L’impression 3D va-t-elle tuer les magasins de jeux?

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Le blog du journal Le Monde vient de publier un article ce samedi, et une vidéo, montrant la fabrication / réalisation / impression d’une figurine Warhammer.

Est-ce que Games Workshop, et les magasins qui vendent leurs produits, doivent s’inquiéter de cette innovation technologique? D’autant que les fichiers .STL pour passer à l’impression des figurines Warhammer sont désormais dispo sur le net.

Si cela fait plusieurs mois que l’impression 3D existe, et qu’elle n’a pas pour l’instant révolutionné le milieu, il faut dire que les imprimantes étaient encore particulièrement chères, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, on peut en trouver pour plusieurs centaines de dollars, presqu’au même prix que les imprimantes 2D. Reste quand même la résine à acheter, (encore) nettement plus onéreuse qu’une cartouche d’encre.

L’impression 3D va-t-elle par conséquent « tuer » l’industrie du jeu?

A priori, je dirais non.

Est-ce que les MP3, et les téléchargements, ont tué l’industrie du disque? Est-ce que les ordinateurs, les epub et autres liseuses, ont tué l’industrie du livre? Le cas du jeu de rôle est un bon exemple, rarement son industrie s’est aussi bien portée, alors que paradoxalement on peut aujourd’hui aisément télécharger livres et suppléments.

Si on voit de plus en plus fleurir les initiatives DIY ludiques, le monde du jeu, des cartes, des figurines, reste quand même un milieu attaché à la « matière organique originale ». Certes, il paraît facile de photocopier / copier / imprimer son propre matériel, à moindre coûte de prime abord, mais il faut quand même se rendre à l’évidence qu’au final, le DIY prend un temps fou, de sérieuses compétences et maîtrises techniques, sans compter des frais matériel conséquents. Il faut donc être sacrément passionné pour s’adonner à l’impression 3D. Le DIY ludique est plus une passion en soi qu’un véritable moyen d’économiser sur l’achat de jeux.

Sans compter qu’une chanson ou un film téléchargé, pour autant qu’on possède un bon système de visionnement / écoute, s’avèrera presque (j’ai dit presque) pareil à l’original. Tandis qu’un jeu imprimé, 3D ou 2D, restera une copie et on le verra: couleurs, poids, apparence, toucher.

Et honnêtement, voir les vraies boîtes de jeux et manuels de jeux de rôle sur mes étagères me donne toujours un léger frisson. L’impression 3D ne remplacera jamais ça.

Qu’en pensez-vous? Laissez-nous un commentaire, on l’imprimera ensuite en 3D.

Le lien sur le site du Monde.fr, L’impression 3D prête à révolutionner les industries du jeu

Et également, Imprimer Playmobil et Lego chez soi, bientôt possible?

Merci à Tristan Lhomme sur G+ pour le lien.

11 Comments

    1. Euh, merci Alias pour ton commentaire, mais euh, comment est-ce que les magasins de jeux doivent s’adapter aux impressions 3D pour ne pas disparaître?

      Vendre directement des fichiers STL, par exemple?

      Tant il est vrai que certains éditeurs de JDR ont déjà bien amorcé le virage du téléchargement / PDF en proposant directement des versions légales et payantes de leurs sorties, je pense notamment à BBE et à leur gamme Pathfinder.

      1. Vendre des fichiers, des conseils pour imprimer, s’associer avec des FabLabs, etc.

        Il y aura toujours un public pour des boîtes « toutes faites », je pense, mais la plus-value des boutiques est à mon avis ailleurs: dans l’accueil, les démos, le SAV (genre « il vous manque une pièce? Pas grave, je vous l’imprime tout de suite »).

    2. Suis assez d’accord sur ce point. Par ailleurs, le point d’être « passionné » pour faire les choses est très vrai aussi. En ce qui me concerne, il m’est arrivé, et il m’arrivera certainement encore à de nombreuses reprises (me connaissant) de reproduire un jeu pour mon usage personnel (je précise tout de même) essentiellement si celui est difficile voire carrément impossible à trouver à un prix qui ne demanderait pas l’ajout minimum d’une partie de son corps à la note finale. Bon – j’ai constaté que malgré le temps passé à bricoler la chose, – souvent très long,il y a quelque chose de jouissif dans le procédé qui me fait sourire béatement une fois la repro terminée…Mais c’est un avis perso…

      Pour ce qui est des figurines, je me rappelle que lorsque je jouais à WH40K (quand j’avais encore le temps de le faire précisons…) je m’amusais à créer des moules en silicone de certaines figurines afin de pouvoir les reproduire à foison. Les « Terminators » notamment qui coûtaient un bras ou deux à l’époque notamment… Ce qui m’a permis d’avoir une armée rapidement assez sympatoche mêlant pièces achetée et home-made. Je n’ai pas l’impression que cela ait freiné GW dans ses velléité de conquête du monde… Raison pour laquelle je ne pense pas non plus que l’imprimante 3D viendra bousculer les ténors de la profession.

