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Analyses & psychologie du jeu,  Jeux de plateau

Jouer n’est pas qu’un jeu : Quand le ludique façonne nos vies

🧠 Les jeux, architectes secrets de notre monde ? 5 idĂ©es d’une neuroscientifique sur l’impact profond du ludique dans nos vies.


Jeux, dés, cartes et neurones : Je(ux) pense, donc je suis

Avez-vous dĂ©jĂ  ressenti cette Ă©trange sensation que nos compĂ©tences de jeu s’infiltrent dans nos vie quotidiennes ? Non, ce n’est (peut-ĂȘtre) pas une coĂŻncidence.

Chers et chĂšres camarades fans de jeux de sociĂ©tĂ© (et de rĂŽle !), l’article que vous allez dĂ©couvrir ici aujourd’hui nous offre une chouette perspective sur l’univers ludique qui nous captive, Ă©clate, passionne tant. Kelly Clancy, neuroscientifique de renom, nous propose une analyse approfondie de l’impact des jeux sur notre sociĂ©tĂ© et notre dĂ©veloppement cognitif.

Playing with Reality

À travers cinq idĂ©es clĂ©s tirĂ©es de son ouvrage « Playing with Reality« , Clancy explore la nature fondamentale du jeu dans l’expĂ©rience humaine. De l’instinct primordial du jeu Ă  son influence sur les mathĂ©matiques et l’Ă©conomie, en passant par son rĂŽle dans la prise de dĂ©cision et la comprĂ©hension du comportement humain, cet article offre un Ă©clairage nouveau sur notre passe-temps favori.

Pour nous, fans de jeux de sociĂ©tĂ©, cette lecture promet d’ĂȘtre particuliĂšrement enrichissante. Elle nous invite Ă  rĂ©flĂ©chir sur la façon dont les mĂ©caniques de jeu que nous manipulons rĂ©guliĂšrement ont façonnĂ© et continuent de façonner notre monde. Des rĂ©flexions qui apporteront sans doute une nouvelle dimension Ă  notre expĂ©rience de jeu. L’article est paru sur le site amĂ©ricain The Next Big Idea, nous vous en proposons ici une traduction, il pourra certainement vous intĂ©resser.

Préparons-nous à un voyage intellectuel plutÎt balÚze qui nous fera voir nos parties sous un jour nouveau et nous donnera matiÚre à réflexion bien au-delà de la table de jeu.

Une neuroscientifique nous explique comment les jeux nous ont façonnés

Kelly Clancy est une neuroscientifique qui Ă©tudie la biologie de l’intelligence. Elle a occupĂ© des postes de recherche au MIT, Ă  Berkeley, Ă  l’University College London et dans la sociĂ©tĂ© d’intelligence artificielle DeepMind. Ses Ă©crits ont Ă©tĂ© publiĂ©s dans Wired, Harper’s et The New Yorker.

Mme Clancy nous livre ici cinq idées clés tirées de son nouveau livre, Playing with Reality : How Games Have Shaped Our World (Jouer avec la réalité : comment les jeux ont façonné notre monde).

1. Le jeu est un instinct

Les jeux sont une invention extraordinaire. Un jeu – qu’il s’agisse d’un jeu vidĂ©o, d’un jeu de sociĂ©tĂ©, d’un jeu de casino ou de toute autre chose – est un agencement d’idĂ©es que le cerveau a conçu pour se donner gratuitement du plaisir Ă  partir de rien. En d’autres termes, le cerveau a créé des jeux pour se pirater lui-mĂȘme.

Nous en avons une idĂ©e depuis des milliers d’annĂ©es : l’historien grec HĂ©rodote a Ă©crit sur les Lydiens, qui auraient inventĂ© de nombreux jeux auxquels nous jouons aujourd’hui. Il affirme que les Lydiens ont souffert de 18 annĂ©es de famine. Ils alternaient les repas un jour et les jeux le lendemain pour calmer leur faim. À bien des Ă©gards, les jeux nous nourrissent.

Les jeux sont anciens. Les jeux parlent Ă  quelque chose de profond en nous, au-delĂ  du temps, de la culture et de la langue. Les gens jouent Ă  des jeux comme les Ă©checs, le go et le backgammon depuis des milliers d’annĂ©es. En fait, les jeux sont bien plus anciens que l’homme. De nombreux animaux, mĂȘme des insectes, jouent. Les animaux jouent pour exercer leurs aptitudes physiques, comme les chatons qui sautent sur les jouets pour s’entraĂźner Ă  la chasse.

