Asmodee LEGO
Jeux de plateau

Asmodee se lance dans l’aventure LEGO

🧱 LEGO + Asmodee = Monkey Palace. Un jeu de construction ludique. Ou quand LEGO se (re)lance dans le jeu de société.


Monkey Palace, un jeu Asmodee et LEGO

LEGO et Asmodee viennent d’annoncer hier la sortie prochaine de leur premier jeu de société en collaboration, Monkey Palace ! Prévue pour le 3 octobre 2024 à Essen, cette nouveauté promet de plaire aux petits comme aux grands. OK, soyons lucides deux minutes, ça sonne un peu comme une tentative désespérée de tirer profit de la nostalgie et un moyen éhonté de soutirer chaque centime des poches des parents et des joueurs.

Imaginez un instant : construire en famille ou entre amis un majestueux palais dans la jungle, fait entièrement de briques LEGO. Telle est la proposition ludique et interactive de Monkey Palace. Mais attention, si la construction se fait en équipe, la compétition est bien présente pour accumuler le plus de points et gagner la partie !

Les règles du jeu ont été conçues par David Gordon et Tin Aung Myaing. Elles allient subtilement coopération lors de l’édification du palace et rivalité pour le score final.

Et ce n’est pas tout ! Grâce au célèbre Système LEGO, chaque palace construit sera unique. Vous pourrez exposer vos plus belles créations et les remanier à l’infini pour des parties toujours renouvelées. La rejouabilité semble ainsi plutôt pas mal. Bon après, ce n’est qu’un moyen de nous faire acheter plus de boîtes LEGO sous le prétexte de « créativité ». Rejouabilité, OK. Mais sérieusement, combien de fois pouvons-nous construire un palais avant que cela ne devienne… lassant ?

Cette association entre deux géants du secteur ludique ne pouvait déboucher que sur un concept novateur. D’un côté, l’inventivité et la patte artistique reconnaissable entre mille de LEGO. De l’autre, le savoir-faire et l’expertise d’Asmodee dans le développement de jeux à succès. Le mariage s’annonce des plus prometteurs ! On se réjouit de voir ce que ça donne à Essen.

Birgitte Bülow, en charge du projet chez Asmodee, se réjouit de cette collaboration fructueuse où la créativité de LEGO rencontre la passion du jeu de société d’Asmodee. Le recours aux briques LEGO semble avoir été un élément clé dans la conception du gameplay si singulier de Monkey Palace.

Côté LEGO, on se félicite de pouvoir offrir une nouvelle façon ludique de construire et déconstruire à l’infini. Monkey Palace permet d’explorer le potentiel des briques sous un angle inédit, pour le plus grand bonheur des petits et grands builders.

Rappelons qu’il y a déjà plusieurs tentatives de jeux de société LEGO, notamment beaucoup signés de la patte du talentueux auteur de jeux Reiner Knizia. Mais ces jeux n’ont pas connu un succès public et la gamme s’est ensuite arrêtée. Est-ce que ce partenariat entre LEGO et Asmodee nous donnera cette fois de meilleurs jeux ? Rendez-vous en octobre pour le savoir.

Qu’en pensez-vous ? Ce concept vous emballe-t-il, ou est-ce qu’il a des risques de prendre la poussière sur votre étagère après 2-3 parties ? J’ai hâte de lire vos avis et pronostics sur ce Monkey Palace.

Et profitons de cette annonce de partenariat entre Asmodee et LEGO pour nous intéresser à ce dernier, justement.

LEGO : le plastique c’est (pas) fantastique

LEGO, le géant danois du jouet, est confronté à un défi de taille : réduire drastiquement sa dépendance au plastique, matériau sur lequel il a bâti son empire mais qui est de plus en plus controversé en raison de son impact environnemental.

Un empire du plastique

Depuis l’achat de sa première machine à mouler par injection en 1946, LEGO a toujours fabriqué ses célèbres briques en plastique. Principalement en acrylonitrile-butadiène-styrène (ABS), un dérivé du pétrole non biodégradable et difficile à recycler. Chaque année, des milliards de pièces en plastique sortent des usines Lego.

