Carson City: Le jeu de cartes. Une adaptation tiède, fade

Temps de lecture: 5 minutes

9 ans après la sortie du jeu de plateau, voici l’adaptation en cartes. Enchères secrètes, placement. Insipide

  • Date de sortie : septembre 2018
  • Auteur : Xavier Georges
  • Illustrateur : Alexandre Roche
  • Editeur : Quined Games
  • Nombre de joueurs : 1-6 (optimum 4-6. Mais vraiment)
  • Age conseillé : dès 12 ans
  • Durée : 45′
  • Thème : Western
  • Mécaniques principales : enchère secrète, tuiles / cartes

Carson City: Le jeu de cartes, de quoi ça parle?

Comme son nom l’indique, Carson City le jeu de cartes est l’adaptation du jeu de plateau éponyme du même auteur sorti en 2009

Un jeu de placement d’ouvriers qui a connu un certain succès à l’époque, avec des tuiles à acquérir et une forte interaction avec des duels et des braquages

9 ans plus tard, en 2018, c’est la version « cartes » qui sort

Du western, toujours, mais autant la version « plateau » permettait presque de s’y croire, à la tête d’une ville du far-west à développer, autant cette version « cartes » est bien fade

Et comment on joue?

Deux manches, chacune composée de deux moments, de deux mécaniques

Dans chaque manche, on utilise un deck de cartes « terrain », avec des cartes plus riches, plus complexes. On en sort quelques-unes sur la table

Chaque manche est constituée d’une phase d’enchère secrète. On commence par choisir l’une de ses cartes « enchère » face cachée, on révèle, et par ordre décroissant chaque joueur et joueuse choisit une carte « terrain »

Dans une deuxième phase, on place cette carte « terrain » devant soi pour peu à peu construire sa ville de Carson en suivant des règles de placement bien spécifique

Voilà c’est tout. Vraiment rien d’extraordinaire. On applique une formule et une mécanique éculée sans aucune surprise

Et c’est vraiment tout?

Non

En plus des cartes « terrain », à chaque tour d’enchère on sort également une personnalité. Une personnalité aux pouvoirs particuliers

Le ou la joueuse qui remporte l’enchère peut soit prendre un terrain, soit prendre la personnalité dispo

Sachant qu’on passera sa partie le nez dans les règles à chaque manche pour présenter les pouvoirs de chacune personnalité qui sort

Et comment on gagne?

Après les deux manches, une fois les deux decks épuisés on procède au décompte final de sa ville. Certaines personnalités rapportent également parfois quelques PV

Voici le décompte:

Vous l’aurez compris, ça « tire » de partout, une vraie salade de points de victoire avec des PV de tous les côtés selon les bâtiments présents sur les terrains et surtout selon les adjacences réalisées lors du placement. Placement qu’on ne peut évidemment pas modifier en cours de partie

Bref, ça part dans tous les sens, et le décompte est aussi touffu qu’indigeste

Interaction?

Très faible

La seule interaction « directe » entre les joueurs et joueuses réside dans la phase d’enchères secrètes. C’est peu. Le reste du temps, on tente de placer ses terrains de la manière la plus optimale possible le nez sur son coin de table

On peut évidemment contre-picker pour empêcher quelqu’un d’autre de prendre un terrain visé, pourquoi pas, mais cela demanderait beaucoup / trop d’observation, d’analyse et de calcul

Commençons déjà à tenter de réussir un développement « harmonieux » et lucratif chez soi, pour le reste, on verra plus tard

Alors certes, certaines personnalités viennent épicer la partie, pour rajouter une bribe d’interaction et parfois de rebondissement lors des enchères, mais c’est peu

Autant la version plateau proposait des gunfights, autant cette version cartes est froide, peu interactive

A combien y jouer?

