qu’après un certain temps vous ayez mémorisé les ficelles des scénarios.
Il convient de noter que l’éditeur ne compte pas s’arrêter là et souhaite entretenir la longévité de la gamme Kronologic. Pour Paris 1920, une mini-extension de scénarios additionnels (Les Amants Maudits) est sortie environ 6 mois après le jeu de base, ajoutant de nouvelles enquêtes à résoudre à l’Opéra. De même, les auteurs ont annoncé vouloir sortir une nouvelle boîte Kronologic par an et quelques enquêtes bonus entre-temps. Cuzco 1450 s’inscrit dans cette dynamique, et on peut déjà se réjouir à l’idée qu’un troisième opus, Babylone 2500, est en préparation pour explorer un cadre futuriste l’année prochaine.
Au final, si le concept vous plaît, vous aurez de quoi faire : le jeu offre dès maintenant un joli potentiel de rejouabilité et promet encore du contenu à l’horizon. De plus, rien ne vous empêche d’initier de nouveaux joueurs aux enquêtes que vous avez déjà résolues – vous connaîtrez la solution, certes, mais laissez-les réfléchir entre eux et profitez du spectacle de leurs méninges en action ! L’expérience reste fun à encadrer pour un meneur sachant se taire.
Kronologic – Cuzco 1450, verdict
Kronologic : Cuzco 1450 s’impose comme une réussite solide et passionnante dans le genre des jeux d’enquête logico-déductifs. Le thème inca apporte une fraîcheur indéniable et une identité marquée à ce jeu, prouvant qu’il est possible de faire du neuf avec de l’ancien (en l’occurrence, une période historique rarement exploitée dans le jeu de société). Le soin apporté à l’édition renforce cette immersion : les illustrations sont riches et détaillées, mélangeant réalisme et motifs stylisés précolombiens, tandis que le plateau représentant la cité de Cuzco et ses environs est tout simplement magnifique.
Chaque élément de matériel est de qualité, du carnet de notes aux petites tuiles épaisses en passant par les paravents. Super Meeple/Origames nous avaient déjà habitués à un haut niveau de finition sur Paris 1920, et Cuzco 1450 est dans la même lignée – un sans-faute sur la forme. Même le format de la boîte, relativement compacte, est appréciable car il permet d’emporter facilement le jeu pour faire jouer des amis curieux.
Sur la fluidité du jeu, là aussi Kronologic Cuzco 1450 convainc. Les tours sont rapides, les règles s’effacent pour laisser place au pur défi intellectuel. La mécanique de questions par superposition est non seulement ingénieuse, mais aussi très ergonomique en cours de partie. On prend plaisir à manipuler ces cartes perforées uniques, un peu comme un scientifique qui aligne des cartes de données pour faire apparaître la solution d’une énigme.
Ce système est « simple mais malin et efficace », pour citer notre chroniqueur Altaripa qui avait rédigé la critique du premier opus, et il évite tout ralentissement inutile : pendant qu’un joueur consulte son indice secret, les autres réfléchissent déjà à ce que l’indice public implique pour leur grille.
Résultat, on ne s’ennuie pas une seconde, même à quatre joueurs. On pourra juste noter qu’avec la montée en complexité des enquêtes de Cuzco, certains joueurs très analytiques pourraient mettre le jeu en pause pour réfléchir intensément à un moment critique (surtout juste avant de tenter une accusation finale). Mais cet éventuel AP (analysis paralysis) reste modéré et inhérent au genre du jeu de déduction – il est bien moindre que dans un gros jeu de stratégie.
Globalement, Kronologic offre une expérience fluide, soutenue par une tension continue jusqu’à la découverte du fin mot de l’histoire.
Du côté de l’innovation, Kronologic en général est sans doute l’un des jeux d’enquête les plus originaux de ces dernières années. Le mariage entre une structure façon Cluedo (suspect-lieu-heure à trouver) et une mécanique de casse-têtelogique rappelant Turing Machine fonctionne à merveille. C’est un vent de fraîcheur sur le genre du jeu d’enquête, traditionnellement dominé soit par des jeux très narratifs (type Sherlock Holmes, Chronicles of Crime), soit par des jeux à rôle caché et bluff (type Les Loups-Garous, Detective Club). Ici, on a quelque chose d’hybride : il y a un thème et une histoire de crime, mais la résolution passe par des raisonnements logico-mathématiques plus que par de l’intuition ou du storytelling. Ce parti-pris pourra ne pas convenir à tout le monde (les joueurs et joueuses cherchant une dimension roleplay ou un récit immersif pourraient rester sur leur faim niveau narration).
