Hasbro dans la tourmente : 1 100 emplois biffés
🔥 Séisme chez Hasbro : 1 100 emplois supprimés malgré le carton de D&D ! La crise guette le mastodonte du jouet.
Séisme chez Hasbro : 1 100 emplois supprimés malgré le succès de D&D et Magic !
La nouvelle est tombée hier tel un coup de tonnerre dans notre monde ludique : Hasbro, le géant américain du jouet et éditeur de nombreux jeux de société culte, vient d’annoncer qu’il licencie 1 100 employés, ce qui n’est pas une petite quantité. 1 100 employés supplémentaires, avec les premiers 800 déjà partis en janvier.
Les licenciements font partie d’une plus grande restructuration pour la compagnie, et ils essaient de réduire les niveaux de gestion et de créer une organisation plus… agile. C’est une période difficile pour les employés touchés. Et informés juste deux semaines avant Noël…
Cette décision radicale intervient après 800 suppressions de postes en janvier de cette année. Le PDG de Hasbro, Chris Cocks, a écrit dans un mémo aux employés qu’il orientera l’attention de l’entreprise vers les opportunités de licences, l’intensification du divertissement et « la libération de nos propres dollars de contenu pour stimuler le développement de nouvelles marques ». Il attribue les pertes de l’entreprise à de vagues « vents contraires du marché ».
À la suite de cette annonce, la bourse a aussitôt réagi. L’action Hasbro a perdu près de 20 % lundi, pour se ressaisir quelques heures plus tard.

Mais comment diable une telle impasse a-t-elle pu se produire pour ce mastodonte du secteur ? D’autant que certaines de ses marques phares comme Donjons & Dragons et Magic The Gathering continuent de réaliser des performances exceptionnelles ! C’est là tout le paradoxe. Et si ce coup dur cachait une opportunité de réinventer Hasbro ? Penchons-nous ensemble sur les tenants et aboutissants de cette affaire.
Des ventes catastrophiques malgré des marques cultes
Tout d’abord, rappelons qu’Hasbro demeure un acteur incontournable outre-Atlantique. Qui d’entre nous n’a pas grandi avec le Monopoly ou le Cluedo ? Sans compter les figurines Transformers, les poupées My Little Pony, les pistolets Nerf et autres marques iconiques au rayonnement planétaire.
Mais la donne a changé. Après un boom spectaculaire des ventes de jeux et de jouets durant les confinements de 2020-2021, le retour à la normale se solde par un brutal rattrapage. D’après les estimations d’Hasbro, le marché global du jouet devrait ainsi reculer de 5 à 10% en 2023. De quoi donner le tournis !
Rappelons que Hasbro n’est pas le seul éditeur de jeux à connaître des soucis, comme nous vous l’annoncions il y a quelques jours à peine, Embracer Group, qui contrôle Asmodee, va également licencier des employés. Pareil pour Haba. Décidément, le secteur du jeu ne se porte pas aussi bien qu’on le dit, qu’on l’imagine, qu’on l’espère.
Dans ce contexte morose, les budgets des familles se resserrent et la concurrence de divertissements high-tech comme les jeux vidéo n’arrange rien. Résultat, de nombreux best-sellers traditionnels de la firme patinent, entrainant une baisse de 10% du chiffre d’affaires sur les 9 premiers mois de 2022.
Face à la tempête, le navire amiral prend l’eau de toute part ! Ou presque… Car dans le même temps, Hasbro réalise aussi d’indéniables coups de maître.
La magie opère pour D&D et Magic The Gathering
À commencer par ses deux pépites : Donjons & Dragons et Magic The Gathering. Pourtant, le pari funky est en passe d’être réussi. Entre une série animée Donjons & Dragons devenue virale, un long-métrage au box-office honorable et des ventes de produits dérivés dopées aux sortilèges, les Royaumes Oubliés génèrent aujourd’hui plus d’un milliard de dollars par an ! Idem pour Magic The Gathering et ses cartes cultes. Résultat, sur ce segment « jeux de société et numérique », les revenus bondissent de 40%. Magie ? Miracle ? Minute, papillon.
Le chiffre d’affaires global d’Hasbro a baissé de 10 % d’une année sur l’autre. Cependant, Hasbro possède Wizards of the Coast (WoTC), la société qui produit Donjons & Dragons (D&D) et Magic the Gathering, qui rapporte plus d’un milliard de dollars chaque année.