On peut y jouer de 1 à 6

Mais

De 1 à 3, on est obligé de rajouter un certain nombre de joueurs virtuels pour arriver à un minimum de 4

Ces joueurs virtuels ont leur deck de cartes « enchère » qu’on pioche à chaque enchère, et l’attribution des cartes « terrain » se fait alors de manière automatique lors de la résolution en fonction de leur valeur

En fin de partie, les cartes « terrain » obtenues sont également décomptées, par leur placement évidemment, et un joueur virtuel peut très bien remporter la partie

Donc à 1-3 on se « bat » contre une « IA » purement aléatoire. Très, très moyen

Dès 4 joueurs et joueuses HUMAINES, on peut se passer de joueurs virtuels et là le jeu devient mieux

Alors, Carson City: Le jeu de cartes, c’est bien? Critique

Non, mais alors vraiment pas

Une belle perf de réussir à adapter un jeu de plateau en « petit » jeu de cartes, pas un exercice facile. Que garder, que changer

Mais Carson City: Le jeu de cartes se prend les pieds dans le tapis:

Pléthore des personnages aux pouvoirs spéciaux et chaotiques à la Bruno Cathala: check

Utilisation d’une mécanique-cœur éculée et sans surprise: check

Placement de cartes qui ressemblent à des tuiles pour construire un semblant de ville: check

Salade de points de victoire tellement foutraque qu’on a de la peine à tenir le compte, et qu’au final au fait un peu n’importe quoi n’importe comment: check

Joueurs virtuels indigestes à 1-3: check

Des fois, ressortir une adaptation, une autre variante d’un jeu pour le remettre au goût du jour, why not, personne n’est contre un petit coup de peinture de rafraîchissement (Caylus est en prépa chez les Space Cowboys, e.g.) et de modernisation. Mais parfois, c’est aussi bien de laisser les ancêtres dormir paisiblement. La preuve avec ce Carson City: Le jeu de cartes, insipide. Le talentueux mais bien trop rare auteur de jeu Wallon Xavier Georges nous a habitué à mieux

Score:

Anticipation: 2/5: Pas très fan des versions « cartes » des jeux de plateau, la plupart sont ratées: Caylus cartes, beurk. Stone Age Jr cartes, gros plantage, Haut Tension le jeu de cartes, dispensable etc etc Il n’y a que San Juan et Amun Re qui s’en sortent encore bien, mais ce n’est pas gagné d’avance

Pendant la partie: 2/5. Une mécanique galvaudée, un placement biscornu, des PV qui pleuvent de tous les côtés. On essaie de faire au mieux, mais c’est au petit bonheur la chance en fonction des enchères et des terrains acquis peu à peu

Après la partie: 1/5. Un sentiment de jeu touffu et inutile pour rien. On rejoue? Non, mais alors surtout pas. Avec la rentrée ludique 2018, autant utiliser son temps à jouer à de bien meilleurs jeux

Score: 2/5. Une adaptation minimaliste du jeu de plateau, mais au final, pas si minimaliste que ça. Trop de personnalités différentes, trop de PV de tous les côtés, un placement de cartes « terrain » biscornu qui au final prend un paquet de place, donc de loin pas un jeu light de voyage pratique à jouer sur un coin de banquette de train

Et encore une dernière chose

Vous cherchez une adaptation réussie d’un gros jeu de plateau en jeu de cartes? Vous pouvez craquer pour Amun-Re. Autant la version plateau est top (surtout la rééd de chez Super Meeple), autant la version cartes est aussi un franc succès. Nous en parlions longuement ici

Et sinon, vous kiffez la mécanique de jeu d’enchère secrète et vous cherchez un jeu léger et fun? Sauve Moutons est vraiment topissime. Tout petit, très malin. Avec des moutons qui prennent l’eau. En plus il a été réédite en VF il n’y a pas si longtemps. Vous pouvez le trouver ici

Vous pouvez consulter les règles de Carson City: Le jeu de cartes ici

Vous pouvez trouver Carson City: Le jeu de cartes chez Philibert ici

5 Comments

  1. Snifff, dèçu. J’avais beaucoup apprécié le plateau et attendait avec impatience ce portage. Par contre le remake de caylus (mon jeu culte et fétiche) me fait peur…. Trèèèèès peur.

    1. Oui. Il faut avoir minimum 4 personnes. Donc même à 3, vous allez devoir rajouter une IA toute moisie

      J’appelle ça du « lazy design » vendre un jeu de 1 à 6 alors qu’en réalité il n’est fait que pour 4-6

      Ou alors en pur solo

      Merci pour votre commentaire

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