Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Blueprints of Mad King Ludwig : Château chatoyant

🏰 Du cyanotype aux châteaux fous : l’univers de Blueprints of Mad King Ludwig, le lien surprenant entre la photographie ancienne et un jeu.


Blueprints of Mad King Ludwig

Blueprints of Mad King Ludwig

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.


En bref :

  • Un jeu de société innovant mêlant cyanotype et architecture fantaisiste
  • Mécanique flip’n’write complexe avec système de bonus stratégique
  • Destiné aux joueurs et joueuses expérimentées en quête de défis ludiques originaux

Loading the Elevenlabs Text to Speech AudioNative Player…

Le roi Ludwig est de retour, et cette fois, il veut que vous dessiniez ses plans ! Bienvenue dans Blueprints of Mad King Ludwig.

Le cyanotype est une technique de photographie ancienne, qui se base sur la réaction photosensible d’un mélange de ferricyanure de potassium et de citrate d’ammonium ferrique. Cette solution, quand elle est exposée aux UV, tourne au bleu de Prusse. Découvert en 1842 par John Herschel, astronome anglais, il a été utilisé par Anna Atkins dès 1843. Botaniste, elle a publié plusieurs livres sur les plantes et algues des Îles Britanniques en utilisant le cyanotype, ce qui fait d’elle la première photographe publiée au monde.

Le cyanotype n’a pas été protégé par Herschel, et son usage s’est assez rapidement développé, autant pour la reproduction de plantes que pour l’impression rapide de billets de banque et de timbres, mais aussi comme pratique artistique. Une des utilisations les plus répandues est toutefois beaucoup plus pratique et pragmatique. Le cyanotype permettant de reproduire facilement et rapidement des images, son utilisation dans l’architecture et la construction navale a permis de faciliter le travail. Si cette technique est maintenant dépassée par la xérographie (couramment appelée photocopie), il reste toutefois de cette époque un nom, en anglais et en français, qui désigne les plans de bâtiments : le bleu ou blueprint.

Terme d’architecture, donc, qui donne une indication certaine sur le sujet du jeu Blueprints of Mad King Ludwig, dans lequel les joueurs et joueuses vont prendre le rôle d’architectes pour le roi Ludwig, et chercher à présenter le plan le plus à même de plaire au roi.

Le jeu

Blueprints of Mad King Ludwig est un flip’n’write. Chaque joueur ou joueuse reçoit une carte d’explication, une feuille de score et une grille de dessin. La grille de dessin présente une salle prédessinée en bas, c’est le foyer. Les joueurs et joueuses reçoivent également des contrats, qui permettront de marquer des points en fin de partie, s’ils sont remplis. Le jeu se joue avec des cartes « salles », de 7 types différents :

  • Jaune : les salles Nourriture
  • Bleu : les salles Sommeil
  • Gris : les salles Sous-Sol
  • Violet : les salles Vie
  • Rouge : les salles Activités
  • Vert : les salles Jardin
  • Orange : les salles Utilités

Il y a également deux autres types de salles, qui ne sont pas représentées sur les cartes : les Douves et les Cours. Ces salles sont gagnables au cours du jeu.

À chaque tour, on distribue des cartes salles face visible (2 de plus que le nombre de joueurs et joueuses). Le premier joueur ou la première joueuse choisit une carte, prend le crayon de la couleur correspondante, et dessine la salle sur sa grille, en respectant les règles suivantes :

  • La salle doit tenir complètement sur la zone de dessin autorisée
  • Au moins une des entrées de la salle doit être reliée à l’entrée d’une salle existante
  • Les autres entrées peuvent être bloquées par le mur d’une autre salle ou donner sur le vide

Si toutes les entrées d’une salle sont reliées à d’autres salles (c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’entrée bloquée par un mur ou donnant sur le vide), le joueur ou la joueuse remplit alors sur sa feuille de score, dans la ligne correspondant à la couleur de la salle complétée, un cercle. Ces cercles serviront à décompter les points à la fin de la partie, mais permettent aussi de déclencher des bonus, utilisables sur l’instant ou plus tard, selon le type de bonus. Les bonus dépendent de la couleur de la salle (rejouer pour jaune, changer un emplacement d’entrée pour vert, etc.).