Dans la division de l’entreprise qui gère le WoTC et les jeux numériques, le chiffre d’affaires a augmenté de 40 % d’une année sur l’autre pour atteindre 423,6 millions de dollars, soit un bénéfice d’exploitation de 203,4 millions de dollars. Malgré cette énorme croissance, Hasbro dans son ensemble a connu des difficultés. Il semble donc que le patron de Habsro recentre les efforts d’Hasbro sur ce qui lui rapporte réellement de l’argent.
Une restructuration douloureuse pour relancer la machine
Qui plus est, en misant avec flair sur ces deux locomotives, Hasbro a boosté ce qui faisait déjà sa force : le storytelling. Qu’y a-t-il de plus prenant en effet qu’un gameplay ancré dans une saga foisonnante ?
On touche ici à l’ADN même du jeu de société (et de rôle). Son besoin vital de mythologie et de récit pour emporter les joueurs et les joueuses dans ses limbes oniriques… Et leur faire oublier un quotidien parfois bien terne !
N’est-ce pas dans cet esprit d’évasion et de lien social que vous-mêmes êtes tombés un jour amoureux de votre premier jeu de plateau ?
À n’en pas douter, c’est en revisitant son héritage ludique qu’Hasbro pourra rebondir et renouer avec le succès. Ses derniers investissements vont d’ailleurs dans ce sens : davantage de moyens consacrés au développement de nouvelles marques ainsi qu’au contenu numérique et audiovisuel.
Mais en attendant des lendemains chantants, la note est salée pour bon nombre de ses collaborateurs et collaboratrices… 1 100 emplois biffés, c’est une sacrée nouvelle.
Derrière les milliers de suppressions de postes se cachent autant d’individus et de familles brutalement plongés dans le doute. Nul besoin d’être devin pour imaginer leur désarroi et leur colère.
Certes, ces coupes claires dans les effectifs permettront à terme de redresser la barre et d’allouer des budgets R&D flambant neufs. Mais à quel prix humain ? Ne serait-il pas possible de limiter la casse sociale, par exemple via des mobilités internes ?
L’avenir nous le dira. Quoiqu’il en soit, souhaitons à tous ces talents remerciés de rebondir rapidement. Le secteur ne manque pas d’opportunités pour qui possède la niaque et quelques idées disruptives dans sa besace !
Le mémo complet du directeur général Chris Cocks de Hasbro
A year ago, we laid out our strategy to focus on building fewer, bigger, better brands and began the process of transforming Hasbro. Since then, we’ve had some important wins, like retooling our supply chain, improving our inventory position, lowering costs, and reinvesting over $200M back into the business while growing share across many of our categories. But the market headwinds we anticipated have proven to be stronger and more persistent than planned. While we’re confident in the future of Hasbro, the current environment demands that we do more, even if these choices are some of the hardest we have to make.
Today we’re announcing additional headcount reductions as part of our previously communicated strategic transformation, affecting approximately 1,100 colleagues globally in addition to the roughly 800 reductions already taken.
Our leadership team came to this difficult decision after much deliberation. We recognize this is heavy news that affects the livelihoods of our friends and colleagues. Our focus is communicating with each of you transparently and supporting you through this period of change. I want to start by addressing why we are doing this now, and what’s next.
Why now?
We entered 2023 expecting a year of change including significant updates to our leadership team, structure, and scope of operations. We anticipated the first three quarters to be challenging, particularly in Toys, where the market is coming off historic, pandemic-driven highs. While we have made some important progress across our organization, the headwinds we saw through the first nine months of the year have continued into Holiday and are likely to persist into 2024.
To position Hasbro for growth, we must first make sure our foundation is solid and profitable. To do that, we need to modernize our organization and get even leaner. While we see workforce reductions as a last resort, given the state of our business, it’s a lever we must pull to keep Hasbro healthy.
What happens next?
While we’re making changes across the entire organization, some functional areas will be affected more than others. Many of those whose roles are affected have been or will be informed in the next 24 hours, although the timings will vary by country, in line with local rules and subject to employee consultations where required. This includes team members who have raised their hands to step down from their roles at the end of the year as part of our Voluntary Early Retirement Program (VRP) in the U.S. We’re immensely grateful to these colleagues for their many years of dedication, and we wish them all the best.
The majority of the notifications will happen over the next six months, with the balance occurring over the next year as we tackle the remaining work on our organizational model. This includes standardizing processes within Finance, HR, IT and Consumer Care as part of our Global Business Enablement project, but it also means doing more work across the entire business to minimize management layers and create a nimbler organization.
What else are we doing?
I know this news is especially difficult during the holiday season. We value each of our team members – they aren’t just employees, they’re friends and colleagues. We decided to communicate now so people have time to plan and process the changes. For those employees affected we are offering comprehensive packages including job placement support to assist in their transition.
