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Les Secrets de Warden Keene : 36 tombes et zéro règle

🪦 36 tombes, 11 mystères, et zéro livret de règles. Notre test des Secrets de Warden Keene. Un jeu de déduction aussi malin que poétique.


Les Secrets de Warden Keene : On a profané un cimetière

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.


Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :

L’essentiel en 3 points :

  • Les Secrets de Warden Keene, zéro règle à apprendre, vous déduisez l’histoire uniquement en regardant des pierres tombales en relief et leurs épitaphes.
  • Un carnet d’indices progressifs pour vous débloquer sans vous mâcher tout le travail.
  • 11 enquêtes de 20 minutes, parfaites pour des sessions rapides. Rejouabilité logiquement nulle, on le fait tourner aux copains ensuite.

S’il est mort en 1918 et qu’elle s’est remariée deux mois plus tard avec son propre frère… on est d’accord que ce n’était pas un accident de chasse ?

Vous savez ce qui me fatigue le plus dans les jeux d’enquête modernes ? Les livrets de règles de 40 pages qu’il faut se coltiner avant même de jouer. Et les applis qui hurlent des comptes à rebours. C’est pas foufou.

Et là, Bombyx déboule en ce mois de février avec Les Secrets de Warden Keene.

Le pitch ? Vous ouvrez la boîte. Pas de règles. Rien. Juste un cimetière en carton et un vieux carnet. C’est gonflé. Mais ça marche de ouf. Est-ce la nouvelle tendance des jeux de société – narratifs et autres -, des jeux qui se lancent en une poignée de minutes, de secondes ?

Dans un marché saturé de mécaniques ultra-complexes, Paolo Mori et Silvano Sorrentino (oui, les auteurs derrière les bangers que sont Captain Flip, Toy Battle – qui vient tout juste de rafler le BGA Awards, et qui risque bien de décrocher un prix à Cannes demain soir – et Deckscape) nous proposent un truc complètement à l’envers. Pas de points de victoire. Pas de chrono. Juste vous, vos potes, et des morts qui ont visiblement beaucoup de choses à raconter.

Bienvenue à Spoon River

On est en 1925, dans l’Illinois. Vous venez de décrocher le job de gardien.ne du cimetière local. Votre prédécesseur, Warden Keene, a cassé sa pipe en vous laissant un drôle d’héritage : son journal.

C’est là que le jeu devient dingue. Ce carnet est la règle du jeu. C’est lui qui vous dicte comment installer les 36 pierres tombales sur la table. Et parlons matos. Bombyx a fait un boulot de malade. Des tuiles en double épaisseur pour un effet 3D franchement plaisant, un petit portail, des pions corbeaux en bois… L’illustrateur Florian Belmonte a réussi à rendre tout ça mélancolique sans jamais tomber dans le glauque ou le gore. C’est poétique.

D’ailleurs, petite parenthèse culturelle : le jeu s’inspire du recueil de poèmes Spoon River (Des voix sous les pierres ) de 1915, où les morts d’un village se confessent. Ça pose direct l’ambiance.

Les Secrets de Warden Keene 2

Comment on joue à lire des cailloux ?

C’est presque trop bête : on observe.

Il y a 11 enquêtes dans la boîte. Chacune dure environ 20 minutes. Le carnet vous pose une question, et la réponse est sous vos yeux. Une date de naissance qui cloche. Un prénom qui revient sur deux tombes à l’opposé l’une de l’autre. Une fleur sculptée. La forme d’une croix. Tout compte.

On se retrouve très vite à débattre autour de la table : « Attends, si elle est morte en 1899, juste après lui… et qu’ils ont le même symbole… oh la vache, c’était pas un accident. » C’est de la pure déduction environnementale. Ça clique dans le cerveau, et c’est terriblement jouissif.

Le vrai coup de maître ? Le système d’indices. Marre des jeux où on bloque pendant une heure pour finir par lire la solution complète, dépité ? Ici, le carnet propose le raisonnement de Keene à lire ligne par ligne. Vous pouvez vous arrêter dès que vous avez le fameux déclic.

