Essen 2025 – jour 2 : Silence radio et combos explosifs !
🔥 Essen 2025 continue : on a testé Take Time, Limit, Aquaria… Entre coups de cœur et déceptions, notre verdict sur quelques jeux.
Essen 2025
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L’essentiel en 3 points :
- Record historique : 1 170 joueurs réunis à Essen 2025 battent le record du monde CATAN pour les 30 ans du jeu. Événement majeur du jour 2.
- Take Time (Libellud) : le carton annoncé de Noël 2025. Coopératif à communication interdite, addictif, 48 scénarios.
- Les valeurs sûres : Aquaria (Delicious Games) et Dewan (Space Cowboys) – jeux experts accessibles. Limit et Anastyr : les paris audacieux.
On croyait avoir tout vu au jour 1, mais Essen 2025 nous réserve encore des surprises : un record du monde CATAN à 1 170 joueurs, un jeu coopératif qui interdit de parler, un aquarium tactique qui déchire, et une simulation politique sans filtre… Le jour 2 s’annonce historique.
Record du monde CATAN : 1 170 joueurs réunis à Essen !
Avant de plonger dans nos tests des nouveaux jeux découverts lors du deuxième jour à Essen 2025, impossible de passer à côté de L’ÉVÉNEMENT du vendredi 24 octobre : la Grugahalle d’Essen a littéralement tremblé sous les dés et les échanges de ressources. 1 170 joueurs se sont réunis pour disputer la plus grande partie de CATAN jamais organisée. Oui, vous avez bien lu : 1 170 joueurs.
Cette performance s’inscrivait dans les célébrations des 30 ans de CATAN, publié pour la première fois en 1995 à Stuttgart par KOSMOS Verlag. Trois décennies plus tard, la communauté mondiale de colons continue d’explorer, de commercer et de bâtir avec le même enthousiasme. Et visiblement, ils sont de plus en plus nombreux.
Les tables de jeu alignées dans la salle emblématique ont formé un véritable archipel de cartes hexagonales, réunissant aussi bien des « vieux de la veille » qui posaient leur première colonie en 1995 que de nouveaux joueurs et joueuses découvrant le jeu. L’ambiance ? Conviviale, bruyante, et teintée de cette fierté collective d’appartenir à une communauté mondiale soudée autour d’un classique indémodable.
Les festivités ne s’arrêtent pas là : le Championnat du Monde de CATAN 2025 est prévu les 5 et 6 avril à Stuttgart, ville d’origine du jeu. Plus de 90 joueurs venus de 60 pays s’y affronteront pour décrocher le titre suprême de Grand Colon de Catan. Bref, trente ans plus tard, CATAN prouve encore une fois que sur cette île, la victoire se partage avant tout… autour d’une table. Et bientôt aussi sur Netflix.
Bon, maintenant qu’on a célébré les anciens, place aux nouveaux !
Le jour 2 à Essen 2025 démarre sur les chapeaux de roue : entre un jeu coopératif où parler est strictement interdit (oui, vous avez bien lu), un aquarium tactique qui nous a fait mettre 20 points à notre plus proche adversaire grâce à un poisson-clown, et un jeu géopolitique où on peut littéralement faire du terrorisme chez ses voisins de table… on peut dire que la journée promet !
Après les premières découvertes du jour 1 à Essen 2025, place à une sélection plus corsée où les éditeurs n’ont clairement pas eu peur de prendre des risques. Certains paris sont gagnants, d’autres plus discutables, mais une chose est sûre : on ne s’ennuie pas.
Allez, assez bavardé (de toute façon avec Take Time, on n’aura plus le droit), place aux découvertes !
Take Time, Libellud
On commence cette deuxième journée par un petit détour chez Libellud. Le titre fait partie des gros buzz du moment, mais je ne résiste pas au plaisir d’en remettre une petite couche : Take Time c’est bon, Take Time mangez-en…
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore, il s’agit d’un jeu coopératif à communication limitée. Le but va être de placer des cartes, qui portent des valeurs comprises entre 1 et 12, autour d’un cadran d’horloge comportant 6 sections différentes. Le hic, c’est que les cartes sont disposées faces cachées, et qu’il faut malgré cela respecter certaines conditions de pose (les totaux des 6 emplacements doivent être croissants, la ou les cartes disposées dans le 3ᵉ emplacement doivent faire un total de 6, interdiction de dépasser 24, etc.)
