Critique de jeu: Oceanos. Un jeu qui fait… Plouf?

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Mais comprenez-moi bien. Oui, Oceanos est un bon jeu. Mais… pour qui?

Oceanos est sorti en juillet 2016 aux éditions IELLO, créé par Antoine Bauza (7 Wonders), pour 2 à 5 joueurs, dès 8 ans, d’une durée de 30 minutes, et illustré par Jérémie Fleury.

De quoi ça parle?

Dans Oceanos, les joueurs incarnent des explorateurs de fonds sous-marins. Un contexte très Julesvernien slash steampunk.

Le contexte est original, et en jouant on se sent assez immergé (!) dans le thème, puisqu’on pose peu à peu des cartes comme on explorerait l’océan.

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Comment on joue?

Le jeu se joue en trois manches (oui, comme dans 7W): la surface, le milieu et le fond. Et on joue 5 tours par manche.

Au début du tour, un joueur est le dealer, il distribue deux cartes par joueur, voire 1 ou 2 supplémentaires si les joueurs ont upgradé leur sous-marin et le nombre de périscopes.

Chaque joueur en choisit une qu’il place face cachée, puis tous les joueurs, sauf le dealer, la retourne et la pose à la suite à l’étage correspondant à la manche (1: en-haut, etc). Les cartes non-choisies sont alors données au dealer qui en choisit alors une parmi toutes celles qu’il a reçues.

Chaque fin de manche on procède à un décompte de PV intermédiaire,

le nombre de poissons différents dans la ligne

le propulseur utilisé

Suivi d’un décompte final:

1PV par corail dans sa ligne la plus longue de coraux adjacents

les trésors remontés par son scaphandrier et par colonne

Et avec un autre parfum de 7W, à chaque manche, le joueur qui possède le plus d’yeux de Kraken sur sa ligne reçoit un malus.

Upgrade?

Tout le piment du jeu réside dans la mécanique d’upgrade de son bathyscaphe. Pendant la partie, on peut améliorer:

Son propulseur, et bénéficier plus de points lors des décomptes (entre 0 et 5PV)

Ses périscopes, pour recevoir plus de cartes par tour et avoir ainsi plus de choix (entre 1 et 3 périscopes)

Son aquarium, pour ramener plus d’animaux différents, et ainsi scorer plus de points par manche (entre 3 et 8 animaux différents. Qui scorent chacun 2PV)

Le nombre de ses scaphandriers disponibles, pour ramener plus de trésors en fin de partie (trésors tirés dans un sac, entre 2 et 4 PV)

Sa réserve d’énergie, pour pouvoir jouer plus de cartes par manche (entre 1 et 3).

Tout sera question de choix personnel. Plus de périscopes pour plus de cartes en main? Un plus grand aquarium pour ramener/scorer plus par manche? Riche. Malin. Simple.

Et comment on upgrade? En posant une carte qui comporte un cristal avant une autre carte (qui ne doivent toutefois pas forcément se suivre) qui comporte le symbole « upgrade ». Riche. Malin. Simple.

Attention chérie, ça va dépuncher

Comme toujours avec IELLO, les illustrations sont superbes! Mais vraiment. La couverture. Les cartes. Les sous-marins.

Le matériel est, lui, plutôt simple mais fonctionnel. Une tonne et demie de carton rien que pour toutes les parties de sous-marin de tous les joueurs. Prévoyez la journée pour dépuncher le tout.

Ou encore mieux. Faites comme moi. Faites des enfants, ils adorent ça, dépuncher (en bas âge, parce qu’après c’est foutu ils préfèrent s’envoyer des trucs semi-rigolo sur Snapchat).

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La boite ultra pleine, une fois le tout dépunché. Un joyeux bordel… Les détracteurs du thermo se réjouiront.

Interaquoi?

L’interaction est extrêmement faible. On s’amuse dans son coin de mer sans avoir à surveiller le jeu des autres. C’est tout juste au moment des décomptes intermédiaires qu’on s’époumone quand on découvre ses voisins de table vous devancer dans les points.

