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Océans : 3 choses que nous aimons (et 3 que nous n’aimons pas)

Le jeu de société Océans capture la beauté et la férocité de la vie marine. Gardez vos espèces en vie et bien nourries.


Trois ans de développement. C’est ce qu’il aura fallu pour créer, développer et sortir Océans, un stand-alone de la gamme Évolution sorti en 2014. Avec plus de 120 cartes, qui sont de véritables œuvres d’art, nous y reviendrons plus bas, avec 40 cartes de scénarios et plus de 100 cartes de traits uniques, Océans est un projet, un jeu ambitieux.

Voici 3 choses qui nous ont plu, (et 3 choses qui ne nous ont pas plu).

❤️️ 1 / 3

Un thème scientifique cohérent et rigoureux


Le jeu Océans décrit les frontières entre le monde connu près de la surface de l’océan et les mystères qui se cachent dans la région inexplorée la plus profonde de la Terre. Comprenez par-là, les océans.

Les fondements de la chaîne alimentaire océanique reposent sur des milliards d’organismes unicellulaires appelés phytoplancton qui captent l’énergie du soleil par la photosynthèse. Toutes les autres espèces de l’océan sont des prédateurs, tous plus gros les uns que les autres, jusqu’au redoutable Apex Predator, le prédateur au sommet de la chaîne alimentaire. Et même plus gros que les plus gros prédateurs, il y a d’énormes baleines qui nagent en toute tranquillité dans l’océan en se nourrissant de plantes et planctons.

Océans est un jeu de stratégie de plateau, mais surtout de cartes. Il parvient à traduire de manière magistrale les merveilles et la complexité de l’écologie marine.

Dans Océans, vous devez tout faire pour maintenir les espèces en vie et bien nourries. En fin de partie, la nourriture acquise au fil de la partie est convertie en points de victoire. À chaque tour, vous déployez une carte de trait pour créer une nouvelle espèce ou accorder de nouvelles capacités à celles existantes. Ces traits, tels que «superprédateur» ou «encre», correspondent à des compétences et des caractéristiques physiques qui aident les vraies créatures marines à survivre et à trouver de la nourriture. Certaines espèces peuvent être des butineuses de récif, par exemple, tandis que d’autres sont plus agressives, volant de la nourriture à d’autres espèces.

Construire une liste de créatures qui interagissent bien les unes avec les autres ou avec les espèces voisines dans l’écosystème est essentiel pour remporter la victoire. Et de cette façon, le jeu imite de réelles pressions évolutives. Vous allez devoir vous adapter et réagir à la créature marine dominante (à la table) en trouvant de nouvelles façons d’exploiter les richesses des océans. Un prédateur suprême prend le contrôle des mers ? Protégez vos espèces visées en employant la tactique de défense propre au calamar par exemple, qui consiste à cracher de l’encre sur un ennemi. Ou, ce qui est également possible et réaliste, profitez des prouesses du prédateur en mangeant les restes abandonnés par l’animal.

Au fur et à mesure que le jeu progresse, des scénarios choisis au hasard peuvent modifier la dynamique du jeu. Ces scénarios vont vous obliger à vous adapter à un environnement changeant. Oui, comme dans la nature. Par exemple, le scénario «fertile» vous récompense pour la création de nombreuses nouvelles espèces, tandis que l’événement «épizootique» simule une épidémie de maladie qui va réduire les populations de certaines espèces.

Et quand vous pensez avoir compris l’écosystème, l’explosion cambrienne débarque et modifie le jeu au premier tiers. Dès lors, et pour le reste de la partie, vous allez devoir doubler toutes vos actions : jouer deux cartes au lieu d’une, faire vieillir vos espèces deux fois plus vite.

L’explosion cambrienne a eu lieu entre −541 et −530 millions d’années et désigne l’apparition soudaine à l’échelle géologique de la plupart des grands embranchements actuels de métazoaires, les animaux pluricellulaires. Elle a ainsi initié une grande diversification des classes et des espèces animales, végétales et bactériennes. On a souvent comparé cette explosion cambrienne avec une sorte de « big bang zoologique », avec l’apparition en quelques dizaines de millions d’années de la quasi-totalité des grands plans d’organisation connus actuellement. À noter que les raisons de cet événement soudain restent encore peu connues à cause du faible nombre de fossiles trouvés.

Océans parvient vraiment à capturer et retranscrire la réalité et biologie marine. Il faut dire que pour accorder une certaine licence et crédit scientifiques à leur jeu, les éditeurs, North Star pour la VO, ont consulté le biologiste marin Brian O’Neill de l’Université du Wisconsin. Ce bagage académique porte ses fruits pour une expérience cohérente et exacte d’un point de vue scientifique. 

Alors bien sûr, nous sommes dans un jeu de société. Les éditeurs se sont parfois permis quelques libertés, dont le deck The Deep, qui comprend 100 cartes de pouvoir uniques et qui représente l’inconnu. Ces cartes puissantes brisent quelque peu les coutures et contours de la réalité, en intégrant des éléments étonnants et fantastiques, tel que le Kraken ou le Léviathan.

Et selon les combos personnels réalisés, on va pouvoir parfois générer des espèces incohérentes d’un point de vue écologique et scientifique. Encore faut-il être spécialiste en écologie marine pour s’en rendre compte. Par exemple, il est possible de créer une espèce à la fois parasitaire et symbiotique avec la même créature, ou même un Apex Predator qui possède également un trait filtrant. Alors que, soyons lucides, tout cela puisse être discutable d’un point de vue d’une stratégie viable adaptative et biologique.