La communication entre les joueurs est autorisée avant qu’on ne regarde ses cartes. Après, c’est motus et bouche cousue. Au début, on ne sait pas trop quoi se dire, puis on commence progressivement à mettre en place des stratégies de groupe afin de gérer les nombreux défis des 48 scénarios du jeu. Les amateurs de The Mind retrouveront les sensations qu’ils connaissent, mais en beaucoup plus riche et maîtrisé. Le jeu n’est pas toujours facile, mais le succès est grisant et on en redemande !
Bref, c’est le carton de Noël assuré. Cerise sur le gâteau, il saura plaire aux joueurs occasionnels comme aux confirmés.
On vous en parle en détail ici.
Dewan, Space Cowboys
On continue par le futur petit nouveau de chez les Space Cowboys, qui confirme son potentiel partie après partie…
Le titre reprend ce que j’appellerais la « Days of Wonder touch » : des règles simples mais suffisamment ouvertes pour proposer une bonne profondeur stratégique, une confrontation importante mais pas frontale, et un matériel joli mais sans esbrouffe inutile.
On a affaire à un jeu de contrôle de territoire. À son tour, deux actions possibles : soit on prend deux cartes dans la zone centrale, soit on dépense des cartes afin de construire une hutte. Plus on construit loin de ses huttes existantes, plus il va falloir dépenser de cartes, et les huttes adverses bloquent le chemin.
On rajoute là-dessus quelques effets bonus, suffisamment rares pour ne pas déséquilibrer le jeu mais suffisamment puissants pour permettre de placer deux ou trois petits combos maison pendant la partie et hop, on a grosso modo fait le tour.
Je l’avais testé – et apprécié – en configuration 2 joueurs, j’ai cette fois-ci testé une partie à 4 à Essen 2025. Les sensations restent complètement similaires, avec une durée de partie qui reste contenue. Bref, gardez ce nom en tête : Dewan a clairement tout ce qu’il faut pour faire parler de lui en février prochain.
Limit, Ludonautes
Place maintenant au premier gros jeu de la journée, à savoir Limit de chez les Ludonautes. Ce sera hélas leur chant du cygne, mais quel chant…
Limit est un jeu de gestion économique et politique, un peu comme Hegemony ou World Order mais dans un format beaucoup plus ramassé et accessible. Ici, on vise une durée de partie de 2h environ.
Vous allez devoir gérer votre nation, depuis son économie à sa production agricole, en passant par sa puissance militaire. Le tout se gère au moyen de moult cartes et pistes colorées. Si vous me permettez une image, la simulation économique du jeu ressemble grosso modo à une Ferrari dotée des pneus et du réservoir d’une Twingo. Dès que vous tournez la clé et que vous effleurez la pédale, vous sentez bien que la mécanique ne demande qu’à monter dans les tours et à cracher tout ce qu’elle a. Sauf que l’ensemble risque bien de partir en sucette dès le premier virage un peu sec.
Eh oui, ce n’est pas pour rien que le jeu s’appelle Limit. Par exemple, il est très vite possible de mettre en place un gros moteur industriel, mais celui-ci va rapidement polluer l’environnement et flinguer vos capacités agricoles… Avec des impacts massifs et directs sur votre population, qui vont se payer cash. Ici, l’idée est donc de réguler son développement pour qu’il soit durable et cohérent.
Deuxième idée forte des auteurs : ils ont voulu modéliser le monde sans jugement, et laisser les joueurs expérimenter avec. Par exemple, il y a des cartes pour aller faire du terrorisme chez vos adversaires, histoire de leur montrer que vous n’appréciez pas de finir dans la misère pour qu’ils puissent siphonner tranquillement les dernières gouttes de pétrole disponibles (toute ressemblance avec une situation existante ou ayant existé serait bien entendu complètement fortuite).
Idem pour le militaire : vos troupes peuvent être utilisées pour maintenir votre pays sous cloche, histoire que les riches se gavent pendant que les pauvres apprennent les bienfaits du « régime cailloux ». Vous pouvez aussi aller envahir vos adversaires, histoire de leur apporter la démocratie et les valeurs occidentales à grand coup de missile (et accessoirement piquer leurs terres et leurs ressources, mais après tout charité bien ordonnée commence par soi-même).