Mais le reste du temps, on ne peut influer sur rien. A peine sur les cartes que l’on rend au dealer, on pourrait contre-picker en draft un peu comme dans Le Petit Prince du même auteur.

Après, encore faut-il s’entendre sur la définition de l’interaction.

Alors, Oceanos, c’est bien?

Oui.

Mais non.

Mais comprenez-moi bien. Oui, Oceanos est un bon jeu. Mais… pour qui?

Tout est fait pour s’adresser à un public familial: illustrations, thème, dès 8 ans, hasard omniprésent, (relativement) peu de choix à disposition.

Mais non.

Non, car il y a beaucoup trop de choix tactiques et stratégiques à opérer pour un enfant: quel upgrade de sous-marin préférer? Quel carte poser? Et attention au Kraken. Et réaliser la plus longue ligne de coraux adjacents. Et surveiller les autres joueurs. Non, le jeu n’est pas fun pour un sou (marin. OK je sors) pour un enfant.

Alors Oceanos, plutôt prévu pour des adultes, pour des joueurs?

Mais non. Non plus.

Trop de hasard. On n’a que le choix entre 2 et 4 cartes (selon son upgrade de périscopes) à poser. Peu de choix possibles. Alors oui, il y en a quand même plusieurs, notamment sur les upgrades, justement. Mais on aura finalement très peu de liberté dans le jeu. Un joueur se lassera très vite d’avoir aussi peu d’impact sur son jeu. Au final, trop léger, le jeu sonne creux et risque de ne ressortir que rarement au profit d’autres jeux plus profilés.

Dans un marché ludique actuel (sur) abondant, par sûr qu’Oceanos ne parvienne à maintenir longtemps la tête hors de l’eau. A force de vouloir trop ménager la chèvre et le chou, de chercher à toucher un public Familial+, le nouvel Eldorado des éditeurs, Oceanos ne parvient pas à faire le grand écart. Un exercice extrêmement difficile, beaucoup s’y sont noyés (j’essaie de conserver le thème aquatique, vous aurez remarqué).

Ce qui pousse à se demander si en 2016 cette course à l’échalote a encore du sens. Faut-il continuer à produire beaucoup de jeux? Tous les jeux? N’importe quel jeu? En continuant d’alimenter un marché déjà si tendu? Rien que pour gonfler son catalogue? Pour concurrencer les… concurrents? Pour espérer décrocher la timbale avec un succès-surprise? Pour arrondir ses fins de mois?

Alors oui, Antoine Bauza est un grand auteur de jeux, mais surtout quand il vise un public en particulier (La Chasse aux Monstres, pour les enfants. 7Wonders, pour les joueurs) et qu’il évite le grand écart pour ne pas tomber le cul entre deux chaises. Le star-system a parfois ses limites. Même Gérard Depardieu a fait de la bouse (Marseille…).

Et où trouver le jeu?

Vous pouvez trouver Oceanos chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

3 Comments

  1. En effet les illustrations sont vraiment chouettes. Je l’ai vu sur le salon dijonnais Ludimania et je l’ai trouvé joli. Mais bon, je n’ai pas été tentée plus que ça. J’ai préféré jouer à Chimère… qui s’est avéré être sympa, sans plus.

  2. À mon avis tu oublies tout de même une catégorie de joueurs, certes inexistante il y a encore quelques années, mais aujourd’hui très présente (on le constate notamment sur les festivals ou dans les messages qu’on reçoit) : la famille de joueurs. Des parents qui jouent beaucoup avec leurs enfants, et qui sont justement à la recherche de jeux casual mais quand même malins, et qui n’ont pas peur de se lancer dans un truc un peu costaud si ça reste accessible pour leur petit de 8-10 ans… Pour moi, Oceanos est parfait pour cette configuration. Ou pour des adultes qui aiment bien jouer, sans être des hardcore gamers.

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