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Mais tout n’est pas parfait dans l’au-delà

Bon, redescendons sur terre deux minutes. Tout n’est pas rose au pays des morts.

Déjà, la toute première enquête est un pur tuto. Elle est tellement simple qu’elle frise l’insulte pour des joueurs et joueuses habituées. Faut vraiment s’accrocher et la voir comme un échauffement. Le cerveau commence à fumer à partir de la deuxième.

Ensuite, et c’est le gros piège du jeu, on ne sait pas toujours quand s’arrêter de chercher. Parfois, on pense avoir la bonne théorie, on lit la solution pour vérifier, et paf : on se spoile un petit détail qu’on n’avait pas encore capté parce qu’on a lu la ligne du dessous. Ça demande une vraie discipline de groupe. Ne lisez pas trop vite !

Enfin, l’évidence : c’est encore l’un de ces jeux Kleenex. Une fois les 11 mystères pliés, le cimetière n’a plus aucun secret pour vous. La rejouabilité est nulle. Il ne vous restera plus qu’à le prêter à une pote. Mais à un peu plus de 20 balles la boîte, vu la qualité du matériel et l’expérience proposée, c’est plus qu’honnête.

Les Secrets de Warden Keene, verdict

Bref, on a adoré. C’est atypique, c’est intelligent, et ça fait un bien fou de poser son téléphone pour juste… regarder des tombes en papotant (oui dit comme ça, ce n’est pas forcément ce qu’on a envie de faire un mercredi soir).

On a aimé : Ranger les livrets de règles au placard. Le matériel incroyable (les tombes texturées et l’effet de profondeur). L’ambiance mélancolique hyper réussie qui ne tombe jamais dans le glauque gratuit. Et cette sensation géniale quand une théorie se confirme juste en observant deux croix sculptées.

On a moins aimé : Le premier scénario, tellement tutoriel qu’on a l’impression d’être pris pour des idiots. Le risque énorme de se spoiler la solution en lisant l’aide un peu trop vite (faut loucher un peu).

C’est plutôt pour vous si… Vous aimez les déductions calmes, avec un bon thé, loin des chronos oppressants et des applis qui bipent sur la table.

Ce n’est plutôt pas pour vous si… Vous avez un besoin viscéral de marquer des points de victoire, ou si pour vous, un jeu non rejouable est une hérésie financière absolue.

Avec Les Secrets de Warden Keene, Bombyx signe ici un jeu qui a su déterrer notre passion pour la déduction. Un coup de cœur à tombeau ouvert !

Très bon !

Note : 4 sur 5.

  • Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Paolo Mori. Silvano Sorrentino
  • Illustrations : Florian Belmonte
  • Édition : Bombyx
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1-4 (clairement meilleur à 1-2)
  • Âge conseillé : Dès 10 ans (même si bon, 10 ans c’est discutable, on parle à/de mort ici)
  • Durée : 30-45 minutes par scénario, et il y en à 11
  • Thème : Mort
  • Mécaniques principales : Enquête, déduction, narratif. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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4 Comments

  • morlockbob

    « Ensuite, et c’est le gros piège du jeu, on ne sait pas toujours quand s’arrêter de chercher
    j ‘aurais effectivement apprécié quelques lignes sur le jeu car, au final, tout est possible et le champs des possibles est ultra large. Tant mieux, mais être jeté sans prévenir dans le cimetière est, au début, un peu frustrant. Cela n’enlève rien à sa qualité.

  • Droumaguet Yann

    Merci pour ces retours 🙂
    Concernant la difficulté de la 1ère énigme, oui, c’est bel et bien un tutoriel et tout le monde n’est pas aussi à l’aise que les habitués des jeux d’enquête et encore moins des jeux de société. D’où sa nécessité d’après nous.
    Concernant le fait de risquer le lire des éléments que l’on ne veut pas voir, il est expliqué dans la double page d’introduction, que le feuillet du calendrier lunaire est justement utile pour éviter ce genre de désagrément 😉

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