Les humains, quant Ă  eux, jouent Ă  des jeux pour exercer leurs capacitĂ©s mentales. Jouer, c’est apprendre. GrĂące au jeu, notre cerveau crĂ©e un environnement sĂ»r pour acquĂ©rir de nouvelles expĂ©riences. Nous avons beaucoup appris sur le monde et sur l’apprentissage en Ă©tudiant les jeux. MĂȘme si vous ne jouez plus Ă  l’Ăąge adulte, les jeux auxquels vous avez jouĂ© enfant ont façonnĂ© une grande partie de votre façon de penser et d’apprĂ©hender le monde aujourd’hui. Les jeux ne sont pas une invention. C’est un instinct.

2. Le pouvoir des probabilités

Les jeux peuvent nous aider Ă  prendre de meilleures dĂ©cisions. Depuis des milliers d’annĂ©es, les gens utilisent des cartes, des dĂ©s et des lots pour prendre des dĂ©cisions impartiales. À l’Ă©poque biblique, les IsraĂ©lites utilisaient le tirage au sort pour rĂ©partir Ă©quitablement les hĂ©ritages et sĂ©lectionner les conscrits. Historiquement, les chefs religieux Ă©taient les seules personnes autorisĂ©es Ă  interprĂ©ter les jets de dĂ©s pour prendre des dĂ©cisions et rĂ©gler des litiges. Le mot « clergĂ© » vient du grec kleros, qui signifie « lot ou hasard ». Mais plus fondamentalement, les jeux peuvent nous apprendre Ă  mieux planifier et Ă  Ă©laborer des stratĂ©gies.

Plus rĂ©cemment, les mathĂ©maticiens ont formalisĂ© la relation entre les jeux et la prise de dĂ©cision. Les jeux de hasard Ă©taient trĂšs populaires dans l’Europe de la Renaissance, et les joueurs Ă©tudiaient les dĂ©s pour amĂ©liorer leurs chances. Cela a conduit Ă  l’invention de la thĂ©orie des probabilitĂ©s. Pour la premiĂšre fois, nous disposions d’un langage mathĂ©matique pour exprimer rigoureusement ce que nous ne savons pas, plutĂŽt que ce que nous savons. La thĂ©orie des probabilitĂ©s a alimentĂ© la rĂ©volution scientifique en aidant les scientifiques Ă  analyser des donnĂ©es rĂ©elles et Ă  exprimer les incertitudes dans leurs mesures. Alors que les gens attribuaient autrefois chaque Ă©vĂ©nement aux caprices des dieux, la thĂ©orie des probabilitĂ©s nous a permis de faire des prĂ©dictions quantifiĂ©es sur l’avenir. Aujourd’hui, il semble banal de dire quelque chose comme « Il y a 40 % de chances qu’il pleuve demain ». Mais il s’agit d’une capacitĂ© rĂ©volutionnaire. GrĂące aux jeux, nous pouvons prendre des dĂ©cisions fondĂ©es sur des donnĂ©es.

Cette rĂ©volution mathĂ©matique a touchĂ© presque toutes les disciplines universitaires et a donnĂ© naissance Ă  plusieurs nouveaux domaines. Les stratĂšges militaires allemands ont utilisĂ© les statistiques pour transformer le jeu d’Ă©checs en Kriegsspiel, un jeu de simulation de guerre utilisĂ© pour organiser des batailles. La guerre, autrefois considĂ©rĂ©e comme un art, est devenue une science, et les jeux de guerre ont aidĂ© les Allemands Ă  redessiner le visage de l’Europe Ă  la fin du XIXe siĂšcle. Lorsque Charles Darwin prĂ©parait ses travaux radicaux sur l’Ă©volution, il Ă©tait frustrĂ© de ne pas connaĂźtre suffisamment de mathĂ©matiques pour rendre ses idĂ©es plus concrĂštes. Soixante ans plus tard, les biologistes ont dĂ©couvert que les mĂȘmes mathĂ©matiques que celles utilisĂ©es pour dĂ©crire les lancers de dĂ©s permettaient de saisir le flux de la sĂ©lection naturelle. De nombreux concepts fondamentaux de l’Ă©conomie, de la science et de la mĂ©decine modernes, tels que les probabilitĂ©s, les incitations et la valeur attendue, sont issus des jeux.

