L’IA va-t-elle tuer nos auteurs de jeux ? Ryan Dancey l’affirme et se fait virer sur-le-champ
🤖 Scandale chez AEG : Ryan Dancey viré pour avoir affirmé qu’une IA peut pondre Flip 7 ou Les Petites Bourgades. Révolution du game design ou hérésie totale ?
Pourquoi l’IA ne comprendra jamais le bluff minable de vos potes
L’essentiel en 3 points :
- Ryan Dancey a été licencié d’AEG pour avoir affirmé sur LinkedIn qu’une IA ferait de meilleurs jeux que des auteurs humains.
- L’IA est utile pour les calculs de statistiques, mais est incapable de générer « l’ingénierie émotionnelle » propre à une vraie partie.
- La communauté ludique a tracé une ligne rouge massive, rappelant l’importance de l’humain et du slow-gaming face au désastre écologique des serveurs.
Vingt-quatre heures. C’est le temps qu’il a fallu pour que le numéro 2 d’AEG perde son job après un simple post LinkedIn sur l’IA.
Le carton, le bois, les potes autour d’une bière… Notre loisir favori a toujours été notre petit sanctuaire anti-écrans. Mais bon, il fallait s’y attendre. L’intelligence artificielle (IA) vient de défoncer la porte de la création ludique. Et pas qu’un peu.
Oubliez deux secondes les polémiques sur les illustrations aux mains à six doigts générées par Midjourney. C’était il y a longtemps, parce qu’aujourd’hui l’IA est devenue vraiment, vraiment beaucoup plus efficace. Là, on parle du cœur du jeu : ses mécaniques, son équilibrage, son fun. Est-ce qu’une machine peut vraiment inventer le prochain best-seller qui va cartonner dans nos soirées ?
Un ponte de l’industrie vient de dire « oui ». Et devinez quoi ? Il s’est fait lourder dans la foulée.
Le dérapage (pas très) contrôlé de Ryan Dancey
L’affaire a fait l’effet d’une bombe nucléaire sur les réseaux ludiques mi-février 2026. Le coupable ? Ryan Dancey. Si vous avez déjà lancé un D20 dans votre vie, vous lui devez le respect : c’est l’un des sauveurs historiques de Donjons & Dragons dans les années 90 et l’architecte de la fameuse licence OGL. Un pur stratège, biberonné à l’optimisation.
Il est le grand manitou (Directeur des Opérations) chez Alderac Entertainment Group (AEG). Pardon. À compter d’aujourd’hui jeudi 19 février 2026, Il ÉTAIT le grand manitou (Directeur des Opérations) chez Alderac Entertainment Group (AEG). Sur LinkedIn, hier mercredi 18 février, entre deux cafés, Dancey a lâché le morceau. Pour lui, le game design n’a absolument rien de magique. C’est juste de l’exécution, des stats, de l’attention aux détails. Ci-dessous, les captures d’écran de son message sur LinkedIn :


Pire. Il a affirmé, droit dans ses bottes, qu’un simple prompt balancé à une IA actuelle suffirait à créer de toutes pièces des pépites comme Tiny Towns (aka Les Petites Bourgades) ou le récent succès Flip 7, nommé à l’As d’Or cette année (et il risque bien de rafler le prix). Selon Ryan Dancey, d’ici un an ou deux, ChatGPT sera aussi utile qu’un employé expérimenté pour pondre des jeux de plateau. Aïe.
Le retour de bâton (bien mérité ?)
L’industrie s’est instantanément embrasée. Réduire le boulot d’artisans à un vulgaire algorithme bas du front, c’est d’un mépris hallucinant. Peter McPherson, l’auteur de Tiny Towns (édité par… AEG, le malaise est total), a dû réaliser plus de 150 playtests pour peaufiner son bébé. Et son propre boss vient lui expliquer publiquement qu’un ordi ferait pareil en trois secondes. Il a réagi sur Bluesky. Pas content du tout, on peut le comprendre.
Conséquence ? Quelques heures après ce bad buzz stratosphérique, John Zinser, le big boss d’AEG, a pris ses responsabilités. Dancey a pris la porte. Fin de l’histoire.