We’ve also done what we can to minimize the scale of impact, like launching the VRP and exploring options to reduce our global real estate footprint. On that note, our Providence, Rhode Island office is currently not being used to its full capacity and we’ve decided to exit the space at the end of the lease term in January 2025. Over the next year, we’ll welcome teams from our Providence office to our headquarters down the road in Pawtucket, Rhode Island. It’s an opportunity to reshape how we work and ensure our workspace is vibrant and productive, while reflecting our more flexible in-person cadence since the pandemic.
Looking ahead
As Gina often says, cost-cutting is not a strategy. We know this, and that’s why we’ll continue to grow and invest in several areas in 2024.
As we uncover more cost savings, we’ll invest in new systems, insights and analytics, product development and digital – all while strengthening our leading franchises and ensuring our brands have the essential marketing they need to thrive well into the future.
We’ll also tap into unlocked potential across our business, like our new supply chain efficiency, our direct-to-consumer capabilities, and key partnerships to maximize licensing opportunities, scale entertainment, and free up our own content dollars to drive new brand development.
I know there is no sugar-coating how hard this is, particularly for the employees directly affected. We’re grateful to them for their contributions, and we wish them all the best. In the coming weeks, let’s support each other, and lean in to drive through these necessary changes, so we can return our business to growth and carry out Hasbro’s mission.
Thanks,
Chris
Traduction :
L’équipe,
Il y a un an, nous avons présenté notre stratégie visant à créer des marques moins nombreuses, plus grandes et meilleures, et nous avons entamé le processus de transformation de Hasbro. Depuis lors, nous avons remporté des victoires importantes, comme le réoutillage de notre chaîne d’approvisionnement, l’amélioration de nos stocks, la réduction des coûts et le réinvestissement de plus de 200 millions de dollars dans l’entreprise, tout en augmentant nos parts de marché dans bon nombre de nos catégories. Mais les vents contraires du marché que nous avions anticipés se sont avérés plus forts et plus persistants que prévu. Bien que nous soyons confiants dans l’avenir de Hasbro, l’environnement actuel exige que nous fassions plus, même si ces choix sont parmi les plus difficiles que nous ayons à faire.
Aujourd’hui, nous annonçons de nouvelles réductions d’effectifs dans le cadre de la transformation stratégique que nous avons annoncée précédemment, touchant environ 1 100 collègues dans le monde entier, en plus des quelque 800 réductions déjà effectuées.
Notre équipe de direction est parvenue à cette décision difficile après mûre réflexion. Nous sommes conscients qu’il s’agit d’une lourde nouvelle qui affecte les moyens de subsistance de nos amis et collègues. Notre objectif est de communiquer avec chacun d’entre vous de manière transparente et de vous soutenir pendant cette période de changement. Je voudrais tout d’abord vous expliquer pourquoi nous agissons ainsi et ce qui nous attend.
Pourquoi maintenant ?
Nous avons entamé l’année 2023 en nous attendant à une année de changement, avec notamment des mises à jour importantes de notre équipe de direction, de notre structure et de notre champ d’action. Nous nous attendions à ce que les trois premiers trimestres soient difficiles, en particulier dans le secteur des jouets, où le marché sort de sommets historiques dus à la pandémie. Bien que nous ayons réalisé d’importants progrès dans l’ensemble de notre organisation, les vents contraires que nous avons observés au cours des neuf premiers mois de l’année se sont poursuivis pendant les fêtes de fin d’année et devraient persister jusqu’en 2024.
Pour positionner Hasbro sur la voie de la croissance, nous devons d’abord nous assurer que nos fondations sont solides et rentables. Pour ce faire, nous devons moderniser notre organisation et l’alléger encore davantage. Bien que nous considérions les réductions d’effectifs comme un dernier recours, compte tenu de la situation de notre entreprise, c’est un levier que nous devons actionner pour maintenir Hasbro en bonne santé.
Que se passera-t-il ensuite ?
Bien que nous procédions à des changements dans l’ensemble de l’organisation, certains domaines fonctionnels seront plus touchés que d’autres. La plupart des personnes dont les fonctions sont concernées ont été ou seront informées dans les prochaines 24 heures, bien que les délais varient d’un pays à l’autre, conformément aux règles locales et sous réserve de la consultation des employés, le cas échéant. Il s’agit notamment des membres de l’équipe qui ont levé la main pour quitter leurs fonctions à la fin de l’année dans le cadre de notre programme de retraite anticipée volontaire (VRP) aux États-Unis. Nous sommes extrêmement reconnaissants à ces collègues pour leurs nombreuses années de dévouement et nous leur souhaitons le meilleur.
