Biome : Quand le greenwashing s’invite à notre table de jeu
🌿 Entre greenwashing et stratégie efficace, Biome divise. Notre verdict sur ce jeu où vous devez créer l’habitat naturel le plus florissant.
Biome

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :
En bref :
- Biome : un jeu de placement où vous créez des écosystèmes en gérant ressources et biodiversité.
- Paradoxe entre thème écologique et réalité (production chinoise, plastique, IA).
- Note 3/5 : mécanismes classiques efficaces mais message environnemental peu cohérent.
Le greenwashing a-t-il atteint l’univers des jeux de société ? Avec Biome, les joueurs et joueuses deviennent des environnementalistes de salon, mais la mécanique de jeu est-elle aussi verte que son marketing ?
Un biome, c’est une zone de la planète, classée selon les plantes et animaux qui la peuplent. Le concept peut sembler redondant avec celui d’écosystème, mais ils sont en fait parallèles. Un écosystème est un ensemble formé par des êtres vivants qui interagissent entre eux et avec leur environnement, tandis qu’un biome est une zone géographique, définie par les espèces qui y vivent. Il peut y avoir plusieurs écosystèmes dans un biome. Par exemple, un biome aquatique peut contenir des récifs coralliens et des forêts de varech, deux écosystèmes distincts.
Biome se propose de nous faire prendre la place d’environnementalistes, et de créer des biomes florissants, riches en biodiversité, afin de créer le meilleur et de gagner. Il faudra planter des arbres et plantes, élever des oisillons et laperaux, en faisant attention aux prédateurs et à l’approvisionnement en nourriture. Aménager des espaces divers, en sachant jouer avec les propriétés de chaque être vivant, vous permettra d’enrichir votre biome.
Biome se joue avec un plateau central, qui accueille une piste de score, des objectifs communs, une pioche et la piste d’avancement dans le jeu. Les ressources, nids, oisillons, et lapereaux sont placés sur la table, accessibles à toutes et tous. Chaque joueur et joueuse va recevoir un plateau personnel, et les pions de sa couleur, ainsi qu’une carte oiseau de départ, accompagnée de son arbre, qu’il ou elle place dans l’habitat correspondant de son plateau. Il y a trois habitats par plateau, le marais, la prairie, et la jungle, chacun composé de six cases (trois rangées de deux). Les cartes de départ doivent être adjacentes orthogonalement.
Les joueurs reçoivent une ressource de chaque type (soleil, fruits, poisson, feuille, insecte et rongeur), et trois cartes de la pioche.
Les cartes sont des plantes ou des animaux. Chaque carte correspond à un ou deux habitats, et ne pourra être posée que dans l’habitat correspondant. Elles ont également un type (animal ou végétal), une valeur en points, un coût d’achat en ressource et des capacités.
La partie se déroule en trois ans, séparés en quatre saisons. Chaque saison comprend quatre phases de jeu et un évènement saisonnier. L’année commence en automne.
La première phase de la saison est de vérifier la limite de main, qui est de huit. Les joueurs et joueuses ayant plus de huit cartes doivent se séparer des cartes surnuméraires et reçoivent une carte ou une ressource par paire défaussée. Ceci est également valable à tout moment de la partie. Il est donc possible de défausser deux cartes n’importe quand, pour gagner une carte ou une ressource.
Une fois la limite de main vérifiée, tout le monde pioche deux cartes, et collecte des ressources de son choix, prises dans la réserve commune. Les joueurs et joueuses placent ensuite une carte de leur main sur le plateau, en payant le coût en ressource (soleil pour les plantes, nourriture pour les animaux).
Les évènements saisonniers de l’automne et de l’hiver ne sont pas joués en mode standard. L’évènement saisonnier du printemps est la nidification : les oiseaux qui sont adjacents à un arbre pouvant accueillir un ou des nids (le nombre étant indiqué sur la carte arbre) vont construire un nid, et placer des oisillons selon l’oiseau dans le nid. Les lapins font de même, dès qu’ils sont adjacents à n’importe quelle plante.
