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Analyses & psychologie du jeu,  Jeux de plateau

LE TEMPS DE LIRE, ÉTÉ 2020. CHAPITRE III : COMMENT GÉRER LES JOUEURS ET JOUEUSES TOXIQUES

Temps de lecture: 5 minutes

Vous connaissez des gens qui vous pourrissent votre soirée jeux ?


Pour passer un été 2020 divertissant et enrichissant, nous vous proposons toute cette semaine quelques articles parus sur notre blog ces 10 dernières années. Des articles à lire et à relire, à découvrir et à redécouvrir.

Voici le troisième article de ce Temps de Lire, Été 2020, paru le 13 janvier 2019. Comment gérer les gens qui nous pourrissent nos parties, nos soirées jeux.


collage photo of woman

Dans notre entourage, nous en connaissons toutes et tous des collègues, des ami.e.s, des joueurs et joueuses casse-pieds. Des râleurs et râleuses, des rabats-joies, des pénibles, des gens qui nous énervent, qui nous font passer des soirées de m.

On sort un jeu de société, et quand la partie est finie, on n’aura plus qu’une seule envie, ne plus les inviter. Jamais.

A l’ère des réseaux sociaux et des interactions numériques, Whatsapp, FB Messenger, le ghosting est devenu une arme de réaction massive. Nous sommes toutes et tous à un clic du blocage.

Mais est-ce la seule, la bonne solution ?

Ne vaudrait-il pas mieux trouver des moyens plus sages pour apprendre à les gérer ?

Petite déf

Quand on parle de gens toxiques, on ne parle pas ici des personnes qui adoptent un comportement grave et illégal, tel que lié au harcèlement, à l’agression ou à la calomnie.

On discutera plutôt ici de ces gens pénibles, désagréables, qui nous dérangent, qui nous énervent, qui ont le don de nous sortir hors des gonds et encore une fois, de nous faire passer une soirée de m.

Stratégies

Quelles stratégies mettre alors en place pour que nos interactions avec ces gens tombent dans le domaine du supportable ?

Pour mieux apprendre à gérer ce type d’invité.e.s, la toute première étape consiste à faire un travail sur soi pour déterminer ce qui nous fait tiquer, sur quel bouton ils pressent pour réussir à nous énerver, et pourquoi.

Le seconde étape, en leur absence, et c’est important, c’est de penser à développer des stratégies, de réfléchir à des alternatives possibles pour éviter que l’interaction se passe mal la prochaine fois.

En leur absence. Un détail important.

Car une fois en leur présence, on a tendance « à voir rouge », on sent l’énervement monter, les viscères qui se serrent, son sang bouillonner. Le rationnel cède alors sa place à l’émotionnel, on perd ses capacités à développer des stratégies pertinentes et efficaces.

En leur présence, on a tendance à fonctionner en mode « réaction ». On réagit aux interactions, aux comportements, des réactions qu’on pourrait regretter plus tard.

Une réaction agressive, par exemple, n’est pas une bonne stratégie. Comme on dit, la colère est mauvaise conseillère, elle risque d’envenimer encore plus la relation à court et à long terme.

On le sait bien, les expériences néfastes et négatives se cristallisent avec plus de facilité dans la mémoire. Et elles ont la fâcheuse tendance à y demeurer également plus longtemps.

En d’autres termes, on se souvient plus et plus longtemps des expériences négatives.

En se comportant de manière agressive avec ce genre de joueurs et joueuses, on pourrait provoquer un risque d’escalade, qui n’augure rien de bon pour la suite de la relation.

Eviter n’est pas jouer

Et l’évitement ? Est-ce une bonne solution ?

Non !

Eviter ne signifie pas résoudre.

Un.e collègue vous énerve au boulot ? Un.e joueur.se vous énerve à la table ? Que faire ? Ne plus lui parler ? L’éviter et ne plus jouer avec ?

Cette personne arrive, je la vois, je vais donc tout faire pour l’éviter pour ne pas avoir à lui parler. On change de (rayer les mentions inutiles): couloir, trottoir, table, jeu.

C’est la solution de facilité. Celle qu’on aurait toutes et tous tendance à favoriser. A l’ère du ghosting, il n’a jamais été aussi facile d’éviter les gens qui nous énervent.