Ou plutôt, début du vrai débat. Parce que derrière l’arrogance folle du propos, est-ce que Dancey a complètement tort ?
Une machine ne transpire pas (et ne bluffe pas)
Soyons très clairs : l’IA est déjà là en tant que copilote. On sait très bien que des programmes ont déjà inventé des jeux abstraits par le passé (coucou Yavalath). Les gros studios utilisent déjà des bots pour simuler 10 000 parties dans la nuit, vérifier qu’une carte n’est pas pétée, ou pondre des brouillons de livrets de règles. C’est un outil technique redoutable pour tous les calculs relous.
Mais créer l’âme d’un jeu ? C’est là que l’algo se casse les dents.
Prenez Flip 7. On aime, ou on n’aime pas (spoiler : chez Gus&Co, on adooooore). Sur le papier, c’est un bête « stop-ou-encore » basé sur des proba. Le terrain de jeu rêvé pour une machine. Sauf que ce qui rend le jeu excellent (pour nous, et pour le jury de l’As d’Or, vraisemblablement), c’est l’humain. C’est la pression sociale. C’est le regard de votre pote Kévin qui vous juge pendant que vous hésitez à piocher la carte de trop. C’est le rire nerveux. La frustration amère de la loose.
Une IA, ça ne transpire pas. Ça ne ressent rien devant un mauvais tirage. Concevoir un jeu, c’est faire de l’ingénierie émotionnelle. C’est sculpter une expérience avec ses failles et sa pure mauvaise foi. L’algorithme se contente de pondre une mécanique mathématiquement parfaite. Et devinez quoi ? Un jeu (mathématiquement) parfait, c’est souvent très chiant à mourir.
Sauver le carton (et la planète)
Le marché étouffe déjà sous une surproduction maladive qui ne cesse de gonfler année après année. Des milliers de boîtes sortent pour finir sur Okkazeo trois deux un mois plus tard. A-t-on vraiment besoin d’automatiser tout ça pour saturer encore plus nos étagères avec 10 000 clones sans âme ? Comme c’est le cas sur Deezer et Spotify qui se font littéralement envahir de chansons bouzes crées par IA ?
Sans parler du désastre écologique, très bien relevé par le récent rapport européen STRATEGIES. Faire tourner des fermes de serveurs titanesques et hyper-polluantes juste pour éviter de payer un auteur, une autrice ou un testeur… le paradoxe est ultraviolent pour un loisir analogique qui se veut durable (sauf pour les jeux… kleenex bien évidemment, à l’instar des jeux legacy et unlock-like)
Le renvoi express de Ryan Dancey est un message hyper fort envoyé par notre industrie. On ne touche pas à l’humain. Le jeu de plateau reste notre dernier sanctuaire. Laissons les IA remplir des tableaux Excel, et gardons le carton, les odeurs de pied sous la table et les fous rires pour nous.
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7 Comments
Maman
L’humain ? Les fous rires ? Avec tous ces jeux experts si encensés, qui sont en fait des feuilles Excel ? Des exercices glacés de comptabilité ? Sans thème ni histoire ? Des séances solitaires de puzzle à plusieurs ? L’IA, au moins, c’est franc. En tout cas plus convivial que bien des joueurs !
M
On rappelle que la meme personne avait fait des déclarations assez… discutables sur la place des autrices dans le milieu ludique, notamment que « les femmes sont éduquées à éviter la critique », ce qui expliquerait qu’elles n’essayent pas de publier des jeux.
Bon débarras.
https://gusandco.net/2023/05/25/sexisme-message-jeux-autrices/
Gus
Merci Sylvain. On avait complétement zappé cet/notre article. Merci pour le rappel ❤️️
Xavier Mornard
C’est surtout le genre de poste qu’il avait qui est facilement remplaçable par de l’IA vu son manque d’empathie. D’ailleurs, je suis étonné que l’on ne remette pas plus en cause les postes de manager qui sont souvent moins humains que les IA. La réalité de l’IA, c’est que les possédants veulent les utiliser pour toujours la même chose: le contrôle. Une IA fait ce qu’on dit de faire, point. Pas de désaccord, pas de commentaires, elle bosse et ferme sa gueule.
cidrixx
Ok, la forme est hyper maladroite. Mais de mon point de vue, le fond n’est pas déconnant.
