Classcraft, gamifions l’éducation. Ou la dérive du grand n’importe quoi.

Un enseignant canadien de physique a mis en place tout un système gamifié, ou ludifié, de l’enseignement. En gros, pour chaque activité et attitude des élèves, ceux-ci reçoivent, ou perdent des points d’expérience, de pouvoir et de vie.

points

Si les joueurs élèves perdent tous leurs points de vie, ils peuvent même « mourir », i.e. qu’ils leur arrivent des « bricoles » : retenues, moins de temps à disposition pour faire des exercices, etc

mort

Le tout est extrêmement riche, et complexe, avec également un système de pouvoirs, de personnages, de niveau, et même des événements aléatoires plus ou moins chaotiques / fun. Même la BBC en a parlé, le Courrier International ainsi que la Tribune, le journal québécois.

mage

Grand fan de jeux vidéo, et de jeux de rôle, surtout, ça me donne furieusement envie d’essayer le concept.

Sauf que non.

Car je suis un pédagogue et éducateur avant d’être animateur. L’école n’est PAS le lieu dans lequel on doit s’immerger dans un jeu vidéo, c’est un lieu dans lequel on apprend, on grandit, d’où le terme « élève » d’ailleurs. On peut bien évidemment jouer, si cela apporte quelque chose à l’apprentissage, comme pratiquer la langue (rien de tel qu’une bonne partie de Rencontre Cosmique ou Resistance en anglais) ou mieux comprendre et simuler un concept en géographie ou économie. Le jeu devient alors support didactique.

Sauf qu’avec ce système de points, on enlève le goût d’apprendre à l’élève pour lui donner le goût de gagner, de progresser, non pas dans son apprentissage mais dans le jeu.

Quel est le but ultime de Classcraft? Motiver les élèves, en les immergeant dans un jeu vidéo grandeur nature? Malgré son aspect complexe de gestion de points, Classcraft reste un moyen très simple pour motiver ses élèves, leur donner envie d’arriver à l’heure, de faire leurs devoirs (terme horrible d’ailleurs, les « devoirs », on devrait plutôt dire des « opportunités »). Le goût de la branche, de l’apprentissage est vite remplacé par le plaisir du jeu en soi. On va à l’école non plus pour apprendre mais pour jouer. Et les élèves sont constamment placés dans une dynamique de gratification, la carotte, et de punition, la carotte. J’ai entendu le mot « manipulation » au fond de la salle.

L’enseignant québécois a même mis en place un système de punition collective anti-pédagogique au possible (mais très courante dans les écoles de police et à l’armée. Ce qui veut tout dire…)

collectif

Les élèves ne font plus rien sans récompense, le plaisir est remplacé par l’appât du gain. Il faudra donc constamment « payer » ses élèves pour leur travail. Le jeu les motive, certes, mais pas à étudier, juste à faire ce qu’on leur demande. Fais-ceci et tu obtiendras cela. Ou comment déshumaniser les élèves pour en faire des ânes devant leurs carottes. Tout ça me semble bien extrinsèque et pas du tout intrinsèque, le plaisir vient de l’extérieur.

A Genève, une enseignante avait lancé l’année passée un système presque similaire, quoique moins riche et ludique, les « frêles », pour francs-élèves. Quelques mois plus tard, à cause du battage médiatique et de sa direction, l’enseignante a dû mettre fin à son expérience. J’imagine la tête des élèves quand l’enseignante leur a alors annoncé qu’ils allaient désormais faire leurs « devoirs » SANS recevoir de francs-élèves…

Ce qui est intéressant avec ce genre de dérive en gamification, c’est qu’on pense avoir trouvé LA solution pour (re)donner goût aux élèves. Plutôt que se poser la question de savoir pourquoi un tel élève arrive en retard, ou n’a pas de bons résultats, ou présente un comportement inapproprié, on préfère l’immerger dans une aventure épique, virtuelle et ludique.

Et là je suis pris d’une terrible envie de sortir une phrase généraliste à deux francs (ou deux euros, pour nos lecteurs européens): aujourd’hui notre société se doit de foncer, vite, s’il y a un problème, il faut trouver des solutions, vite, même si ces solutions n’en sont pas, plutôt que de s’arrêter deux minutes pour réfléchir au problème. On pense « médicaments » sans véritablement prendre le temps de chercher à comprendre ce qui ne va pas.

Classcraft est symptomatique de cette société qui ne prend plus le temps de s’arrêter et qui pense plus en terme de production et de rendement qu’en terme d’humanité, et là je sens que j’ai perdu la moitié de mes lecteurs en sortant le terme « humanité ». Laissez tomber ce paragraphe en fait.

Après, en relisant mon article, je me demande quand même si je ne suis pas devenu un vieux con qui trouve que les jeunes font vraiment n’importe quoi aujourd’hui…

Classcraft, la présentation du concept, telle que décrite sur le site officiel:

Pendant un cours, l’enseignant joue le rôle de maître de jeu. Les étudiants peuvent lui dire les actions qu’ils veulent effectuer et l’enseignant saisit l’action dans la plateforme. Pour un cours d’une heure, la gestion du jeu occupe environ 5 minutes. Notre expérience montre que les étudiants ET étudiantes sont très motivés à bien réussir dans le jeu. L’incitatif à acquérir de nouveaux pouvoirs qui agissent sur le vrai monde et le risque découlant de la possibilité de mourir sont des factures qui rendent le jeu motivant. À notre connaissance, Classcraft est le seul jeu en éducation qui transforme complètement la classe en un énorme jeu. De plus, Classcraft ne dépend pas de la matière, c’est-à-dire qu’il peut être joué dans n’importe quel cours. Un autre avantage, c’est que le jeu peut être implémenté sans que tous les étudiants aient à jouer; les étudiants (environ 10%, jusqu’à maintenant) qui ne désirent pas jouer ne sont pas obligés de le faire.

Le règlement du « jeu »

Qu’en pensez-vous? Classcraft, vraie ou fausse bonne idée?

Auriez-vous aimé apprendre avec pareil système? Seriez-vous prêt à le mettre en place, ou au contraire l’éviter? Laissez un commentaire et vous gagnerez 10 points ainsi que 10 minutes supplémentaires de pause-pipi.

Et si jamais, sur le même sujet, vous pouvez lire :

Peut-on motiver sans récompenser?

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Ou aussi

Gamification, et si nous faisions-nous fausse route?

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39 Comments

  1. Il faut arrêter avec la conversion 1€ = 1 franc suisse! Si on prend l’ancien taux de la blague à 10 balles (franc français) on est plus dans les 1€50, soit un peu moins de 2 francs suisse… Donc pas à 2€!

    […]

    Plus sérieusement, l’article me fait encore réfléchir sur comment transmettre sans carotte, merci.

    1. Ha ben non justement Jean, c’est le piège ultime. On pense que, alors qu’il n’en est rien.

      L’élève ne fait pas son boulot parce qu’il a envie d’apprendre mais parce qu’il a envie de gagner des points, grosse nuance.

      Et il fera tout pour faire un travail rapide, bâclé, juste pour gagner des points plus facilement / rapidement. Logique.

    2. Finalement est ce que ce n’est pas juste un règlement intérieur remis en forme de façon ludique en offrant d’autres options, motivations/manipulations que simplement appliquer bêtement ?