      Comme dit Alias, c’est surtout et simplement une question d’adaptation…

  1. « Le DIY ludique est plus une passion en soi qu’un véritable moyen d’économiser sur l’achat de jeux. »

    Il est clair que celui qui fabrique lui-même ses jeux dans l’espoir d’économiser est mal parti. Tout du moins, il faut à un moment faire un choix. Oui, faire une copie d’un jeu de carte en noir et blanc à l’aide de la photocopieuse coute souvent moins cher qu’un jeu, mais pour quelle qualité ? Et pour quel temps passé ?

    Et de l’autre côté, faire une impression couleur de qualité sur un papier épais, auquel on ajoute le prix des scalpels, table de découpe, règle en acier et perforatrice d’angle … bref, vous m’avez compris, essayer de faire aussi propre que l’original coûte cher.

    Après, selon où chacun placera le curseur, on pourra être satisfait d’une fabrication personnelle. Mais en général, le #DIY ira plus sur des FanArt que sur de la copie brute … Autant jouez à mon Koryo à base de nain-zombies me plaît … Autant jouer avec ma copie brute de Koryo me semble bien fade depuis que j’ai rapporté d’Essen mon exemplaire dédicacé par toutes l’équipe de Moonster Games …

    Maintenant, concernant les figurines « originales », ça reste un gouffre effroyable … Et l’impression 3D permet quand même de réduire énormément le temps nécessaire à la fabrication (puisque c’est l’imprimante seule qui s’en charge et qu’il n’y a donc pas à découper, rogner, coller, …). Autrement dit, le DIY 3D est accessible à tout le monde sans grand investissement en temps. (*)

    Reste à savoir s’il est possible d’imprimer en 3D et en couleurs ? Si c’est le cas, alors là, oui, je m’inquièterai si j’étais Games Workshop, parce que le plus gros point de blocage pour tout figuriniste amateur, c’est le temps nécessaire pour peindre … Et j’en sais quelque chose, avec mes palettes de figurines à peindre dont certaines boîtes même pas ouvertes …

    (*) Reste quand même qu’il faut savoir trouver ou faire des modèles 3D, et si le domaine est de plus en plus accessible, il reste quand même dans le rayonnage du geek. Enfin peut être que l’on passera par l’étape des geeks receleurs de figurines, comme ce fût le cas pour les CD à l’arrivée des graveur …

  2. Du fait des coups élevés, je pense qu’il s’agit là surtout d’un outil pour du prototypage où de la production à l’unité de pièces perdu ou cassé.

  3. Hum, le livre et la musique sont tout de même bien moribonds. Attendez que la Fnac disparaisse et en dur, vous n’aurez plus que les grandes surfaces ( et des librairies s’il en reste alors encore) pour vous en servir…
    Et ça, c’est dans un futur proche.

  4. L’impression 3D ne va pas tuer les jeux de figurines. Elle va certainement plutôt changer leur mode de distribution comme cela a été le cas pour le musique et les jeux vidéos.

  5. les studios de sculptures se mettront sûrement, au moins pour partie de leur production, à l’imprimante 3D, mais que des réseaux de particuliers se mettent à concurrencer les gros poissons du milieu, je n’y crois pas trop. Ne serait-ce que pour ce que l’imprimante 3D représente pour une société comme la notre; un moyen supplémentaire de s’affranchir du système de grande consommation, son développement sera forcément freiné, son utilité sciemment relativisée par les gens d’en haut, donc pour des activités ludiques, j’ai du mal à imaginer une production autre qu’artisanale et réservée à quelques clubs. Cela étant, voilà un bien bel outil!

  6. Je pense plus que l’imprimante 3D sera un outils complementaire et non un remplacement. Bombyx sur Facebook se vante même d’en avoir acheté une pour les aider dans la production de proto. De même que les joueurs ont toujours crée des figurines en fimo ou des version 3D de certain plateau de jeux. Au Etats Unis où je vis depuis 1997, les imprimante 3D sont disponibles depuis quelque temps déjà et rien n’a changé! Deplus la qualité et le cout de ces imprimantes pour le moment est un frein considérable. Nous n’avons déjà pas beaucoup de boutiques en France et nous avons de gros problèmes de distribution et de distributeurs de jeux alors je pense si ces problemes sont reglés un jour, les prix ainsi que la disponibilité des jeux sera meilleure. Mais je m’égare du sujet. Bref je n’ai pas peur des imprimantes 3D dans le milieu du jeu.

