Kintsugi : Le jeu de la résilience
🏺 Kintsugi : l’art japonais qui transforme les fêlures en or ! Découvrez ce jeu où casser devient un atout. Un bilan très mitigé !
Kintsugi
⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
Brisez, réparez, sublimez. Et si vos erreurs devenaient votre plus grand atout ? Bienvenue dans l’univers de Kintsugi.
Avec Kintsugi, plongez dans l’art japonais de la réparation d’objets en céramique. Cassez et réparez vos objets pour mieux les sublimer !
Kintsugi est un jeu de cartes de collection et de draft pour 2 à 4 personnes, dès 10 ans, pour des parties d’environ 15 minutes. Le jeu ayant remporté le prix Eco-Ludique à Parthenay cet été 2024, nous étions curieux et curieuses d’en savoir plus.
Dans ce jeu, vous devrez acquérir des céramiques de différents types, dont la valeur variera au cours de la partie. Lorsqu’elles se retrouvent en collection ou si elles sont réparées, leur valeur pourra augmenter.
Lorsqu’une céramique se casse, elle n’a plus aucune valeur. Il vous faudra alors la restaurer. Si vous y parvenez, elle pourra ainsi obtenir une valeur supérieure à celle qu’elle avait précédemment.
À vous d’essayer de créer les bonnes opportunités pour détruire vos collections en espérant pouvoir les restaurer dès que possible. Il vous faudra parfois faire le choix de vendre certaines de vos pièces en céramique et gagner des koban (pièces d’or japonaises) qui vous permettront de réparer vos dégâts en payant la restauration. Vous obtiendrez ainsi un maximum de points de victoire en fin de partie.
En gardant un œil attentif sur le marché et les collections de vos adversaires, vous pourrez les empêcher de former des collections de trop grande valeur.
Une bonne stratégie et la capacité à profiter au bon moment des opportunités vous permettront de remporter la victoire sur vos adversaires.
3, 2, 1 : Cassssssssé !!!
Comment on joue ?
Le jeu comprend 39 cartes avec 10 variétés d’objets (tasse, bol, assiette, soucoupe, koban, coffret de rangement, etc.) et 3 types de motifs différents. Chaque carte a une face « objet intact » et une face « objet réparé » indiquant sa valeur, son type et son motif ainsi que sa valeur à la revente.
Une partie se joue en plusieurs manches. Au cours des manches, vous devrez choisir, à tour de rôle, en draft aller-retour, 2 cartes parmi celles à votre disposition sur la table dans la rivière de cartes.
Au moment du choix de carte, vous devrez décider si vous souhaitez l’ajouter à votre collection ou si vous la défaussez pour remporter sa valeur en or (koban).
Si vous conservez la carte, elle rejoint votre collection face intacte.
À l’issue de la phase de draft, c’est l’heure de la casse.
Toutes les céramiques intactes dans les collections des joueuses et joueurs qui correspondent au visuel des 2 cartes restantes se brisent. Cette action est représentée par le fait d’incliner la carte en question à l’horizontale dans son jeu. Les cartes brisées ne représentent plus aucune valeur.
À tour de rôle, en commençant par le premier joueur, vous pourrez décider de payer le coût de réparation d’une de vos cartes brisées. La carte est alors retournée sur sa face réparée et ne pourra plus être brisée à l’avenir.
Un second tour de réparation peut ensuite commencer, mais avec une augmentation de 1 du coût de la réparation de base.
À la fin de chaque manche, la carte restante sur la table est défaussée, le jeton premier joueur passe à la personne suivante et une nouvelle rivière de cartes est révélée.
Chaque type de céramique rapporte des points de manière différente. Par exemple, en fin de partie, une tasse vaut 1 point en étant intacte, 3 points si elle est réparée. Si une tasse est assortie d’une soucoupe, elle multiplie sa valeur par 2 ou 3. Chaque bol vaut autant que le nombre de bols dans votre collection. La théière vaut autant de points que le nombre d’objets de votre collection avec un motif identique, etc.
La partie se termine dès lors qu’il ne reste plus assez de cartes dans la pioche pour remplir la rivière.
Le décompte des points commence. Les cartes brisées et non réparées sont défaussées. Les valeurs des céramiques, intactes ou réparées, sont additionnées.
La personne ayant le score le plus élevé remporte la partie.
C’est quoi, le kintsugi ?
Le kintsugi est un art japonais où les céramiques cassées sont réparées et sublimées avec de la poudre d’or.
Dans la philosophie japonaise, c’est l’utilité d’un objet qui en fait sa beauté. Plus un objet est utilisé, plus il a de chances d’être cassé ou abîmé. Plutôt que de considérer l’objet comme cassé et de moindre qualité, l’art du kintsugi lui apporte au contraire une magnificence ; ses imperfections sont mises en valeur et célébrées. La réparation confère à l’objet son histoire unique, le rendant plus précieux et empreint de sens.
Kintsugi, ou l’art de la résilience
« Qui veut voyager loin ménage ses blessures »
MPL – Le Mystère Abyssal (Album « l’Étoile »)
Le kintsugi est à la céramique ce que la résilience est à l’expérience humaine : la capacité à se relever des épreuves de la vie et valoriser les apprentissages des blessures pour se découvrir encore plus fort.
Comme le kintsugi, qui valorise les imperfections et les brèches d’un objet, la résilience valorise les expériences difficiles vécues qui se transforment en forces et en richesse humaine.
Dans les deux cas, cela passe par l’acceptation que la fragilité et les épreuves font partie de la vie et doivent être vécues comme telles pour se bonifier, tel le phénix qui renaît de ses cendres. Nos cicatrices, qu’elles soient physiques ou émotionnelles, font partie intégrante de notre histoire et de notre identité. Elles permettent de définir qui nous sommes vraiment et nous rappellent que chaque crise, chaque moment de douleur est l’occasion de grandir, de se reconstruire avec de nouvelles richesses, qui démontrent notre unicité, nos ressources et nos compétences propres.
