💔 De l’enthousiasme au désastre : pourquoi Mythic Games a renoncé à Monsterpocalypse et quelles conséquences pour les backers.
Monsterpocalypse, le naufrage de Mythic Games
En bref :
- Mythic Games a abandonné le projet Monsterpocalypse malgré plus d’1,3 million de dollars levés.
- Les backers se sentent floués, accusant l’éditeur de mauvaise gestion et de communication opaque.
- Privateer Press propose des fichiers STL en consolation, mais aucune livraison physique ne verra le jour.
Imaginez un jeu financé à plus d’un million de dollars, des monstres prêts à tout détruire… puis plus rien !
Je me suis récemment penché(e) sur la situation de Mythic Games et sur la façon dont ils ont abandonné la campagne Kickstarter de Monsterpocalypse, qui avait pourtant récolté plus de 1,3 million de dollars. Au départ, j’étais simplement curieux) de comprendre ce qui avait bien pu se passer pour qu’un projet aussi ambitieux s’effondre. Mais plus j’ai creusé, plus j’ai découvert une histoire riche en rebondissements : problèmes de gestion financière, retards interminables, demandes de contributions supplémentaires aux backers, sans oublier la réaction intense (parfois… violente ?) de la communauté.
Dans cet article, je vous partage tout ce que j’ai appris : les raisons de ce naufrage, l’état financier de Mythic Games, les conséquences pour les joueurs, joueuses et fans qui ont soutenu la campagne, ainsi que les possibles suites légales.
Mythic Games abandonne le Kickstarter à 1,3 million de dollars pour Monsterpocalypse
Les difficultés financières et les retards de Mythic Games
Mythic Games a longtemps été considérée comme une étoile montante du financement participatif dans le domaine du jeu de plateau. Toutefois, à partir de 2023, la situation s’est nettement dégradée. La société s’est retrouvée avec plusieurs gros projets Kickstarter lancés en parallèle, et donc des problèmes de trésorerie majeurs.
Ajoutez à cela l’augmentation des coûts de fabrication, de transport et des matières premières (liée, entre autres, à la pandémie de COVID-19 et au conflit en Ukraine) : très vite, ces dépenses ont explosé.
En fin d’année 2022, Mythic a entrepris des coupes budgétaires drastiques :
- Réduction de 60 % des effectifs, passant à moins d’une dizaine d’employés (beaucoup en sous-traitance).
- Baisse des coûts d’exploitation de 80 %.
- Les fondateurs eux-mêmes ont arrêté de se verser un salaire en 2023.
Malgré des campagnes Kickstarter fructueuses (comme Darkest Dungeon qui a dépassé les 5,6 millions de dollars), Mythic s’est retrouvée avec un déficit de plusieurs millions, principalement dû à l’inflation et à divers dépassements de budget. L’éditeur CMON ayant même repris certaines de leurs licences.
Une stratégie « cash call » qui a choqué les backers
Pour essayer de garder la tête hors de l’eau, Mythic a tenté une approche très inhabituelle :
- Au milieu de l’année 2022, elle a demandé des contributions financières supplémentaires aux backers sur des projets déjà financés.
- Les backers de Darkest Dungeon devaient ainsi rajouter 18 à 69 dollars de plus pour recevoir la première vague de figurines (parfois bien au-delà de leur contribution initiale).
- Les soutiens de 6: Siege ont même reçu un ultimatum : payer jusqu’à 249 dollars supplémentaires ou renoncer à recevoir le jeu.
Sans surprise, cette démarche a suscité un tollé. Beaucoup de joueurs ont crié à la mauvaise gestion, voire à l’escroquerie. Et la réputation de Mythic en a pris un sérieux coup.
Vers la fin de l’année 2023, Mythic n’arrivait même plus à lancer de nouveaux projets et peinait à terminer ceux déjà en cours.
La décision d’abandonner Monsterpocalypse
C’est dans ce contexte que Mythic Games a décidé de renoncer à livrer le jeu Monsterpocalypse financé sur Kickstarter à hauteur de 1,31 million de dollars par plus de 6 300 backers en 2021. L’entreprise a admis que produire le jeu tel que promis était devenu « excessivement difficile, voire impossible » avec leurs moyens actuels, sauf à réclamer (encore) une énorme rallonge financière aux backers.
Face à la colère déjà vive suscitée par les précédents « cash calls », Mythic a rapidement vu qu’il n’y avait aucune issue réaliste pour Monsterpocalypse. D’autant plus que le dernier communiqué officiel sur Kickstarter datait de… mars 2023. Oui, il y a deux ans. La transparence sur l’avancée du projet laissait donc déjà beaucoup à désirer.
En début d’année 2024, le cofondateur Leonidas Vesperini a reconnu que la seule « solution » pour Monsterpocalypse et Rise of the Necromancers serait de demander (encore) plus d’argent aux backers, mais que la situation était devenue toxique au point de générer des menaces de mort.
Début 2025, Privateer Press, le détenteur de la licence Monsterpocalypse, a officialisé la nouvelle : le jeu ne sera jamais produit par Mythic. Privée d’un accord pour transférer la licence ou le projet, l’entreprise se décharge de toute responsabilité dans cette campagne qu’elle n’avait d’ailleurs pas gérée directement. Pour « sauver » un minimum de choses, Privateer Press propose tout de même des fichiers STL gratuits (pour impression 3D) et des cartes de jeu à télécharger, histoire que les backers puissent récupérer au moins un morceau de ce qui leur avait été promis.
