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Critiques de jeux,  Jeux de plateau

La ville selon Cities : Simple, stratégique et addictif

🏱 StratĂ©gie et planification : Cities rĂ©invente le jeu de construction de ville. Simple d’accĂšs mais profond dans ses mĂ©caniques.


Cities

⚠ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communautĂ©, nous tenons Ă  prĂ©ciser que cet article reflĂšte notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testĂ© le jeu de façon indĂ©pendante, sans lien commercial avec son Ă©diteur. Les avis prĂ©sentĂ©s ici reprĂ©sentent notre analyse honnĂȘte et impartiale du jeu, basĂ©e sur notre propre expĂ©rience.


En bref :

  • Un excellent Ă©quilibre entre hasard et planification, idĂ©al pour les parties en famille ou entre amis
  • Un jeu de placement d’ouvriers accessible qui renouvelle le genre de la construction de ville
  • Une mĂ©canique simple mais profonde, permettant des parties rapides et stratĂ©giques

Qui n’a jamais rĂȘvĂ© de construire sa ville idĂ©ale, sans les contraintes de la rĂ©alitĂ© ? C’est possible, avec Cities.

Je ne sais pas pourquoi, j’ai l’impression d’ĂȘtre abonnĂ© aux jeux de ville. Et je commence Ă  avoir du mal Ă  trouver de nouvelles choses Ă  dire en prĂ©ambule de mes articles. Je vous ai dĂ©jĂ  parlĂ© de mon amour pour SimCity et ses dĂ©rivĂ©s, d’architecture, de planification urbaine, de mĂ©tro et de transports en commun, et j’en oublie sĂ»rement. Ça devient compliquĂ© de ne pas se rĂ©pĂ©ter, au risque de lasser le lecteur. Est-ce parce qu’il y a beaucoup de jeux qui utilisent ce thĂšme, ou parce que le rĂ©dacteur en chef a un biais qui le pousse Ă  me confier ces jeux ? Peut-ĂȘtre est-ce un peu des deux. Il est certain que le thĂšme de la ville est porteur dans le monde des jeux de sociĂ©tĂ©. C’est un thĂšme « facile », qui parle Ă  tout le monde et qui transcende les barriĂšres culturelles.

Une ville reste une ville, qu’elle soit en Europe, en Asie, sous les tropiques ou en Laponie. On y retrouvera les mĂȘmes Ă©lĂ©ments : des rues, des bĂątiments d’habitation, des espaces publics. Et parfois, de l’eau, que ce soit une riviĂšre, un lac ou la mer, l’espĂšce humaine n’aimant pas beaucoup se retrouver sans aquifĂšre Ă  proximitĂ©. Il y a sans doute un lien avec le fait que l’ĂȘtre humain ne peut pas survivre sans eau, mais je laisserai aux scientifiques le soin de discuter de ce point.

Une autre caractĂ©ristique commune Ă  toutes les villes est la prĂ©sence d’attractions dans l’espace public, qu’il s’agisse de jeux pour enfants dans un parc, d’un rond-point dĂ©corĂ© ou d’une statue devant la mairie. LĂ  encore, c’est sans doute un atavisme humain, oĂč chaque groupe cherche Ă  construire son appartenance Ă  travers un ou des objets et rĂ©fĂ©rences communs.

Comme son nom l’indique, Cities est un jeu de conception et de construction de ville, pour 2 Ă  4 joueurs ou joueuses. En tant qu’urbanistes, les adversaires vont chercher Ă  concevoir la ville la plus adaptĂ©e aux contraintes fixĂ©es, tout en essayant de la rendre la plus attractive possible.

Le jeu se dĂ©roule autour d’un plateau central qui prĂ©sente les objectifs communs, au nombre de trois. Chaque objectif rempli rapporte des points, en fonction de l’ordre dans lequel il a Ă©tĂ© accompli (le maximum pour le premier ou la premiĂšre, un peu moins pour le second ou la seconde, encore moins pour le ou la troisiĂšme, et rien pour le ou la quatriĂšme). Les objectifs varient selon la ville et s’articulent autour de la hauteur des immeubles et du plan de la ville (rues parallĂšles, taille des parcs
).