En revanche, pour le public visé – les fans de casse-têtes et de défis logiques – c’est du pain béni. Kronologic : Paris 1920 a d’ailleurs été encensé par ce public. Kronologic : Cuzco 1450 poursuit sur cette lancée en offrant des énigmes encore plus sophistiquées, ce qui devrait combler les attentes des fans de la première heure tout en conservant une approche assez progressive pour accueillir de nouveaux joueurs.
En définitive, Kronologic : Cuzco 1450 est un coup de cœur pour quiconque aime se triturer les méninges dans un univers dépaysant. Ses enquêtes bien ficelées, son matériel original et son thème immersif en font un jeu aussi intelligent qu’enthousiasmant. Bien sûr, il faut apprécier les défis logiques pour en profiter pleinement – ce n’est pas le genre de titre qu’on sortira à l’apéro pour rigoler cinq minutes. Mais dans sa catégorie, il brille par son équilibre entre accessibilité des règles et profondeur des énigmes. On saluera aussi la démarche des auteurs de créer une gamme évolutive, avec déjà un troisième volet annoncé, signe que Kronologic a réussi à trouver son public et à installer son concept. Sans révolutionner totalement le paysage ludique, Kronologic apporte une pierre rafraîchissante à l’édifice du jeu d’enquête, en prouvant qu’on peut encore innover et surprendre dans ce domaine.
On a aimé :
- Les mécaniques de déduction pure qui donnent enfin l’impression d’être un vrai détective (et non un lanceur de dés chanceux)
- L’immersion inca réussie qui nous fait voyager sans bouger de notre canapé
- Les contraintes de déplacement qui corsent intelligemment les enquêtes
- Le matériel de qualité qui flatte autant les yeux que les neurones
On a moins aimé :
- L’absence d’interaction directe entre joueurs (on se chamaille plus pour la télécommande que pour les indices)
- La courbe de difficulté qui peut laisser sur le carreau les détectives du dimanche
- Le côté « tête baissée » des parties qui peut endormir les animateurs de soirée
C’est plutôt pour vous si… Vous adorez vous creuser les méninges, vous rêvez secrètement d’être Hercule Poirot, et l’idée de résoudre des crimes incas en pyjama vous fait kiffer.
Ce n’est plutôt pas pour vous si… Vous préférez les soirées où l’on se hurle dessus en rigolant, votre QI chute après 22h, ou vous pensez que Machu Picchu est une marque de thé.

Verdict final : si vous avez aimé Kronologic : Paris 1920, foncez sur Cuzco 1450 les yeux fermés – vous y retrouverez tout ce qui vous a plu, avec un challenge renouvelé et un voyage temporel encore plus audacieux. Si vous découvrez la série, Kronologic : Cuzco 1450 est une excellente porte d’entrée, à condition d’être prêt à enfiler le poncho du détective-archéologue et à passer en mode cerveau pendant 30 minutes.
Dans tous les cas, ce jeu saura vous faire voyager et cogiter, ce qui est sans doute le combo gagnant pour un jeu de société aussi divertissant qu’intelligent. L’Empire inca n’a pas fini de livrer ses secrets… à vous de les percer !
Grandiose !

- Date de sortie : Mai 2025
- Langue : Française
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 3 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 1.5 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : C. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Label Dé Vert : Non ! Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
- Création : Fabien Gridel, Yoann Levet
- Illustrations : Arch Apolar, Yann Valeani
- Édition : Super Meeple / Origames
- Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (tourne très bien à toutes les configs)
- Âge conseillé : Dès 10 ans (c’est peut-être ambitieux au vu de la complexité des enquêtes)
- Durée : 30 minutes par enquête
- Thème : Civilisation précolombienne
- Mécaniques principales : Déduction. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
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One Comment
Benjamin
Je viens d acquérir Cuzco,
juste je ne comprends pas les 75 possibilités différentes….Selon moi il y a 3 enquêtes et 5 cas par enquêtes. Je ne vois pas où les cas sont eux même jouable 5 fois…
Merci encore pour cet article !