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Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Reporter : L’arme ludique massive contre la désinformation

📰 Scoop ou fake news ? Dans Reporter, vérifiez vos sources avant le bouclage ! Un jeu d’enquête sous tension signé Helvetiq. Coup de cœur !


Reporter : Dans la peau d’une journaliste (stress inclus)

Reporter boîte

⚠️ Avertissement : Pour faire écho à notre article sur le marketing d’influence dans le jeu de société, et dans le cadre d’une démarche de transparence, nous tenons à vous informer que ce jeu nous a été offert par l’éditeur. Notre avis reste toutefois impartial et sincère. Nous vous exposons ici les qualités et les défauts du jeu.


Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :

L’essentiel en 3 points :

  • Co-créé avec la RTS, le jeu simule avec brio le métier de journaliste sans jamais être ennuyeux.
  • Contrairement aux jeux d’enquête classiques, le but n’est pas de déduire le coupable, mais de prouver la véracité des faits en recoupant les infos.
  • Ludique, immersif (grâce à l’audio) et intelligent, c’est un « serious game » réussi qui éduque aux médias tout en divertissant.

Il est 17h55, le rédacteur en chef hurle pour le bouclage, et votre source principale vient de se rétracter : bienvenue dans l’enfer génial de Reporter.

À une époque où l’information circule plus vite que la pensée critique, où la vérité semble parfois optionnelle, « Reporter » débarque comme un ovni ludique nécessaire. Fruit d’une collaboration percutante entre l’éditeur suisse Helvetiq et la RTS (Radio Télévision Suisse), ce jeu d’investigation ne vous demande pas de résoudre un meurtre, mais de faire quelque chose de bien plus complexe : établir les faits. Et c’est une dinguerie !

Le journalisme traverse une crise. Défiance du public, précarité économique, concurrence féroce des réseaux sociaux où les fake news règne en maître… Sans parler de l’IA qui vient mettre un bazar dans tout ça.

Le métier n’a jamais été aussi essentiel, et pourtant jamais aussi attaqué. Plutôt que de se lamenter, Helvetiq et la RTS ont choisi la pédagogie. Par le jeu.

Leur ambition ? Nous faire vivre, de l’intérieur, les défis, les dilemmes et la pression inhérente à la vérification de l’information.

Un projet éducatif, certes. Mais est-ce un bon jeu ? Spoiler : c’est un coup de cœur Gus&Co.

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Bienvenue à la rédac

Ouvrir la boîte de Reporter, c’est pousser la porte d’une salle de rédaction en plein bouclage. Ici, pas de plateau coloré, pas de dés, pas de figs.

Le matériel est au service d’un réalisme bluffant. On y trouve deux dossiers distincts, contenant plus de 35 documents de formats variés.  

Et quels documents ! Coupures de presse, captures d’écran de réseaux sociaux, retranscriptions d’interviews, rapports d’experts, photos satellites, e-mails confidentiels… Le soin apporté à la vraisemblance est impressionnant.

On se surprend à étaler les pièces sur la table, à griffonner frénétiquement dans les blocs-notes à spirale fournis, qui contiennent également les informations du jeu (textes et autres), tandis que notre regard se pose nerveusement sur l’horloge en carton incluse.

Car oui, le temps est compté. La deadline approche.

La mécanique de la Vérité (avec un grand R, si vous êtes dyslexique comme moi)

Aux commandes de cette expérience narrative, on retrouve un nom qui rassure : Stéphane Anquetil, le maître français de l’enquête condensée (l’auteur derrière l’excellente gamme Crime Zoom et qui a également écrit des scénars pour Sherlock Holmes Détective Conseil).

Son expertise pour les récits, couplée au travail de développement de l’équipe Helvetiq (Raphaël Nicolet, Ludovic Papais – anciennement développeur chez IELLO, Hadi Barkat – boss d’Helvetiq, regroupés sous le collectif Ludo Achraf) et à l’apport de journalistes chevronnés de la RTS, fait des merveilles.  

Reporter est un jeu entièrement coopératif (1 à 4 joueuses). Le système est d’une fluidité exemplaire. On prend connaissance de la situation initiale, et on plonge. La mécanique principale n’est pas la déduction pure, mais la vérification.  

C’est là que le jeu se distingue radicalement. Il ne s’agit pas de trouver qui ment, mais de comprendre pourquoi il ment, le cas échéant, et surtout, de prouver ce qui est vrai.

Le jeu vous oblige à recouper les sources. Ce témoin est-il fiable ou a-t-il un intérêt caché ? Cette photo est-elle authentique ou retouchée ? Cette information est-elle complète ou tronquée ?

Comment on joue ?

Chaque indice affiche une palette de pictos se référant à moult actions possibles : contacter, éplucher les réseaux sociaux, demander de l’aide, faire une recherche web, etc etc.

Et à la manière d’un Livre dont vous êtes le Héros ou l’Héroïne, vous consultez le paragraphe correspondant.

Enfin, quand je dis « paragraphe » je pense plutôt à la page correspondants du carnet correspondant.

Bref. Reporter est un jeu de société d’enquête pur jus. Ne cherchez pas ici l’originalité de la mécanique. Décompte de temps, indices visuels, paragraphes. On est en terrain connu. Mais ce qui détonne, ce sont ces différentes actions possibles offertes par indice. C’est efficace. C’est immersif. C’est addictif.

Chaque piste suivie, chaque expert contacté, prend du temps. L’horloge avance. La pression monte. Avec des événements qui viennent se glisser dans l’affaire.

