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Triton Noir : L’éditeur québécois ferme ses portes après 12 ans

💔 Frais de port x6 ! Comment 218 000$ de coûts imprévus ont coulé Triton Noir. Analyse d’une catastrophe avec un éditeur indépendant qui ferme.


Triton Noir : Quand le rêve ludique se fracasse sur la réalité économique

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L’essentiel en 3 points :

  • L’éditeur indépendant Triton Noir ferme après 12 ans, victime d’une série de catastrophes économiques et logistiques.
  • Le facteur déterminant a été l’explosion des coûts de transport post-COVID, transformant un Kickstarter réussi en un gouffre financier.
  • Cette fermeture illustre la fragilité des éditeurs indépendants.

Imaginez réussir un Kickstarter à plus d’un million de dollars, créer un jeu acclamé par la critique, et pourtant, tout perdre à cause d’un conteneur maritime.

C’était il y a dix ans (presque) exactement. Je m’en souviens bien. Samedi 26 septembre 2015 Thibaud est venu passer la soirée chez nous dans notre Bar à Jeux pour nous présenter son tout premier jeu. Et là, dix ans plus tard, l’éditeur annonce mettre la clé sous la porte.

C’est le genre de nouvelle qui nous coupe le souffle. Un vrai coup dur pour la communauté ludique. Triton Noir, c’est fini. L’éditeur indépendant canadien, qui nous a fait vibrer avec V-Sabotage (ex V-Commandos) et le monumental Assassin’s Creed: Brotherhood of Venice, met la clé sous la porte. Après 12 ans d’aventure, l’annonce de Thibaud de la Touanne, le fondateur, a provoqué une onde de choc.

Triton Noir n’était pas un éditeur comme les autres. C’était un studio « d’auteur », passionné, réputé pour son exigence de qualité folle. Ils avaient cette ambition de créer des jeux immersifs, peaufinés à l’extrême, rivalisant avec les productions des géants du secteur.

Alors, que s’est-il passé ? Comment un studio aussi talentueux peut-il sombrer ? Dans un message d’adieu d’une transparence rare et courageuse, le fondateur a détaillé la « tempête parfaite » qui a coulé son navire. Et cette histoire, c’est un miroir brutal des réalités économiques de notre industrie.

Malchance, COVID et cauchemar logistique

L’histoire de Triton Noir est jalonnée de succès critiques systématiquement sapés par des catastrophes économiques.

Dès le début, la malchance frappe. Un distributeur français met la clé sous la porte avec une partie du stock de leur premier jeu sans jamais payer. Première perte sèche : 15 000 €. Pour une structure naissante, c’est un uppercut.

Mais le véritable cauchemar arrive avec Assassin’s Creed: Brotherhood of Venice. Le jeu cartonne sur Kickstarter. Puis vient 2021 et la crise mondiale du transport maritime post-COVID. Les frais d’expédition, estimés à 34 500 $US, explosent pour atteindre… 218 200 $US.

Oui, vous avez bien lu. Une augmentation de plus de 600% !

C’est le piège impitoyable du financement participatif. Les prix sont fixés des mois à l’avance. Triton Noir est coincé. Malgré une demande de participation supplémentaire aux backers (et le remboursement intégral des 150 qui ont refusé, chapeau bas), le projet se solde par une perte abyssale de 102 000 $US. Un succès commercial transformé en gouffre financier par un événement incontrôlable.

Des choix courageux, mais coûteux

À ces crises s’ajoute la réalité d’un marché saturé. Des milliers de jeux sortent chaque année. Exister devient un combat de gladiateurs. Triton Noir l’admet : ils n’ont peut-être pas été assez agressifs en marketing.

Ils ont aussi fait des choix de principe qui leur ont coûté cher. Par exemple, refuser de vendre sur Amazon. Une décision éthique respectable, mais qui les a coupés de la plus grande vitrine mondiale, limitant la portée d’une licence aussi forte qu’Assassin’s Creed.

Le coup de grâce survient en 2024. Le studio tente le tout pour le tout avec une nouvelle licence, Gods Heist. La campagne Gamefound est un échec. Il n’y a plus de marge de manœuvre. Game Over.

Un départ la tête haute

Ce qui marque dans cette fermeture, c’est l’élégance de Triton Noir. Alors que beaucoup d’éditeurs en difficulté disparaissent parfois sans laisser d’adresse, l’équipe a honoré tous ses engagements.

Malgré une trésorerie exsangue (il manquait 65 000 $US !), ils ont livré la dernière extension d’Assassin’s Creed – Apocalypse à tous les contributeurs, sans frais additionnels. Un geste de respect ultime envers leur communauté.