      La punition collective a généralement pour objectif de renforcer l’esprit d’équipe et de motiver le groupe à se sentir concernés à la résolution du problème et/ou de créer chez celui qui crée la punition collective à se sentir responsable envers le groupe et à ne pas vouloir s’attirer les foudres du groupe. La deuxième partie n’est pas forcément positive, mais je pense que pour un professeur il doit être intéressant que l’ensemble de la classe se sente concerné pour avoir de bonnes conditions d’apprentissage et s’implique pour que le règlement soit appliqué même si c’est au travers d’une manipulation qu’ils sont impliqués 😛

      1. Ha non, la punition ne renforce pas du tout l’esprit d’équipe, bien au contraire, elle nuit au groupe puisque toute la « haine » sera tournée contre le membre qui aura « fauté ».

        Une « punition » collective devrait être administrée et gérée par la collectivité elle-même, pour prendre ses responsabilités, pas par une autorité souveraine extérieure, exemple officiers / enseignants.

        Je connais un collègue qui grappille quelques minutes de pause à toute la classe si un élève arrive en retard. Vous pensez bien que cet élève n’est pas apprécié par le groupe par la suite.

        Et quel est le but-même d’une punition? Je préfère parler de sanction. Humilier? Ou faire grandir?

      2. oui la deuxième partie sur la punition était le point négatif que je soulignais. C’était très pratiqué ils fut un temps et gardé dans les systèmes autoritaires que tu cites (armée police) qui n’ont pas évolués et qui ont pour objectif de modeler à une autorité.

  2. J’ai l’impression de lire un article passéiste et surtout hypocrite. Pour avoir ces derniers temps lu quasi intégralement le site classcraft.com, je ne retrouve ici que des bribes sorties de leur contexte et trop souvent réorientées. Je n’ai pas l’impression de trouver une lecture objective qui présente un projet original qui, certainement, ne plaira pas à tous, mais qui a au moins le mérite d’exister. La réponse à l’argument sur la punition collective me fait également bondir : la punition collective est d’abord et avant tout une sorte d’épée de Damoclès car elle a surtout une fonction préventive. En tant qu’enseignant, je ne m’interdis pas forcément d’y avoir recours même si je reconnais que sa valeur éducative est clairement à remettre en question. Mais elle permet de responsabiliser un groupe aussi. Ici, un personnage qui meurt pénalise son groupe. Donc il est de la responsabilité du groupe de veiller à la survie de chacun. Et justement, les Prêtres ont la possibilité de le faire, mais les Guerriers aussi, bref tout est conçu pour avoir une vision à la fois stratégique et collaborative.
    Ce que j’aime moins par contre, ce sont les événements qui « tuent » arbitrairement un joueur au hasard (quoiqu’il y ait une possibilité de résurrection immédiate, mais à haut niveau uniquement).
    Je ne prétendrai certainement pas que ce type de projet est la panacée et répondra aux attentes des élèves en terme de motivation, mais je suis persuadé d’une chose : c’est un prof passionné qui fait un cours passionnant (pour au moins une frange de la classe). Et si le prof se passionne pour ce type de projet, il ne peut que transmettre cette passion à une partie de ses élèves.
    Car l’école n’est PAS un lieu de transmission du savoir. Elle est un lieu ou un enfant devient adulte, s’épanouit, se découvre, se forme, et NOTAMMENT par le savoir, mais aussi par l’attitude, la curiosité, les interactions avec des adultes et des pairs.
    Alors je trouve triste d’abattre aussi facilement un projet qui a le mérite de naître et de plaire à certains (il est clairement indiqué sur le site qu’environ 10% des élèves ne prennent pas part à Classcraft et cela ne change rien pour eux en classe) avec des arguments qui me paraissent parfois plus que légers, presque fallacieux et, au risque de me répéter, passéistes.

    1. Passéiste et hypocrite ??? Hein ?

      Merci Jin pour votre commentaire à chaud, et virulent.

      Mais non, mon article ne se veut pas passéiste mais au contraire réflexif. Nous en avions déjà parlé longuement ici : http://gusandco.net/2013/01/17/gamification-et-si-nous-faisions-fausse-route-recompenser-ou-punir/

      Et surtout je ne peux que vous conseille de dévorer le livre de cet éducateur américain qui cite de nombreuses études psychologiques fort intéressantes : http://www.alfiekohn.org/books/pbr.htm Punished by Rewards, ça veut tout dire !

      Comment ça l’école n’est PAS un lieu de transmission du savoir ? Pas du tout du tout? Et les savoir-vivre, savoir-être, savoir-faire alors? Mais vous le dites à juste titre, l’enfant grandit, s’élève. Par l’apprentissage de beaucoup de choses, et pas seulement le nom de la capitale de Prague.

      Maintenant, en ce qui concerne le coup de la passion, je crains que l’enfer est pavé de bonnes intentions… (j’adore cette expression). Ce n’est pas parce qu’on est passionné qu’on a tout juste. J’ai même envie de dire ce soir, bien au contraire. Car la passion vient du coeur, des émotions, des envies, très rarement de la raison. Et un enseignant est un professionnel, il se doit de maîtriser des compétences, comme un neurochirurgien ou un électricien. L’empirique et le fun en éducation peut parfois avoir de lourdes conséquences, cf Classcraft. La preuve, comme citée dans l’interview de l’enseignant dans le Courrier International : http://www.classcraft.com/wp-content/themes/woc.com/library/images/Courrier%20International.pdf qui finit par dire dans le dernière paragraphe que les élèves ne font plus rien sans points. C’est nuuuuul. Et juste le plaisir de faire, rendre service par pure générosité dans tout ça ? L’enseignant dit être victime de son succès. Non, il se fourvoie, il est victime de son manque de reflexivité. Encore une fois, je vous renvoie vers l’ouvrage d’Alfie Kohn.

      Et Classcraft n’est PAS de la gamification mais du pure behaviorisme, grosse grosse nuance. Voir la vidéo The Skinner Box d’Extra Credits http://gusandco.net/2013/01/17/gamification-et-si-nous-faisions-fausse-route-recompenser-ou-punir/

      La gamification, c’est ludifier le cours / l’environnement, i.e. le rendre ludique, fun. Pas juste au moyen de points mais en y plaçant une activité intrinsèque motivante, genre les escaliers en piano en Suède http://www.youtube.com/watch?v=2lXh2n0aPyw.

      Et toute dernière chose, désolé je me sens d’humeur taquine ce soir, utiliser la punition comme épée de Damoclès est un moyen didactique très dangereux et très peu formateur. Les élèves se comportent d’une certaine manière par PEUR d’être sanctionnés, sans véritablement réaliser le souci de manière intrinsèque. C’est le bâton. Tout aussi malsain que la carotte au final. On ne fait pas grandir l’élève, le but premier de l’école comme vous le dites, d’où le terme d’élève encore une fois, mais on l’enferme dans un cadre dans lequel il n’a pas la possibilité de prendre conscience des attitudes / apprentissages. Il ne fait que se plier à l’autorité. Est-ce vraiment cela, grandir?