En été, on actionne d’abord les prédateurs, qui vont aller attaquer les nids sur les plateaux des adversaires, puis les joueurs et joueuses vont nourrir les petits restants, en déposant les ressources nécessaires, indiquées sur la carte de l’animal parent. Chaque bébé nourri apporte deux points, les bébés non nourris apportent des points au joueur ou à la joueuse ayant un charognard.
Après les évènements saisonniers, chaque joueur et joueuse peut activer une carte de son plateau en plaçant un pion dessus. Une carte ne peut être activée qu’une seule fois, et l’action sera donc effectuée une seule fois. Une fois que tout le monde a effectué son action, on passe à la saison suivante. S’il y a un changement d’année, les nids, oisillons et lapereaux sont retirés des plateaux.
Fin de partie
La partie prend fin lorsqu’un joueur ou une joueuse atteint 120 points, qu’un plateau personnel est complet, ou que l’été de la troisième année s’achève.

Le matériel
Biome est un gros jeu. Au moins du point de vue matériel. La boîte contient pléthore de jetons de plusieurs types différents, en bois, des nids en paille, une pièce en métal, des petits sacs pour le rangement, 170 cartes… N’en jetez plus, la coupe est pleine. Mais tout cela est fait en Chine et la boîte contient un thermoformage en plastique. Pratique pour ranger, mais pas très écologique… 5 % des bénéfices seront versés à WCN, ce qui est mentionné par l’éditeur. C’est bien, mais ça ressemble quand même beaucoup à du greenwashing.
On peut noter un gros effort sur les cartes, animaux et plantes, qui sont tous illustrés et contiennent des informations sur les espèces représentées. Mais certaines illustrations sont générées par IA, et ça se voit. Même si c’est annoncé sur le livret de règles, c’est toujours un peu gênant, à mon avis.
Le livret est dense, mais certains points manquent à mon avis d’explications, ou ne sont pas assez mis en avant, comme la possibilité d’échanger des cartes contre des ressources à tout moment. Par ailleurs, la traduction n’est franchement pas terrible, et on trouvera des fautes de typographie dans les règles et sur les cartes et aides de jeu. Cela fait toujours mauvais genre.
Le mécanisme
Biome utilise des mécanismes très classiques pour ce genre de jeux, avec un placement de cartes contre des ressources, et une activation de pouvoirs sur les cartes, ici en fin de saison. Malgré cela, le début de partie est un peu brouillon, le temps pour chacun et chacune de prendre ses marques et d’assimiler l’enchaînement des phases. Mais le jeu devient fluide assez rapidement, puisqu’on est quand même en territoire plus ou moins connu.
Le décompte des points se fait en cours de partie, il faudra bien rester attentif, et ne pas oublier de déplacer son pion sur la piste de score. Étourdis, passez votre chemin, ou perdez. L’enchaînement des phases où tout le monde joue en même temps et des phases où chacun et chacune joue à son tour permet d’éviter d’allonger le temps de jeu, mais cela crée aussi des contentions, et peut fausser un peu le jeu, si un ou une joueuse oublie que la phase n’est pas simultanée. Par ailleurs, certaines règles, comme le décompte des points lors du nourrissage, qui modifie le fonctionnement des bonus, peuvent générer une certaine confusion.
L’interaction entre les joueurs et joueuses n’est pas inexistante, mais ce n’est clairement pas le cœur du jeu… Il est possible de gêner ses adversaires, et de leur voler des points avec les cartes prédateurs, mais il faut déjà réussir à en placer une. Et leur portée est finalement assez limitée. On est plutôt ici sur un prétexte qu’un réel mécanisme de jeu. La part de hasard, liée au tirage des cartes par les joueurs et joueuses, est forcément présente. Mais elle ne fera pas la victoire, une stratégie étant nécessaire pour tirer le meilleur parti de ses cartes. Les choix effectués lors de la partie sont très importants, puisqu’il n’est pas possible de réaménager son plateau en cours de jeu. Il faut donc savoir se projeter, et prendre des décisions qui privilégient le long terme, tout en sachant s’adapter au tirage, et saisir les opportunités qui peuvent s’offrir. Biome n’est pas un jeu pour tout le monde, il demande à mon avis une certaine connaissance de ce genre de mécanisme pour y trouver du plaisir. D’autant plus qu’une partie peut être assez longue. Longue, mais pas forcément pénible, il n’y a pas de lassitude dans le déroulement de la partie.