Réactions des backers et retombées dans la communauté
Comme on peut l’imaginer, la réaction des backers a été très amère :
- Nombreux sont ceux qui avaient dépensé plusieurs centaines de dollars en pledges et add-ons.
- Beaucoup se sentent floués, voire trahis, et parlent de « vol » pur et simple.
- Les demandes de remboursement pleuvent, mais sans grand espoir, compte tenu de l’état financier de Mythic.
Sur Kickstarter et d’autres forums, les commentaires sont empreints de colère et de déception. Certains joueurs envisagent d’abandonner à jamais le financement participatif après cette expérience. D’autres, plus virulents, ont malheureusement poussé jusqu’aux menaces et au harcèlement, ce qui n’est clairement pas justifiable et ne représente pas la majorité des backers.
Les fichiers STL, un lot de consolation ?
Certains tentent de relativiser : Privateer Press propose au moins des fichiers pour imprimer soi-même les figurines. Mais pour beaucoup, cela ne remplace pas le produit fini, particulièrement pour ceux qui n’ont ni imprimante 3D ni l’envie de se lancer dans cette aventure. On est loin du jeu complet initialement promis, avec ses figurines préfabriquées et tout le matériel de haute qualité attendu.
Les implications légales
Le fait que Mythic Games n’ait pas honoré une campagne de plus d’un million de dollars pose évidemment la question de la responsabilité juridique. Theoriquement, sur Kickstarter, les porteurs de projet ont l’obligation de livrer ou de rembourser, à moins de prouver que tous les fonds ont été utilisés pour essayer de mener le projet à bien. Mais dans la pratique, mener une action en justice internationale (Mythic étant basé au Luxembourg. Ils ont / avaient une branche en france qu’ils ont/sont en train de liquider) se révèle souvent compliqué.
- Certains backers évoquent des actions collectives (class actions) ou réclament que les autorités enquêtent.
- Il existe un précédent : le FTC (Federal Trade Commission) s’était déjà saisi d’un cas de fraude Kickstarter en 2015 (The Doom That Came to Atlantic City), mais le responsable n’avait plus d’argent pour rembourser les backers.
On pourrait donc se retrouver avec un jugement essentiellement symbolique, si Mythic Games n’a plus de fonds à saisir. Bref, peu d’espoir de voir les backers récupérer leur mise, même si une action en justice venait à aboutir.
Comparaisons avec d’autres échecs de crowdfunding
Malheureusement, Monsterpocalypse n’est pas le seul projet de jeu de plateau à avoir fait un flop retentissant sur Kickstarter :
- Space Goat Productions (Evil Dead 2 et Terminator les jeux de plateau) : près d’un million de dollars levés au total, deux licences très connues, mais zéro livraison au final.
- Palladium Books (Robotech RPG Tactics) : plus de 1,44 million de dollars récoltés en 2013, une première vague de récompenses livrées… puis plus rien. La licence a expiré, et une partie des backers n’a jamais reçu de figurines.
- GameZone (HeroQuest 25th Anniversary) : plus de 680 000 € sur une plateforme espagnole. Projet bloqué par des problèmes de droits avec Hasbro. Les backers n’ont rien obtenu.
- Coolest Cooler (un produit high-tech en dehors du domaine des jeux) : 13 millions de dollars levés, mais 3,9 millions de dollars de produits jamais expédiés.
Si l’on considère que Mythic a également échoué sur d’autres projets (comme Hel, Anastyr, Rise of the Necromancers), le montant total des sommes non livrées dépasse les 6 millions de dollars. On parle donc potentiellement de l’un des plus gros désastres de crowdfunding dans le secteur du jeu de plateau. Pas glop. Du tout !
Conclusion
Le cas de Monsterpocalypse illustre parfaitement la faillite de Mythic Games :
- Surinvestissement dans de multiples campagnes concurrentes.
- Explosion des coûts de production et de logistique.
- Stratégie hasardeuse consistant à réclamer des rallonges aux backers pour boucler le budget.
- Communication déficiente, puis silence prolongé.
Au final, plus de 6 300 backers se retrouvent les mains vides, et même si Mythic s’excuse, cela ne remplacera jamais la déception (et l’argent perdu). Privateer Press fait de son mieux pour offrir des fichiers STL et garder la flamme Monsterpocalypse vivante, mais on reste très loin de ce qui avait été promis.
D’un point de vue légal, on ne sait pas encore si des poursuites aboutiront un jour. Il y a peu de chances que les backers récupèrent leurs fonds, même s’il était prouvé que Mythic a commis des abus. Cette histoire est donc un sérieux rappel : même des projets dotés d’un financement massif et pilotés par des éditeurs apparemment expérimentés peuvent totalement s’effondrer.
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Une leçon (amère) pour la communauté Kickstarter
- Pour les créateurs : attention à ne pas viser trop haut et à bien maîtriser ses coûts.
- Pour les backers : sachez qu’il existe un risque réel de tout perdre, y compris sur les projets qui semblent “solides” sur le papier.
Bref, la mésaventure Monsterpocalypse restera sans doute longtemps dans les mémoires comme un exemple des dangers du crowdfunding dans le monde du jeu de plateau.
J’espère que ce retour vous aura permis de mieux comprendre pourquoi ce projet si prometteur a fini en désastre. Si vous avez pledgé Monsterpocalypse ou que vous suivez de près l’actu de Mythic Games, n’hésitez pas à partager vos expériences ou réflexions en commentaire. C’est toujours intéressant de recueillir d’autres points de vue sur cet épisode (relou) du financement participatif.
Au final, Monsterpocalypse restera le plus grand combat de monstres qui n’ait jamais eu lieu… et c’est bien ça tout le problème !
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