Or, le plastique est devenu un matériau tabou. Sa production croissante, sa persistance dans la nature et la pollution aux microplastiques qu’il engendre sont pointées du doigt. LEGO, malgré ses efforts pour verdir son image, reste associé dans l’esprit du public à cette addiction au plastique.

Des alternatives insatisfaisantes

LEGO a donc cherché des solutions pour réduire l’utilisation de plastique vierge. L’entreprise a notamment planché sur des briques fabriquées à partir de bouteilles PET recyclées (rPET). Mais elle vient d’annoncer l’échec de ce projet, pour des raisons techniques et environnementales.

Le rPET n’atteignait pas les standards de solidité des briques Lego. De plus, sa production nécessitait un séchage énergivore le rendant aussi polluant que l’ABS, selon les calculs de LEGO. L’entreprise n’a pas communiqué les détails de ces analyses mais affirme que la production de 1kg de briques ABS génère 2kg d’émissions de CO2.

Quelques pièces souples sont déjà produites dans un plastique biosourcé à base de canne à sucre. LEGO espère développer un ABS biosourcé mais ce projet en est à ses balbutiements.Trouver une alternative à l’ABS représente un immense défi technologique, soulignent les experts.

Le casse-tête LEGO

Le géant du jouet LEGO, connu pour la durabilité de ses briques conçues pour durer des décennies, mais aussi pour ses investissements substantiels dans la durabilité, a récemment abandonné son projet médiatisé « Des bouteilles aux briques ». Cette initiative ambitieuse visait à remplacer le plastique LEGO traditionnel par un nouveau matériau à base de bouteilles en plastique recyclé.

Oui mais. Lorsque LEGO a évalué l’impact environnemental du projet sur l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement, la société a découvert que la production de briques avec du plastique recyclé nécessiterait des matériaux et de l’énergie supplémentaires pour les rendre assez durables.

Étant donné que ce processus de conversion entraînerait des émissions de carbone plus élevées, l’entreprise a décidé de s’en tenir à ses matériaux actuels à base de combustibles fossiles, tout en continuant à chercher des alternatives plus durables.

Le diable se cache dans les détails

Cette décision met en évidence l’importance d’examiner toutes les émissions, du berceau à la tombe, lors de la mise en place de solutions durables. 98% des émissions de carbone de LEGO proviennent de sa chaîne d’approvisionnement, ce qui démontre à quel point il est essentiel de prendre en compte les émissions de portée 3.

De nouvelles réglementations dans l’UE et en Californie obligeront bientôt les entreprises à divulguer leurs émissions de portée 3, ce qui augmentera la pression sur celles-ci.

Le besoin d’une vision holistique

Bien que la poursuite de la durabilité nécessite de prêter attention à l’ensemble du cycle de vie d’un produit, de ses matériaux et procédés de fabrication à son utilisation et son élimination finales, se concentrer uniquement sur la réduction des émissions opérationnelles (portée 1 et 2) est souvent contrecarré par l’augmentation des émissions en amont et en aval de la chaîne de valeur.

L’exemple de LEGO montre que les efforts de durabilité bien intentionnés peuvent se heurter à des vérités dérangeantes si on ne prend pas en compte l’ensemble de l’empreinte carbone.

Vers une actions concrète

Les consommateurs, consommatrices et investisseurs exigeront désormais plus que de simples déclarations d’intention. Ils s’attendront à ce que les entreprises prennent des mesures concrètes pour réduire la partie la plus importante de leur empreinte carbone – les émissions de portée 3. Cela nécessitera de repenser fondamentalement la conception des produits, les modèles d’approvisionnement, de production et de distribution.