On a aimé :
- Les mécanismes fluides qui deviennent rapidement intuitifs, comme si votre cerveau avait son propre écosystème de neurones spécialisés dans les jeux de placement.
- La richesse du matériel qui donne l’impression d’avoir déboursé pour une réserve naturelle entière plutôt que pour un simple jeu.
- Les informations sur les espèces représentées, qui permettent d’apprendre tout en jouant — qui a dit que les jeux de société ne pouvaient pas remplacer Wikipedia ?
On a moins aimé :
- Le contraste criant entre le message écologique et la production peu respectueuse de l’environnement — c’est un peu comme prêcher la sobriété avec une coupe de champagne à la main.
- Les illustrations générées par IA qui font tache dans cet univers naturel, tel un plastic bag au milieu d’une forêt vierge.
- Le livret de règles avec ses oublis et ses fautes, comme si le correcteur orthographique était lui aussi une espèce en voie de disparition.
C’est plutôt pour vous si…
- Vous aimez les jeux de placement stratégiques et avez déjà une certaine expérience dans ce domaine. Votre plateau de Terraforming Mars est tellement usé qu’il ressemble vraiment à une planète désertique.
- Vous appréciez une mécanique solide et éprouvée, sans chercher à révolutionner le genre. Vous êtes du genre à toujours commander la même pizza, mais elle est délicieuse.
- Vous êtes prêt à investir du temps dans des parties assez longues, car comme pour la reforestation, les résultats ne sont pas immédiats.
Ce n’est plutôt pas pour vous si…
- Vous cherchez un jeu avec une forte interaction entre les joueurs. Ici, les prédateurs sont moins féroces que votre chat quand il vous regarde tripoter ses croquettes.
- Vous êtes allergique au hasard des tirages de cartes ou détestez les jeux qui durent plus longtemps qu’un épisode de votre série préférée.
- Vous êtes un activiste écologique puriste qui examine la provenance de chaque élément de son jeu — votre tension artérielle vous remerciera de passer votre chemin.

Biome reste un écosystème ludique où l’équilibre est fragile : entre mécaniques solides et message écologique discutable. Un jeu au mécanisme classique, qui fonctionne bien, pénalisé par le côté greenwashing.
- Date de sortie : 2024
- Langue : Française
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 3 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 2 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : C. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Création : Leonie Grundler
- Illustrations : Grzegorz Siwek, Jessica Apel, Josie Grundler
- Édition : Intrafin games
- Nombre de joueurs et joueuses : 1 – 4
- Âge conseillé : Dès 10 ans
- Durée : 60 – 90 minutes
- Thème : Nature et biodiversité
- Mécaniques principales : Placement et ressources. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
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One Comment
mawave
Hello l’équipe de Gus&Co !
Tout d’abord, merci pour travail d’écriture régulier !
Je viens de découvrir votre format podcast via l’article. C’est très chouette et vous encourage à continuer ! Je n’y vois que deux points à améliorer :
– moins faire référence à l’article écrit dans la conversation, peut-être faire un jingle en début et/ou fin du podcast qui rappelle que ce sujet est aussi disponible sous forme d’article sur votre site web.
– le jeu de questions/réponses entre les deux animateurs sonnent faux, ça semble trop scripté. Je pense que rebondir ou simplement continuer sur la phrase de l’animateur.rice précédent.e suffirait.
Ce n’est qu’un avis très subjectif, les podcasts sont très agréables à écouter, j’en ai dévoré quelques uns. Ces touts petits défauts ne m’empêcheront pas de continuer à vous écouter.
Concernant Biome, je suis complètement d’accord : ça donne l’impression que le jeu est proposé parce que le thème est à la mode en se souciant plus d’être rentable (IA, made in China) plutôt que cohérent.
Étant un joueur accordant autant quasiment autant d’importance au thème qu’aux mécaniques de jeu, c’est clairement pas un achat que je ferai.
Merci pour tout ce que vous faites,
Bonne continuation !