Aujourd’hui, V-Sabotage et Assassin’s Creed sont orphelins. Aucune réimpression n’est prévue. Le SAV ne sera plus assuré. Il ne reste que quelques exemplaires en stock dans des boutiques.

Un symptôme d’une industrie en crise ?

La chute de Triton Noir n’est pas un cas isolé. Elle résonne comme un signal d’alarme. L’année dernière, Holy Grail Games fermait. Récemment, Ludonaute annonçait arrêter de publier de nouveaux jeux, dénonçant une surchauffe du marché où « la réalité économique prend le pas sur la création ».

Le secteur est pris en étau entre une surproduction frénétique et une conjoncture économique brutale. Triton Noir occupait cet espace intermédiaire périlleux : trop ambitieux pour fonctionner comme un micro-projet, mais trop petit pour avoir la résilience financière d’un géant. La disparition de ces acteurs de la « classe moyenne » est inquiétante. Oui, clairement, on assiste, impuissants, à des dominos qui tombent, les uns après les autres. Avec tant d’éditeurs qui ferment, on ne peut que s’inquiéter pour la suite. Qui seront les prochains sur la liste ?

L’histoire de Triton Noir est celle d’une lutte acharnée entre la passion créative et des contraintes économiques impitoyables. C’est un rappel, clairement brutal, que derrière nos jeux préférés se cachent des entrepreneurs qui prennent des risques immenses. Aujourd’hui, nous saluons le talent et l’intégrité d’un créateur indépendant, exceptionnel.

Selon vous, quelle est la principale menace pour les éditeurs indépendants aujourd'hui ?

FAQ : Comprendre la fermeture de l’éditeur Triton Noir

Qui était Triton Noir ?
Un éditeur canadien fondé par Thibaud de la Touanne, connu pour ses jeux immersifs et exigeants comme V-Sabotage et Assassin’s Creed: Brotherhood of Venice.

Pourquoi Triton Noir a fermé ?
Une accumulation de crises économiques, logistiques et commerciales. La flambée des coûts post-COVID, des choix éthiques coûteux (refus d’Amazon) et l’échec d’une dernière campagne (Gods Heist) ont épuisé les finances.

Quel a été le coup fatal ?
Le transport maritime. Le coût d’expédition d’Assassin’s Creed est passé de 34 500 $ à 218 200 $, entraînant une perte de plus de 100 000 $.

Comment l’entreprise a-t-elle géré la fermeture ?
Avec intégrité. Le studio a livré sa dernière extension, Apocalypse, malgré des dettes, et a remboursé tous les contributeurs refusant les frais de port.

Que deviennent les jeux de Triton Noir ?
Aucune réimpression n’est prévue. Les stocks restants sont limités, et le SAV est fermé.

Est-ce un cas isolé ?
Non. D’autres éditeurs comme Holy Grail Games ou Ludonaute subissent la même crise. Le marché est saturé et les coûts explosent.

Quelle leçon retenir ?
Triton Noir symbolise la fragilité des éditeurs indépendants : trop grands pour être légers, trop petits pour résister aux chocs économiques. Une fin digne, mais révélatrice d’un secteur à bout de souffle.


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2 Comments

  • Oscar de Jarjayes

    Merci pour l’article et beaucoup de courage à tous.tes les personnes que cette fermeture impacte.

    La saturation du marché est selon moi un phénomène majeur car trop de jeux qui n’inventent plus rien, voire qui font moins bien que les vénérables ancêtres.
    Quand ici nous voulons un bag building, nous revenons irrémédiablement à Orléans ou Warchest selon l’humeur, un Deck-building?: Dominion (même s’il y a eu Aeon’s end ou Clank! et environ 10 000 autres), pourquoi par exemple choisir d’acheter Forgeflame, quand on a connu tant d’excellents pick and delivery jadis?
    Ils sort bien sûr toujours de bons jeux, certains sont même (un peu) novateurs, mais noyés dans la masse, il est facile de les oublier avant même les avoir connus.

    Cependant je rajouterai le contexte économique, du moins en Europe, et tout particulièrement en France.

    Entre 80 Euros pour nourrir sa famille ou la même chose pour acheter un jeu, le choix est vite fait…. et c’est un ludovore devant l’éternel qui vous le dit.

    Et enfin, les bars à jeux qui ont fleuri partout, lieux essentiels désormais pour rencontrer des partenaires , ne diminuent-ils pas également la soif d’achat ?

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