Critique de jeu: Tikal 2016. Indiana Meeple Jones

Tikal est sorti en 2016. Enfin, plutôt en 1999. Enfin non, en 2016. Celui dont on va parler ici. Qui a gagné le prestigieux prix du meilleur jeu de l’année. En 1999, pas en 2016. C’est confus?

Super Meeple est cet éditeur parisien qui réédite les « vieux » jeux cultes de notre « enfance ». Comprenez par-là, ceux sortis avant Snapchat. Pour en sublimer l’expérience matérielle. Tikal est leur troisième titre, après Mexica et l’excellentissime Amun-Re.

Tikal est un gros jeu de plateau qui se joue de 2 à 4 joueurs, d’une durée de 90 minutes, créé par Michael Kramer et Wolfgang Kiesling. Ou le contraire. L’un des jeux indispensables de toute solide collection de jeux.

Et comment on joue?

A son tour, chaque joueur dispose de 10 points d’action: se déplacer entre les tuiles, mettre en jeu un nouvel explorateur, dégager un nouvel étage d’un temple (pour scorer plus de PV), pose d’un campement, prise de possession d’un temple en y posant un gardien, découvrir un trésor.

Beaucoup d’actions disponibles, sachant que certaines ont un coût en points d’action différent.

Des règles instinctives expliquées en quelques minutes. Surtout que chaque joueur dispose d’une pratique plaquette personnelle qui résume actions et coûts.

tikalplateau

Et comment on gagne?

Dans Tikal il y a trois décomptes qui arrivent comme ça, pouf. Dès qu’on sort une certaine tuile, un volcan, tous les joueurs peuvent encore jouer leur tour puis on passe au scoring intermédiaire. On remporte des points en fonction de la hauteur des temples qu’on « contrôle » avec un gardien, ou pour lesquels on détient la majorité d’explorateurs. Les trésors identiques obtenus rapportent également des points. Puis on procède à un décompte final.

Et Tikal, ça parle de quoi?

Dans Tikal, les joueurs incarnent des archéologues qui viennent découvrir les ruines de Tikal, la mystérieuse cité Maya enfouie au Guatemala depuis mille ans et découverte pour la toute première fois en 1848.

On se « prend vraiment au jeu », car toutes les impressions sont prégnantes: déplacement dans la jungle, campement, découverte des temples et de leurs niveaux, fouille des trésors. Un appel à l’aventure.

tikal_gran-plaza_temple_i

Et à combien y jouer?

Clairement à quatre. L’optimum. Pour vivre des parties plus poignantes, plus passionnantes. Comme Tikal est un jeu de majorité, à deux ou trois joueurs la tension n’est pas aussi palpable. Mais qui dit quatre joueurs, dit également temps d’attente beaucoup plus longs. Tiens, parlons-en justement.

Et il a pris un ride?

Oui.

Quand Tikal est sorti en 1999 ses deux mécaniques principales, majorité et points d’action, étaient relativement innovantes. Ce qui n’est évidemment plus le cas aujourd’hui avec l’abondance de titres similaires.

Et surtout oui, il a pris une ride, car depuis 1999, l’expérience et les habitudes des joueurs ont changé. Nous sommes de moins en moins patients. On a pris l’habitude des jeux fluides dans lesquels on attend très peu entre les tours qui se résument souvent à très peu d’actions disponibles.

Dans Tikal, c’est tout le contraire. Avec ses 10 points d’action, le tour d’un joueur peut s’éterniser. Si en 1999 c’était la norme, 18 ans plus tard, en 2017, avec l’avènement des portables et du tout-tout-de-suite, nos attention et patience ont évolué (et pas forcément dans le bon sens…). Et du coup les joueurs perdent en attention, parfois en intérêt.

A 4 joueurs, le risque c’est que le jeu tombe dans la catégorie des jeux vaisselles. Il va falloir s’armer de patience et être prêt à s’engouffrer dans la jungle et le jeu pour vivre une véritable expérience immersive et intellectuelle. Et lâcher son portable entre les tours.

tikaltemples

Et alors, Tikal, c’est vraiment bien?

Oui, grâce au matériel de 2016, surtout. Dans Tikal 1999, les temples étaient des bouts de carton qu’on empilait. Avec Super Meeple, on a droit à de la résine, donc de superbes pièces « réalistes ». En tout cas très jolies et qui augmentent la sensation de découverte archéologique. Déjà avec leurs précédents jeux, Mexica et Amun-Re, Super Meeple revisite les jeux cultes pour en sublimer l’expérience grâce à un somptueux matériel. Origames et Whatz Games sont passés par-là, et tant mieux!