Une fois que tous les joueurs et joueuses ont dessiné leur salle, les cartes restantes au milieu de la table sont mises dans la défausse, et chaque joueur ou joueuse pose sa carte sur sa défausse personnelle. L’ordre du tour suivant est alors déterminé par la taille des salles sur les défausses personnelles, de la plus petite à la plus grande.

Fin de partie

Lorsqu’il n’y a plus de cartes dans la pioche, les joueurs et joueuses terminent le tour, et la partie s’arrête. Les points sont alors décomptés, en fonction des salles dessinées et des bonus obtenus, ainsi que des contrats remplis ou non. Le joueur ou la joueuse avec le score le plus élevé est déclaré(e) gagnant(e).

Le matériel

Blueprints of Mad King Ludwig est un gros jeu, au moins en termes de boîte. Mais ce n’est pas une grosse boîte pour une grosse boîte. Le matériel n’est pas perdu dans son contenant, et les séparateurs en carton ne sont pas démesurés. L’ensemble du matériel est de bonne qualité, en papier et carton, sauf les crayons, la gomme (qui sert de marqueur premier joueur), le taille-crayon fourni, et les grilles de jeu, qui sont en calque. Ce choix du calque pour un flip’n’write peut paraître bizarre, mais cela permet de mettre la carte choisie sous la grille pour la reproduire. C’est une idée plutôt astucieuse, qui aidera les plus jeunes ou les personnes qui peuvent avoir du mal à tourner les formes dans l’espace et les redessiner. Le calque est un peu plus polluant que le papier classique, de par son traitement (plongeon dans un bain d’acide sulfurique), mais cela reste acceptable, à mon avis. Le taille-crayon fourni est censé être fait pour tailler les crayons du jeu sans les abîmer, et si cette affirmation (présente dans le livret de règles) est invérifiable, cela reste intéressant pour les gens qui n’ont pas de taille-crayons partout chez eux, ou pour les déplacements.

Au niveau esthétique, le tout est simple et clair. Les cartes des salles sont séparées en fonds sombres et clairs, ce qui permet de créer des contrastes différents et facilite la lecture pour tout le monde.

Le livret de règles est lui aussi dans le thème des bleus, au niveau des illustrations et des teintes. Il est très complet, dans un grand format adapté à la taille de la boîte. Le résultat est lisible, autant en termes de contraste que de contenu, mais il est quand même un peu fouilli, ce qui est fortement lié aux règles. Celles-ci sont quand même d’une certaine complexité (qui n’est pas forcément indiquée ci-dessus, mais c’est normal), et comportent beaucoup de cas particuliers.

Blueprints of Mad King Ludwig, verdict

Blueprints of Mad King Ludwig est un flip’n’write, avec un choix limité à chaque tour, et différent pour chaque joueur et joueuse. On va donc avoir des créations finales très différentes, et pas seulement à cause des placements, mais surtout à cause des salles différentes selon les tirages. La part de hasard est ici assez importante, le tirage étant en plus fait sur un ensemble de cartes limité (en fonction du nombre de joueurs et joueuses), mais la gestion des bonus et capacités fournis par les salles complètes va permettre de vraiment influencer le cours de sa partie et de limiter l’influence des cartes. Ce point n’est pas à négliger dans la mise en place de sa stratégie, il n’est pas seulement cosmétique, ce qui est à signaler. Revers de la médaille, ce mécanisme de bonus et capacités est complexe, par nécessité. Afin d’avoir un vrai impact sur le jeu, il est forcément très travaillé, avec beaucoup de points particuliers, qui demandent de l’attention. Il est difficile pour un joueur ou une joueuse de tout maîtriser lors de la première partie, et il est « facile » d’oublier des choses.