3. Les gens ne sont pas égoïstes

Dans un livre publiĂ© en 1944, John von Neumann et Oskar Morgenstern ont prĂ©sentĂ© une nouvelle branche des mathĂ©matiques appelĂ©e thĂ©orie des jeux. Ils ont entrepris de rĂ©pondre Ă  une question : Comment peut-on jouer un jeu de maniĂšre optimale si l’on ne sait pas comment l’adversaire va agir ? La thĂ©orie des jeux est la tentative de von Neumann de comprendre les forces qui façonnent le comportement humain. Von Neumann, juif hongrois, a fui l’Europe en 1933, au moment oĂč Hitler prenait le pouvoir. Il Ă©tait profondĂ©ment troublĂ© par les nazis et espĂ©rait dĂ©velopper une thĂ©orie du comportement vĂ©ritablement rationnel Ă  une Ă©poque profondĂ©ment irrationnelle. Morgenstern et lui ont modĂ©lisĂ© le monde comme un jeu, avec des joueurs humains dans ce jeu. Ce cadre leur a permis de poser la question suivante : comment un joueur fait-il des choix qui maximisent ses chances de gagner ?

Autrefois oubliĂ©e des mathĂ©matiques, la thĂ©orie des jeux domine aujourd’hui l’Ă©conomie moderne. Mais la thĂ©orie des jeux n’a jamais vraiment Ă©tĂ© un modĂšle d’ĂȘtres humains. Il s’agit d’une description mathĂ©matique d’une machine Ă  gagner purement Ă©goĂŻste. Depuis, nous en avons appris davantage sur ce qui intĂ©resse rĂ©ellement les gens en comparant les dĂ©cisions prises par des personnes rĂ©elles avec les prĂ©dictions de la thĂ©orie des jeux. GrĂące aux travaux de psychologues comme Daniel Kahneman, nous savons que les gens ne sont pas rationnels au sens de la thĂ©orie des jeux. Mais ce n’est pas une mauvaise chose. Cela signifie que les gens s’apprĂ©cient mutuellement, et pas seulement eux-mĂȘmes. Les gens prĂ©fĂšrent ĂȘtre honnĂȘtes. Nous ne sommes pas des optimistes acharnĂ©s. Les neuroscientifiques ont dĂ©couvert que la socialisation est une rĂ©compense en soi. Nous jouons Ă  des jeux pour en comprendre le fonctionnement, pas seulement pour gagner.

4. Les jeux se jouent de nous

La thĂ©orie des jeux est le fondement de l’Ă©conomie moderne. C’est aussi un modĂšle fondamentalement erronĂ© de l’ĂȘtre humain. Il ne s’agit pas seulement d’un problĂšme thĂ©orique. Si nous construisons des systĂšmes en partant du principe que les gens sont Ă©goĂŻstes, nous pouvons les condamner Ă  agir de la sorte. Le cĂ©lĂšbre auteur de jeux de sociĂ©tĂ© Reiner Knizia affirme que la premiĂšre chose qu’il fait lorsqu’il crĂ©e un nouveau jeu est de trouver un systĂšme de notation. La façon dont le jeu rĂ©compense les joueurs dĂ©termine leur comportement. Prenons l’exemple du Monopoly. Pour gagner, le joueur doit se comporter comme un capitaliste avide. MĂȘme si le joueur est socialiste dans la vraie vie, il doit jouer le jeu tel qu’il est, et non tel qu’il voudrait qu’il soit. On ne peut pas gagner en partageant les bĂ©nĂ©fices ou en refusant de prendre un loyer. C’est insidieux. Aujourd’hui, les jeux sont dissimulĂ©s dans toutes nos technologies. La conception des jeux dicte la façon dont nous interagissons sur les mĂ©dias sociaux, la façon dont les applications de rencontres nous correspondent, la façon dont les entreprises diffusent des publicitĂ©s, et bien plus encore. Nous jouons Ă  des jeux cachĂ©s et sommes rĂ©compensĂ©s pour des comportements dont nous ne sommes pas forcĂ©ment fiers – en d’autres termes, les jeux se jouent de nous.

Les jeux sont comme des moulages de l’esprit. Chaque jeu est spĂ©cifiquement conçu pour diffĂ©rentes fonctions mentales. C’est aussi ce qui les rend un peu dangereux : tout au long de l’histoire, les gens ont su que les jeux pouvaient crĂ©er une dĂ©pendance. Les anciens Rajas hindous comparaient les dĂ©s Ă  une drogue. Dans la Venise de la Renaissance (oĂč sont nĂ©s les casinos), les jeux d’argent ont failli renverser la classe dirigeante, l’aristocratie jouant la fortune de sa famille. Aujourd’hui, les entreprises gamifient leurs produits pour nous garder collĂ©s Ă  leurs plates-formes. Les applications de gamification du travail poussent les employĂ©s Ă  travailler plus dur et plus longtemps qu’il n’est prudent de le faire. Nous devons ĂȘtre plus conscients de l’identitĂ© des crĂ©ateurs des jeux auxquels nous jouons et savoir si nos valeurs correspondent Ă  celles des concepteurs de ces jeux.

