Jeux de plateau

Frosthaven sera woke

Pas de racisme ni de colonialisme dans Frosthaven, la suite de Gloomhaven.


2021, l’année de tous les changements

Qu’on le veuille ou non, qu’on le regrette ou pas, qu’on soit d’accord avec ou pas, qu’on le déplore ou non, qu’on le critique ou pas, l’industrie du jeu de société a été également secoué par les mouvements de contestations sociales qui ont agité la planète en 2020.

La crise sanitaire n’est pas le seul et unique défi que l’industrie a dû affronter l’année dernière. Le mouvement Black Lives Matter a forcé beaucoup de gens à affronter le racisme et les inégalités dans le milieu. La secousse, culturelle, sociale, civique, sociale, profonde, qui en a résulté a placé certains des plus grands noms de l’industrie sur la sellette. On se souvient du boycott de la GAMA en juin 2020.

Ou également, des changements de fond au sein de l’éditeur américain Wizards of the Coast pour bannir certaines de ses cartes Magic jugées racistes ou tenter d’éviter les caractères raciaux dans son fameux jeu de rôle Donjons et Dragons.

Encore une fois, qu’on le veuille ou non, qu’on soit d’accord avec cette tendance ou pas, le train woke est en marche !

Woke

Woke, c’est le terme anglophone utilisé en force en 2020-2021. En réalité, le terme est apparu déjà avant durant les années 2010 aux États-Unis, pour décrire un état d’esprit militant et combatif en faveur de la protection des minorités et contre le racisme. Il dérive du verbe anglais « wake » (réveiller), pour décrire un état d’éveil face à l’injustice.

Le terme « woke » s’est répandu à partir de la fin des années 2010. De nos jours, une « personne woke » se définit comme étant consciente de toutes les injustices et de toutes les formes d’inégalités et d’oppressions qui pèsent sur les minorités, du racisme au sexisme en passant par les atteintes à l’environnement. Elles utilisent généralement un vocabulaire intersectionnel. L’intersectionnalité est une notion employée en sociologie qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société. Son usage se serait répandu lors du mouvement Black Lives Matter à partir de 2013.

Le terme « woke » est non seulement associé aux militantismes antiraciste, féministe et LGBTQ mais aussi à une politique de gauche dite progressiste et à certaines réflexions liées aux problèmes socioculturels.

Et donc, depuis l’assassinat de Georges Floyd, il y a peu près une année déjà, le 25 mai 2020, les mouvements BLM et woke se sont peu à peu infusés dans l’industrie du jeu de société.

Frosthaven, éthique

En quelques années, Gloomhaven s’est hissé au rang de véritable blockbuster. Entre succès commercial sur la plateforme Kickstarter, licences en jeu vidéo et autres, quand Frosthaven, sa suite a été lancée en début d’année passée, il est devenu le jeu de plateau le plus financé dans l’histoire de la plateforme, avec près de 12 millions de dollars levés.

Il y a quatre jours, vendredi 14 mai, l’auteur et éditeur du jeu, Isaac Childres, s’est fendu d’un long message vendredi sur la page Kickstarter de Frosthaven, pour expliquer la situation du jeu et ses prises de position.

Dans le cadre du processus de finalisation de Frosthaven, Childres a d’abord dû faire face à l’incroyable succès du projet. Cela signifie créer et expédier les quelque 90’000 exemplaires du jeu, un défi logistique qui a repoussé la sortie de mars à au moins cet automne. Mais Childres a également pris la décision de faire appel à un consultant culturel nommé James Mendez Hodes pour contrôler son travail.

« En un mot, » l’écrit Childres, James « regarde à travers tout le récit de Frosthaven et à toutes les différentes cultures représentées à l’intérieur, et il s’assure que tout est cohérent en interne et qu’il ne grime pas le réel, avec des termes ou des idées du monde qui peuvent nuire aux joueurs ou à toute culture du monde réel. Il ne s’agit pas seulement de signaler les problèmes, mais aussi de trouver ensemble des solutions qui élargissent et renforcent le récit. Ce fut un processus agréable qui non seulement rend le jeu plus éthique et plus accueillant pour un public plus large, mais le rend simplement meilleur.

En conséquence, plusieurs aspects du récit final de Frosthaven ont été ajustés pour donner aux joueurs plus de liberté dans la façon dont ils traitent le contenu. Par exemple, les groupes ne seront plus incités à soutenir la colonisation des populations autochtones.

Dans son message, l’auteur insiste sur le fait que son jeu présente une très grande, trop grande approche narrative colonialiste. « Nous avons donc changé l’histoire pour que Frosthaven soit une entité distincte qui ne veut pas, par défaut, prendre le contrôle par la force d’un territoire habité par d’autres peuples. »

Et Childres de continuer, Frosthaven ne s’attaquera pas seulement à une certaine vision du colonialisme, mais également à ses aspects liés à la race. Selon lui, les races n’ont pas été pensées de manière saine et éthique. C’est pourquoi, grâce au consultant, ces aspects ont pu être modifiés, améliorés.

Let’s talk about some specific ways in which I fell down on Gloomhaven. I think one of the most obvious ones is my use of the word “race”. “Race” has, of course, been used extensively throughout the fantasy genre as a way to group different peoples, to the point where it is just second nature. But when you stop and think about it, it really doesn’t make a whole lot of sense.

Parlons de certaines manières spécifiques dont j’ai chuté sur Gloomhaven. Je pense que l’une des plus évidentes est mon utilisation du mot «race». «Race» a, bien sûr, été largement utilisé dans le genre fantastique comme un moyen de regrouper différents peuples, au point qu’il n’est qu’une seconde nature. Mais quand vous vous arrêtez et y pensez, cela n’a vraiment pas beaucoup de sens.

Isaac Childres

Childres se défend d’avoir touché aux mécaniques de jeu, mais s’est penchés sur ses aspects narratifs, éthiques, pour tenter de les améliorer dans Frosthaven.

Je vous invite à lire son message dans son entier. Et surtout, si vous n’avez rien d’autre à faire aujourd’hui, à lire le torrent de commentaires qu’il a suscité. Il y a boire et à manger, des partisans et des détracteurs. Mais plutôt, des partisans. La plupart applaudissent Childres pour avoir assumé la responsabilité pour Gloomhaven et comment il a été perçu par certaines personnes comme offensant. Et qu’il était prêt à se remettre en question pour apporter des modifications dans Frosthaven.

L’industrie du jeu de société, en pleine mutation.

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