      Le problème

      1. La lecture que vous faites de ce projet me paraît en effet soit tronquée soit hypocrite (si c’est en tout cas une volonté de transmettre des points négatifs que je ne nie pas du tout sans mentionner des points positifs qui sont souvent liés à ce que vous jugez négativement). Il n’est pas difficile de trouver tout et son contraire dans des recherches comportementalistes ou pédagogiques. J’ai fait suffisamment de formations et ai côtoyé assez de « professionnels » pour avoir entendu le rouge, le noir, le bleu, le vert… et le reste.
        Ce que je regrette dans cet article, ce n’est pas l’avis, que je respecte, mais bien la communication qui – ai-je l’impression – se revendique objective mais qui ne l’est pas.
        L’enfer est pavé de bonnes intentions? Et quelle est la vôtre en écrivant cet article? Quelles sont vos bonnes intentions « infernales » dans votre métier? Je n’ai pas peur de dire que j’ai essayé des choses, qu’elles n’ont pas toujours fonctionné, qu’elles ont pu convaincre certains élèves, et d’autres pas du tout. Je me remets souvent en question. Et Classcraft aura au moins déjà eu cet impact positif de me remettre en question autrement, en imaginant d’autres choses par rapport à des soucis que je peux connaître (et qui sont, je crois, communs à la majorité des profs parce qu’ils touchent la motivation des élèves).
        Ensuite, pour revenir sur le terme de passéiste et sur la transmission du savoir, je fais déjà la distinction entre le savoir et tous les « savoir-… quelque chose » (savoir-faire, savoir-être, etc.). En effet, le savoir se distingue des autres par ce qu’il a de théorique et de « par coeur ». Des formules, des définitions, des connaissances. Le savoir-faire peut être appelé compétence, pratique. Le savoir-être : attitude, comportement. Aujourd’hui, croire que l’école est un endroit qui ne transmet que des savoirs ou réduire l’école à un lieu de (simple) transmission de savoirs est à mes yeux passéiste. Est-il utile de savoir comment l’on écrit le mot « chrysanthème » si l’on a appris à douter de son orthographe et à se référer à un dictionnaire lorsque le doute nous assaille? Je n’ai personnellement aucune fierté lorsqu’un élève sait écrire un mot difficile, mais bien plus lorsqu’il ouvre de lui-même son dictionnaire pour se corriger.
        Mais sans doute est-ce une bonne intention qui pave l’enfer. Encore une fois, on peut trouver des vérités et des mensonges parmi la sagesse populaire comme chez n’importe quel expert.
        L’école reste également un microcosme. La société fonctionne sur le mode du bâton, le code de la route en est un bel exemple. Ce qui est important, ce sont des règles claires, transparentes et qui limitent clairement le sentiment d’injustice (fortement présent dans les punitions collectives, ce qui explique que je les rejette par définition, sans nécessairement les exclure de mon panel éducatif). Finalement, est-il important de savoir si je respecte les limitations de vitesse par peur de recevoir une amende ou bien par conviction qu’il s’agit d’une mesure juste? L’essentiel n’est-il pas que je sois capable de freiner si quelqu’un traverse soudainement la rue? Bien entendu, en classe, il faut pouvoir expliquer les raisons de telle ou telle décision, de telle ou telle mesure, ne pas menacer et appliquer arbitrairement et aveuglément.
        Encore une fois, votre dernier paragraphe confirme mon idée que vous avez votre avis forgé par avance et que vous utilisez les arguments sans nuance pour asséner des vérités, souvent bien documentées, mais pas toujours pertinentes parce qu’elles sont bien trop généralistes. Presque manichéennes.
        Cela vous paraît-il vraiment néfaste ou ridicule que des élèves apprécient de venir en classe et soient motivés par un projet comme Classcraft? D’après ce que je lis, j’ai l’impression que c’est le cas, et cela me paraît regrettable.

      2. Merci pour tous vos commentaires Jin, un réel plaisir d’argumenter.

        « Cela vous paraît-il vraiment néfaste ou ridicule que des élèves apprécient de venir en classe et soient motivés par un projet comme Classcraft? »

        Je suis un enseignant avant tout. Et joueur. J’organise d’ailleurs un cours de jeux au lycée. Dans lequel les élèves étudient les stratégies, les différents jeux, etc. J’essaie également de faire intervenir le jeu dans la plupart des mes cours par exemple, notamment en anglais http://gusandco.net/2011/12/15/developper-son-apprentissage-des-langues-etrangeres-en-jouant/ J’adore le jeu, et je lui trouve énormément de points positifs, comme il est prouvé qu’il augmente le QI http://gusandco.net/2011/05/07/jouer-augmente-le-qi/ (bien que le concept de QI est largement dépassé, vous l’admettrez aisément).

        Mais maintenant, avec Classcraft, on essaie d’insérer un « jeu », plutôt une manipulation, pour inciter l’élève à, non pas étudier, mais à s’amuser. Doit-on alors étudier SANS s’amuser, s’intéresser, se passionner? Certes non. Mais la motivation doit venir de l’élève, et non pas être stimulée par un « jeu » avec un système de points à la wtf et des évènements aléatoires ridicules.

        « Cela vous paraît-il vraiment néfaste ou ridicule que des élèves apprécient de venir en classe et soient motivés par un projet comme Classcraft? »

        Oui, et mille fois oui ! Car les élèves ne seront PAS motivés par l’école, par les savoir, mais par le jeu. Et les études, devoirs, comportements, deviendront rapidement des obstacles qui se dresseront devant eux pour leur empêcher de remporter des points et progresser.

        Je vous renvoie encore une fois, oui je sais je me répète, vers Alfie Kohn, qui donne l’exemple des brocolis et de la glace. Dites à un enfant que s’il finit ses légumes il recevra une glace. Résultat des courses : au lieu de lui faire aimer les légumes il les détestera encore plus, car vous lui ferez comprendre que les brocolis sont tellement dégueux qu’il aura besoin d’une sucrerie / cadeau pour les faire passer. Vous renforcerez une appréhension de base. Au lieu de lui faire comprendre, par lui-même, que les légumes sont sains, et bons.

        Classcraft, c’est la glace. Sans points, sans niveaux, sans « fun », l’école et les apprentissages sont juste… chiants. QUOI ??? Et comment alors étudier sans points?

        Alors oui, un enseignant peut (doit?) rendre ses cours passionnants, captivants, mais la « cosmétique » de Classcraft est juste là pour renforcer l’idée que l’école, c’est rébarbatif. Pour un enseignant, il se tire une balle dans le pied et il donne justement ce message aux jeunes. Encore une fois, il ne motive pas ses élèves, il n’est pas du tout question ici de motivation, mais bel et bien de stimulation extérieure. L’élève devient un pion dans un système, la carotte, le bâton, tout ça. Pourquoi ne peut-il pas grandir et réaliser ses objectifs par lui-même? A-t-il toujours besoin de l’adulte pour avancer? Quel genre d’adulte deviendra-t-il, dans l’impossibilité d’effectuer n’importe quelle tâche sans rétribution?

        Bon d’accord, j’ai tendance à peindre le diable sur la muraille. Mais : « cela vous paraît-il vraiment néfaste ou ridicule que des élèves apprécient de venir en classe et soient motivés par un projet comme Classcraft? » OUI, je trouve ça néfaste, car la mission première de l’école est péjorée au profit d’un « jeu ». Et quelles compétences sont enseignées par ce jeu? L’obéissance aveugle à un système, puisque tout est règlementé et géré par un enseignant / programme? Les apprentissages sont profonds, et fertiles, quand ils sont motivés par l’élève lui-même. On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, tout ça. Classcraft essaie juste d’éviter de se poser la question ultime du pourquoi: pourquoi un tel élève n’est pas motivé, ou arrive-t-il en retard, ou présente-t-il des attitudes négatives / irrespectueuses.

