Et on continue notre best-of de l’été.
Avec aujourd’hui un article paru en février 2013. Ca remonte à loin.
Comment expliquer un jeu. Pas facile. Nous vous proposions 10 techniques.
Présentation
Dans notre « métier de joueur » de tous les jours, nous devons forcément passer par la case « explication de jeu ». Comme gérant du Bar à Jeux de Genève et organisateur de manifestations ludiques diverses, je dois évidemment me « plier » à cette activité que je n’apprécie pas énormément, pour être honnête. Je connais beaucoup d’amis qui adorent le faire, qui préfèrent même expliquer que jouer. Allez savoir pourquoi. Quant à moi, je préfère largement jouer plutôt que d’expliquer.
Quand je dois expliquer un jeu, ce qui m’arrive finalement bien souvent, j’essaie de suivre ces 10 conseils pratiques.
Avant de commencer à expliquer un jeu, posez quelques questions à la table pour déterminer à qui vous avez affaire :noob, casual, core-gamer?
Connaître votre public vous permettra d’adapter votre champ lexical et exemples. Si les joueurs sont des joueurs avertis de deck-building à la Dominion, il vous sera alors plus aisé d’expliquer Thunderstone puisque ce jeu en reprend les grands principes (le deck-building expliqué à ma grand-mère), cela vous permettra d’ancrer les divers mécanismes.
Petit conseil, si vous avez des noobs (joueurs débutants), surtout ne jamais leur dire que le jeu que vous leur expliquez est simple. C’est un peu comme un théorème de maths (non, je ne suis pas prof de maths). L’expliquer en disant que c’est tout simple plongera l’apprenant dans un malaise encore plus grand quand il n’y comprendra rien. Ne pas comprendre quelque chose de simple est bien plus frustrant, on passe alors vraiment pour un abruti! Il vaut mieux dire que telle ou telle mécanique est compliquée et qu’il faut s’accrocher quelques instants pour la comprendre. Cela représentera alors plutôt un défi à relever pour votre public.
Bref, adaptez votre explication à vos joueurs!
J’ai souvent remarqué que les joueurs préféraient commencer par comprendre deux éléments principaux : comment gagner et comment jouer.
Comment gagner: pour la plupart des joueurs, jouer signifie gagner. On joue rarement dans l’optique volontaire de perdre. Et pour gagner il faut donc savoir comment s’y prendre pour y arriver, logique. Commencez vos explications en présentant la fin, les conditions de victoire, les buts ultimes.
Comment jouer: une fois la victoire expliquée, présentez ensuite comment jouer : faut-il lancer un dé? Jouer une carte? Placer un de ses pions sur une case?
Une fois que vous avez brièvement énoncé ces deux paramètres, rentrez dans le vif des règles.
Des expériences psychologiques ont été menées, le cerveau humain ne peut rester concentré qu’entre 7 à 10 minutes à la suite. Au bout de cette période, la concentration se relâche. Si vous devez expliquer de longues règles, prévoyez quelques mini-pauses chaque 7-10 minutes. Poser une question sur le jeu, parlez d’autre chose, présentez l’auteur, l’éditeur, l’illustrateur, allez prendre un verre de lait de soya, tout ceci permet à la concentration de se relâcher quelque peu avant d’entamer un nouveau cycle d’apprentissage.
Avez-vous déjà connu ce stress d’être au téléphone et qu’on vous dicte un numéro à appeler en même temps, sans avoir la possibilité de le noter? C’est votre mémoire vive qui est alors mise à mal. Vous devez en même temps vous concentrer sur la voix et les chiffres, vous n’avez alors qu’un seul désir, raccrocher rapidement pour ne pas oublier le numéro de téléphone.
Quand vous expliquez des règles c’est un peu la même chose, voire en pire si vous le faites dans une salle bruyante et bondée qui empêchera vos joueurs de focaliser toute leur attention sur vos paroles. Gardez cela en tête quand vous vous lancez dans une longue et fastidieuse explication.
Quand je me rends à Essen, je déteste plus que tout qu’un éditeur m’explique son jeu sans que je ne puisse le voir, le toucher en même temps. Pourquoi? Car j’ai besoin de voir pour comprendre. Quand j’ouvre un nouveau jeu, pour en apprendre les règles, j’ai impérativement besoin de faire la mise en place IRL pour avoir tout le matériel devant moi. Ça me permet alors de comprendre plus rapidement les règles puisque les mots seront alors cristallisés sur le matériel.
On dit que l’apprentissage se fait en VAK, visuel, auditif et/ou kinesthésique. Certaines personnes sont l’un ou l’autre paramètre, d’autres plusieurs en même temps. Vous limiter à l’auditif dans vos explications risque de perdre certains joueurs à la table.
