Pourquoi nous finissions par acheter les mêmes jeux que les autres

Temps de lecture: 5 minutes

Nos choix de jeux sont largement influencés par notre entourage. C’est ce qu’on appelle l’effet Caméléon

En plein mois d’août caniculaire, cet été, Coco et moi sommes partis faire du VTT en montagne. Sous un soleil de plomb, transpirant à chaudes gouttes, nous sommes arrivés par hasard devant un bassin, une petite retenue d’eau artificielle au bleu profond et qui invitait à la baignade. D’un rapide coup d’œil, nous avons peu observer deux éléments : aucun panneau d’interdiction de baignade ne trônait autour du bassin pour dissuader les possibles baigneurs à piquer une tête, et une autre famille s’y trouvait déjà

Cette famille de quatre se baignait, non pas entièrement, mais juste les pieds. Ils avaient tous enlevé chaussures et chaussettes et faisaient trempette des orteils dans le bassin pour se rafraîchir. Et qu’avons-nous alors fait, Coco et moi ? Vous imaginez la suite. Même si nous mourions d’envie de nous jeter dans cette eau cristalline, malgré le fait qu’aucun panneau ne nous interdisait de le faire, nous avons fini par faire pareil que la famille. Nous avons retroussé nos pantalons pour faire trempette des orteils

Fin de l’histoire

Fin de l’histoire, vraiment ?

Quelques minutes plus tard, d’autres promeneurs et promeneuses nous ont rejoint près de cette improbable et accueillante petite étendue d’eau. Et tous firent alors la même chose que nous : tremper les pieds, rien de plus. Personne ne s’est jeté entièrement à l’eau, alors que tous, certainement, comme nous, au vu des températures, devaient certainement mourir d’envie de le faire. Comme s’il y avait un contrat, social, de faire comme les autres

Encore aujourd’hui, quelques semaines plus tard, je me dit que nous sommes passés à côté d’une super opportunité de nous baigner dans ce lac de montagne artificiel un jour de grande chaleur pour ramener de super souvenirs. Au lieu de cela, j’ai juste cette anecdote miteuse

N’empêche

Et si la toute première famille avait déjà été entièrement dans l’eau, aurions-nous fait pareil ?

La réponse : oui, très certainement

Mais alors, pourquoi ne nous sommes pas baignés, alors que nous en mourions d’envie ? Pourquoi n’avons-nous juste immergé les pieds ? Et qu’auriez-vous fait, vous ?

Essen, temple social

Dans à peine quelques petites semaines, le plus gros salon de jeux de société au monde ouvrira ses portes. Essen, du 24 au 27 octobre, avec (certainement) plus de 180’000 visiteurs et visiteuses. Truc de ouf

Plus de 1’200 jeux seront présentés. Lesquels vont buzzer, se faire voir, acheter ?

Chaque année, quand je me balade dans les coursives des différentes halles, je finis par entr’apercevoir dans les imposants sacs les gens trimbaler les mêmes jeux. La plupart des gens finissent par acheter les mêmes. Comment est-ce possible ? Étonnant, surtout avec plus de 1K+ jeux présentés sur le salon

Et si au final, la raison qui explique pourquoi, comment les jeux qui fonctionnent le plus ne serait pas tout « simplement » non pas une question de qualité, mais… d’influence sociale ? Et si nos choix étaient… dictés par notre entourage ?

Île Déserte

Qu’est-ce qui nous rend plus susceptibles de copier le comportement, l’achat des mêmes jeux que les autres ? Et qu’est-ce qui nous pousse parfois, a contrario, à faire, acheter, jouer à ce que nous voulons, sans être influencés par les autres ?

Je me pose une petite question (stupide) : et si nous étions seuls à nous balader dans les halles d’Essen (ou FIJ, ou Gen Con, ça marche aussi), est-ce qu’on ne finirait pas par acheter d’autres jeux ? Des jeux moins « connus », moins… mainstream ?

