Critique de jeu : Elder Sign

Présentation

Nous en parlions déjà ici en preview, voici une critique d’Elder Sign, jeu que nous avons obtenu en anglais.

Sorti en septembre 2011 en anglais chez FFG, peut-être bientôt en VF chez Edge, Elder Sign (ES) est un jeu de dés coopératif dans l’univers d’Horreur à Arkham / Cthulhu.

Pour 1 à 8 joueurs ( !), d’une durée de 120’, créé par Kevin Wilson et Richard Launius, tout deux auteurs d’Horreur à Arkham.

Au début du jeu, on sort un Grand Ancien qu’il va falloir soit empêcher de débarquer et mettre la pagaille dans Arkham, soit combattre et vaincre. La partie est perdue pour les joueurs quand tous leurs personnages sont morts.

Mécanique

A son tour, soit on déplace son personnage sur l’entrée du musée, le lieu dans lequel se déroule le jeu, soit sur une aventure. L’entrée du musée permet d’accomplir une seule action : guérison, échange de trophées contre divers objets ou tirage d’un dé contre récompense.

Tout le sel du jeu réside dans l’exécution des aventures. En effet, les aventures sont représentées par des cartes sur lesquelles se trouvent des combinaisons de dés. Pour résoudre entièrement une aventure, il faut exactement réaliser les différentes combinaisons, sachant que certaines sont plus ou moins longues et plus ou moins compliquées. Quand son personnage s’engage dans une aventure, le joueur lance alors 6 dés, voire 1-2 de plus selon les possessions.

Une fois son action effectuée, le joueur avance l’horloge de 3 heures. Dès qu’elle atteint minuit, donc après 4 tours, minuit sonne et on tire une carte Mythe, synonyme de gros souci : apparition de monstres, Grand Ancien en approche, perte de points de santé mentale, etc.

Bref, le tout est au final très simple et fluide, comme à l’accoutumée avec les jeux FFG, malgré une dizaine de pages de règles.

Matériel

Le matériel ne casse pas de briques, des cartes, des pièces en carton, les illustrations sont par contre superbes. Mais toujours les mêmes.

En effet, pour peu que vous ayez déjà joué aux précédents jeux de la gamme Horreur à Arkham, vous retrouverez exactement les mêmes dessins : personnages, monstres, etc.

Un point positif à soulever : pour une fois, FFG n’a pas sorti le jeu dans une boîte énorme, mais plutôt dans un petit format, tout à fait appréciable.

Thème

ES se joue dans l’univers d’Arkham / Cthulhu. On apprécierait peut-être s’il ne s’agissait pas du énième jeu dans la même gamme : après le plateau coopératif Horreur à Arkham, après le jeu de cartes évolutif L’Appel de Cthulhu, après le tout dernier plateau semi-coopératif Les Demeures de l’Epouvante, voici le jeu de dés coopératif. Bref, ça commence à faire beaucoup et à sérieusement tourner en rond !

D’autant que dans ES, le thème est vraiment collé, et il s’agit certainement du jeu d’Arkham au thème le moins bien intégré. Comme on passe son temps à lancer des dés, et à les placer sur des cartes aux emplacements correspondants,  on ne voit pas tellement le rapport avec Cthulhu, si ce n’est évidemment la menace d’un Grand Ancien et divers monstres habituels qui surgissent pour se pavaner à Arkham.

Conclusion

ES est un Horreur à Arkham light, ultra-light. La mise en place prend à peine 5’ et non pas les 30’ du plateau, et les règles sont beaucoup plus simples et faciles d’accès que son grand frère.

De plus, étrangement, on est dans un jeu coopératif, mais il y a au final assez peu d’interactions. Chaque joueur essaie d’effectuer les bons tirages dans son coin, on ne peut pas résoudre une aventure à plusieurs. Il existe toutefois une mini-règle qui dit qu’un joueur peut bloquer un dé lancé sur son personnage, et le donner ensuite à un autre joueur se trouvant sur la même aventure. Mais aucune autre interaction.

Et surtout, on passe sa partie à lancer les dés et à espérer les bons tirages. Je n’ai jamais rien eu contre le hasard, je trouve au contraire qu’il fait varier les parties et apporte de la surprise aux jeux, mais dans ES, la part du hasard est beaucoup trop importante, on ne maîtrise pas grand-chose, c’est dommage et c’est frustrant.

Une carte aventure pourra être résolue tout de suite, ou pas du tout et il va falloir s’y reprendre à maintes reprises tant que ces maudites combinaisons n’auront pas été atteintes. Certes, on peut et doit réfléchir aux probabilités et en tenir compte, mais au final, il ne s’agit que de probabilités.

Si victoire il y a, elle ne sera pas fondamentalement due à la stratégie et réflexion des joueurs. Alors pourquoi passer 90-120’ sur un jeu si on au final on ne contrôle rien ?

En conclusion, avec le succès ludique des Demeures de l’Epouvante, Elder Sign déçoit. Certes un peu lassé par l’univers pour l’avoir récemment beaucoup trop pratiqué (+ jeu de rôle l’Appel de Cthulhu en ce qui me concerne), ES est d’après moi LE jeu de trop de FFG dans cet univers.

On découvre le jeu à sa première partie, on pense s’amuser à sa seconde, et bien vite on réalise qu’on est largement dépendants des dés, et c’est autant frustrant que décevant. Autant se faire un Yams /Yahtzee, moins cher et moins pompeux. Car oui, ES est un Yahtzee thématisé.

ES ressemble à un produit placé, qui surfe sur la vague Arkham et le succès des jeux FFG. Il n’est pas vraiment un mauvais jeu, juste inutile.

Au vu du nombre faramineux de sorties ludiques actuelles, autant économiser son argent, et son temps, pour jouer à autre chose de mieux.

Et si le besoin vous pousse à jouer à un jeu coopératif ultra-light, essayez plutôt l’Ile Interdite, aussi simple et facile d’accès qu’ES mais plus intéressant.

VO ? VF ? Si après cette critique vous voulez quand même essayer le jeu, sachez qu’il y a au final peu de texte sur les cartes, et que tout est joué face ouverte, ce qui ne devrait pas poser un sérieux souci pour l’anglais.

Ce que j’ai beaucoup apprécié

Qu’il s’agisse d’un Horreur à Arkham light, sans mille ans de mise en place

La boîte en petit format

La qualité des illustrations

Ce que je n’ai pas du tout apprécié

Qu’il s’agisse d’un Horreur à Arkham light, sans richesse, complexité ni profondeur. Elder Sign est plutôt un jeu familial (quoique, avec le thème gore, ça se discute) de par sa simplicité.

Le hasard, omniprésent.

Le jeu de trop dans l’univers d’Arkham. A quand les linges de bains Cthulhu, le PQ Necronomicon (pour les afficionados, je vous renvoie à la fameuse scène de l’hilarant Spaceballs avec les goodies).

Les illustrations, recyclées et vues mille fois. Mais au fond, c’est bien le recyclage.

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