La plupart des notifications auront lieu au cours des six prochains mois, et le reste au cours de l’année prochaine, alors que nous nous attaquerons au travail restant sur notre modèle organisationnel. Il s’agit notamment de normaliser les processus dans les domaines de la finance, des ressources humaines, de l’informatique et des soins aux consommateurs dans le cadre de notre projet Global Business Enablement, mais aussi de travailler davantage dans l’ensemble de l’entreprise pour minimiser les niveaux de gestion et créer une organisation plus agile.
Que faisons-nous d’autre ?
Je sais que cette nouvelle est particulièrement difficile à entendre en cette période de fêtes de fin d’année. Nous apprécions chacun des membres de notre équipe – ce ne sont pas seulement des employés, ce sont des amis et des collègues. Nous avons décidé de communiquer maintenant pour que les gens aient le temps de planifier et d’assimiler les changements. Pour les employés concernés, nous proposons des offres complètes, y compris une aide au placement, afin de les aider dans leur transition.
Nous avons également fait ce que nous pouvions pour minimiser l’ampleur de l’impact, en lançant par exemple le PRV et en explorant les possibilités de réduire notre empreinte immobilière mondiale. À cet égard, notre bureau de Providence, dans le Rhode Island, n’est actuellement pas utilisé à sa pleine capacité et nous avons décidé de quitter les lieux à la fin du bail, en janvier 2025. Au cours de l’année prochaine, nous accueillerons les équipes de notre bureau de Providence à notre siège de Pawtucket, dans le Rhode Island. C’est l’occasion de remodeler notre façon de travailler et de nous assurer que notre espace de travail est dynamique et productif, tout en reflétant notre cadence plus souple en personne depuis la pandémie.
Regarder vers l’avenir
Comme le dit souvent Gina, la réduction des coûts n’est pas une stratégie. Nous le savons, et c’est pourquoi nous continuerons à croître et à investir dans plusieurs domaines en 2024.
Tout en renforçant nos principales franchises et en veillant à ce que nos marques disposent du marketing essentiel dont elles ont besoin pour prospérer à l’avenir, nous investirons dans de nouveaux systèmes, dans la connaissance et l’analyse, dans le développement de produits et dans le numérique.
Nous exploiterons également le potentiel libéré dans l’ensemble de nos activités, comme la nouvelle efficacité de notre chaîne d’approvisionnement, nos capacités de vente directe au consommateur et nos partenariats clés, afin de maximiser les opportunités de licence, d’augmenter le divertissement et de libérer nos propres fonds de contenu pour stimuler le développement de nouvelles marques.
Je sais qu’il n’y a pas d’édulcorant pour dire à quel point c’est difficile, en particulier pour les employés directement concernés. Nous leur sommes reconnaissants de leur contribution et nous leur souhaitons le meilleur. Dans les semaines à venir, soutenons-nous les uns les autres et appuyons-nous sur ces changements nécessaires afin de relancer la croissance de notre entreprise et de mener à bien la mission de Hasbro.
Je vous remercie,
Chris
Conclusion
Pour conclure, le séisme chez Hasbro ressemble fort à un sacrifice nécessaire pour assurer la survie du mastodonte, quoique douloureux sur le plan social.
Certes, D&D et Magic tirent brillamment leur épingle du jeu dans un contexte économique délicat. Mais visiblement, ces deux poules aux œufs d’or ne suffisent pas à elles seules à garantir la bonne santé de leur maison-mère.
D’où ce plan radical de restructuration : recentrage sur un nombre restreint de marques bankable, virage numérique et suppression de 1 100 postes. Le tout afin de retrouver des marges de manœuvre, de l’agilité et in fine de la croissance. Après Haba, Hasbro maintenant. On espère que ces difficultés et licenciements ne fassent pas tâche d’huile avec d’autres éditeurs de jeux.
Au-delà des aspects comptables, ces changements traduisent aussi une prise de conscience : avec l’avènement du transmédia, Hasbro doit impérativement faire évoluer son modèle originel de fabricant de jouets pour devenir avant tout un pourvoyeur de contenus. Son salut passe désormais par là.
Bref, cette cure d’austérité, pour outrageante qu’elle soit vis-à-vis des salariés licenciés, permettra peut-être à terme de réenchanter la marque Hasbro. À condition que la magie opère aussi dans les bureaux de la direction…
Le sort de ce fleuron ludique mondial en dépend. Affaire à suivre !
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Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.
À votre avis, ces 1 100 suppressions de postes sont-elles vraiment nécessaires pour assurer la survie d'Hasbro ? Existe-t-il des alternatives moins radicales selon vous ? Partagez vos idées.