La résilience et le kintsugi nous font réfléchir sur l’importance de l’acceptation de l’échec et des difficultés comme étant inhérentes à toutes futures réussites, contrairement à notre société qui tend plutôt à valoriser le zéro défaut et le succès immédiat et flamboyant et où les difficultés sont souvent perçues comme des signes de faiblesse et de honte.
La symbolique du kintsugi est un réel défi pour notre société.
Travaillant comme travailleuse sociale dans le milieu scolaire, je constate tous les jours à quel point il est essentiel de cultiver auprès des élèves, des professeurs et du personnel encadrant un environnement propice au respect des expériences, des tâtonnements et des erreurs comme faisant partie intégrante du processus d’apprentissage et permettant l’acquisition de bases solides et structurantes.
Ce jeu est un magnifique rappel que nous devons appréhender les erreurs et les épreuves de la vie comme une occasion de devenir une meilleure version de nous-mêmes, plus humaine, plus empathique et surtout plus tolérante, déjà avec soi.
En changeant notre regard sur l’échec, nous pouvons ainsi renforcer la résilience personnelle, mais également contribuer à une société plus tolérante et ouverte, où chacun peut avoir la liberté de progresser à son rythme, essayer, tenter, échouer pour finalement se relever, construire et innover.
On y réfléchit ensemble ?
Kintsugi, alors c’est bien ?
Kintsugi est un jeu de collection avec une symbolique magnifique mais qui malheureusement n’a d’original que son thème.
On peut saluer la volonté de l’éditeur Palladis Games qui met un point d’honneur à avoir une vision locale et écologique dans la fabrication de ses jeux.
Le prix est légèrement plus élevé qu’un jeu « made in China » mais pour une qualité au rendez-vous et un effort qu’il faut encourager.
Le plaisir que l’on pourrait trouver dans ce jeu de draft et de collection, entre autres à construire une belle galerie, est limité par la complexité à différencier les différentes pièces de céramique entre elles et à jongler avec leur manière spécifique de scorer. En effet, la différence entre un bol et une tasse, entre l’assiette, la soucoupe et le plateau de service n’est pas si évidente lors des premières parties. De plus, les différents modes de scoring nous obligent, une fois l’objet bien identifié, à s’appuyer régulièrement sur l’aide de jeu pour savoir si sa valeur est intéressante dans notre jeu. Ces difficultés devraient s’estomper au fil des parties mais encore faut-il avoir envie de les enchaîner, ce qui n’a pas été notre cas.
Le nombre réduit de cartes occasionne des parties rapides qui ne nous laissent pas le temps de construire une réelle stratégie. Assorti au hasard du tirage des cartes de la rivière et au sens du tour qui se modifie, Kintsugi ne donne que peu – voire pas – de maîtrise aux joueuses et joueurs ni d’opportunités à s’adapter rapidement à une nouvelle stratégie résiliente. C’est extrêmement frustrant.
Tout l’intérêt du jeu repose sur la stratégie de viser à casser ses céramiques pour pouvoir les réparer à temps et récolter des points augmentés. Mais à nouveau, ceci est rendu totalement aléatoire par le nombre de tours de jeu trop restreint. C’est vraiment dommage car l’idée est plus que séduisante, si elle pouvait tourner correctement.
Il nous reste l’envie de saper les opportunités des adversaires en prenant avant eux les cartes qui pourraient les intéresser. Mais même là, le plaisir n’y est pas.
Pour finir, le décompte des points est laborieux et ennuyeux.
Kintsugi, verdict
Kintsugi est jeu avec une thématique forte et séduisante qui n’arrive pas à ses fins par manque d’équilibre et des parties beaucoup trop courtes qui laissent le hasard mener la danse. Une bonne idée à retravailler pour la rendre fonctionnelle et agréable.
On a aimé :
- Le concept original et la symbolique forte du kintsugi
- La qualité de fabrication et l’engagement écologique de l’éditeur
- L’aspect éducatif sur la résilience et l’acceptation de l’imperfection
On a moins aimé :
- La durée trop courte des parties qui limite la stratégie
- La difficulté à différencier les pièces de céramique
- Le décompte des points laborieux (on aurait préféré compter les morceaux de vaisselle intacts !)
C’est plutôt pour vous si…
- Vous êtes fan de jeux à thème japonais et de philosophie zen
- Vous aimez les jeux qui font réfléchir au-delà du plateau
- Vous avez toujours rêvé de casser de la vaisselle sans vous faire gronder
Ce n’est plutôt pas pour vous si…
- Vous êtes du genre à jeter votre plateau perso quand vous perdez à Agricola
- Vous préférez les jeux où la victoire se mesure en territoires conquis plutôt qu’en tasses réparées
- Vous êtes un chat (on sait que vous aimez faire tomber les objets, mais là, ce n’est pas le but du jeu !)
En fin de compte, Kintsugi est comme une tasse ébréchée : il a du charme, mais il lui manque peut-être un petit quelque chose pour être vraiment parfait.
Bof bof
- Date de sortie : Juillet 2024
- Langue : Française
- Fabriqué en : France
- ITHEM : 3 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 2 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : A. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici
- Label Dé Vert : Oui ! Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
- Création : Patrick Rauland
- Illustrations : Shirley Gong
- Édition : Palladis Games
- Nombre de joueurs et joueuses : 2 – 4
- Âge conseillé : Dès 10 ans
- Durée : 15 minutes
- Thème : Asie, poterie
- Mécaniques principales : Collection, draft. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
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