Aquaria : Le jeu oĂč vos poissons meurent de faim
đ Poissons-clowns, filtres Ă ouate et molettes de microflore : Aquaria est-il le nouveau bijou des eurogamers ?
Aquaria : Le grand bain ou le coup dâĂ©pĂ©e dans lâeau ?

â ïž Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communautĂ©, nous tenons Ă prĂ©ciser que cet article reflĂšte notre opinion personnelle sur le jeu. Nous nâavons reçu aucune contrepartie de la part de lâĂ©diteur du jeu. Nous avons acquis et testĂ© le jeu de façon indĂ©pendante, sans lien commercial avec son Ă©diteur. Les avis prĂ©sentĂ©s ici reprĂ©sentent notre analyse honnĂȘte et impartiale du jeu, basĂ©e sur notre propre expĂ©rience.
L’essentiel en bref
- Incarnez un passionné gérant son aquarium, du substrat à la surface.
- Sélectionnez les plus beaux poissons, gérez votre oxygÚne et optimisez vos molettes de microflore.
- Un jeu de gestion expert mĂȘlant puzzle spatial et construction de moteur, sans interaction directe.
Trois points de victoire en moins. Mon poisson-clown vient de mourir de faim, et c’est entiĂšrement de ma faute.
Dans Aquaria, vous n’ĂȘtes pas un aventurier des mers, mais un aquariophile mĂ©ticuleux, cherchant Ă crĂ©er l’Ă©cosystĂšme parfait dans votre salon. L’histoire s’Ă©crit dans l’Ă©quilibre de l’oxygĂšne, la rotation des molettes et le placement millimĂ©trĂ© des poissons-clowns. La VF est arrivĂ©e via Intrafin. Verdict aprĂšs la derniĂšre distribution de granulĂ©s.
Le monde du silence
Loin du chaos des jeux d’affrontement, Aquaria nous invite Ă la contemplation active. C’est la nouvelle proposition de TomĂĄĆĄ Holek, auteur tendance depuis le succĂšs de SETI, Ă©ditĂ© par Delicious Games, l’Ă©diteur tchĂšque connu pour ses mĂ©caniques bien huilĂ©es (Underwater Cities, 2018 ; Praga Caput Regni, 2020).
Ici, le but est de composer l’aquarium le plus harmonieux. Le thĂšme est traitĂ© avec sĂ©rieux : pas de sirĂšnes, mais des poissons-clowns, des rascasses et des plantes aquatiques aux besoins spĂ©cifiques. Les illustrations rĂ©alistes renforcent ce cĂŽtĂ© « simulation », plongeant les joueurs dans une quĂȘte de l’Ă©quilibre biologique oĂč chaque plante compte et chaque poisson pĂšse sur le systĂšme.

Dans les profondeurs du concept
Dans Aquaria, chaque joueur gĂšre son propre aquarium sur 4 manches composĂ©es de 7 phases. Cinq d’entre elles sont des phases de maintenance, mais il reste la phase d’action et la phase de microflore.
Au cĆur du jeu se trouve un ensemble de roues d’actions oĂč chaque joueur dĂ©place son dĂ© d’action, quatre fois par manche, pour en choisir une nouvelle Ă chaque tour. Si le dĂ© est dĂ©placĂ© vers une action adjacente, il gagne un bonus, ce qui rend la planification des actions trĂšs stratĂ©gique.
Les actions possibles incluent :
- Placer des cartes Aquarium (poissons, plantes, Ă©lĂ©ments divers), souvent payĂ©es en oxygĂšne et influencĂ©es par l’adjacence des cartes dĂ©jĂ posĂ©es.
- Ătudier l’EncyclopĂ©die, ce qui permet d’avancer sur une piste dĂ©diĂ©e et d’obtenir des bonus temporaires ou des points en fin de partie.
- AccroĂźtre l’oxygĂšne, un Ă©lĂ©ment clĂ© pour rendre possibles certaines actions et scorer.
- Gagner des cartes et de la nourriture, ressource indispensable pour nourrir vos poissons.
- Avancer sur la piste Animalerie, via la dĂ©fausse de cartes de mĂȘme couleur, pour obtenir des bonus variĂ©s.