Quand vous expliquez, bougez les pions, indiquez les emplacements sur le plateau, présentez les cartes.
Tout le long de vos explications, essayez d’impliquer vos joueurs. En les regardant d’abord, cela leur permettra de se sentir reconnus, donc d’avoir un contact avec vous. Essayez ensuite de leur poser des questions sur le matériel, de leur demander d’anticiper sur l’un ou l’autre élément, cela leur permettra de participer activement aux explications, donc de se sentir engagés, impliqués.
N’hésitez pas à répéter certaines explications, comme la victoire par exemple. Pour que la mémoire vive du point 4 devienne mémoire ancrée, la répétition est encore le meilleur moyen. Personne n’aime répéter mille fois la même chose, on a méchamment l’impression de perdre son temps, et pourtant c’est bel et bien le meilleur moyen pour que vos joueurs comprennent bien vos explications.
Est-ce que vos joueurs doivent impérativement TOUT connaître sur TOUT pour leur toute première partie? Est-ce qu’il est impératif que tous les moindres détails soient explicités au tout début?
NON
Simplifiez au maximum. Expliquez, mais le moins possible, juste assez pour que vos joueurs puissent faire 1-2 tours de jeu. Vous aurez alors tout le loisir de rajouter d’autres éléments au compte-goutte.
Quand j’explique des jeux à mes amis, ils ont désormais pris l’habitude de commencer à jouer très rapidement et de tâtonner, cela leur permet de découvrir le jeu en live plutôt que d’avoir à comprendre 2’000 règles (qu’ils vont très certainement rapidement oublier). Je me souviens d’une partie de 7 Wonders expliquée à la table voisine, explication qui a pris pas loin de 30 minutes, chaque carte et chaque symbole étant présenté… Pffff. Fastidieux, rébarbatif et contre-productif. Si les explications prennent plus de temps que le jeu en lui-même, c’est qu’il y a un problème quelque part.
Quand j’explique Dungeon Petz par exemple, pourtant un jeu relativement exigeant, ou Innovation, je présente les mécaniques principales suffisantes pour jouer, et hop. J’ai tout le temps de développer par la suite. Mes amis connaissent bien « mon style » et n’hésitent pas à se moquer en disant que je leur cache des règles à mon avantage pour gagner ensuite, ce que je ne fais clairement pas, car de toute façon c’est Coco qui finit par mettre la pâtée à tout le monde à la table…
Dernier petit conseil, et pas des moindres, maîtrisez le jeu. Pour partir sur les salons de jeux, notamment celui d’Essen (Essen, mais WTF?) en octobre, il faut avoir le coeur ludique bien accroché. Les gens qui vous expliquent les jeux sur les stands sont très souvent des étudiants engagés pour l’évènement, étudiants qui n’ont jamais eu l’occasion de jouer eux-mêmes aux jeux qu’ils expliquent. Et donc les règles ne sont pas toujours très exactes, le jeu risque fort d’en souffrir.
Évitez d’expliquer un jeu que vous ne connaissez pas bien, cela ne rassurera pas vos joueurs. Il vaut mieux alors prendre la règle et la lire à plusieurs plutôt que de s’aventurer dans des explications douteuses voire calamiteuses. Nous avons tous des exemples.
De nombreuses expériences psychologiques ont prouvé que le cerveau humain était habituellement capable de se souvenir de 4 éléments. Pour reprendre l’exemple du numéro de téléphone au point 4, mémoire vive, vous êtes-vous déjà posé la question pourquoi, en Suisse en tout cas, on groupait les chiffres pour en avoir au final 4 ? Petit exercice : laquelle de ces deux propositions sera la plus facile à retenir ?
A. 022 675 865 455
B. 0 2 2 6 7 5 8 6 5 4 5 5
Vous aurez très certainement répondu A, alors que se sont les mêmes chiffres, juste qu’ils sont groupés en 4 éléments. En passant, êtes-vous capables d’énumérer TOUS les 7 nains de Blanche-Neige? Les 7 couleurs de l’arc-en-ciel? On parvient finalement à n’en donner que 4.
Quand vous expliquez les règles d’un jeu, gardez cet élément en tête. Concentrez-vous sur 4 mécanismes au plus, charger le navire ne fera que noyer vos joueurs.
Que pensez-vous de ces 10 conseils? En auriez-vous d’autres?
Si jamais ça peut vous intéresser, dans un précédent article, nous proposions quelques idées pour rédiger une critique de jeu.
Les dix conseils





