        Classcraft, encore une fois, est purement cosmétique, et enlève toute humanité à l’élève qui perd choix, décisions, liberté, pour se fondre dans un moule de points et de niveaux au profit d’une progression de son personnage et non pas de son cursus scolaire.

        Maintenant, pour couper court à tout ce blabla, disons juste qu’on est d’accord sur notre désaccord. Vous me trouvez trop radical, mais mes 19ans de carrière dans l’enseignement , et beaucoup d’expérimentations très WTF m’ont offert une certaine expérience que je laisse transparaître dans cet article.

        Si vous êtes, vous aussi, vieux / jeune prof, vous avez certainement fait vos propres expériences. Souvent empiriques, quelques fois désastreuses.

        Plus que jamais, j’essaie d’accompagner l’élève dans sa démarche de compréhension et de recherche de motivation, et pas que ça vienne de l’extérieur. Je considère mes élèves comme des acteurs actifs de la société, et non pas comme des consommateurs d’un système, certes bling-bling et épique comme Classcraft, mais consommateurs tout de même.

        Mais je suis le premier à utiliser le jeu en cours, encore une fois, d’ailleurs je suis également formateur d’adultes dans ce domaine-là, pour autant qu’il apporte un réel plus à la didactique de la branche : pratique de la langue, explicitation et / ou simulation d’un concept. Classcraft n’est PAS un jeu, il est un moyen de manipuler les élèves pour les faire agir comme on aimerait qu’ils le fassent, tout en transférant / rejetant son autorité d’enseignant (par peur de l’assumer???) sur un système de BLAP (bonus-level-accomplissements-points).

        Maintenant loin de moi de me considérer comme le meilleur prof dans l’univers. De 1, je n’ai pas de cheveux, de 2 j’ai des chats, mais de 3 je lis énormément d’ouvrages en psychologie et pédagogie pour essayer de me tenir à jour sur les théories actuelles. Et la gamification extrinsèque, comme ici avec Classcraft, représente un moyen, certes facile et alléchant, mais « dangereux ». OK dangereux est peut-être exagéré.

        Vous n’êtes toujours pas d’accord avec moi Jin? Et toujours aussi agressif à l’égard de mon article? Je vous conseille encore une fois de relire le dernier paragraphe de l’interview de l’enseignant dans le Courrier International pour comprendre la voie sans issue de sa pédagogie. Et l’énormité du désastre…

      3. En effet, je crois que nous sommes d’accord sur notre désaccord 🙂 C’est déjà ça, me direz-vous. Il y a néanmoins dans vos propos tant de jugements et de certitudes, un classement entre ce qui est « bon » et ce qui est « mauvais ». Si je devais pousser votre raisonnement un peu plus loin, l’on pourrait aisément considérer qu’un prof qui tente de faire rire les élèves avec des phrases d’exercices comiques serait un dangereux démagogue (les élèves ne retiendraient que la blague, et pas la règle d’accord qui sert de base à cette phrase-prétexte). Bref, revenons-en à « Pierre mangue une pomme » – « La pomme que Pierre a mangéE vient de son verger ». Passéiste, toujours, à mes yeux.

        « […] la question ultime du pourquoi: pourquoi un tel élève n’est pas motivé, ou arrive-t-il en retard, ou présente-t-il des attitudes négatives / irrespectueuses. »
        Si je suis entièrement d’accord avec vous, il est également idéaliste de croire qu’un enseignant a toujours un moyen d’action là-dessus. Un adolescent qui vit un problème familial, qui est dans une spirale de l’échec depuis trois ans, qui désire suivre un autre type d’enseignement, qui vit une rupture amoureuse difficile, qui se fait racketter régulièrement… et qui ne se confie pas à son prof : que peut faire ce dernier pour l’aider?
        Un professeur n’a, finalement, qu’un impact relatif dans la vie d’un adolescent (impact que le prof essaie souvent de rendre plus important, par arrogance peut-être, par espoir d’avoir pu aider à grandir des adultes en devenir, certainement). L’une des questions ultimes que l’on pourrait aussi se poser est : « Que retiennent les élèves de nous, profs? » Pas souvent ce que nous souhaiterions qu’ils aient retenu, d’ailleurs.

        Ce débat me fait penser aux procès que l’on a intentés à « Harry Potter », certains profs/parents désespérant de voir des enfants plonger dans une littérature aussi… simple. Si cela leur a donné le goût de lire, pourquoi pas? C’est sûr qu’en comparaison de Camus, Corneille ou Verlaine, c’est sans doute « moins bien, moins beau ». Mon point de vue est plus simple : un enfant qui a eu le plaisir et le courage de lire tous les romans d’Harry Potter pourra peut-être un jour lire et comprendre de grands auteurs plus « classiques ». Un enfant qui n’aura même pas eu envie d’ouvrir un Harry Potter aura peu de chances de le faire.

        Étant père moi-même, je conçois aisément le problème qu’il y a à offrir une glace après les brocolis. Mais le souci n’est pas à mes yeux dans le fait d’utiliser une carotte : il serait plutôt dans la systématisation de ce procédé. Il est normal de fonctionner par récompense dans une éducation, car un enfant a besoin de comprendre pourquoi son effort est apprécié, et à quelle mesure il l’est. Il serait anormal que mon fils me réclame sa glace traditionnelle après ses brocolis, mais il ne me semble pas insultant pour son intelligence et son autonomie en devenir de lui offrir un petit dessert s’il a bien mangé toute son assiette.
        Bref, tout est dans la nuance, encore une fois, ce que je ne perçois ni dans votre article, ni dans vos réponses.
        Les derniers mots de votre réponse le prouvent :
        « […] pour comprendre la voie sans issue de sa pédagogie. Et l’énormité du désastre… »

        Les mots sont durs, forts, et bien trop caricaturaux pour laisser percevoir un avis constructif et nuancé. Adepte de la sagesse populaire, ne jetteriez-vous point le bébé avec l’eau du bain?

        Comprenons-nous bien néanmoins : je ne suis pas un fervent défenseur de Classcraft. Je suis intéressé par ce projet et souhaite investiguer pour peut-être imaginer l’essayer en classe, avec des modifications claires de certains aspects (dont vous dénoncez une partie, d’ailleurs). Si je ne critique pas l’avis que vous avez, je suis dérangé par la guillotine que vous paraissez faire tomber sur un tel projet, le condamnant car il ne s’agit que d’un « désastre », énorme selon vos propres termes.

      4. « Il est normal de fonctionner par récompense dans une éducation, car un enfant a besoin de comprendre pourquoi son effort est apprécié, et à quelle mesure il l’est. »
        C’est certes normal au sens d’habituel, mais ça n’en fait pas forcément une bonne méthode. Parce que soit on parle de dressage plus que d’éducation, soit il faut se demander ce qui se passera lorsque le donneur de récompenses (et souvent de punitions) disparaîtra du tableau.