Le plateau contient également 4 rangées de 4 cases. La premiÚre ligne contiendra les objectifs personnels (3 faces visibles et 1 face cachée), la deuxiÚme les tuiles de ville (3 faces visibles et 1 face cachée), la troisiÚme les tuiles attractions (2 dans la premiÚre case, 1 dans les deux suivantes, et 2 dont 1 face cachée dans la derniÚre), et la quatriÚme ligne les bùtiments (4 dans la premiÚre case, 3 dans les deux suivantes, et 2 secrets dans la derniÚre).

Les cartes d’objectifs personnels dĂ©crivent des objectifs (qui se rapportent aux bĂątiments) et un nombre de points marquĂ©s par objectif rempli.

Les tuiles villes sont découpées en 4 cases, de 3 types différents :

  • Les parcs, en vert
  • L’eau, en bleu
  • Les rues, en gris

Les rues contiennent, au centre de la case, un carré de couleur (bleu, jaune, vert ou rouge) qui détermine la couleur du bùtiment constructible sur la case.

Les tuiles attractions font la taille d’une case de tuile ville. Il y a 4 types d’attractions pour les parcs et pour l’eau, ainsi que des monuments (qui se posent sur une case rue) et des tuiles « joker » qui transforment une case rue d’une couleur en case rue neutre, sur laquelle n’importe quel bĂątiment peut ĂȘtre construit, quelle que soit sa couleur.

Les bùtiments sont de 4 couleurs différentes (bleu, jaune, vert ou rouge) et sont empilables.

Chaque joueur et joueuse reçoit 4 ouvriers (8 Ă  2 joueurs ou joueuses), 3 marqueurs pour les objectifs communs, un marqueur de score, ainsi qu’une tuile ville de dĂ©part. Les tuiles de dĂ©part sont choisies par les joueurs et joueuses, en commençant par le dernier ou la derniĂšre.

Le jeu se dĂ©roule en 8 manches (4 Ă  2 joueurs ou joueuses). Lors de chaque manche, les joueurs et joueuses vont, dans l’ordre du tour, poser un ouvrier sur une case du plateau principal et prendre le contenu de la case pour le jouer aussitĂŽt. Chaque joueur et joueuse ne peut placer qu’un seul ouvrier par rangĂ©e (2 Ă  2 joueurs ou joueuses).

Si la case est dans la rangée objectifs, le joueur ou la joueuse prend la carte et la pose face visible à cÎté de sa ville.

Si la case est une tuile quartier, le joueur ou la joueuse la place face visible dans sa ville. La tuile placĂ©e doit ĂȘtre adjacente Ă  une tuile dĂ©jĂ  prĂ©sente, et les grilles formĂ©es ne peuvent pas dĂ©passer 3 tuiles sur 3. Il n’y a pas de contraintes sur les types de cases adjacentes (parc, eau ou rue).

Si la case est dans la rangĂ©e attraction, le joueur ou la joueuse prend la ou les tuiles attractions et les pose immĂ©diatement sur sa ville. Les tuiles attractions eau ne peuvent ĂȘtre posĂ©es que sur des cases eau vides. De mĂȘme pour les tuiles attractions parc, qui ne peuvent ĂȘtre posĂ©es que sur des cases parc vides, et les monuments, qui ne peuvent ĂȘtre posĂ©s que sur des cases rue vides. Si il ou elle ne peut pas poser une tuile, celle-ci est retirĂ©e du jeu.

Si la case est dans la rangĂ©e bĂątiments, le joueur ou la joueuse prend les bĂątiments correspondants et les place immĂ©diatement sur sa ville. Les bĂątiments doivent ĂȘtre posĂ©s sur une case de la couleur du bĂątiment (ou neutre) ou sur un bĂątiment de la mĂȘme couleur, dans la limite de 4 Ă©tages. Si le joueur ou la joueuse ne peut pas placer un bĂątiment, il est retirĂ© du jeu.

Le joueur ou la joueuse qui place son ouvrier sur la 4e case bĂątiment tire deux bĂątiments au hasard du sac bĂątiments et deviendra premier joueur ou premiĂšre joueuse au tour suivant.

À la fin de son tour, le joueur ou la joueuse vĂ©rifie s’il ou elle a rempli un ou plusieurs des objectifs communs et place un marqueur sur ceux qui le sont, sur le nombre vide le plus Ă©levĂ©.

Quand tous les joueurs et joueuses ont placé leur dernier ouvrier et effectué leur derniÚre action, chacun(e) récupÚre ses ouvriers et le plateau est réapprovisionné.

