Asmodee s’apprête à faire 20 acquisitions
🍔 Le mastodonte du jeu de société Asmodee a faim : plus de 20 éditeurs ou licences dans le viseur du géant français !
Asmodee joue gros avec plus de 20 acquisitions en vue
En bref :
- Asmodee annonce plus de 20 acquisitions potentielles lors de son Capital Markets Day
- Une stratégie double : acquisition de studios/IPs et de distributeurs
- Objectifs : croissance organique à un chiffre et marge augmentée
C’est l’équivalent d’un coup de théâtre dans le monde policé du jeu de société : Asmodee prépare une vague d’acquisitions sans précédent.
Le géant français du jeu de société n’a pas fait dans la demi-mesure lors de son « Capital Markets Day » ce mardi 19 novembre 2024. Face à un parterre d’investisseurs et d’analystes, Thomas Kœgler, le PDG d’Asmodee, a dévoilé un plan qui pourrait redessiner le paysage mondial du secteur : plus de 20 acquisitions potentielles sont dans le viseur du groupe. Une annonce qui intervient alors que l’entreprise s’apprête à tourner une page majeure de son histoire en se séparant d’Embracer Group.
Une annonce qui fait du bruit, même si Thomas Kœgler, le PDG, s’est bien gardé de nommer les « cibles » potentielles. « Obviously I will not be specific » (« il est évident que je ne serai pas spécifique »), a-t-il glissé avec un sourire entendu. Pas question de faire monter les enchères prématurément.
Un stratège qui a plusieurs tours d’avance
« What we like is to buy and grow » (Ce que nous aimons, c’est acheter et croître), affirme Kœgler. Une déclaration qui va certainement faire grincer des dents dans la communauté ludique. Certains y verront le risque d’une monopolisation croissante du secteur, craignant que cette concentration ne mène à une standardisation de la création et à une hausse des prix. D’autres salueront la capacité du groupe à donner une nouvelle dimension à ses acquisitions, citant les succès de Repos Production ou Libellud.
Le marché du jeu de société n’est plus un terrain de jeu amateur, et Asmodee en est la preuve vivante. Avec plus de 40 acquisitions réussies en dix ans, le groupe a démontré sa maîtrise de l’exercice. « We look first for top line synergies, business synergies and then operational synergies » (« Nous recherchons d’abord des synergies de chiffre d’affaires, des synergies commerciales et ensuite des synergies opérationnelles »), explique Kœgler, dévoilant la recette qui a fait le succès du groupe : d’abord la croissance, puis les synergies commerciales, et enfin l’optimisation opérationnelle.
Pour Asmodee, une bataille sur deux fronts
Le plan présenté aux investisseurs révèle une approche sur deux tableaux. D’un côté, Asmodee lorgne sur les studios et leurs propriétés intellectuelles – une stratégie qui vise autant l’enrichissement du catalogue que le renforcement des capacités créatives. De l’autre, le groupe cible des distributeurs stratégiques pour consolider sa présence mondiale ou conquérir de nouveaux territoires.
Sur la carte mondiale des acquisitions d’Asmodee, quatre exemples récents brillent particulièrement :
- Repos Production : En cinq ans, 7 Wonders est passé du statut de best-seller à celui de marque phare, s’aventurant même sur le terrain du Seigneur des Anneaux (qu’on a vraiment, vraiment kiffé !)
- Libellud : La magie Dixit opère désormais chez Disney, tandis que le studio innove avec Harmonies
- Plan B : La percée américaine d’Azul s’est vue couronnée d’un prestigieux Spiel des Jahres pour Challengers
- Exploding Kittens : Le phénomène ludique s’est transformé en succès Netflix
Le moment idéal pour abattre ses cartes
Le timing de ces annonces n’est pas laissé au hasard. Asmodee vient de réduire sa dette de 900 à 600 millions d’euros grâce à un investissement d’Embracer Group, juste avant leur séparation prévue en mars 2025. Les objectifs affichés – croissance organique à un chiffre et marge d’EBITDA supérieure à 18% – témoignent d’une confiance assumée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 13 milliards d’euros de marché mondial, près du double d’il y a cinq ans. Avec de très nombreuses entreprises mondiales œuvrant dans le secteur ludique, les opportunités ne manquent pas.
La partie est-elle déjà jouée ?
« We are quite excited to reignite our second growth engine through acquisitions », conclut Kœgler. Une ambition qui illustre bien le dilemme actuel de l’industrie : comment concilier croissance et préservation de l’écosystème créatif ? La réponse dépendra probablement de la capacité d’Asmodee à prouver qu’un géant peut aussi être un gardien de la diversité ludique.
La partie ne fait que commencer. Et si le PDG garde prudemment ses cartes cachées, on ne peut déjà que scruter les moindres indices sur l’identité des futures acquisitions. Une chose est sûre : 2025 s’annonce comme une année charnière pour l’industrie du jeu de société.
Pourtant, une question plus fondamentale mérite d’être posée : et si tout ceci n’était qu’un effet d’annonce savamment orchestré pour rassurer les investisseurs présents à cette présentation ? Dans un contexte où Hachette (empire Bolloré) s’est imposé comme un acteur incontournable de l’industrie du jeu de société en achetant également plusieurs éditeurs au fil des ans (Scorpion Masqué, La Boite de Jeu, Sorry we are French, Blackrock Games), Asmodee se trouve peut-être dans l’obligation de bomber le torse et de montrer les muscles.
Cette surenchère d’ambitions pourrait bien n’être qu’une partie de poker entre géants de l’édition, où l’important n’est pas tant les cartes qu’on a en main que celles qu’on fait croire avoir à ses adversaires. Une chose est sûre : dans ce grand jeu (de dupes), ce sont les petits studios qui risquent de servir de jetons.
Alors, selon vous, qui font partie de ces 20 « cibles » potentielles ?
👉 Le PDF de la présentation de ce Capital Markets Day est disponible ici.
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One Comment
Newton
18% d’EBITDA ? Ouais ça va, le secteur n’est pas à plaindre….