L’Ă©quilibre des molettes
C’est ici que le jeu rĂ©vĂšle sa vĂ©ritable profondeur stratĂ©gique. Le plateau joueur est Ă©quipĂ© de molettes reprĂ©sentant le rĂ©glage de l’Ă©quilibre de la microflore. Chaque carte que vous placez dans votre aquarium possĂšde deux facettes cruciales :
- Le placement spatial : OĂč poser ce poisson pour respecter ses critĂšres de points ?
- L’action de molette : La carte possĂšde des icĂŽnes qui vous permettent de tourner vos cadrans de microflore.
C’est tout le sel du jeu et sa complexitĂ© : une carte peut ĂȘtre parfaite pour son placement et les points qu’elle rapporte, mais inutile pour vos molettes. Ă l’inverse, une carte peut ne rapporter aucun point, mais vous permettre de faire pivoter votre cadran de microflore jaune pour dĂ©bloquer immĂ©diatement une action bonus ou une ressource vitale. Il faut constamment arbitrer entre « construire son paysage » pour le score final et « faire tourner le moteur » pour survivre aux phases d’entretien.
C’est la ouate qu’elle prĂ©fĂšre
La survie de vos protĂ©gĂ©s repose sur un systĂšme de filtration qu’il faut savoir purger au moment opportun. Le jeu propose une mĂ©canique de « nettoyage » des filtres Ă ouate qui demande un timing de mĂ©tronome. En activant votre filtre, vous dĂ©clenchez une cascade de bonus immĂ©diats et de points de victoire, mais attention au retour de bĂąton biologique ! L’efficacitĂ© de cette action est indexĂ©e sur votre rĂ©serve d’oxygĂšne actuelle : si votre bac est saturĂ© d’air pur, vous rĂ©coltez les lauriers de l’aquariophile d’Ă©lite. En revanche, si vous tentez de filtrer une eau dĂ©jĂ viciĂ©e ou pauvre en oxygĂšne, le filtre s’encrasse et transforme vos espoirs de gloire en points nĂ©gatifs cuisants.
Une mécanique fluide⊠mais exigeante
Le systĂšme de roues d’actions donne Ă Aquaria une identitĂ© mĂ©canique forte : chaque action n’est pas isolĂ©e, elle doit s’inscrire dans une planification Ă court et moyen terme, car dĂ©placer son dĂ© Ă un moment prĂ©cis peut rapporter un bonus significatif ou, au contraire, vous mettre en difficultĂ©.
La rotation des molettes est un casse-tĂȘte aux choix cornĂ©liens entre placement de score et nĂ©cessitĂ© d’obtention de bonus.
La gestion de l’oxygĂšne, des filtres et de la nourriture ajoute une tension supplĂ©mentaire, car ces ressources dĂ©terminent votre capacitĂ© Ă poser des cartes ou Ă nourrir vos poissons, condition essentielle pour scorer.
Cette profondeur a un prix : l’ensemble peut sembler dense, avec de nombreux compteurs, pistes et possibilitĂ©s d’actions qui peuvent submerger les joueurs moins habituĂ©s aux eurogames experts.

Fluide glacial
L’interaction dans Aquaria est d’une froideur abyssale. Contrairement Ă de nombreux jeux de pose d’ouvriers, il n’y a ici aucun blocage d’action. Les dĂ©s prĂ©sents dans le jeu ne servent pas Ă la puissance ou au conflit : ils agissent comme des marqueurs temporels, rythmant l’avancĂ©e des manches. Que vous jouiez Ă deux, trois ou quatre, vous ne serez jamais empĂȘchĂ© de rĂ©aliser l’action souhaitĂ©e.
La seule interaction rĂ©side dans la riviĂšre de cartes : si un adversaire prend la plante que vous convoitiez, elle est perdue. C’est une course d’optimisation pure, une compĂ©tition de nage en ligne oĂč chacun reste sagement dans son couloir d’eau. Cela plaira aux stratĂšges qui dĂ©testent voir leurs plans ruinĂ©s par autrui, mais frustrera ceux qui cherchent la friction.