Cities plateau

Fin de partie

La partie prend fin aprĂšs la 8e manche (4 Ă  2 joueurs ou joueuses), lorsque la ville atteint la taille de 3×3 et que tous les ouvriers ont Ă©tĂ© placĂ©s. On additionne alors les points gagnĂ©s avec les objectifs communs et ceux gagnĂ©s avec les objectifs personnels, ainsi que des points bonus pour les monuments (2 points par monument) et les attractions (1, 3, 6 ou 10 points, selon le nombre d’attractions dans une mĂȘme zone). Le joueur ou la joueuse avec le plus de points remporte la partie.

Matériel

On peut noter une certaine dissonance dans les matĂ©riaux qui composent Cities. Les plateaux, tuiles et cartes sont en carton, ce qui est assez classique. Les ouvriers et marqueurs sont en bois, et mĂȘme en bois plutĂŽt travaillĂ©. Le jeton premier joueur est particuliĂšrement rĂ©ussi, avec une forme d’Ă©toile, et les marqueurs d’objectifs ne sont pas en reste, avec leur cercle Ă©vidĂ© colorĂ©. Et Ă  cĂŽtĂ© de cela, on a les bĂątiments en plastique. Et mĂȘme pas en bon plastique. Certes, leur forme est plutĂŽt rĂ©ussie, et il faut que les piĂšces soient empilables. Mais ce n’est pas comme s’il Ă©tait impossible de faire des piĂšces en bois empilables qui tiennent. C’est pour moi un point noir du jeu.

Au niveau graphique, rien Ă  redire de particulier. Le plateau central est peut-ĂȘtre un peu chargĂ© sur les bords, mais ce n’est pas gĂȘnant pour le jeu. Le verso des cartes objectifs est dans l’air du temps, puisqu’il reprĂ©sente un dos de smartphone, outil principal de la consommation touristique moderne. Les couleurs sont le seul moyen de diffĂ©rencier les piĂšces, ce qui pourra rendre le jeu compliquĂ© pour certains daltoniens.

Le livret de rĂšgles est concis, ne faisant que 4 pages. Il est donc assez dense, mais cela ne nuit pas Ă  sa comprĂ©hension. Les diffĂ©rentes Ă©tapes sont numĂ©rotĂ©es ou alphabĂ©tisĂ©es, et les illustrations, bien que peu nombreuses, sont pertinentes et prĂ©sentes Ă  bon escient. Les objectifs, s’ils sont nombreux et divers, sont suffisamment clairs sur les cartes pour qu’il n’y ait pas besoin d’explications supplĂ©mentaires dans les rĂšgles.

Cities, arriĂšre

Cities, verdict

Il ne faut pas chercher l’originalitĂ© de Cities dans son mĂ©canisme. On est ici en prĂ©sence d’un jeu de placement d’ouvriers classique, sans grande diffĂ©rence avec les autres jeux de ce type. On peut noter quand mĂȘme deux points :

  • L’obligation qui est faite aux joueurs et joueuses de placer un ouvrier dans chaque rangĂ©e
  • Les objectifs personnels qui s’ajoutent automatiquement Ă  chaque tour

La premiĂšre partie est (quasiment) obligatoire pour que le jeu fonctionne. Les joueurs et joueuses devant avoir 9 tuiles (et pas une de plus ou de moins) Ă  la fin de la partie, il faut donc s’assurer que tout le monde prenne une tuile ville par tour. De cela dĂ©coule logiquement la suite, qui est l’obligation de prendre une case par rangĂ©e. Il est vrai que le jeu aurait pu se faire sans cette contrainte des 9 tuiles, mais il aurait alors Ă©tĂ© moins Ă©quilibrĂ©, et sans doute moins intĂ©ressant.

Moins intĂ©ressant car moins « complexe ». Cities est un jeu qui va demander aux joueurs et joueuses de planifier et rĂ©flĂ©chir, mais aussi de s’adapter, avec ces objectifs personnels qui apparaissent au fur et Ă  mesure. Il faudra savoir bien les choisir pour optimiser le score final. Mais choisir son objectif, c’est aussi limiter son choix dans les autres rangĂ©es, si les adversaires jouent d’abord les tuiles ou les bĂątiments. L’Ă©quilibre est subtil et il faudra trouver le juste mĂ©lange. De la mĂȘme façon, il est parfois payant de jouer l’inconnu (les cartes et tuiles face cachĂ©e), mais c’est un risque Ă  prendre. Le mĂ©canisme de dĂ©signation du premier joueur ou de la premiĂšre joueuse de la manche suivante est relativement classique, avec une pĂ©nalitĂ© double (moins de bĂątiments et une part de hasard dans le tirage).

