
Je m’en souviens comme si c’était encore hier. Les amis avec qui je jouais régulièrement ont jeté sur la table un soir de juin 1990 un gros classeur jaune délavé aux impressionnants anneaux métalliques accompagné par tout un fatras de dossiers et de documents divers. Et là, ils se sont écriés: « Ce soir, on se prend pour Sherlock et on part enquêter à Londres ».
Nous faisions à l’époque déjà beaucoup de jeu de rôle: du Cthulhu, du Warhammer, du Donjons et Dragons et bien d’autres. Mais là, à la vue de toute cette marmelade de papier, je me suis aussitôt dit que nous allions vivre une expérience différente. Certainement tout autant passionnante.
Et je ne fus pas déçu. Sherlock Holmes Détective Conseil (SHDC), cette formidable machine à voyager dans l’imaginaire, nous transporta dans un Londres brumeux et visqueux de la fin du 19e. Quel bonheur. Quelle aventure.
Quand au détour d’une allée à Essen en octobre 2011 je tombai sur Cyril Demaegd, patron des éditions d’Ystari, et qu’il m’annonça la réédition de SHDC décembre 2011, je voulus lui sauter dans les bras et pleurer. J’ai pris mon courage à deux mains, et très stoïque, très pro, très mâle, je n’ai fait que baver devant les illustrations, rebootées, revampées, retoutça.

A sa sortie en décembre 2011, Sherlock Holmes Détective Conseil d’Ystari est devenu une véritable claque ludique et s’est rapidement revendiqué comme un titre fort, phare, culte. Cyril a réussi à le moderniser et surtout à remettre un vieux jeu des années 80 sur le devant de la scène.
Avec la surproduction ludique actuelle, et des durées de vie de jeux qui dépassent rarement trois mois, sortir un jeu de 1981 et parvenir à s’imposer était un défi. Un pari. Réussi.
Et c’est là qu’en juin 2016 j’apprends la nouvelle tonitruante. SHDC allait ressortir chez les Space Cowboys. Avec de nouveaux scénarios. Avec un nouveau look. 5 ans plus tard, Ystari, comme les Space, écurie Asmodée, allait rééditer cette bombe et OVNI ludique.
Toute la rédaction de Gus&Co a voulu en apprendre plus. Une nouvelle édition? Qu’est-ce qui changerait? Est-ce que les « vieux » scénarios de 2011 allaient devenir obsolètes?
Bien entraînés par le jeu, nous avons alors décidé de mener notre enquête. Et de passer à l’interrogatoire. Notamment des deux suspects incriminés: Cyril Demaedg d’Ystari, toujours en charge du projet, mais pour les Space Cowboys, et bien évidemment les Space Cowboys eux-mêmes.
Qu’est-ce qui a poussé les SC à vouloir rebooter Sherlock ?
Cyril : C’est plutôt une idée générale. En fait, les gens veulent voir Space Cowboys et Ystari comme deux entités très séparées, mais ce n’est pas vrai. Ce sont plutôt deux entités indépendantes mais collaborant étroitement et partageant des ressources communes. En clair, l’idée de fusionner devait permettre à Ystari de bénéficier des ressources de Space Cowboys sur certains points pour nous libérer Thomas et moi sur les choses sur lesquelles nous sommes plus forts (c’est à dire travailler les jeux, Ystari ou SC). De ce point de vue, je pense que c’est une réussite totale. Donc le relookage de Sherlock est une décision commune.
Le jeu est maintenant assez « vieux » si l’on considère la durée de vie moyenne des nouveautés et nous avions depuis longtemps envie de lui donner un petit coup de plumeau, sans en avoir les moyens temporels. Maintenant nous avons des chefs de projet, des graphistes, un service de com et quelques moyens en plus pour refaire ce qui nous chagrinait et faire une édition encore plus belle. La version Ystari s’est vendue à plus de 65.000 exemplaires pour la boite de base tout de même, donc c’est un jeu que l’on se doit de choyer. Mais à l’époque je faisais cela tout seul et c’était donc compliqué de soigner le moindre détail à l’extrême.