Alors, attention, il s’agit de mon interprétation et je ne sais pas du tout quelle était la volonté réelle de l’auteur.
Mais pour moi, la « création pure » n’existe pas.
Tout ce qui sort du cerveau d’un humain n’est qu’une inspiration, voire réinterprétation, de tout ce qu’à vécu la personne jusqu’à cet instant T.
Je suis convaincu que s’il était possible de faire grandir un humain dans du « rien » (je ne sais pas trop comment dire ça autrement), cet humain serait incapable d’inventer ou imaginer quoi que ce soit.
Mais une fois encore, je ne veux convaincre personne, je partage juste un point de vue qui m’est propre.
Je ne sais plus quel artiste disait que nous sommes tous des faussaires de quelqu’un d’autre.
Et partant de ce principe, je ne vois aucune raison pour qu’une IA ne soit pas capable de faire la même chose qu’un cerveau, à savoir réinterpréter ce qu’on a pu lui donner en exemple.
Simplement là où un humain va mettre des années à ingurgiter de l’information (qu’on appelle communément l’éducation et la culture), une machine va le faire dans un temps très court.
Donc oui, peut-être qu’aujourd’hui les IA nous pondent des trucs très formatés et « sans âme » (quoi que j’ai aussi un avis sur cette histoire d’âme lol 😜), mais je ne vois pas pourquoi demain elle ne seraient pas capable de réagir comme le ferait un humain…
Guillaume
La description du plaisir de jouer Flip7 est à côté de la plaque
bien sur que jouer a Flip7 contre une IA, ca ne serait pas pareil (et encore.. qui n’a jamais eu d’émotion contre un antagoniste IA (tellement rustique) à Civilization ?
Mais la il s’agit pas de jouer avec, il s’agit de créer (avec). L’IA sait ce qui nous fait vibrer, rien ne l’empêcher de (nous aider à ) créér quelque chose pour agir sur ces cordes la.
Denis
Le numéro 2 d’une grosse boîte qui donne son avis en privé tout en tirant un signal d’alarme sur l’avenir de la création dans le jeu de société qui se fait virer pour si peu. C’aurait été un joueur, un journaliste (ou les deux), l’avis aurait été lu et peut-être même débattu et puis…rien, un avis parmi d’autres quoi.
Mais là, c’est un Boss de boîte de création de jeux et son avis peut froisser, vexer les auteurs, leur donner l’impression que bientôt ces derniers ne serviront plus à rien. Le virer ? Non, mais faire amande honorable et s’excuser, oui, et ne pas aller dans le sens d’une utilisation accrue de l’IA dans sa société.
Aujourd’hui, l’IA va aider à faire toutes les simulations possibles suivant les modifications de l’auteur sur un jeu : d’un côté, c’est bien, pour trouver le juste équilibre, si on s’en en tient qu’à cela ; le souci de l’IA, c’est qu’elle risque, comme écrit dans l’article, d’être utilisée à outrance et faire tout le boulot normalement demandé aux auteurs (donc, aucun mérite personnel, mais succès possible si le jeu plaît et avec le gros risque d’inonder davantage le marché avec tout un tas de clones en tous genres, pompant sur les créations déjà parues de vrais auteurs). Et malheureusement, c’est déjà le cas sur les sites qui proposent des contenus vidéos, d’images et de musiques.
Il y a quelques mois, j’ai vu passer une info « d’auteurs » d’un jeu de société demandant avis sur les graphismes des personnages d’un jeu de cartes ; du propre aveu de l’auteur, ne sachant pas dessiner, toute la partie artistique était faite par IA (d’ailleurs, cela se voyait à des petites erreurs). Il s’est fait incendié en commentaires mais cela ne devrait pas l’empêcher de lancer sa campagne de crowfunding comme il compte s’auto-éditer. Au moins, cet auteur-là l’a avoué. Combien d’autres nouveaux auteurs ne le disent pas et passent par IA pour les graphismes, voire pour les aider dans la création de règles ou du jeu lui-même ?