❤️️ 2/3

La qualité des illustrations, uniques

L’aquarelle saisissante de l’illustratrice Catherine Hamilton, sur le « plateau » de jeu et de nombreuses cartes de trait, nous invite dans un écosystème dynamique. 

illustration de partage de baleine
C. HAMILTON

Mis à part quelques bribes de libertés scientifiques, Océans excelle à évoquer un sentiment d’émerveillement. 

❤️️ 3/3

Un gameplay fluide

Si vous avez déjà joué à Évolution, le précédent titre quelque peu similaire sorti en 2014, vous vous sentirez comme « chez vous ». Avec une nuance néanmoins, et non des moindres. Océans et moins punitif !

Alors qu’Évolution donnait parfois l’impression d’être un jeu de combat « traditionnel » à la Magic: The GatheringOcéans tient sur une mécanique différente, propice à des stratégies plus maîtrisées et construites.

Océans est en effet un pur Engine Builder. Vous allez devoir faire évoluer vos espèces dans un écosystème en constante évolution. Vous devrez gérer vos écosystèmes interconnectés et adjacents pour survivre face à l’inévitable marche du temps, le… vieillissement, ainsi qu’à une multitude de prédateurs à la recherche de nourriture. Et tout ceci rien qu’en posant une carte à votre tour. Ou deux, une fois l’explosion cambrienne arrivée.

Pendant la première moitié du jeu, vous utilisez une petite partie des cartes, puis le jeu commence à se complexifier et prendre sa vitesse de croisière, pour finir en apothéose avec un élan de plus en plus serré.

Le jeu récompense à la fois une planification minutieuse et une réflexion rapide, ce qui évite le sentiment frustrant de redouter une certaine défaite après avoir réalisé une erreur précoce, ce qui pouvait intervenir dans Évolution.


💔 1/3

Un jeu répétitif

Au bout d’un moment, on finit quand même par s’y ennuyer ! Le jeu, les mécaniques deviennent répétitives : on pose une carte, on nourrit ses espèces, on en récolte pour les placer derrière son écran pour marquer des points en fin de partie. Après quelques manches, le jeu devient plat et froid, et trop long pour en sublimer plaisir et expérience.

💔 2/3

Un jeu poussif

Si au début du jeu on n’a qu’une ou deux espèces à gérer, faire évoluer et nourrir, plus tard on en possède plus et plusieurs. Au point de générer des situations dramatiques d’analysis-paralysis.

L’Analysis Paralysis est un processus psychologique de sur-réflexion entraînant un blocage, une impossibilité d’action. En voulant bien faire, on ne fait rien du tout. En d’autres termes, dans un jeu de société, cela signifie qu’une personne se fige et que son tour prend beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps. Le FOBO s’installe alors. Le Fear of a Better Option.

Cette carte unique ici, ou plutôt ici ? Et comme on doit en choisir une ou deux parmi six en main, le FOBO et l’analysis-paralysis finissent par paralyser et ensevelir la partie. Océans peut vite se transformer en un cruel et détestable jeu-vaisselle. Et le jeu est plus que pénible à 4, voire à 5-6 avec le matériel disponible dans l’édition limitée.

💔 3/3

Un jeu opportuniste, parfois punitif

Pour nourrir ses espèces, le cœur du jeu, on a deux options : l’attaque, ou le fouissage. Comme dans la réalité écologique marine. L’attaque est facile à gérer, on additionne sa valeur d’attaque retranchée à celle de l’espèce chassée. La différence représente le nombre d’espèces dévorées. Le fouissement implique une mécanique souvent opportuniste, parfois punitive.

Le fouissement consiste à creuser le sol et les sédiments pour y trouver de la nourriture. Son espèce se développe en fonction de sa valeur de fouissement, en se servant dans la réserve du récif. Cette réserve est toutefois limitée. Elle peut se renouveler en jouant une carte pour faire migrer des poissons, des jetons d’un plateau vers un autre. Carte qui n’est alors pas jouée pour faire évoluer ses espèces. On va donc remplir la réserve disponible, ce qui d’une part ralentit son développement, et d’autre part en fait profiter les autres. Une mécanique peut-être originale, mais opportuniste et parfois punitive. Selon la quantité disponible, on risque de prendre du retard et avantager les autres, surtout les personnes qui jouent ensuite.


Verdict final :

Pas mal !

Un jeu au gameplay fluide et rigoureux d’un point de vue scientifique, mais long et lent. Pas de révélation ludique.

Note : 3.5 sur 5.

➡️ Vous pouvez trouver Océans chez Philibert ici

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  • Auteurs : Ben Goldman, Brian O’Neill, Dominic Crapuchettes, Nick Bentley
  • Illustratrice et illustrateur : Catherine Hamilton, Guillaume Ducos 
  • Éditeur : North Star pour la VO, Fun Forge pour la VF
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4, et 5-6 avec le matériel disponible en sus dans l’édition limitée (mieux à 2 à 3)
  • Âge conseillé : Dès 12 ans (bonne estimation)
  • Durée : 90-120′
  • Thème : Écologie marine
  • Mécaniques principales : combo, engine-building
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