En équipe, c’est beaucoup plus facile et, par exemple, ça me laisse du temps pour me consacrer à d’autres choses comme le projet 59:59 qui ne serait probablement jamais sorti autrement (ndr: 59:59 sera également un projet de jeux Space Cowboys qui sortira pour Cannes en 2017 : une escape room en cartes, avec l’aide d’une petite application téléchargeable).
Space Cowboys (SC): Cyril et Thomas travaillaient depuis longtemps avec Jérôme Ropert (l’auteur des enquêtes Jack) sur un « Sherlock Holmes Détective Conseil : Jack l’Eventreur ».
Comme ils ont la double casquette « Ystari » et « Space Cowboys » et qu’on bosse tout le temps ensemble, la chose s’est faite de manière assez naturelle. Le fait que ce soit Philippe, chez les Space Cowboys, qui gère la partie éditoriale du jeu permet à Cyril et Thomas de se concentrer exclusivement sur le développement des enquêtes. Mais finalement, tout cela est assez poreux : CROC a également participé à la finalisation du développement, Cyril et Thomas ont été partie prenante dans la recherche du nouveau concept de boîtes et dans la nouvelle présentation de la gamme, etc.).
Qu’est-ce qui sera différent dans le reboot?
Cyril : La différence est surtout graphique. Une nouvelle carte (plus jolie), un nouvel annuaire (plus grand), des journaux qui feront un peu plus « journaux » et le look global des livrets amélioré. Et l’idée de ne sortir que des boites fait que chaque boite sera un standalone (pas besoin d’avoir la boite de base pour jouer). La première boite à sortir contiendra les 6 enquêtes de West End Adventures (extension jamais traduite en français) largement retravaillée, ainsi que la fameuse campagne Jack l’éventreur. 10 scénarios inédits donc.
SC : Il y a plusieurs choses qui arrivent. Tout d’abord, il est important de dire que désormais, chaque boîte de Détective Conseil sera indépendante et contiendra 10 enquêtes, les journaux nécessaires, le plan de Londres (et parfois d’autres plans s’ils sont nécessaires), l’annuaire, etc.

Donc, c’est très simple : une boîte = 10 enquêtes et tout le nécessaire pour jouer. Plus besoin de posséder une autre boîte. Simple !
Au rayon des nouveautés, chaque boîte sera présentée dans un nouveau format « tiroir ». Et, si la boîte ne laissera rien apparaître en magasin, une fois le tiroir sorti et retourné, il sera marqué un numéro de boîte (1, 2, 3…) et la mention « solved ». Comme ça, dans votre ludothèque, vous pourrez vous vanter d’avoir résolu les 10 cas d’une boîte…ou pas.

Les autres choses qui changent, hormis le format de boîte, concernent essentiellement le design (Pascal Quidault signera chaque couverture, Neriac et Arnaud Demaegd continuant à illustrer l’intérieur avec de nouveaux dessins). Bernard Bitler a, lui, entièrement refait les plans (celui de Londres, notamment). La maquette a elle aussi changé (typo, etc.).
Enfin, désormais, si les fameuses questions auxquelles il faudra répondre seront toujours dans le livret, elles seront imprimées à l’envers et, surtout, pour chaque enquête, les réponses à ces questions seront scellées dans une enveloppe collées à la dernière page de chaque livret. Ainsi, impossible de tomber dessus durant le déroulé de ces enquêtes.
En septembre 2016 arrive donc la première boîte à sortir dans ce nouveau format : Sherlock Holmes Détective Conseil : Jack l’Eventreur & Aventures à West End. Elle contiendra 10 enquêtes. 4 enquêtes inédites à jouer dans un tout nouveau mode « campagne », qui lancera les joueurs sur les traces de Jack l’Eventreur. Ces 4 enquêtes sont signées Jérôme Ropert. Les 6 autres enquêtes contenues dans cette boîte sont des enquêtes indépendantes, présentées ici pour la première fois en français (issues des « West End Adventures » de Gary Grady et Suzanne Goldberg, parues en anglais en 1995).
En novembre 2016 sortira la réédition de la boîte originale, dans ce format « tiroir ». Là aussi, la couverture et le design sera refait.
L’année prochaine sortira une autre boîte « Carlton House & Queen’s Park » qui contiendra également 10 enquêtes, notamment celles sorties chez Ystari dans les extensions « Carlton House » et « Queen’s Park ». Là encore, la boîte sera un stand-alone : il sera inutile de posséder (ou d’avoir joué) à une autre boîte pour y jouer.
Est-ce que tous les scénarios de la « vieille » version d’Ystari seront également rebootés ?
Cyril : Après la boite « Jack » la nouvelle version de la boite de base sera lancée. Il n’y aura pas de changements hormis des corrections de typos ici et là. Bien entendu le nouveau look, la nouvelle carte et le nouvel annuaire seront inclus. Les gens qui possèdent l’ancienne boite peuvent bien entendu toujours jouer avec, elle est parfaitement fonctionnelle 😉
SC : Tous, on ne sait pas encore. Mais ceux de Carlton House, Queen’s Park et d’autres, oui. Mais à chaque fois, ils sortiront dans des recueils de 10 enquêtes et la boîte sera un stand-alone.
Est-ce que les nouveaux scénarios prévus, Jack + West End, seront compatibles avec la « vieille » version de base d’Ystari ?
Cyril : Non. Pour Jack il y a besoin d’une nouvelle carte avec l’East End et de nouvelles entrées dans l’annuaire. Mais cela n’a aucune importance de toute façon puisque tous ces éléments sont inclus dans la boite « Jack ». Donc un joueur qui à « l’ancienne version » et achète la nouvelle peut jouer sans problème sans devoir racheter le reboot de la boite de base.

