Mythic Games : Fin de partie
💸 Vous attendez HEL ou Darkest Dungeon ? La liquidation de Mythic Games change tout. Quels recours pour les milliers de backers lésés ?
Game Over pour Mythic Games : Analyse d’un désastre industriel et financier
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L’essentiel en 3 points :
- Après une ascension fulgurante et 12M$ levés, Mythic Games a été liquidé fin 2025 suite à une gestion désastreuse et une stratégie de « fuite en avant ».
- De nombreux projetsne seront jamais livrés par Mythic. Certains sont repris par d’autres éditeurs moyennant de nouveaux frais pour les backers.
- Cette faillite retentissante marque un tournant pour l’industrie, érodant la confiance des joueurs et soulignant les risques réels du financement participatif.
Douze millions de dollars évaporés et des milliers de joueurs sur le carreau : la chronique d’un désastre ludique vient de connaître son épilogue.
Ça y est. La messe est dit. Fin de partie pour Mythic Games. La liquidation judiciaire est actée.
C’est l’histoire d’un Icare moderne. Mais un Icare avec des figurines en plastique de 32mm, des visuels de ouf et des millions de dollars en poche. Si vous faites partie de la sphère ludique, le nom de Mythic Games résonne forcément pour vous. C’est l’éditeur de Darkest Dungeon, Solomon Kane ou Joan of Arc. Celui qui nous a fait rêver (et casser nos tirelires) avec des campagnes Kickstarter pharaoniques avant de transformer le rêve en cauchemar logistique.
Fin octobre 2025, le couperet est tombé : liquidation judiciaire. Game Over. Mais comment une entreprise capable de lever 12 millions de dollars a-t-elle pu en arriver là ? Retour sur un gâchis industriel qui laisse un goût amer (et salé) à toute la communauté.
La folie des grandeurs (2015-2020)
Au départ, tout semblait magique. Fondé en 2015, l’éditeur franco-luxembourgeois a surfé sur la vague dorée du financement participatif. La recette ? Du « kiloplastique », des licences fortes et des promesses démesurées. En quelques années, ils ont enchaîné les succès : 5,6 millions pour Darkest Dungeon, 2,2 millions pour HEL: The Last Saga. On ne parlait pas juste de jeux, mais de superproductions. On a toutes et tous eu envie de cliquer sur « Pledge ».
La fuite en avant
Mais c’est là que le piège s’est refermé. Alors que le monde se figeait avec le Covid et que les coûts de transport explosaient, Mythic a fait le choix de la fuite en avant. Au lieu de réduire la voilure, ils ont accéléré. Plus de projets, plus d’embauches, plus de dépenses. Un système de cavalerie financière où l’argent des nouveaux projets servait probablement à boucher les trous des précédents.
Dès 2021, la machine s’enraye. Les retards s’accumulent. Et puis, il y a eu ce moment fatidique des « rallonges ». Vous avez déjà payé votre jeu ? C’est bien. Mais si vous voulez le recevoir, il va falloir repasser à la caisse pour les frais de port. Une méthode qualifiée de « rançon » par une communauté de plus en plus en colère.
La braderie des bijoux de famille
Pour survivre, Mythic a commencé à vendre les meubles. Super Fantasy Brawl, Enchanters… cédés à CMON pour renflouer les caisses. Une injection de liquidités qui ressemblait plus à un pansement sur une jambe de bois qu’à une vraie stratégie.
En 2024, l’aveu d’échec est total : les très attendus HEL et Anastyr sont revendus à CMON. Qui sont transbahutés ensuite vers Don’t Panic Games en mode patate chaude. Les backers recevront une boîte de base « allégée », s’ils acceptent de payer les frais de port. Les extensions promises et les exclusivités ? Oubliez-les. Quant à Monsterpocalypse, il est abandonné. Privateer Press offre les fichiers 3D en compensation. Sympa pour ceux qui n’ont pas d’imprimante résine.
2025, la fin de partie
L’agonie aura duré jusqu’en octobre 2025. Après la fermeture de la filiale française, la maison-mère luxembourgeoise est officiellement liquidée. Pas de fraude avérée selon la justice, juste une gestion désastreuse et des paris risqués qui ont mal tourné. Mauvaise nouvelle : Monsterpocalypse, Rise of the Necromancers et Darkest Dungeon Wave 2 ne seront jamais livrés. Et l’argent, plusieurs centaines de milliers de dollars investis par les backers, jamais remboursé !
Ce qu’il faut en retenir ? Cette chute marque la fin de l’insouciance du crowdfunding. Pour les backers, la leçon est brutale : Kickstarter n’est pas une boutique, c’est un investissement à risque. Mythic Games a voulu toucher le soleil, mais s’est brûlé les ailes (et les nôtres au passage). Restent maintenant des milliers de figurines orphelines et une confiance à reconstruire.
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7 Comments
Lorenzo
C’est vrai, la gestion semble avoir été scandaleuse, et même temps, quand je passe le matin devant mon étagère Mythic Battle Pantheon, j’ai aussi envie de leur dire merci. Ils ont créer du rêve.
D’ailleurs on peut quand même souligner le boulot de Monolith pour continuer à faire vivre MB. Merci à eux aussi.
Chrys
C’est du vol déguisé.
Les souscripteurs ont quand même été débités donc l’argent il existe et le studio devrait rembourser,
sinon, ça devient ou bien ça devient du vol manifeste ou bien ça devient un mécénat.
Newton
Je suis étonné qu’au pays de l’oncle Sam il n’y ait pas eu un procédurier pour aller au fond du sujet : est-ce que c’est un contrat ou pas ? Parce qu’on achète quand même précisément quelque chose…
Lansquenet
Bonjour, c’est assez surprenant je trouve, vu l’ampleur du désastre, que les noms des responsables ne soient jamais cités car pour autant que je sache, l’un d’entre eux au moins n’en est pas à son coup d’essai. On peut même affirmer de façon incontestable et documentée qu’il a laissé une longue liste de foirades dans son sillage.
Dag
Je leur reconnais une chose : grâce à eux, je fais désormais des économies. Ils ont fini de me dégoûter du système de kickstarter. J’avais pledgé Darkest Dungeon pour 300 et quelques euros. Je n’ai jamais rien eu, ni remboursement ni lot 1 ni même une réponse à mes messages.
Là où ça tiens de l’escroquerie, c’est qu’ils ont osé demander des rallonges pour pouvoir livrer et n’ont même pas livré l’intégralité de ceux qui avaient payé. Qu’ils soient incompétent, c’est une chose, mais qu’ils mentent pour extorquer encore davantage d’argent aux gens qui leurs ont permis de bosser et de payer les salaires, c’est juste malhonnête.
Benjamin
Au delà de la mauvaise gestion involontaire qui n’est heureusement pas punissable (on a tous le droit de se planter), la cavalerie financière elle l’est parfaitement. J’espère que des instances judiciaires sont sur le coup pour, si c’est avéré, poursuivre pénalement les auteurs. Clairement on ne rêvera jamais notre argent mais si y a eu des malversations les auteurs doivent être interdit d’exercices. Peut être que tout à été fait dans les règles mais vu de l’extérieur on est en droit de s’interroger.
Sak
On ajoutera que la communication n’était pas que désastreuse, mais carrément mensongère, au moins à partir de 2022.