  7. Hello!
    plein de commentaires très intéressants ! Il se trouve que nous sommes nous-mêmes une société de fabrication locale d’accessoires de jeux de société et plateaux imprimés en 3D (Gozu Zone), et plus de deux ans passés dans ce domaine. Je suis donc assez biaisé dans mon jugement 🙂

    Voilà notre humble opinion, à court terme:

    certains joueurs se dotent de ces machines pour accéder à des modèles ou même en développer. Effectivement, comme le dit Ultralord, il va devoir dépenser des sous pour la machine + le filament, et surtout si celle-ci est un peu DIY, des pièces supplémentaires en cas de casse. Tout cela reste accessible pour un passionné avec des compétences, avec un revenu (200/300€ et puis pour commencer à avoir quelque chose on va commencer à monter vers les 1000/1200€) et du temps. Le problème, ça va être effectivement le temps passé à gérer la chaîne (partie mécanique de la machine, partie logicielle, partie conception, correction des modèles pas tout à fait pensés ou optimisés pour ça). Les freins sont donc multiples à court terme, mais ça n’empêche pas quelques pionniers de se lancer, comme dans certains clubs de jeux. Pour cela, il faut donc du temps, de la compétence et de l’argent.

    A moyen terme:

    Maintenant, avec le temps, des modèles plus pertinents vont se développer, les machines vont devenir plus puissantes, et éventuellement, si le gouvernement n’y est pas trop hostile, un prix de matière première relativement intéressant pour imprimer chez soi ses figurines ou pièces (on l’a vu c’est pas évident…).

    Mon hypothèse, c’est qu’il y va y avoir un modèle hybride qui va durer plus ou moins longtemps: la possibilité d’imprimer chez soi, ou en boutique des modèles et toujours un modèle de distribution traditionnel avec les jolies boîtes en boutique.
    En effet, les jeux ne se composent pas que de figurines mais de cartes, de livrets règles, parfois de plateaux, de dés, d’accessoires, bref d’un ensemble qui font le jeu en tant que tel. L’impression de figurines, qui ne va pas arriver au niveau des pièces injectées en plastique, va se poser comme une alternative bon marché à ceux qui n’ont pas le revenu pour avoir des figurines de qualité.

    Les figurinistes pur sucre continueront d’être déçus pendant un moment de la qualité des figurines, même si certaines technos permettent déjà de faire des choses plus ou moins satisfaisantes, les machines de haute précision sont encore trop coûteuses et trop lourdes. Elles se démocratiseront probablement dans un second temps et vont acheter des modèles 3D, dont certains circuleront sous le manteau, et seront moins fiables, et sans SAV, et d’autres plus personnalisables via une interface web et une qualité assurée, achetées par la communauté.

    L’impression 3D va donc faire connaitre à la figurine un nouvel âge d’or en démocratisant l’accès à ces pièces pour toutes les personnes ayant un revenu limité mais du temps et l’envie de bidouiller. Aux 5 à 10 000 personnes pratiquant le wargame, il y en aura peut-être 60 000 à 70 000 de plus qui y joueront grâce aux imprimantes 3D, de manière un peu comme ceux qui fréquentent les salles de ciné et ceux qui en plus vont streamer un film qu’ils n’auraient autrement pas vu (pas le temps, pas l’argent). Après, c’est assez rapide car le gros problème du wargame, par exemple, c’est le temps de partie et l’espace (pas évident d’avoir ça dans une grande ville par exemple, reste un club…ou une boutique). Pour les jeux de plateaux en revanche, ou mini jeux, là, c’est clair qu’il va se passer quelque chose.

    A long terme:

    Cela va dépendre, comme le soupçonnent Gus et Stéphane, de l’attitude des boutiques vis-à-vis de la technologie. Je me souviens d’une boutique assez connue m’expliquant qu’il était envisageable qu’elle ne vende quasiment plus de boîtes à long terme. Celles-ci souffrent déjà de la concurrence du discount en ligne (-12%, -20%), qui pousse les clients non fidèles à acheter moins cher en ligne. Reste donc ceux qui viennent pour avoir un lieu dans lequel jouer, échanger, découvrir… Je pense qu’il y a un basculement en cours vers le service (plus d’ateliers, de tournois, de services de snacks, café, événements communautaires), et donc comme le dit Stéphane, on va voir arriver de nouveaux services, des ateliers de création de figurines avec un sculpteur local, par exemple, des parties de tests de pièces d’accessoires créées localement (on a fait ça récemment dans une boutique).
    Et bien sûr, il y aura sûrement dans ces boutiques des imprimantes 3D plus puissantes capables d’apporter de meilleures pièces que les imprimantes à domicile.

    Pour conclure avec une vision optimiste: l’impression 3D, c’est la possibilité d’un nouvel âge d’or qui permettra de multiplier le nombre de joueurs, les opportunités créatrices aussi, et un changement très fort de la distribution de certains types de jeux seulement. Une opportunité donc pour les boutiques qui voudront jouer le jeu, quand ce sera le moment.

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