Bref, le jeu ose, à une époque où le politiquement correct va plutôt dans la direction inverse. Il n’est ni cynique, ni amoral, mais il le sera si vous choisissez de l’être.
Testé sur deux manches, c’est-à-dire clairement pas assez pour rentrer dans le dur, mais le jeu donne clairement envie pour peu que l’approche ne vous fasse pas peur ! Le jeu débarque bientôt.
Fourmis, Cranio et/ou Intrafin
Fourmis est la dernière « grosse » production de Cranio. Je le mets entre guillemets car on est sur un jeu plutôt léger par rapport à leur production historique, on est nettement en dessous d’un Golem par exemple.
Dans les grandes lignes, le but est de construire et de faire évoluer sa fourmilière. Les actions de base sont assez simples : on fait évoluer sa fourmilière, on sort à l’extérieur explorer son environnement, on collecte des ressources, ou on joue des cartes qui représentent des bâtiments spéciaux.
Cela peut rappeler Myrmès, un grand classique récompensé par l’As d’Or en 2012 – et qui doit d’ailleurs être réédité prochainement. Sauf que les deux jeux n’ont, en réalité, pas grand-chose à voir. Myrmès était un jeu extrêmement punitif, où les actions se préparaient 3 tours à l’avance.
Fourmis, quant à lui, est un jeu dans l’air du temps : il y a des petits bonus un peu partout histoire de ne jamais être vraiment bloqué, et la confrontation sur le plateau est beaucoup plus anecdotique. Le jeu tourne énormément autour de cartes qui vont représenter les embellissements de votre colonie, avec la part de chance qui va avec. Faute de draft pour équilibrer les choses, il est difficile de compenser un mauvais tirage au départ, et la victoire tourne souvent autour de la capacité à mettre en œuvre les cartes avec la meilleure synergie.
À l’usage, le jeu se révèle assez proche d’un Rats of Wistar, mais en plus peaufiné et cohérent. Au passage, cela n’a rien d’étonnant puisque les auteurs sont les mêmes ! Mais si vous avez aimé le petit frère – que je classe perso dans les coups de cœur de 2024 – il y a de grandes chances que vous aimiez Fourmis.
La sortie devrait normalement se faire en français en fin d’année chez Intrafin.
Aquaria – Delicious Games et/ou Intrafin
On continue dans les jeux experts, avec un petit détour par chez Delicious Games. Double mini-révolution : le studio délaisse son auteur fétiche, Vladimir Suchy, et propose une localisation en VF dès sa sortie !
Aquaria propose de composer son petit aquarium personnel. C’est un jeu de type « choucroute-raclette » où il y a des tonnes de choses à faire afin de marquer des points. On peut récupérer des cartes poissons, les poser dans son aquarium en dépensant de l’oxygène, récupérer des ressources, et enfin se déplacer sur une piste additionnelle qui n’est pas sans rappeler la piste de connaissance de Narak.
Impossible de tout résumer en quelques lignes, mais cela ne veut pas dire que le jeu est complexe : passé un premier tour un peu lourd, le temps que tout se mette en place, le jeu prend sa vitesse de croisière et on rentre vite dedans. Nous avons fait une partie d’essai complète en moins de 2h, explications comprises, ce qui est une belle prouesse en festival. Le jeu vise un public « initié », prêt à s’investir dans un jeu où il faut réfléchir mais sans y passer la soirée.
Les interactions sont légères et indirectes (en gros, chaque action rapporte un bonus, de moins en moins puissant à chaque fois qu’elle est réalisée), ce qui plaira à certains et moins à d’autres.
Perso c’est un coup de cœur, mais en même temps comment détester un jeu où mon combo poisson-clown – anémones m’a permis de mettre 20 points à mon plus proche adversaire !
Blague à part, le jeu me semble suffisamment profond pour pouvoir être sorti régulièrement, et suffisamment simple pour ne pas nécessiter 3 heures d’explications à chaque partie – un compromis idéal en somme.
Anastyr Chronicles, Don’t Panic
Et quitte à finir en beauté, autant finir sur un troll de compétition… Pour ceux qui n’ont pas la ref’, Anastyr est à la base un projet maudit, et sans doute le principal contributeur de la chute de Mythic Games. Le projet initial n’a jamais été finalisé, aboutissant à l’escroquerie pure et simple de backers qui avaient parfois déboursé plus de 400 €uros pour le all-in sur Kickstarter.