Nourrir ou périr
Si l’argent n’existe pas, la faim, elle, est bien rĂ©elle. Ă la fin de chaque manche, une phase de maintenance impose de nourrir vos poissons. Plus votre population est dense et prestigieuse, plus la facture en nourriture est salĂ©e. C’est le garde-fou du jeu : s’Ă©tendre trop vite sans avoir montĂ© son moteur de production de nourriture (notamment via les fameuses molettes microflore) est suicidaire. Les pĂ©nalitĂ©s pour les poissons affamĂ©s peuvent couler votre score.
Plongée en solitaire
Le mode solo d’Aquaria est fidĂšle Ă l’esprit du multijoueur : c’est un puzzle d’optimisation sans interfĂ©rence. Puisqu’il n’y a pas de blocage d’actions dans le jeu de base, le mode solo n’a pas besoin de simuler un adversaire agressif. Il s’agit surtout de gĂ©rer la riviĂšre de cartes (qui dĂ©file) et d’atteindre des objectifs de score Ă©levĂ©s.
C’est un excellent moyen de s’entraĂźner Ă maĂźtriser la synergie complexe entre le placement des cartes et la rotation des molettes, offrant une expĂ©rience zen et cĂ©rĂ©brale. Cependant, sans le sel de la compĂ©tition, elle perd un peu de sa saveur. De plus, il n’y a pas de niveau de difficultĂ© croissante pour l’automa.

Il est frais mon poisson !
La boĂźte est bien remplie, fidĂšle Ă la rĂ©putation de Delicious Games. Les plateaux personnels double couche, indispensables pour maintenir les marqueurs en place, sont de qualitĂ©. Le systĂšme de molettes est agrĂ©able Ă manipuler et apporte une satisfaction tactile. L’iconographie est relativement lĂ©gĂšre pour ce type de jeu.
Le langage des symboles est vite acquis et le jeu devient rapidement fluide. Cependant, visuellement, le parti pris rĂ©aliste et les photos issues de banques d’images donnent un aspect un peu clinique Ă l’ensemble, Ă©voquant davantage une planche d’encyclopĂ©die qu’un film d’animation Pixar.
Un casting sans nom
Si le visuel rĂ©aliste d’Aquaria flatte l’Ćil du naturaliste, on regrettera un certain silence radio concernant l’identitĂ© de nos pensionnaires. Ă l’exception notable des poissons-clowns et des rascasses, les autres espĂšces restent cruellement anonymes. Pas de nom scientifique, pas de petite anecdote sur les mĆurs d’un discus ou d’un scalaire, ni sur les cartes Aquarium, ni dans le livret de rĂšgles. Les cartes se contentent de classifications gĂ©nĂ©riques comme « bancs de poissons », « anĂ©mones » ou « plantes aquatiques ».
Certes, en plein effort mental pour Ă©quilibrer son oxygĂšne, le joueur a rarement le loisir de s’adonner Ă la lecture encyclopĂ©dique. Cependant, pour un jeu s’adressant Ă une communautĂ© de passionnĂ©s, ce manque de contexte narratif est une petite dĂ©ception. Une simple phrase descriptive aurait permis de transformer ces superbes illustrations en vĂ©ritables compagnons de bassin, renforçant l’immersion dans cette thĂ©matique si singuliĂšre.
Le plein d’oxygĂšne⊠On a aimĂ©
- Comme un poisson dans l’eau : une thĂ©matique bien intĂ©grĂ©e avec l’oxygĂšne comme systĂšme « monĂ©taire » implacable.
- La mĂ©canique qui tourne rond : le systĂšme de roues d’actions est un rĂ©gal de planification et de fluiditĂ©.
- Un moteur bien huilĂ© : l’utilisation des molettes de microflore pour dĂ©clencher des combos offre une satisfaction tactique et tactile indĂ©niable.
- ZĂ©ro remous : l’absence de blocage permet de polir son aquarium sans la frustration de voir sa stratĂ©gie coulĂ©e par un adversaire.
- Un puzzle de haut vol : la double contrainte du placement spatial pour les points et des icÎnes pour les molettes est un défi intellectuel brillant.