      5. Théoriquement (c’est-à-dire sans tragédie), celui qui est le garant de la règle (tuteur, parent, éducateur… prof) ne disparaît que lorsque l’enfant est devenu adulte… et a reçu tous les éléments qui lui permettent d’aborder le monde avec ou sans récompense. C’est normal au double sens d’habituel et d’un bon ratio « énergie/rentabilité » (c’est un peu regrettable de parler de « retours sur investissements » en terme d’éducation, hélas des parents avec quelques enfants ou un prof avec 28 élèves doivent faire des concessions pragmatiques) : qu’est-on prêt à utiliser comme méthode pour faire comprendre que tel comportement est à encourager? Désolé, mais à moins de vous enfermer dans des bulles théoriques aussi éloignées des salles de classe que de la vie quotidienne d’une famille, il est je pense très difficile de n’utiliser ni sanction ni carotte. Il suffit de penser aux incitatifs que mettent les autorités de divers pays (on vante souvent les Scandinaves pour ça) pour montrer que tel comportement est à privilégier (comme le remboursement des frais de déplacements en transport en public ou des déclarations fiscales pour l’achat de voitures plus écologiques, etc.). Au final : 1) ça marche et 2) le message passe bien. Et ils s’adressent à des citoyens adultes.
        Alors non, en effet, ce n’est sans doute pas le système idéal, il est certainement perfectible, mais restons réalistes aussi. Après,il ne fait évidemment pas l’économie d’une réflexion, d’une communication et d’un accompagnement : on n’utilise pas les mêmes règles/sanctions/récompenses avec un enfant de 5 ans et avec un ado de 14…

  3. Une ou deux idées simples d’un « vieil » enseignant :
    – rendre l’enseignement ludique, par moments, est utile et joue sur la motivation des élèves. Cela n’a rien à voir avec la transformation de la scolarité en jeu… Transfiguration mensongère et dangeureuse à mes yeux.
    – la grande majorité des élèves se trouvent motivés à travailler lorsque :
    — l’intérêt concret des apprentissages proposés leur est perceptible
    — leurs efforts se trouvent remarqués et gratifiés (d’une façon qui sera pour les plus jeunes égalementperçue et gratifiés par leur famille).

    Bref, je milite pour une éducation ancrée dans la vie des hommes.
    Pas d’artifices, la vraie vie, tout simplement.

    Et si j’anime un atelier jeux, son rôle est social et non pédagogique 😉

  4. Je pense qu’une partie du problème vient de l’absence totale de lien entre ce système de « gamification » et les connaissances enseignées. Un peu comme une mécanique de jeu plaquée sur un thème qui n’a rien n’a voir, finalement.

    En tant qu’enseignant (universitaire), j’ai constaté que je parviens à captiver les étudiants avec des TP du type « créer un outil (c’est l’exo 1) que vous utiliserez ensuite (pour l’exo 2) ». Ce n’est pas vraiment de la « gamification », mais on retrouve cependant l’idée de construire quelque chose au centre de nombreux jeux (genre bâtir une citée médiévale). Du coup, l’étudiant s’attache à ce qu’il construit et adopte souvent une attitude perfectionniste 🙂

      1. Classcraft est un outil, une mécanique semblable à celle des jeux dans laquelle on peut intégrer les règles et le contenu notionnel que l’on veut. Cela ne s’oppose en rien à l’enseignement, à l’éducation, au renforcement de comportements et d’attitudes que l’on veut voir chez nos élèves.

        J’essaie Classcraft en classe de français, j’ai adapté, comme le jeu le recommande, les événements du jour, les sentences… J’ai travaillé à l’élaboration des règles avec les élèves et cela a créé un excellent climat de classe, a amélioré l’engagement des élèves dans les travaux, lectures… mais également dans le développement d’une culture personnelle. Ils nous présentent des oeuvres littéraires d’une façon personnalisée pour gagner des XP en début de cours à l’occasion, de films, d’oeuvres théâtrales… Ils collaborent, participent à des quiz montés sur la plateforme (évaluation formative). Ils goûtent comme ils n’ont jamais goûter. L’effort gratuit existe toujours, la collaboration aussi, ils se laissent prendre au jeu, mais ne sont pas dupes.

        Il s’agit pour nous d’une expérience très enrichissante qui ne prend pas toute la place et qui laisse la porte ouverte à plusieurs autres approches. Évidemment, mes constats sur Classcraft ne sont fondées sur des études, mais sont plutôt le fruit de mon expérimentation et de celle de mes collègues. C’est bien humblement que mes quinze années d’expérience appuient ce point de vue. Je me permets quand même d’ajouter que pour quelqu’un qui exprime vigoureusement sa désapprobation, vous avez bien mal exploré le jeu avant de vous exprimer. Évidemment, vous avez le loisir de le faire, le débat, c’est le débat, mais la référence à l’autorité et l’art de disourir ne remplace pas la rigueur de la démarche d’analyse.

        1. Merci Julie pour votre riche et long commentaire. Auquel je ne répondrai par qu’une seule question: pourquoi?

          Oui, pourquoi utiliser Classcraft?

  5. Etant un sale jeune, mais avec un début de formation et d’intérêt pour la pédagogie, je me permets d’ajouter mon grain de sel. Je suis allé lire le matos original et je suis sur le cul, tant face à l’aspect complet et aux lacunes. On est là face à un système complet, qui s’il se prête bien à une activité à durée limitée est totalement aberrant s’il se prolonge trop dans le temps. En effet, comment peut-on d’une part limiter une action aussi basique que l’ouverture des fenêtres aux seuls prêtres et contre des AP, sachant qu’il faudrait à un prêtre plus d’une journée pour ouvrir une fenêtre (5 AP on en regagne 4/jour)? Sur une courte durée, pour montrer ce que c’est que le contrôle total, ok, mais sur une durée de disons une semaine, c’est extrême. Le système d’événements aléatoires est particulièrement idiot, tant par son arbitraire que par sa petite obsession sur les faibles (les faibles sont plus sujets aux événements que les forts et pas qu’aux événements positifs en plus…).

    Ensuite, la punition collective, je soutiens Gus là-dessus, c’est bon pour l’armée, la police ou tout autre organe avec une hiérarchie stricte et « nécessaire ». Dans un groupe comme une classe, cela ne mène à rien de bon. Surtout qu’en plus, si un prêtre ou un guerrier aide quelqu’un, ce ne sera pas par charité, mais plutôt pour éviter les fameux 10 dommages à tous, donc l’effet collectif plutôt que l’effet individuel. C’est là aussi une des faiblesses de Classcraft: il y a une récompense en XP pour aider, mais aucune sanction pour une non-assistance délibérée.

    Autre aspect que je trouve dérangeant: le fait que si vous décidez de commencer, vous êtes prisonnier, vous devez continuer. Et en plus, cerise sur le gâteau, les règles peuvent être modifiées à tout moment, sans votre accord. Le type qui a écrit ça a éventuellement pratiquer le JdR avec/en tant que MJ sadique mais n’a jamais joué à un jeu. Personne n’accepterait une modification abrupte des règles décidée unilatéralement et sans voie de recours. C’est juste de la dictature.

    Mais le pire je crois, c’est cette idée de lier XP/PV aux résultats. Imaginons un élève qui se plante propre en ordre à un test: non seulement, cela impacte sa scolarité, mais en plus, on le punit en lui ôtant des PV: En fait, le système vous démolit dès que vous n’allez pas de l’avant. Non, on ne questionne pas votre problème, on vous dit que c’est un comportement répréhensible et on vous sanctionne. Vous ferez mieux la prochaine fois !

    Personnellement, je me vois bien utiliser Classcraft avec des jeunes sur une durée limitée, puis ensuite leur demander leur avis sur la chose, ce qu’ils en pensent. Pour moi c’est ainsi qu’un tel système s’utilise et certainement pas sur une longue durée. Sinon, ce n’est plus un jeu, c’est un système d’apprentissage qui se substitue au système habituel et pas pour le meilleur selon moi. L’école sert à former au sens large, elle n’a pas vocation à être une méritocratie. On nous rabâche déjà assez que l’école sert à préparer les élèves au monde du travail, ce qui est un discours immonde, alors si en plus, elle devient encore plus une méritocratie, on n’y gagne rien.