Le projet revient aujourd’hui chez Don’t Panic, avec un financement sous Gamefound prévu en novembre. Inutile de vous dire qu’il ne part pas forcément sous les meilleurs auspices.
Et pourtant… Premier bon point, le projet est porté par une partie des auteurs initiaux qui ont entrepris de le reprendre et de le finaliser. La promesse est moins ambitieuse, mais plus réaliste : fini les kilos de figurines, place aux monstres en standees acrylique histoire de contenir les coûts et la taille de la boîte. Fini les 8 campagnes et les add-on dans tous les sens, place à une première version à taille humaine centrée autour de 2 campagnes.
Mais concrètement, qu’est-ce que ça donne une fois sur table ? On est sur du beat-them-all fluidifié jusqu’à l’os. Il y a des héros, une tonne de monstres, et des conditions de victoire pour remporter le scénario.
Le déplacement et l’attaque des monstres sont simplifiés à l’extrême, la menace résulte du nombre plus que de l’intelligence des créatures. Chaque monstre avance vers le héros le plus proche, et il tape s’il est à portée. L’avantage est que la phase d’activation des monstres se fait en 30 secondes montre en main, aux antipodes d’un Gloomhaven par exemple. Les boss ont un pattern un peu plus travaillé, avec des séquences d’activations en plusieurs phases qui peuvent complètement changer la manière de les affronter.
Même philosophie sur les combats : on lance des brouettes de dés, on répartit les touches entre tous les monstres au contact, bref on est là pour s’amuser et trucider du sbire par paquet de douze, pas pour sortir la réglette et vérifier si la ligne de vue permet de toucher telle ou telle créature.
Il faut quand même déployer un peu d’intelligence, car les monstres font vite mal lorsqu’on se fait entourer. Mais le jeu offre un joli panel d’actions pour s’amuser, entre les combos, les objets et les interactions avec les autres joueurs. Encore une fois, tout est fait pour offrir un cadre au joueur, à charge pour lui de l’optimiser et d’enchaîner les actions héroïques.
La partie narrative est également bien travaillée, avec des textes introductifs et des (légers) embranchements de scénarios. Les auteurs prennent le temps de poser les enjeux et les liens entre les différents scénarios. On n’est pas sur du BHL, mais l’ensemble fait largement le taf.
Au final, le jeu est une sorte de croisement bien fichu entre Conan (pour la mécanique et l’univers) et Zombicide (pour le côté pulp’ et accessible). Les auteurs ont un concept qui tient la route, espérons qu’ils parviennent à trouver leur public pour passer la case du financement participatif.
À demain pour la suite de nos aventures !
Le jour 2 se termine sur une impression mitigée mais globalement positive. Entre le record historique de CATAN qui a rassemblé 1 170 joueurs pour célébrer 30 ans de colonisation ludique, et nos découvertes de vraies pépites qui devraient cartonner dans les mois à venir (Take Time en tête de liste, évidemment), on peut dire que cette journée a tenu ses promesses.
Ce qui ressort de cette journée ? Les éditeurs prennent des risques, parfois réussis (Aquaria et sa fluidité surprenante), parfois plus discutables (Fourmis et son tirage de cartes un peu trop déterminant). Mais au moins, on ne nous sert pas du réchauffé.
Mention spéciale à Anastyr Chronicles qui, contre toute attente, arrive à nous faire oublier son passé catastrophique le temps d’une partie défouloir bien menée. Reste à voir si le projet tiendra ses promesses cette fois-ci…
Au final, ce jour 2 à Essen 2025 confirme que le millésime ludique s’annonce excellent : entre record historique CATAN, communication interdite et aquariums tactiques, il y en a pour tous les goûts… et rendez-vous demain pour le jour 3 !
Galerie du jour 2 à Essen 2025
Voici quelques photos du jour 2 à Essen 2025 :

















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One Comment
cirdec0774
Fourmis et Rats of wistar partagent les mêmes illustrateurs (Candida Corsi et Sara Valentino) et le même éditeur (Cranio Creations) mais en aucun cas les mêmes auteurs : Simone Luciani et Danilo Sabia pour les rats de wistar, Renato Ciervo et Andrea Robbiani pour les fourmis.