SC : Inutile, car chaque boîte est désormais indépendante. Plus besoin de se demander ce qu’il faut pour jouer telle ou telle enquête : une boîte = un stand alone indépendant. Joie !
Que faut-il attendre du suivi de la gamme SHDC par les SC?
Cyril : Encore une fois, c’est plutôt un travail d’équipe donc ce n’est pas spécialement SC qui fait le suivi, mais toute l’équipe et c’est plutôt Thomas le « leader » du projet. Pour l’avenir, le projet est de sortir de nouvelles boites, toujours en standalone. Nous avons pour projet d’en sortir une par an, avec de nouvelles enquêtes. En fonction des ventes, il y aura éventuellement une boite contenant les extensions déjà sorties. Mais c’est un peu tôt pour parler de tout cela. Je peux juste dire qu’il y a 3 beaux projets en perspective dans les deux prochaines années. SHDC est loin, d’être un projet terminé.
SC : Heu…d’autres boîtes ^^? De nouvelles enquêtes ? Voire un Sherlock Holmes qui pourrait rencontrer des ennemis encore plus dangereux…L’avenir le dira…
C’est toujours extrêmement délicat pour un éditeur de se prononcer sur une date de sortie, entre développement, délais de fab et conjoncture extrinsèque (autres sorties dans la même période, événements…), mais une date déjà prévue ?
Cyril : Vers la rentrée pour Jack (il est déjà parti à l’imprimerie), et vers la fin d’année pour la boite de base. On va essayer de s’y tenir, mais maintenant il est vrai que sortir une boite de Sherlock, c’est trois fois plus de boulot que pour un jeu normal et ça mobilise tout le monde !
SC: Oui !
Septembre 2016 : SHDC Jack & Aventures à West End.
Novembre 2016 : SHDC : la réédition du jeu de base.
1er semestre 2017: SHDC : Carlton House & Queen’s Park.
Peut-on espérer un crossover Time Stories et SHDC 😉
Cyril : Qui sait ? Ce qui est sûr c’est qu’il y a des volontés pour étendre la gamme Sherlock et que cela commencera avec l’excellent Watson & Holmes (vers Novembre). J’ai également un petit projet Witness/Sherlock et on verra s’il voit le jour. Il faut que Dominique se mette au boulot 😉
SC: Non, pas pour le moment. Il y a tellement à faire dans l’un et dans l’autre, qu’avant de faire un Mash-Up, on va laisser chaque gamme vivre sa vie.
En revanche, on travaille également sur un autre jeu dans l’univers holmsien : Watson & Holmes, une traduction d’un jeu édité par Ludonova à Essen 2015, et tombé rapidement en rupture. Il s’agit d’un jeu d’enquête compétitif dans l’univers du détective. 13 enquêtes, jouables de 2 à 7 joueurs pour des parties de 45 à 90 minutes.