Sauf que.

Son énervement demeure, on ne résout rien.

Et pire, l’autre n’a rien fait. C’est juste sa propre conception, son image, sa représentation de l’autre qui active son propre agacement. On devient alors « victime » (OK le terme est peut-être un peu fort) de ses émotions.

Et si en 2019 on changeait ça ?

Simple comme

L’une des meilleures stratégies est d’initier une interaction positive.

Plutôt que d’éviter les personnes toxiques, pourquoi ne pas aller à leur rencontre? Aller leur dire bonjour par exemple. Ne dit-on pas justement « simple comme bonjour »? S’intéresser à eux, rentrer en relation. C’est peut-être un conseil cucul la praline mais qui a le mérite d’être constructif.

On passe alors de « victime » passive de ses émotions à acteur actif.

On prend le contrôle direct de ses émotions. Ce qui engendre une relation différente, positive et constructive avec l’autre. En tout cas dans l’instant. C’est déjà ça de gagné.

Intention VS Communication toxique

Quand l’un des membres de son entourage, collègue de boulot ou ami.e.s joueur.se.s sort une pique saillante qui vous fait tiquer, une stratégie efficace pour mieux gérer la situation est encore de séparer l’intention de la communication.

Au lieu de se fâcher à cause de la personne elle-même, pourquoi ne pas écouter, et répondre à l’intention, au message ? Sans se soucier alors du caractère peut-être agaçant du ton emprunté. Qu’est-ce qui est dit, et comment réagir, en faisant abstraction du ton, de la personne et de sa relation avec elle.

Le danger bien réel est de se focaliser sur le ton et non le message, au risque de le noyer et de l’envenimer.

Empathie et compassion

L’autre stratégie est de chercher à comprendre pourquoi. Pourquoi l’autre agit de la sorte. Qu’est-ce qui le pousse à se comporter ainsi, à se montrer… toxique ?

Depuis plus de 25 ans je travaille comme enseignant. J’ai tous les jours affaire à mes collègues, à ma direction, à mes étudiant.e.s. Certains se montrent parfois agréables et chaleureux, d’autres parfois… pas.

Et pourquoi ?

Qu’est-ce qui se passe dans leur vie qui les met dans cet état ?

Nous avons tous des collègues et ami.e.s qui sont parfois de mauvaise humeur et qui risque de vous balancer une vanne ou un mot de travers.

Plutôt que de le prendre mal, plutôt que de le prendre contre soi, faire preuve d’empathie, et encore mieux, de compassion, permet de déconstruire une relation toxique.

Et bien souvent, on se rend compte que cette réaction est systémique. Elle fait partie d’un vaste système: des ennuis au travail, à la maison, de la fatigue, des soucis de santé, une relation précédente qui s’est mal déroulée, etc. etc. etc.

Tant de facteurs sur lesquels on n’a au final que peu d’incidence et qui peuvent générer un malaise, un mal-être chez l’autre. L’empathie et la compassion permettent de désamorcer une relation toxique.

Posez une seule et simple question: que puis-je faire pour t’aider ?

Attention à l’utilisation du « pourquoi », un mot parfois intrusif qui peut-être pris comme une agression et qui risque d’engendrer une réaction défensive plutôt que constructive.

It takes two to tango

Vous voulez connaître mon secret de prof ? Celui qui me fait continuer d’aller enseigner depuis plus de 25 ans à des étudiant.e.s pas toujours motivé.e.s ? Surtout un lundi matin à 8h 😂

Cette phrase: it takes two to tango.

En tant qu’enseignant, c’est la seule et unique phrase qui me fait survivre.

Le tango se danse et se vit à deux. Ce sont les deux danseurs qui créent le mouvement, qui rythment les pas.

A deux.

Comme toute relation, somme toute.

On a souvent tendance à rejeter la faute sur l’autre. Et ça commence tôt dans la vie, je le vois déjà avec mes deux enfants de 4 et 5 ans: c’est lui, elle qui a commencé…

C’est faux.

Ce n’est jamais la faute d’une seule et unique personne, mais la « faute » des deux. Parlons plutôt ici de responsabilité que de faute. Toute relation se construit d’abord à deux, c’est une (al)chimie.