    1. Voilà un avis que je partage ! Classcraft n’est pas une mauvaise idée en soi (selon moi), mais il nécessite simplement des adaptations. A quoi? Hé bien déjà à l’enseignant qui l’utilise, à ses élèves (leur âge, leurs intérêts), à l’école, au pays (les systèmes scolaires sont parfois très différents). Et il faut aussi insister sur la pédagogie, non sur l’arbitraire, notamment avec cette propension que pourrait avoir Classcraft, je pense, à faire entrer des élèves dans un cercle vicieux. Une chose que je me suis déjà dite si jamais je l’applique, c’est que, chaque semaine, les élèves doivent avoir l’occasion de sortir du système, même temporairement (mais pour une période déterminée et minimale, pour éviter de sortir juste avant une interrogation qui risque d’être difficile et puis de s’y remettre tout de suite).

      1. C’est là que le bât blesse pour moi. L’auteur n’admet qu’à demi-mot en entre encore à la phase « beta » soit le test et la correction de sa méthode. Son site me donne la désagréable impression qu’on est face à quelque chose de fini, puisqu’on me propose d’utiliser moi aussi Classcraft. Comme expérience, c’est bien, comme méthode, c’est casse-gueule, trop pour moi. Un truc que le Spiegel met en lumière par ses questions, c’est que le type ne se soucie pas de l’impact de ce qu’il fait sur les notes, ce que je trouve bizarre, et que les autres élèves, ceux qui ne sont pas dans sa classe sont jaloux des participants. La question qui me vient à moi c’est « comment cela se passe-t-il dans les autres cours »? Il serait très intéressant de voir comment une classe qui joue se comporte hors du cadre de Classecraft par rapport à une classe qui ne joue jamais.

        Oui, il faut expérimenter en pédagogie, cela je ne le nie pas. Mais il faut clairement annoncer la couleur expérimentale, ce qui me manque ici. Classecraft comme outil, oui pourquoi pas, comme méthode, non.

  6. Je vous trouve votre débat très intéressant. Je me suis moi même enseignant et je me pose aussi
    la question de ludifier une partie de mes cours. J’utilise aussi des jeux vidéo en classe parce qu’il correspondent bien au programme.
    Ex. : utiliser minecraft pour construire le collège en Technologie ou le reconstituer le forum de César en Latin.

    Le système classcraft tomberait comme un cheveu sur la soupe dans la plupart des cours en France. Mais que diriez vous si le jeu de rôle collait à la discipline ? Dans la peau d’un sénateur en latin, d’un architecte en Techno, etc.

    Je ne pense pas qu’il faille jeter le bébé avec l’eau du bain : revoir nos manières de faire cours d’une manière où le plaisir trouve aussi sa place (pas seulement le « plaisir » d’apprendre parce que le plaisir d’apprendre ça n’arrive pas à chaque cours et pas à tout le monde) sans tomber dans un système « totalitaire » du type classcraft.

    1. Si le jeu de rôle colle à la discipline et qu’on l’utilise pour exploiter des connaissances, un contenu, alors dans ce cas-là on sort complètement de classcraft, qui se veut uniquement cosmétique pour créer une stimulation extrinsèque « bidon ». Le plaisir, oui, absolument, mais sans tomber dans une dérive du grand n’importe quoi juste pour motiver ses élèves (qui ne seront pas motivés in fine, mais stimulés, nuance).

      Merci pour votre commentaire cher collègue.

  7. L’idée « les enfants n’apprendront plus leur matière pour leur matière, mais pour des points d’XP,… » Cette critique est vraie, mais elle s’applique aussi à l’enseignement traditionnelle avec des notes. De toutes manières, si on ne se voile pas trop la face avec de l’angélisme, bien entendu que beaucoup d’élèves ne sont pas intéressés par la matière en question (ex math).
    Quant aux effets pervers, tels cette soumission à un corps de règles, à un Maître des Jeux tout puissant, c’est déjà le cas avec un simple prof. Et il y a toujours eu de nombreux effets pervers: les enfants ne sont pas idiots, ils savent que « le prof a toujours raison », donc ils ne relèveront pas les dires les plus critiquables d’un prof, et feront semblant d’être d’accord. Bref, ils apprennent à être hypocrite (ce qui est malheureusement une compétence utile).

    1. Merci pour votre commentaire.

      Ouf, vision très pessimiste et plutôt sombre de l’apprenant.

      J’espère que pas tous nos collègues ne partagent la même vision, très cynique. Apprendre à être hypocrite? Je préférerais que mes élèves apprennent à être hyper critiques, d’un prof, d’un système, d’une oeuvre. Voici une compétence bien plus nécessaire que l’hypocrisie, ne trouvez-vous pas?

  8. Quelques points pour alimenter la réflexion :

    Ne pas oublier que TOUT est modifiable dans classcraft : les systèmes de points, les punitions envisagées, les événements aléatoires… Les professeurs ne sont JAMAIS obligés d’utiliser un des outils proposés.
    On n’est pas obligé d’utiliser Classcraft de façon autoritaire Je n’ai pas fait signer de pacte d’asservissement aveugle à mes élèves. Ils peuvent quitter le jeu à tout moment. Pourquoi pas demander aux élèves de mener une réflexion sur les comportements qui (les) dérangent (durant) le cours et les punitions qu’ils jugent appropriées.
    Classcraft en tant que version numérique des outils de suivi de l’élève : les systèmes de valorisation et de sanctions graduées fonctionnent déjà dans mon établissement comme un BLAP. Ex. au bout de 3 croix, une retenue ; après des efforts, un mérite noté sur le carnet. Sauf que l’élève a accès à son suivi et peut donc voir où il en est en direct.
    Classcraft en tant que support de contenus en ligne sélectionnés et présentés aux élèves : pratique pour leur proposer des contenus annexes au cours qui leur permettent d’approfondir tel ou tel passage. Beaucoup plus sexy et instinctif pour eux que le site du collège ou pronote.
    Classcraft en tant que réseau social : je teste un forum « aide aux devoirs » qui permet aux élèves de poser leurs questions sur les devoirs à faire (pas de « copier/coller » des réponses évidemment). ça marche un peu.
    L’outil de messagerie entre élèves et professeurs me paraît aussi pratique car il n’implique pas mes adresses personnelles et professionnelles. Enfin ça c’est chacun ses goûts évidemment.
    Classcraft et les rituels de début de cours : j’avoue que l’utilisation du chronomètre me permet de manipuler mes élèves en leur montrant qu’ils peuvent réduire leur temps d’installation en classe et de mise au travail. Mais à vrai dire, je n’y vois aucun inconvénient. J’usais déjà de ruses éducatives semblables sans classcraft (ex. les élèves de 4B entrent en classe et me demandent pourquoi y a écrit « 4C : 5 mn » au tableau, et je leur explique que j’étais hyper impressionnée par les 4C aujourd’hui qui n’ont mis que 5 mn d’installation…)
    Autres outils utiles de classcraft : chronomètre et décompte ; tirage au sort d’un élève de la classe qui permet d’être bien sûr d’avoir donné la parole à tous les élèves au moins une fois dans son cours.
    Comment maîtriser les effets de la motivation extrinsèque ? Peut-être ne pas accorder de points uniquement sur la rapidité d’exécution des exercices mais sur la qualité de ceux-ci. Ne pas attribuer de points pour chaque activité mais à la fin de l’heure pour récompenser un travail sérieux (et pas forcément en présence des élèves, et pas forcément un travail réussi) (ce qui permet de valoriser aussi les élèves en difficulté mais qui s’accrochent).
    Comment gérer les ambiances dans les équipes ? La création des équipes est un moment délicat. J’ai essayé de prendre en compte les désirs des élèves tout en créant des équipes mixtes au point de vue niveau scolaire (notes et comportement). La valorisation de l’entraide au sein des équipes me paraît centrale. J’ai supprimé les punitions collectives. Les bons élèves parfois stigmatisés comme intellos progressent plus vite et donc aident plus leurs équipes que les autres : à voir si ça aura un effet positif sur leur popularité à long terme.