Cities a un cĂŽtĂ© frustrant, puisqu’il ne sera pas possible de tout faire, et que les choix se limiteront au fur et Ă  mesure, la planification de la ville se figeant au cours de la partie du fait des contraintes. La frustration viendra aussi des autres joueurs et joueuses, qui ne prendront jamais la « bonne » tuile, mais celle que nous voulons. L’interaction existe dans Cities mais elle est froide, et se limite Ă  la concurrence pour les ressources et les objectifs communs. Cela n’empĂȘche pas de garder un Ɠil sur le dĂ©veloppement des adversaires, pour les gĂȘner, ou au contraire identifier qu’ils ou elles n’iront pas chercher telle ou telle case convoitĂ©e, et qu’il est possible de se focaliser sur une autre prioritĂ© ce tour. Ceci est particuliĂšrement vrai pour les cartes objectifs.

Si Cities ne rĂ©volutionne pas le genre, et oui, il ressemble beaucoup au tout rĂ©cent Tower Up, il est nĂ©anmoins trĂšs rĂ©ussi. Les rĂšgles sont simples, s’expliquent et se comprennent vite, le jeu est fluide, la stratĂ©gie est prĂ©sente, avec une part de hasard. Cities est simple sans ĂȘtre simpliste, complexe sans ĂȘtre compliquĂ©, c’est un jeu qui pourra se jouer avec toutes sortes de joueurs et joueuses, en famille ou entre amis. Les parties sont rapides, le dĂ©compte des points n’est pas prise de tĂȘte, les 8 villes proposĂ©es apportent de la diversitĂ©, il sera tout Ă  fait possible d’envisager des revanches et des belles, sans lassitude ni dĂ©goĂ»t.

On a aimé :

  • La simplicitĂ© des rĂšgles (mĂȘme votre cousin qui dĂ©teste lire les rĂšgles va comprendre)
  • La rapiditĂ© des parties (parfait pour ceux qui s’endorment aprĂšs 30 minutes de jeu)
  • La beautĂ© des villes construites (mĂȘme si elles ne respectent aucune norme d’urbanisme)

On a moins aimé :

  • Les bĂątiments en plastique (on dirait des piĂšces de Monopoly qui ont mal tournĂ©)
  • La frustration de voir LA tuile parfaite partir chez l’adversaire (top 10 des causes de disputes familiales)

C’est plutĂŽt pour vous si


  • Vous rĂȘvez d’ĂȘtre maire mais sans les manifestations
  • Vous aimez construire des villes sans permis de construire
  • La stratĂ©gie ne vous fait pas fuir mais vous prĂ©fĂ©rez quand mĂȘme dormir la nuit

Ce n’est plutĂŽt pas pour vous si


  • Vous ĂȘtes architecte et allergique aux approximations
  • Votre devise est « Plus c’est long, plus c’est bon » (coucou Civolution)
  • Vous dĂ©testez quand les autres joueurs et joueuses contrarient vos plans parfaits
Cities visuel

Un jeu de placement d’ouvriers simple sans ĂȘtre simpliste, complexe sans ĂȘtre compliquĂ©, avec un thĂšme vendeur. Cities prouve qu’on peut ĂȘtre maire d’une ville en 30 minutes, et ça, c’est dĂ©jĂ  une sacrĂ©e promesse Ă©lectorale !

Excellent !

Note : 5 sur 5.

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  • Label DĂ© Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label DĂ© Vert, c’est ici.
  • CrĂ©ation : Phil Walker-Harding Steve Finn
  • Illustrations : Jorge Tabanera
  • Édition : Iello
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 Ă  4
  • Âge conseillĂ© : DĂšs 10 ans
  • DurĂ©e : 45 minutes
  • ThĂšme : Ville et tourisme
  • MĂ©caniques principales : Construction, placement d’ouvriers et objectifs. Pour en savoir plus sur les diffĂ©rentes mĂ©caniques de jeux, c’est ici.

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