Tikal, à la soirée Hygge du Bar à Jeux de Genève
Tikal, à la soirée Hygge du Bar à Jeux de Genève

Le jeu est extrêmement riche et demande d’observer le plateau avec minutie et d’optimiser son tour. Le jeu est principalement tactique puisque de nouvelles tuiles apparaissent et que le plateau évolue, et également parce que les majorités fluctuent au fil de la partie. Mais également stratégique, car il faut prévoir ses 2-3 prochains tours pour ne pas être largué. Un jeu prenant, passionnant, exigeant.

Trois soucis qui peuvent toutefois refroidir l’expérience-joueur:

L’analysis-paralysis. 10 points d’action, c’est beaucoup. Du coup, les joueurs risquent de bloquer sur les différentes actions disponibles. Comment y remédier?

Comme vu plus haut, le temps d’attente entre les tours peut s’éterniser. Une impression renforcée et flagrante en 2017. Des parties à quatre joueurs plus tendues, mais plus lentes aussi.

Les parties qui se ressemblent: déplacement-découverte-majorité. Même si la rejouabilité est forte, puisque la configuration du plateau ne sera évidemment jamais la même, le ressenti entre les différentes parties est répétitif.

Mais encore

Le jeu propose également des règles avancées, moins cohérentes avec le thème mais plus tactiques, avec une phase d’enchères en début de tour pour se partager les tuiles. On ne les tire en effet plus au hasard mais on procède à une enchère, payée en PV, pour déterminer qui prend quoi et qui devient premier joueur.

Des règles avancées qui rendent le jeu certes plus complexe mais également plus long. Comptez le double de temps de partie. Les joueurs exigeants prêts à passer 3h sur Tikal apprécieront. Les autres se contenteront de se balader dans la jungle et de découvrir les temples- Et ça suffira déjà bien ainsi.

Et sinon, en 2010 Gameworks a édité Tikal II, toujours de Kramer et Kiesling. Dans cette suite, les joueurs rentrent cette fois à l’intérieur des temples pour les explorer. Pas mal. Sans être incroyable non plus. Moins bien que le premier opus.

tikal-ii-le-temple-perdu

Et maintenant, quelle sera la prochaine réédition Super Meeple? Aucune. Enfin, pas vraiment. Mais si quand même un peu. Mafiozoo. Annoncé pour Cannes et quelques temps plus tard en boutique.

Mafiozoo, un nouveau gros jeu de plateau de Rudiger Dorn (Goa, Istanbul). Qui reprend la mécanique de majorité (encore???) de son Louix croix-bâton-vé sorti en 2004 avec un thème différent, moins aristo et plus mafioso. Et avec des zanimaux.

mafiozoo-box3d

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Vous pouvez trouver Tikal 2016 chez Philibert,

Chez Ludibay,

Et chez Ludikbazar.

7 réflexions au sujet de « Critique de jeu: Tikal 2016. Indiana Meeple Jones »

  1. Tout à fait d’accord avec l’avis de Gus; bien que ce jeu a vieilli en lien avec ses 10 points d’action et le temps d’attente entre les tours de jeu, je ne vendrais pas ma copie de 1999 tant ce fut un des jeux marquant de Kramer et Kiesling pour ma part! J’y rejouerais bien, mais bon, ce n’est pas le choix qui manque en 2017 et qui n’ont pas ce défaut! Pour Java, très bon aussi, mais encore plus « réflexif » ( donc temps d’attente aussi élevé) même si on parle que d’agir avec 6 points d’action… Mon avis quoi!

    J'aime

    1. C’est malheureusement le triste constat. Comme il s’agit d’un jeu de majorité, avoir le plus d’explorateurs présents sur les temples (les plus « lucratifs »), à 2 ou 3 joueurs la partie est moins intéressante. Et à 4, la partie est longue, lente en effet…

      J'aime

  2. je garde ma copie de 1999 perso, et j y joue une fois l’an, le matos supermeeple est classe mais la boite de 1999 n’a franchement pas à palir de sa qualité.
    Il faut y jouer presque avec un minuteur, mais je l’aime bien. Il a un aspect de bon jeu vintage.

    J'aime

  3. Jeu découvert récemment en version Super Meeple. J’en avait beaucoup entendus parlé, toujours en bien, et je n’en suis pas déçu.
    On est un petit groupe d’ami, 4, à jouer du coup la tension est bien palpable, même si le rythme est « lent » c’est encore plus immersif (et c’est nos style de jeu, Catane, Caylus, Porto Rico, comme jeux préféré dans le groupe), après tout les explorateur ne couraient pas à l’improviste dans la jungle ils prenaient leur temps, de même dans le jeu.

    En plus jouant principalement pour le plaisir (même si gagner est toujours plaisant ^^) il est fréquent de conseiller un joueur qui se pose la question sur comment mieux faire, ou atteindre telle tuiles moins chère, avec un autre point de vue c’est souvent plus simple, les temples cachent parfois les chemins où des dalles de passages.

    Après tout cela fait du bien un jeu où l’on doit prendre son temps pour jouer, ca casse le rythme de la journée.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s