    Pour moi ça n’est ni FORMIDABLE ni AFFREUX, mais ça peut être pratique si on en déjoue certains effets pervers.

  9. Merci pour votre article sur le sujet.

    Je ne suis pas d’accord avec votre point de vue. En tant que Techo-pédagogue et enseignant, je vois ce genre d’application d’un très bon oeil.

    Le jeu est à mon avis LE moyen par excellence destiné à l’apprentissage. Nous le voyons souvent comme un simple « divertissement » mais il est a mon sens un outil parfait que nous devrions (re?)explorer à fond. J’en veux pour preuve qu’il n’y a guère que dans l’éducation organisé de notre civilisation dite moderne que le jeu est si malmené, si rabaissé.

    Si l’on observe la nature on s’aperçoit rapidement que c’est la « technologie » de survie la plus aboutie qu’elle est su mettre au point. Un tigron ou un louveteau qui ne joue pas, mourra de façon certaine puisque c’est par la qu’il apprend à se camoufler, a fuir, a chasser… Au sein même de notre monde humain, légion sont les exemples de pédagogie rangé sous le terme générique de « alternative » qui prouvent irrévocablement que c’est l’enthousiasme qui joue le rôle le plus important dans un processus d’apprentissage (voir Summerhill, Sudbury, Montessory, Steiner…). Et si cela ne suffisait pas les neuro-sciences viennent aujourd’hui à la rescousse de ce que j’avance…(Alvarez, Aberkane…)

    Non, Classcraft n’est pas parfait. Mais il va clairement dans la bonne voie compte tenu d’une éducation nationale verrouillé ou en tout cas fortement crispé autour de préjugés (ou de dogmes…). Il ré-ouvre un peu les portes aux enfants… qui sont tout de même les premiers concernés.

    1. Bonjour,

      merci pour votre commentaire.

      Oui, je suis entièrement d’accord avec vous. Je suis formateur d’enseignants pour l’utilisation du jeu en classe. Le jeu. Un procédé extrêmement utile, efficace, nécessaire en éducation.

      Mais. Et vous me voyez venir.

      Classcraft n’a RIEN d’un jeu. Non, il ne va absolument pas dans la bonne voie d’une éducation humaniste intelligente. Non, il n’ouvre pas la porte aux enfants. Bien au contraire. Il façonne des enfants, et des adultes obéissant. De bons exécutants. J’arrive à l’heure en cours: je gagne des points. Je fais mes devoirs je gagne des points. J’ai obtenu un certain nombre de points? J’ai droit à une plus longue pause? Il faut qu’on m’explique où se trouve l’aspect ludique de la démarche. Il s’agit uniquement d’un procédé behavioriste d’une récompense à une activité. Aucune curiosité n’est générée par Classcraft. Aucune prise de conscience. Aucun espace de liberté. Tout est mécanisé, contrôlé par l’enseignant + application.

      Le jeu, introduit dans l’école, OUI, plus que jamais. Classcraft, non! C’est une méthode (foireuse) de gestion de classe, de déresponsabilisation de la discipline (ce n’est pas moi l’enseignant qui prend une mesure mais la machine, le système). Le jeu comme moteur de motivation, oui. Il en fait partie, comme d’autres piliers d’ailleurs.

      Mais Classcraft n’est pas un jeu, il n’a rien de ludique. Et je pratique le jeu de rôle et le jeu de rôle grandeur nature depuis 1989, je peux vous en parler. Emprunter les codes et le contexte de certains univers « Young Adults » ne suffit pas à le rendre pertinent. Et Classcraft devient enfin un dogme, justement.

  10. Je viens de lire votre article sur la motivation.

    La motivation est certes, à fortiori dans un contexte plus instructif qu’éducatif, préférable au système « bâton-carotte » comme vous l’avez fort bien démontré. Cependant, vous critiquez le système de récompense sans vraiment donner en contrepartie d’exemples en classe de systèmes liés à la motivation dans votre article.

    Et quand je consulte les règles de « classcraft », on y retrouve certes le système de récompense que vous rejetez, mais aussi des aspects intéressants liés à la motivation :

    — Le système d’expérience se rapproche de l’idée de maîtrise et d’autonomie. L’élève se voit accorder plus de confiance et de liberté et de maîtrise à mesure qu’il « joue le jeu » comme en témoignent les compétences qu’il gagne : possibilité de sortir seul de classe par exemple. Il serait assez simple de modifier les règles pour encourager ce genre de comportement, créer des compétences permettant d’aider les camarades, lire un livre quand on a fini une activité, etc.

    — Je retrouve du « fun» dans l’idée de transformer le règlement d’un établissement ou les règles de vie de classe (généralement fondées sur le système carotte/bâton soit dit en passant) en un JDR. Je ne vois pas différence majeure entre encourager des foules à prendre l’escalier au lieu de l’escalator ou à viser la mouche peinte sur un urinoir et encourager des élèves à suivre un règlement en passant par un JDR. On pourrait dans les deux cas parler de manipulation et de supercherie pour obtenir un comportement désiré.

    L’intérêt sur l’année de pratiquer ce « jeu » de façon transversale est effectivement sujet à caution. Mais ponctuellement, dans le cadre d’un chapitre et sans en faire forcément un instrument de punition ni une fin en soi, peut-être que ça peut ajouter un peu d’originalité au cours, un côté ludique qui valorise l’entraide, l’intérêt pour l’autre. Constituer un à-côté bienvenu, par exemple une collègue de français qui faisait lire Harry Potter et proposait (avec l’accord des élèves) un système de points distribué parmi plusieurs groupes. Les élèves étaient ravis et pour avoir assisté à plusieurs cours de ma collègue je n’ai pas eu l’impression d’avoir affaire à des ânes qui couraient bêtement après des carottes. Le système de points encourageait la cohésion de groupe, se prêtait volontiers à l’esprit du texte qu’ils lisaient, permettait aux élèves de se sentir plus en confiance et de se sentir impliqués dans les activités de groupe.

    Tout n’est pas peut-être pas à jeter dans ce « jeu » ou cette approche ludique. Je pense à certains collèges REP+ (en France) où les élèves sont souvent formatés à des rapports de force très marqués, se comporter suivant le cliché de l’hétéro-cisgenre (il disent eux-mêmes qu’il faut « gueuler un bon coup » pour avoir le silence, qu’il faut être « hyper-sévère » avec eux) et en demande très forte d’un système carotte-bâton ; n’ont pour beaucoup que peu de considération pour des systèmes qui encouragent la motivation qu’ils associent rapidement à de la faiblesse, du laxisme. Parfois, plutôt que de s’acharner à leur montrer les vertus d’une motivation intrinsèque et perdre le tiers sinon la moitié de l’année dans une gestion foireuse de la classe, peut-être que des systèmes type classcraft ont une chance de réunir simplement les conditions pour travailler sans imposer pour autant la dictature en classe (type discipline militaire, appel des parents, exclusions ou encore le fameux « gueuler un bon coup »).