5. Pensez comme un auteur de jeux


Certains des plus grands penseurs de l’histoire ont promis que les jeux pouvaient nous enseigner d’importantes leçons de vie. Platon estimait que les jeux d’enfants constituaient une Ă©ducation civique importante car ils apprenaient aux futurs citoyens Ă  respecter les rĂšgles. Au Moyen Âge, les chevaliers et les nobles devaient apprendre Ă  jouer aux Ă©checs. Jouer aux Ă©checs, c’Ă©tait comme se regarder dans un miroir, car cela permettait d’apprendre Ă  se connaĂźtre. Aujourd’hui, de nombreux chefs d’entreprise jouent Ă  des jeux comme le poker pour apprendre Ă  lire les gens. L’homme d’État Henry Kissinger a affirmĂ© que les dĂ©cideurs occidentaux devraient apprendre Ă  jouer au Go pour comprendre les dirigeants chinois. Les jeux peuvent Ă©galement nous apprendre Ă  devenir de meilleurs nĂ©gociateurs et stratĂšges. Mais nous pouvons aussi prendre du recul et nous poser une question encore plus fondamentale – non seulement comment jouer Ă  de meilleurs jeux, mais jouons-nous aux jeux auxquels nous voulons jouer ? Et comment crĂ©er de meilleurs jeux ?

Par exemple, vous pouvez envisager la gestion d’une entreprise en termes de crĂ©ation de jeux. Un nombre surprenant de grands noms de la technologie ont commencĂ© par crĂ©er des jeux. L’un des premiers programmes de Bill Gates jouait au morpion. Le jeune Sundar Pichai, aujourd’hui PDG de Google, a créé un moteur de jeu d’Ă©checs. Marc Benioff, de Salesforce, a vendu des jeux comme Crypt of the Undead Ă  Atari. Vous pouvez devenir trĂšs bon dans la rĂ©flexion au niveau du systĂšme en Ă©tudiant le fonctionnement des jeux et la maniĂšre de concevoir certaines dynamiques. Ce domaine s’appelle la conception de mĂ©canismes, et les Ă©conomistes l’utilisent pour concevoir de nouvelles places de marchĂ©, des systĂšmes de vote, etc. Ils espĂšrent ainsi crĂ©er des jeux plus Ă©quitables oĂč tout le monde gagne.

Conclusion

Au terme de cette exploration fascinante des idĂ©es de Kelly Clancy, nous, joueurs et joueuses de jeux de sociĂ©tĂ©, nous trouvons face Ă  une rĂ©alisation profonde : chaque partie que nous jouons s’inscrit dans une histoire millĂ©naire de l’humanitĂ©, Ă  la croisĂ©e de la psychologie, des mathĂ©matiques et de la sociĂ©tĂ©.

Les jeux ne sont pas seulement des divertissements, mais des miroirs de notre civilisation, des laboratoires de pensĂ©e, et des outils puissants qui façonnent notre maniĂšre d’interagir avec le monde. La prochaine fois que vous dĂ©ploierez un plateau, distribuerez des cartes ou lancerez des dĂ©s, rappelez-vous que vous participez Ă  bien plus qu’une simple partie. Vous prenez part Ă  un hĂ©ritage culturel riche, vous exercez des compĂ©tences cognitives complexes, et vous explorez les nuances du comportement humain.

Cependant, cette prise de conscience s’accompagne d’une responsabilitĂ©. En tant que joueurs et joueuses Ă©clairĂ©es, nous sommes dĂ©sormais invitĂ©s Ă  rĂ©flĂ©chir de maniĂšre critique aux jeux auxquels nous jouons, Ă  leurs mĂ©canismes, et Ă  la façon dont ils influencent nos actions et nos pensĂ©es. Nous pouvons aspirer Ă  devenir non seulement de meilleurs joueureuses, mais aussi de meilleurs concepteurs de nos propres expĂ©riences de vie.

Au final, la prochaine fois que vous vous rĂ©unirez autour d’une table de jeu, prenez un moment pour apprĂ©cier la profondeur de ce que vous ĂȘtes sur le point d’entreprendre. Car dans chaque partie rĂ©side une opportunitĂ© d’apprendre, de grandir et peut-ĂȘtre mĂȘme de rĂ©inventer un petit morceau de notre rĂ©alitĂ© partagĂ©e. AprĂšs tout, comme nous l’a montrĂ© Kelly Clancy, la frontiĂšre entre le jeu et la rĂ©alitĂ© est bien plus fine qu’on ne le pense. À vous de jouer, mais cette fois-ci, avec une conscience renouvelĂ©e du pouvoir transformateur que vous tenez entre vos mains.


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