L’enchaînement des combos peut être très puissant et apporter un réel gain à qui sait le gérer correctement, mais il est à manier avec précaution. Les bonus sont tous différents et s’activeront différemment. Il faut faire preuve de capacités d’anticipation et de planification pour les activer dans le bon ordre et à bon escient. La consommation directe ou différée des bonus force les joueurs et joueuses à garder une attention sur les cartes disponibles et les capacités activables de leur feuille de score (comme la reprise de carte dans la défausse commune par exemple), mais aussi à ce que les joueurs et joueuses précédent(e)s ont fait, pour éviter de gâcher un bonus immédiat (rejouer sans carte disponible, par exemple). Il y a malgré tout assez peu d’interactions dans Blueprints of Mad King Ludwig, puisqu’elles sont limitées à la prise des cartes et à la gestion de l’initiative.

Les contrats personnels, qui vont rapporter des points supplémentaires en fin de partie, sont tirés de manière originale, puisque le dernier joueur ou la dernière joueuse connaît tous les contrats, et ses adversaires seulement les contrats des joueurs et joueuses qui les suivent. Ce draft inverse est intéressant, mais finalement peu utile, puisqu’il n’y a pas vraiment de façon d’intervenir sur les grilles de ses adversaires, sauf en prenant des cartes, mais au détriment de son propre jeu.

Blueprints of Mad King Ludwig est un jeu qui comporte beaucoup de règles et de choix possibles, et n’est clairement pas destiné à tout le monde. La boîte annonce un âge limite de 15 ans, et c’est à mon avis une bonne estimation. La courbe d’apprentissage de Blueprints of Mad King Ludwig est importante, c’est un jeu qui va nécessiter un certain investissement de la part des joueurs et joueuses, ce n’est pas un jeu qu’on sortira avec des personnes novices, « juste pour une partie ».

On a aimé :

  • Le mélange original entre histoire du cyanotype et jeu de société
  • La mécanique de flip’n’write bien pensée
  • Les possibilités stratégiques offertes par les bonus
  • Le matériel de qualité, surtout les feuilles en calque (qui nous rappellent nos cours d’architecture ratés)

On a moins aimé :

  • La complexité des règles qui pourrait décourager certains joueurs
  • Le manque d’interaction directe entre les joueurs
  • La courbe d’apprentissage assez raide (comme les escaliers des châteaux de Louis II de Bavière)

C’est plutôt pour vous si…

  • Vous aimez les jeux qui font travailler vos méninges
  • Vous avez toujours rêvé d’être l’architecte d’un roi fou
  • Vous pensez que le bleu est la plus belle couleur du monde
  • Vous êtes capable de dessiner un carré sans que ça ressemble à un bretzel

Ce n’est plutôt pas pour vous si…

  • Vous préférez les jeux simples où on lance un dé et on avance son pion
  • Vous êtes allergique au papier calque
  • Vous pensez que « flip’n’write » est une nouvelle danse TikTok
  • Votre idée d’un château parfait est un château de sable à la plage

En fin de compte, Blueprints of Mad King Ludwig est un jeu qui vous fera voir la vie en bleu… de Prusse ! Flip’n’write plutôt réussi, mais qui pèche par son nombre de règles et possibilités, au détriment de l’expérience ludique. À réserver aux joueurs et joueuses averti(e)s.

Très bon !

Note : 4 sur 5.

  • Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Ted Alspach
  • Illustrations : Roland MacDonald
  • Édition : Bézier Games
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 5
  • Âge conseillé : Dès 15 ans
  • Durée : 20 minutes
  • Thème : Architecture
  • Mécaniques principales : Flip and write. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

Rejoignez notre chaîne WhatsApp


Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité

Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).

Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :

Le soutien direct : Rejoignez nos mécènes sur Tipeee pour le prix d'un café par mois.

☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee
Votre réaction sur l'article ?
+1
4
+1
2
+1
0
+1
0
+1
0
+1
0

2 Comments

À vous de jouer ! Participez à la discussion

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur Gus & Co

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture