Critique de jeu : Shadows over Normandie. Ca m’a bien fait marais !

 

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avant-propos

Ce jeu nous a été envoyé par le distributeur Asmodée pour test et critique sur notre site.

C’est JulienF, membre de la team Gus&Co, qui signe cette longue et riche critique. Merci à lui.

presentation

Shadows over Normandie est édité par Devil Pig Games en français  via un Kickstarter ayant engagé 1608 contributeurs et récolté 161 183 £ (environ 241 600 CHF). Le système de jeu, créé par Yann&Clem, vous permet des parties à 2-3 joueurs et chaque partie dure environ 30min, lecture et compréhension des règles non-incluses.

theme

Y a une tentacule dans ma crème normande !

Il y avait Heroes of Normandie, un premier jeu de plateau et de tuiles de Devil Pig Games, dans lequel vous pouviez revivre des batailles de la seconde guerre mondiale en Normandie (comme son titre l’indique). Puis il y avait Achtung ! Cthulhu (deux mots dans lesquels je ne sais jamais où mettre le « h »), jeu de rôle de l’Appel de Cthulhu prenant place dans l’univers de cette même guerre.  Mettez tout cela dans un grand sac, secouez bien, rajoutez une pincée de Kickstarter, chantez quelques incantations. « Iä, Iä, Cthulhu fhtagn » et de là sortira « Shadows over Normandie ».

« Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. »  Matthieu 24 :6

Alors que les alliés progressent dans le bocage Normand, la peur au ventre mais encouragés et encensés par le tonnerre des bombes, des mitraillettes, et les hurlements salvateurs des Nazis, un nouvel ennemi s’élève dans les marais ténébreux qui s’ouvre devant eux. L’ordre du Soleil Noir, groupuscule de sorciers maléfiques à la solde d’Hitler, cherche à libérer la puissance de forces démoniaques venues des entrailles putrides de la terre.

Chaque joueur pourra choisir son camp, Rangers Valeureux ou Nécromanciens Démoniaque. Quoi qu’il en soit, la bataille sera rude, et si la mort n’est pas la fin, la folie pourrait l’être.

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Y z’ont mis une idole en pierre dans ma boîte, ou bien ?

 

Une chose est certaine, rien qu’en soupesant la boîte, on ne s’est pas moqué de nous sur le matos. Bon vous allez me dire, une boîte qui pèse n’est pas forcément synonyme de bon matériel. Mais, rien qu’à voir les magnifiques illustrations sur le carton, la qualité du design, on se dit que l’intérieur doit être pas mal. En l’ouvrant, nous découvrons 6 grandes tuiles de terrain de 30x30cm, puis 6 grandes tuiles au même dimension de tokens à dépuncher : Matériel, unités, véhicules, capacités et j’en passe. Puis des dés, des cartes et des marqueurs en bois pour chaque joueur. Il y a beaucoup de matériel… peut-être trop ? Cela pourrait rebuter les joueurs lambda.

Même moi… oui même moi, pousse un petit soupir en se disant qu’il va falloir trier tout cela. Mais bon, on ne va pas se plaindre hein, on en a pour notre argent. Je me rappelle avoir eu le même effet pour Heroes of Normandie. Mais je vous avoue ne pas avoir compté les pièces pour savoir qui en avait le plus. Mais quand je prends les deux boîtes et que je les soupèse, j’ai l’impression que Shadows est un poil plus lourd. (En même temps… ca pèse, un Grand Ancien).

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Le matériel est vraiment joli. Vraiment, vraiment. Alors certes, c’est un jeu qui s’apparente beaucoup à un jeu de figurines/wargame, et pourtant ce ne sont que des tuiles. Et bien je trouve cela pas si mal. Ainsi chaque véhicule, unité, a toutes ses caractéristiques indiquées sur lui. Pas besoin d’un retour aux règles continuel si on prend le temps de bien comprendre chaque symbole.

Une tablette-résumé bien pratique se trouve à la fin des règles au besoin. Les jetons d’ordres en bois, utilisés à chaque tour de jeu donne du volume à toutes ces tuiles.

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mecanique

Chaï-Niggurath : Le bois aux milles changements.

C’est un jeu à scénario. Ainsi, en plus d’un livret de règle, vous avez un livre de campagne : « Le Bataillon Perdu ». D’autres scénarios sont ensuite téléchargeables sur le site de l’éditeur. Comme pour son prédécesseur, Heroes, vous avez toute une partie consacrée à la création de vos propres scénarios. Très sympathique et permet une excellente rejouabilité, surtout qu’on peut alors le combiner à Heroes et à ses nombreux add-ons.

L’autre jour, j’étais invité chez Gus (à jouer… pas à faire de la couture) et nous discutions de Shadows alors qu’il me faisait un Chaï au lait de noisette. Il me demandait s’il y avait de grands changements majeurs par rapport à Heroes. En fait, non, lui-répondis-je. Par contre, y a plein de petits changements qui font, intrinsèquement,  un grand changement. Oui je sais ce n’est pas très clair, et je ne suis pas sûr qu’il ait vraiment compris ce que je voulais dire. Je vais donc essayer d’être plus clair avec vous.

shadows-terrain

Il est difficile de vous parler de Shadows, sans parler de Heroes, son grand frère. Parce que finalement Shadows, ce n’est pas un add-on, c’est un jeu en soi, complet et tout et tout. Mais tout ce qu’on lui a rajouté, c’est une « histoire », une couleur, un « épisode » de la seconde guerre. Alors pourquoi pas en avoir fait simplement un add-on ? Pour les sous très sûrement… ca rapporte plus ! Et bien je ne pense pas.

Venir intégrer une mythologie aussi mythique que celle de Lovecraft au milieu d’une guerre si complexe… Ça demande au moins un nouveau jeu. Parce que cette ribambelle de créatures a un impact bien plus grand que de simples nouvelles unités. Ce n’est pas une nouvelle armée à abattre, c’est un combat qui mettra à mal vos corps, mais aussi vos âmes.

Et il y a plusieurs petits changements qui vont impacter sur vos stratégies et vos manières de vous battre. Donc en soi, c’est un grand changement, avec la même mécanique.

Je ne vais pas forcément m’étendre sur la mécanique plus précise, parce que c’est véritablement la même que Heroes of Normandie, avec quelques subtilités en plus.

Le scénario oppose toujours un joueur allié et un joueur de l’ordre du Soleil noir. A savoir que dans Shadows, il est possible d’avoir des scénarios à 3 joueurs. Et ça c’est cool !

Le jeu se joue en plusieurs manches selon le scénario et chaque manche est découpée en trois phases :

  • La phase d’ordre : Chaque joueur en secret, décide dans quel ordre il va activer ses unités. Un pion Leurre permet de faire croire à l’activation d’une unité. Petite stratégie discrète mais qui a un impact certain sur la bataille.
  • La phase d’activation : selon l’ordre du tour, chaque joueur active ses unités (se déplace, tir, se bat, meurt, devient fou etc.)
  • La phase de réserve : Permet de déplacer les unités n’ayant pas été activées. Pas de tir, ni d’assaut durant cette phase.

Et voilà. C’est assez simple en soi. Mais pourquoi un livret de règle aussi épais ? Tout simplement, parce que chaque mouvement/action doit être fait selon les règles de l’art et selon de nombreux critères, lignes de vues, terrain difficile, type d’armes etc. Cela donne aux actions un aspect très « réel ». C’est pour cela que j’aime autant Heroes, j’ai vraiment l’impression d’être acculé, d’être à découvert (ou pas), etc. Et cela se retrouve parfaitement dans Shadows.

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Passons à quelques nouveautés sympathiques.

La Fouille : Ouais ! On peut pill… pardon, fouiller. Cela permet d’avoir un terrain un peu moins vide que dans Heroes. C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité, je suis d’accord, parce que les tuiles de Heroes étaient remplies de balles perdues. Un petit sac de fouille est donc disponible pour récupérer des personnalisations ou des sortilèges. Ouais ! Une MP40 ! Ouais ! Une idole maudite ! Ouais ! Une bénédiction d’Hydra ! (Sérieux ??).

Nuit et Brouillard : Oui… forcément on se bat contre des Profonds dans des marais et des grottes… Tu t’attendais à ce que ce soit en plein soleil ? Les lignes de vues sont donc moins importantes et les unités sont vachement mieux planquées. Argh ! Au secours !

Terreur : Nous sommes dans du Lovecraft, fallait bien qu’on passe par là.  Les Rangers vont combattre des manifestations du Mythe, donc ca fait peur. On retrouve alors à faire des tests de Terreur, oui, comme dans Horreur à Arkham, ou sinon on pioche dans le sac de Folies. Oh oui, j’ai adoré avoir mon super commandant tirer la « paranoïa » et se mettre à descendre ses potes. Merci le Mythe ! Bon heureusement j’ai pas tiré « suicide ».

Les Sortilèges : Parce que le Shotgun ne suffit pas, on peut tirer des jets de flammes, invoquer du brouillard, drainer de la vie, rouiller des tanks. Faut juste ne pas avoir de marqueurs « Suppressed ». Au pire il reste des grenades.

Bref, voilà une petit preview des petits changements, mais qui changent considérablement la façon de jouer, tout en gardant la même mécanique. Donc oui, vous pouvez avoir les deux jeux, et avoir des plaisirs très différents.

interaction

Les Français parlent aux Franç… Ph’nglui mglw’nafh

Est-ce qu’il faut vraiment que je vous explique l’interaction qu’il peut avoir entre deux/trois joueurs qui veulent se mettre sur la gueule dans un wargame ?

Je vous le jure, quand vous tirez sur une autre unité, cela a un impact sur son joueur. Trèves de plaisanteries, le paquet de cartes individuelles pour chaque armée rajoute grandement à l’interaction du jeu, permettant de stopper les actions de l’autre joueurs, de rajouter bonus et malus, même s’il y a peu de différences avec Heroes.

Dans le livre de campagne, la réussite ou l’échec de la première mission, par exemple, va avoir un impact sur la suite de l’aventure. Donc si vous perdez ou gagnez ne serait-ce que la première mission, le tutoriel, carrément, cela aura un impact sur les facilités ou difficultés de votre adversaire. En conclusion, Shadows over Normandie vous fera haïr votre adversaire, quand bien même ce serait votre épouse, ou vous réjouira de voir son visage grimaçant de haine.

 

public

Mais posez ce sortilège ! Prenez un simple revolver voyons…

C’est du gros jeu, mais finalement une fois lancé, ce n’est plus trop compliqué. Donc j’aurais envie de dire que c’est du tout public dès 14 ans, comme indiqué par l’éditeur. Il faut juste que vos joueurs aient le courage de se rendre attentif une petite demi-heure pour comprendre les mécanismes. Après cela dépend de votre capacité à expliquer les règles et à savoir passer sous silence celle que l’on peut découvrir en jeu sans que cela soit préjudiciable. Et pour arriver à cela, ca va vous demander un peu de temps, parce que les règles restent touffues et malheureusement peu claires.

Mais, parce qu’il y a un « mais », c’est du Cthulhu. Il faut être un peu sensible  à cet univers pour trouver cela vraiment cool. Sinon on risque de passer à côté de quelques subtilités scénaristiques et mécanistiques. Et cela serait dommage. Donc en véritable conclusion je dirais que le jeu est réservé à un large public mais conscient du mythe. Sinon, visez plutôt Heroes of Normandie (Qui reste un p***** de bon jeu).

conclusion

C’est quoi ce gros nuage sur mon bocage ?

 En conclusion, Shadows over Normandie est un excellent jeu, car il reprend les mécanismes de son grand frère qui était déjà très bon, et y inclus un univers que j’adore, oui c’est un avis peu objectif avec brio. Créant des chouettes mécanismes qui apportent un plus au jeu. Par contre, je ne peux vraiment pas le prendre pour jouer avec ma famille à Noël… parce que ma famille n’est pas très Cthulhu.

Mais les quelques parties que j’ai déjà pu faire me donne grandement envie d’y rejouer très rapidement. Et ça c’est un excellent point !

Je ferais un Mea-Culpa en cette fin d’article, car il est vrai que j’ai beaucoup utilisé Heroes of Normandie, pour analyser Shadows Over Normandie. Mais très difficile pour moi de faire autrement tellement j’ai aimé Heroes. Mais je vous rassure, nullement besoin d’avoir joué à ce dernier pour apprécier Shadows. Ni même avoir joué à Achtung ! Cthulhu ! C’est véritablement un jeu qui se suffit à lui même.

paslike

  • Règles touffues
  • Livre de campagne un peu court
  • C’est du Cthulhu : Ca ne plait pas à tout le monde.
  • Deux nouveaux mécanismes demandent que nous mettions des tokens dans un sac. Pas de sacs à dispositions. Deux petits sacs en toiles noires, dans la boîte, auraient été bienvenus.
  • Les cartes apportent peu de nouveauté par rapport à Heroes.

like

  • Bon matériel
  • Mécanisme donnant un aspect « réel » à la baston
  • C’est du Cthulhu : C’est fun !
  • Un vrai plus à Heroes of Normandie, sans être un add-on.
  • Excellente interaction
  • On peut jouer à 3 ! Pas le cas dans Heroes.

Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert,

chez Ludibay,

chez Ludikbazar,

et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

3 Comments

  1. Oui effectivement, je parlais du jeu de base. Bien entendu il existe les exto pour « gonfler » le jeu et permettre des parties à plusieurs. Mais c’est comme le DLC, j’aime pas trop. Quand j’achète un jeu (vidéo ou non), j’aime avoir « l’oeuvre complète ». J’ai toujours du mal à imaginer rajouter des trucs. Quand c’est un oubli ou une nouvelle super idée, ça vaut la peine d’avoir un addon. Mais souvent on a l’impression que les idées sont déjà là, mais qu’on met pas tout dans le paquet, parce que ça va rapporter des sous plus tard.

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