La transparence sur les émissions de la chaîne de valeur sera cruciale pour regagner la confiance des parties prenantes. Des partenariats innovants tout au long de la chaîne d’approvisionnement permettront de trouver des solutions durables. Espérons que ce partenariat fort entre Asmodee et LEGO pour ce tout nouveau jeu de société marque le pas !

L’urgence d’agir

Cet échec tombe mal pour LEGO. L’entreprise subit une pression croissante pour se défaire du plastique, de la part des consommateurs comme des investisseurs. Ses ventes et profits ont chuté en 2022, obligeant LEGO à revoir sa stratégie. D’où ce… partenariat avec Asmodee ? Dont la maison mère, Embracer, connaît également quelques soucis ?

Certains estiment que le géant du jouet n’a d’autre choix que de trouver rapidement des solutions, sous peine de ne pas survivre aux évolutions en cours. D’autres jugent LEGO sincère dans sa démarche de développement durable, compte tenu des investissements massifs déjà réalisés, mais pressent l’entreprise d’accélérer le rythme des innovations.

Le plastique Lego dans la nature

Cette nécessité d’évoluer tient notamment à l’omniprésence du plastique Lego dans la nature. Des études ont démontré que les briques ABS mettront entre 100 et 1300 ans à se désintégrer dans l’océan, en libérant des microplastiques toxiques.

On en retrouve sur les plages, dans le ventre de poissons, voire sur d’anciennes bases militaires où jouaient les enfants de soldats. En 1997, un conteneur renfermant près de 5 millions de pièces LEGO a fait naufrage en mer. 26 ans après, des pêcheurs britanniques retrouvent encore régulièrement des Lego dans leurs filets. Cette résistance extrême pose un problème écologique mais pourrait aussi contenir la solution.

Optimiser la durée de vie

La longévité des briques LEGO est en effet exceptionnelle. Elles peuvent être utilisées pendant des décennies sans s’abîmer. Les LEGO d’aujourd’hui s’emboîtent parfaitement avec ceux des années 1950.

Cette durabilité intrinsèque contraste avec l’obsolescence programmée de nombreux jouets. Elle pourrait être mise à profit pour réduire l’empreinte carbone du LEGO. Des études suggèrent que plus les briques sont utilisées longtemps, moins leur impact par heure de jeu est important.

LEGO a lancé un programme baptisé Replay pour collecter, nettoyer et revendre des LEGO d’occasion. Elle encourage aussi le marché de l’occasion, où la valeur de certains sets peut décupler en quelques années.

Certains préconisent d’aller plus loin en développant la location de LEGO, pour maximiser l’usage de chaque brique produite. LEGO pourrait aussi simplement réduire la production de nouveaux sets et pièces.

Vers un LEGO durable ?

Le chemin reste encore long pour LEGO afin de réconcilier ses activités avec les impératifs écologiques. L’entreprise devra probablement actionner tous ces leviers – nouveaux matériaux, optimisation de la durée de vie, limitation de la production – pour offrir aux générations futures de joueurs un LEGO réellement durable.

Elle ne pourra y parvenir qu’en accélérant l’innovation et en opérant une transition beaucoup plus rapide qu’actuellement envisagé. Tout en composant avec les attentes de joueurs et joueuses passionnés, pour qui la qualité irremplaçable du LEGO reste associée au plastique ABS.

Conclusion

Le chemin s’annonce encore semé d’embuches pour LEGO dans sa quête d’alternatives durables au plastique. Mais avec la pression croissante des consommateurs et des réglementations, l’entreprise n’a d’autre choix que d’innover.

Seul l’avenir nous dira si ce partenariat prometteur avec Asmodee pour le jeu Monkey Palace marquera un tournant décisif vers un LEGO réellement éco-responsable. Une chose est sûre : l’urgence d’agir ne fait que croître pour ce mastodonte face au défi écologique.