    Je ne me pose pas comme l’enseignant dans les films de cinéma qui en trois cours réussit à inculquer le plaisir intellectuel, les vertus de la motivation à des élèves qui ont grandi dans des schémas de pensée radicalement opposés. La réalité, c’est que quand ça coince, c’est le bazar en classe. J’ai essayé la motivation, ne pas crier, encourager les élèves à l’autonomie, j’ai essayé de varier et de proposer des angles d’approche originaux. J’ai jamais eu autant de bordel et jamais autant souffert moralement dans l’année avec un public de REP+ dans une zone sinistrée du point de vue éducatif (93), un établissement qui ne reçoit même pas assez de fonds pour permettre une fois par an à chaque classe de prendre le métro pour aller voir une expo à Paris qui est à deux pas.

    Pourtant, quand ça ne veut pas marcher, il faut bien des solutions, même imparfaites. Doit-on sacrifier une année scolaire en partant en croisade contre les mauvaises habitudes des élèves ? Ou essayer de les récupérer par des schémas avec lesquels il devient possible de faire cours ?

    Dans un contexte où l’éducatif prend le pas sur l’instructif, où les élèves (souvent livrés à eux-mêmes, les parents sont dépassés et rejettent la faute sur les professeurs) sont en demande de cadre plus que d’autonomie et de liberté (ce qui correspond plus à des profils d’élèves dont les parents sont de CSP+, qui vivent dans le 93, ou des élèves qui poursuivent après le collège), peut-être que des outils type classcraft utilisés intelligemment peuvent ponctuellement amener une dynamique de classe, réconcilier des élèves qui entretiennent un rapport très conflictuel à l’autorité, intéresser des élèves qui autrement seraient peu réceptifs à ce qui se passe en classe.

    Ce n’est pas la panacée, et un recours systématique du « jeu » sans recul critique peut s’avérer (très) néfaste mais ça vaut la peine de s’y pencher et d’en retirer quelques enseignements plutôt que diaboliser la gamification d’entrée de jeu.

    Vous dites que vous avez expérimenté classcraft sur trois ans, ce qui est assez surprenant vu votre position très tranchée sur la question (à vous lire, il s’agit de l’une des pires arnaques intellectuelles qui soit, vous critiquez nettement les personnes qui sont à l’instigation de / soutiennent ce genre de projet) : c’est dommage que vous ne fassiez pas explicitement mention de votre expérience avec les élèves pour appuyer votre critique. Qu’on sache clairement où ça coince avec des cas concrets. Pour quelqu’un qui a expérimenté classcraft sur 3 ans, on attendrait plus que des propos que pourraient tenir un chroniqueur.

    Enfin vous critiquez le fait que ce « jeu » constitue une solution improvisée qui ne prend pas le temps d’analyser le fond du problème, un jeu symptomatique d’une tendance actuelle dans nos sociétés occidentalisées à vouloir toujours aller plus vite, etc.

    Si je vous rejoins par certains aspects (je pense aux techniques de management souvent complètement idiotes et qui font drôlement penser à l’esprit de jeux type « classcraft » qu’on peut rencontrer — toutes proportions gardées — dans le privé), je suis moins d’accord sur l’idée d’une solution rapide qui ne prend pas le temps de comprendre, etc.

    Rien n’empêche d’adapter certaines idées du jeu sans laisser de côté la part humaine. Il s’agit d’une solution proposée malgré tout qui répond à des situations vécues. Mettre en place un millefeuille des règles n’empêche pas le côté humain d’exister… Cela voudrait dire que les RPG papier dont s’inspire classcraft sont ennuyeux ?

  11. This article absolutely 100% nails it. Even in military and police academies–very astutely referenced in the article–the method of collective punishment described is not used in the classroom. (I teach at one of these.) Critical thinking means separating from the group if necessary, and leading the group, not being dragged down by it. Education is not a game; it is an essence. It is driven by an inherent curiosity, guided by a (hopefully) capable leader (the teacher), not a computer randomly distributing punishments. There is no short-cut for education; there is no easy way. Think of the police or the military–do you want the facilitation of their education to come from a computer? So why would you want any child’s education to be managed thusly? It is the detractors here who are the hypocrites (to reference an early vitriolic response): the principal selling point of Classcraft is « to effortlessly manage a classroom ». There is no way to manage a classroom without effort. Teaching = Work. Like any other job.
    Thank you, Gus. Please keep writing.

    1. OMG Joel you nail it too

      Your comment sums it up: « There is no way to manage a classroom without effort »

      But if I may add a reaction J, « Teaching = Work. Like any other job ». Not so sure about that. We should write a whole article about your point

      Teaching, « only » a job? Really? Is it art or technique? Your statement makes it as if it were only based on skills and technique. To me, it’s mainly art. Based on a ton of human skills and creativity. Tons of skills that aren’t (can’t be) taught at a teaching academy. Sadly, I know that, because I also teach teachers. We mostly focus on didactics and less on soft-skills

      And with the digital world, never has our job so much changed. I’ve been teaching for 21 years, and these last 4-5 years have seen a drastic change in the doxa. This is why maybe we have such « remedies » as Classcraft. We’re all facing a profound change in our daily grind as teachers. We’re hoping to find ways to keep up

      Rich comment Joel, thank YOU ! Please keep writing 👍🏼

  12. I didn’t write that teaching is « only » a job. I happen to think it is a very important job, and I’m very proud to teach. Teaching determines the future. (But so do most jobs, so let’s not get too high on ourselves.)
    I wrote that teaching implies work, as all jobs–or professions, call them what you want–do.

    Your article is very important, and I am shocked at the number of teachers (?) here who lash out in rabid defensiveness.

    I can only surmise that it is the social context of the devaluation of education that causes these teachers (again?) to latch onto such a crutch in desperation.

    Classcraft is most popular in the United States, where the value of education is in rapid decay, and teacher burnout is extremely high.

    Reduce teacher-student ratios and increase valuation of teaching, and Classcraft would have no place.

    Parents figured out that that tv or computer is a good babysitter a while ago, and now teachers are doing it too…

    Dangerous.

    1. You. Are. So. Right.

      On everything

      It takes courage to ask why. Why this behaviour. Why this situation. Why. Courage, but also time. Time that we don’t have. Or don’t want to find. Saying « I don’t have time for this » is clumsy. It’s merely « I don’t use time on this ». So using Classcraft (for example) is externalizing « solutions », management. Isn’t it a testimony of failure? It’s maybe too harsh a statement. But it says: I can’t deal with this on my own, with my skills, with my understanding, I need something else for that. And it’s also de-responsabilizing. The rules are like they are, I’m not wasting my time arguing about or defending them. You’re late? Fewer points. You’ve done your homework? Here you go. +10P. But why are you late. Why so often? What’s going on in your life that drives this situation? And homework? Why?

      Anywho, we both agree on everything J. And yes, not really sure why so many colleagues and commentors lash out on this article. The backfire effect, maybe?

      Keep up the good wok Dear Colleague! And thanx for spending some of your very valuable time on our very modest Swiss blog

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