Faut-il passer plus de temps à confirmer ce détail crucial, au risque de rater le bouclage ? Ou faut-il publier en l’état, au risque de propager une fausse information ? Ce dilemme, c’est le quotidien des journalistes en 2025, et Reporter le simule avec une intelligence rare.

Deux scénarios, deux tempos

La boîte propose deux enquêtes qui illustrent parfaitement les différentes temporalités du métier.  

Sans ne rien divulgâchet :

Scénario 1 : Un monstre dans le lac. Une photo d’une créature dans le Léman enflamme les réseaux sociaux. Buzz viral, actu chaude. Vous avez peu de temps (environ 60 minutes) pour décider si l’info mérite l’ouverture du téléjournal. C’est intense, rapide, et cela teste votre capacité à vérifier sous une pression maximale.  

Scénario 2 : L’affaire des débris mystérieux. Changement de rythme. Des débris étranges sur une plage. Une enquête au long cours, typique du journalisme de magazine. Vous avez plus de temps (comptez 90 à 120 minutes, voire plus) pour creuser, confronter, analyser. C’est plus profond, plus complexe, et demande une organisation méticuleuse.  

Ces deux expériences sont passionnantes. L’écriture est soignée, crédible, ancrée dans des problématiques contemporaines intelligentes.

Plus qu’un jeu, une mission

On ne va pas se mentir, Reporter a une dimension pédagogique évidente. Destiné aux 14 ans et plus, c’est un formidable outil d’éducation aux médias. En jouant, on expérimente concrètement comment naissent les fake news et, surtout, comment les (dé)jouer.

Mais le jeu réussit le tour de force de ne jamais être moralisateur ou ennuyeux. Il rend l’esprit critique ludique.

L’interaction entre les joueurs et joueuses est constante. On débat, on argumente, on se répartit les tâches. La satisfaction finale ne vient pas d’avoir « battu » le jeu, mais d’avoir collectivement construit un récit factuel et solide.

Reporter, verdict

Deux mots : indispensable et magistral.

Reporter est bien plus qu’un excellent jeu d’enquête. C’est une œuvre ludique majeure et courageuse.

Alors oui, il n’y a que deux scénarios, et c’est tout. Alors oui, une fois les deux scénarios joués, on peut jeter / offrir sa boîte. Mais le jeu est d’une telle qualité que ça serait (très) dommage de le bouder.

À noter enfin que si on préfère éviter la lecture, une plate-forme web, et pas une appli, tant mieux, propose des voix pour incarner les personnages rencontrés.

Les voix, humaines et non générées par IA, sont juste excellentes ! Elles sonnent extrêmement juste et décuplent l’expérience, l’immersion et le plaisir du jeu. On a vraiment l’impression de plonger dans une fiction. Un gros, gros point positif ❤️ (même si la plateforme buguait au moment de la résolution. Mais c’était un détail peu rédhibitoire. À peaufiner).

Alors oui, clairement, Helvetiq et la RTS ont réussi un tour de force : transformer un sujet de société crucial en une expérience de jeu immersive, intelligente et palpitante.

Grâce à un matériel d’un réalisme saisissant, des mécaniques parfaitement huilées et deux scénarios profonds, Reporter s’impose immédiatement comme une référence. Du serious game. Du jeu d’enquête. Du jeu tout court.

Il divertit tout en éveillant les consciences. C’est un jeu qui marque, qui fait réfléchir longtemps après la fin de la partie. Un indispensable absolu. Comme quoi, oui, on peut clairement faire un serious game sérieux réussi (et ni plombant, ni… chiant).

Le jeu est déjà sorti chez nous en Suisse, pour une sortie prévue en France en février 2026. Parce qu’il le mérite, on se fera un malin plaisir à ressortir cet article sur Reporter à ce moment-là.

  • On a aimé : L’immersion totale avec les voix audio (bye bye les voix de robots !), le stress réaliste du bouclage et se prendre pour Tintin version 2.0.
  • On a moins aimé : Avoir besoin d’une table de la taille d’une salle de rédaction pour étaler tous les papiers, et n’avoir que deux scénarios (on en veut au moins 10 !).
  • C’est plutôt pour vous si… : Vous aimez avoir raison, vous détestez les chaînes de mails de votre oncle complotiste, et vous aimez coopérer sous pression.
  • Ce n’est plutôt pas pour vous si… : Pour vous, « vérifier une source », c’est regarder si la bouteille d’eau est vide, ou si vous cherchez un jeu « détente » pour poser le cerveau.

Bref, Reporter est le seul jeu où vous serez fières de dire : « Désolée, je ne peux pas publier ça, je n’ai pas de deuxième source », tout en suant à grosses gouttes.

Grandiose !

Note : 5 sur 5.

  • Label Dé Vert : Oui ! Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Stéphane Anquetil (scénarios), Ludo Achraf (collectif de développement Helvetiq : Raphaël Nicolet, Ludovic Papais, Hadi Barkat).  
  • Illustrations : Folko Streese, Sandie Sénac-Retaud  
  • Édition : Helvetiq (Co-édition RTS). Distribution France prévue chez Gigamic début 2026
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (idéal à 2-3)
  • Âge conseillé : Dès 14 ans (et fortement recommandé aux adultes)  
  • Durée : 60 à 120 minutes par scénario (il y en a (que) deux)
  • Thème : Journalisme, investigation, fake news, société  
  • Mécaniques principales : Coopération, enquête, narration, analyse de documents, gestion du temps. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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