Et encore un dernier truc

Crédit photo : LEGO Ideas / GingerMeister

En parlant de LEGO et de jeux de société. Et d’un jeu Asmodee, justement (NB: Days of Wonder appartient à Asmodee), une création fun et fascinante vient d’être partagée sur le site LEGO Ideas : un fan a recréé le célèbre jeu Ticket to Ride / Les Aventuriers du Rail entièrement en briques LEGO ! Dévoilé le 18 janvier par l’utilisateur GingerMeister, ce concept innovant substitue les traditionnels trains du jeu par des constructions LEGO.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas la plateforme LEGO Ideas, il s’agit d’un site où les fans peuvent soumettre leurs propres créations LEGO. Les meilleures idées sont parfois transformées en de véritables sets officiels par LEGO, le créateur original recevant 1% des royalties. On a d’ailleurs déjà vu un set Donjons et Dragons devenir un produit LEGO grâce à ce processus. Alors, pourquoi pas un jeu de société en briques cette fois-ci ?

La création de GingerMeister reproduit fidèlement la carte du monde de la version européenne des Aventuriers du Rail, avec même un compteur de points et des routes ferroviaires colorées. Le set comprend aussi de minuscules trains LEGO dans quatre couleurs différentes, pour les quatre joueurs.

Sincèrement, la carte est très bien réalisée, avec le bon nombre d’emplacements pour les trains sur chaque route. GingerMeister promet aussi qu’on peut « tenir le plateau à l’envers sans que rien ne tombe ». Chaque brique représentant une route est solidement fixée à la carte, ce qui fut apparemment tout un défi technique.

Malgré cela, la création n’est pas encore tout à fait fonctionnelle. La version européenne permet de jouer jusqu’à 5 personnes, or on ne voit pas de trains noirs sur les photos. Et il faudrait évidemment les cartes wagons et tickets / objectifs secrets pour pouvoir vraiment jouer.

Sur LEGO Ideas, un projet est étudié par LEGO quand il atteint 10 000 votes de soutien. À ce moment, il peut être choisi pour devenir un set officiel. La création LEGO Ticket to Ride n’a pour l’instant que plusieurs centaines de soutiens. On est encore (très) loin du compte !


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Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.


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One Comment

  • Ange

    Nostalgie… En effet, il faut reconnaitre la durabilité des briques… Et je comprends Lego : soit ils font des briques à vie courte et on va les taxer d’obsolescence programmée, soit ils font des briques dures, résistante, avec une utilisabilité énorme, ne se cassant pas en petits bouts dangereux pour les jeunes, et on les taxe alors de polluer la planète pour des siècles…
    (et quand je vois ce qu’est devenu la classique girafe en plastique de mes enfants au bout de quelques années, toute gluante,… je préfère les briques dures !)
    Je trouve louable qu’ils investissent dans des recherches essayant de résoudre le problème technique (et encore plus d’informer de leur déboire, prouvant leur analyse détaillée), et même le problème économique qui les poussent à la (sur)production tout en encourageant le marché d’occasion ! (bon, ils savent que cela ne va pas trop marcher ni leur faire de l’ombre, mais là encore, on risque de les taxer de greenwashing…).
    Je me dis que s’ils passent sur du bois, dur (pour résister au montage/démontage), on leur rétorquera de décimer des forêts pour des jouets…

    Nostalgie toujours… me rappelant les heures que j’ai passées, enfant, à monter, démonter, recréer, réinventer, jouer avec des « vraies »(nostalgie 😉) briques Lego de 8,4,2, voir 1 picot déclinés en 4 couleurs et noir et blanc… Je suis beaucoup moins fan des maquettes avec plein de pièces spécifiques, qui ne font faire que des maquettes (pas péjoratif : « que » dans le sens de « uniquement ») et ouvrent moins la voie à l’imaginaire et la création.

    Nostalgie enfin : je me rappelle avoir été envieux de voir sur les notices de montage, des enfants ayant gagné un voyage à Legoland pour avoir fait de simples tours carrées d’un mètre de haut avec des briques de toutes couleurs… (Franchement, je faisais mieux bien sûr… 😉)

    Merci Gus de cet article,
    Ange

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