Si une personne dans son entourage est toxique, au point de nous faire passer une leçon, une soirée de m, de ruiner notre partie de jeu de plateau, de rôle, on en détient peut-être une certaine part de responsabilité.

Si l’autre réagit de la sorte, c’est peut-être que lui ou elle réagit à votre propre comportement parfois pas toujours adapté, parfois pas toujours agréable ou constructif.

Qui sait, la personne toxique est peut-être parfois un peu soi-même (aussi).

It takes two to tango.

Et vous, quelles sont vos stratégies à vous pour gérer des joueurs et joueuses pénibles, toxiques?

2 Comments

  • XIII

    Je les évite en toute simplicité.. L’univers est plein de personnes cool, alors, autant éviter celle qui ne sont pas cool. Cela évite les conflits, les prise de tête ou pire.
    Un joueur ou une joueuse a ma table est infecte, me manque de respect, se comporte de manière stupide avec moi ou les autres membres de la table de jeu, ok, j’arrête de jouer. Je demande des explications, si ce n’est pas convaincant, je me barre, il ou elle finira sans moi son jeu.
    Je n’ai aucun soucis avec ça. J’estime que notre temps est précieux et je n’ai pas envie de le gâcher avec des personnes qui sont intentionnellement agaçant, irrespectueux des autres, insultant ou toxique.

    Les mauvais joueurs, une fois identifier, idem, j’évite totalement…

    Les joueurs pinailleurs (là, tu as bougé de 1 mm de trop, là je suis à distance pour tirer à 2… alors que je vois que c’est 3 LARGEMENT) etc, ça aussi, j’évite une fois identifier. Je ne joue qu’avec des gens cool et sympathique, parce que j’estime que le jeu de « société » implique que l’on soit dans une ambiance de loisir.

    Les collègues de travail toxique, c’est différent, on n’a pas « le choix » de faire autrement que de les côtoyer. Limiter les interaction à la sphère uniquement professionnel suffit à installer une distance :

    – On utilise le « vous » dans toute les conversations.
    – On reste boulot, boulot, boulot, hors de question d’aborder des sujet personnel avec eux.
    – On est toujours respectueux par mail (bonjour monsieur machin , …. Corps du mail…. Cordialement… XIII)

    Cela permet d’instauré une « ambiance » de communication. Et si la personne « sort » de ce cadre avec une réflexion vexante, irrespectueuse, hors sujet du travail, je ne réagit pas, je ne commente même pas.

    Et si cette personne fait la moindre erreur professionnel, je la mouche à chaque fois, chaque occasion sera « la » bonne pour lui montrer ces propres limites. Et croyez le ou non, personne n’est à l’abris de faire une erreur dans le contexte professionnel.

    Donc, oui, Serge de la compta ou mon N+1 ou plus peut être toxique… mais, à terme, il le regrettera si il s’en prend à moi.

  • mangeclous

    ça me fait penser le jour ou j’ai découvert par hasard la communication non violente de marshall rosenberg. Sans en être un adepte absolu, parfois j’y pense surtout pour résoudre de telles situations ou en classe… car moi aussi je suis prof … la proportion de joueurs chez les profs serait intéressante à connaitre 🙂 )
    Pour pousser plus loin dans cette voie, si j’émet le jugement qu’un joueur est toxique, et que je pense en être responsable, cela va pas faciliter une communication de qualité avec cette personne.D’après les « principes » de la communication non violente, il est plus efficace de d’en tenir au émotions directes pour avoir une véritable empathie : est ce que le joueur ressent de la peur (peut être de paraître bête), de l’ennui (peut être parce que il se sent exclu ), de la colère (peut être parcequ’il n’est pas entendu suffisamment à son goût..). Du coup si l’on arrive à sentir qu’elles sont les émotions primaire, on va pouvoir avoir une véritable empathie et entamer la communication.

    Bref désolé pour ceux qui connaissent déjà mais pour les autres, ça peut être une piste efficace.
    ceux qui connaissent pas peuvent faire rapidement une recherche youtube marshall rosemberg, communication non violente (y a des videos traduites de ses interventions …).

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