En eaux troubles⊠On a moins aimé
- Fluide glacial : l’interaction est si faible qu’on finit par jouer en apnĂ©e, chacun dans son bocal, sans un regard pour le voisin.
- Un casting d’anonymes : dommage que les espĂšces ne soient pas nommĂ©es (hors Nemo et la rascasse) ; ce manque de contexte narratif bride l’immersion.
- EsthĂ©tique clinique : l’usage de photos issues de banques d’images donne un cĂŽtĂ© « manuel de biologie » un peu froid qui manque de charme artistique.
- Solo en eaux calmes : un mode solitaire efficace pour rĂ©viser ses gammes, mais qui manque de sel et de niveaux de difficultĂ© pour l’automa.
- Attention au coup de filet : la phase de nourrissage et les malus de filtres peuvent ĂȘtre trĂšs punitifs pour les joueurs qui auraient mal anticipĂ© leur gestion d’oxygĂšne.
Aquaria, verdict
Ou : L’ivresse des profondeurs comptables
Aquaria est une machine de prĂ©cision oĂč chaque roue et molette a son importance. TomĂĄĆĄ Holek livre ici un eurogame expert, exigeant mais d’une grande clartĂ© une fois l’iconographie domptĂ©e. C’est un jeu qui demande de la rigueur et une vision Ă long terme, oĂč l’on construit son petit paradis aquatique avec une minutie chirurgicale. Si vous cherchez de l’interaction et de la narration, vous risquez de boire la tasse. En revanche, si vous aimez les puzzles spatiaux complexes et les moteurs de ressources parfaitement calibrĂ©s, Aquaria est une plongĂ©e technique dont vous ne ressortirez pas indemne.
C’est pour vous siâŠ
- Vous trouvez que l’enfer, c’est les autres (et leurs blocages intempestifs).
- Vous aimez quand un plan se dĂ©roule sans accroc, du substrat jusqu’aux bulles.
- Vous passez vos dimanches Ă admirer la photosynthĂšse de vos plantes vertes.
- Vous cherchez un jeu expert fluide, tactile et sans une once de hasard perturbateur.
Ce n’est pas pour vous siâŠ
- Vous confondez gestion d’aquarium et combat de piranhas (interaction quasi nulle).
- Vous avez besoin d’un univers narratif fort pour vous immerger dans un jeu.
- Vous ĂȘtes allergique aux calculs d’adjacence millimĂ©trĂ©s.
- Vous cherchez un mode solo avec une IA qui vous pousse dans vos derniers retranchements.
Aquaria rĂ©ussit le pari de rendre l’aquariophilie aussi passionnante que complexe. Entre la gestion critique de l’oxygĂšne et le ballet incessant des molettes de microflore, le jeu offre une expĂ©rience cĂ©rĂ©brale de haute volĂ©e. Dommage qu’une certaine froideur visuelle et humaine vienne troubler l’eau.
Aquaria : le seul jeu oĂč votre poisson-clown peut mourir de faim pendant que vous optimisez votre microflore. Bienvenue dans l’aquariophilie hardcore.
TrĂšs bon !
- Date de sortie : Novembre 2025
- Langue : Française
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 3 sur 5. Pour en savoir plus sur lâITHEM dans les jeux de sociĂ©tĂ©, câest ici.
- IGUS : 1 sur 5. Pour en savoir plus sur lâIGUS dans les jeux de sociĂ©tĂ©, câest ici.
- EcoScore : C. Si vous voulez en savoir plus sur lâEcoScore dans les jeux de sociĂ©tĂ©, câest ici

- Label DĂ© Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label DĂ© Vert, câest ici.
- Création : Tomåƥ Holek
- Illustrations : AneĆŸka BÄlohoubkovĂĄ, Roman Kucharski, Milan VavroĆ
- Ădition : Delicious Games (VF : Intrafin)
- Nombre de joueurs et joueuses : 1 Ă 4
- Ăge conseillĂ© : 12+
- DurĂ©e : 45 â 120 minutes
- ThĂšme : Aquariophilie
- MĂ©caniques principales : MajoritĂ©, Engine-building, Combinaison, Rondelle. Pour en savoir plus sur les diffĂ©rentes mĂ©caniques de jeux, câest ici.
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