Si nous étions seuls, nous ne ferions probablement pas les mêmes choix. Et ça marche aussi pour les restos, les sorties, d’autres achats

T’es camé, Léon

L’Effet Caméléon, ça vous dit quelque chose ? C’est cet effet, ce biais psychologique qui nous influence, nous pousse à opérer un certain choix pour nous « fondre » dans notre environnement. Comme le caméléon, donc

Certains travaux suggèrent exactement le contraire, certaines personnes adorent faire exactement le contraire pour se démarquer. Le contraire de quoi ? De ce que tout le monde fait. Donc il y a opposition, et ainsi validation d’une certaine norme construite contre laquelle on préfère se distancer, s’opposer

Acheter les mêmes jeux que vous ? Que les autres ? Acheter ces jeux au buzz « qui tâche » et faire comme les… moutons ? Ô grand jamais. Je ne vais pas à Essen pour ça. Je préfère ce tout premier jeu d’un auteur moldave de 14 ans sur ce micro-stand tout au fond de la halle 17 (la plus underground) auto-édité à 12 exemplaires, aux règles certes approximatives et non-traduites mais qui a l’air tellement bien et qui ne coûte que 78 euros. Au moins, je suis ainsi sûr que personne d’autre ne l’aura pris, j’aurai découvert LA perle

So ciété

Pour mesurer l’effet Caméléon, et notre propension à acheter ce jeu ou un autre, à faire comme les autres, ou pas, encore faut-il s’intéresser aux qualités, aux attributs intrinsèques et objectifs du jeu, tels que sa taille, son prix. Si certains des éléments de jeux sont objectifs et objectifiables, quantifiables, d’autres, en revanche, le sont moins et deviennent alors subjectifs, qualitatifs. Tels que le thème, certains thèmes plaisent à certains, d’autres pas (mon épouse déteste les jeux de SF, par exemple), les illustrations, un aspect très personnel (certains kiffent Dany, comme moi, ou d’autres ceux d En Quête du Dragon, pas du tout comme moi), ou encore, les mécaniques de jeu (les enchères, le deck-building, les majorités, etc)

Si les attributs quantifiables sont neutres et n’entrent pas tellement en ligne de compte pour une influence sociale, les qualifiables, subjectifs, eux, peuvent connaître, subir une plus grande influence qui pourraient impacter nos choix

Ces types de signaux sociaux qui renvoient aux choix des autres et à nos propres choix sont omniprésents, qu’il s’agisse d’interactions face à face avec des amis, avec les fameux neurones miroir, par exemple, ou de certaines publications sur Instagram que beaucoup de gens essaient de reproduire (comme les champs de tournesols, par exemple), ce qui rend, au final, difficile d’échapper à l’influence des autres sur nos propres choix de consommation

Car en fin de compte, il nous est impossible de l’oublier, et le sujet du jour nous le rappelle à grand bruit. Nous sommes des animaux grégaires, sociaux. Faire comme les autres nous permet de rejoindre, de faire partie du groupe. Et si certains et certaines d’entre nous préfèrent éviter d’acheter les mêmes jeux, pour se démarquer, pour éviter de se faire happer par des coups de comm parfois surfaits, c’est également un marqueur social, de force, de courage, d’être différent, de suivre sa propre ligne

Quand vous serez à Essen dans quelques semaines, amusez-vous à faire le test. Quel(s) jeu(x) buzzent ? Et demandez-vous pourquoi ? Effet de groupe, de caméléon ? Ou parce que le jeu le mérite vraiment ?

Damien, qui nous a laissé un commentaire ci-dessous, a balancé le lien de cette vidéo. Elle est tellement géniale, parlante et tout à fait cohérente avec le sujet de l’article que nous l’intégrons dans l’article. Merci Damien !

Et vous, avez-vous déjà été « victimes » de l’effet caméléon avec un jeu ? Racontez-nous une petite anecdote

13 responses to Pourquoi nous finissions par acheter les mêmes jeux que les autres

  1. Mul' says:

    Je ne suis pas un acheteur mimétique, mais je n’achète pas au look de la boîte non plus. En général, c’est la case Youtube qui tranche.

  2. Laurent says:

    Très bon article. J’aime beaucoup les réflexions apportées. Pour ma part, uniquement les pieds dans l’eau. Pour le côté jeu, j’ai eu un effet caméléon pour Solenia que j’ai revendu par la suite. Le logo Pearl Games, et la vibe sur le net. Les réseaux sociaux aident beaucoup pour ça « à quoi avez vous joué ce weekend » « regardez mes derniers achats » et finalement bombardé par tout ça on se dit inconsciemment « pourquoi pas moi ça à l’air bien ». Pour au final être fier de poster sa dernière acquisition, la énième photo de ce jeu sur la page mais approuvée par tous. Le plaisir de se sentir intégré au groupe… socialement. 🐑

    • Très bon cet article, figurez vous que pour ma part c’est en voyant plusieurs copains étudiants absorbés par de petites cartes que je me suis procuré un paquet…histoire d’être totalement dans le groupe. Puis d’autres paquets…Depuis je suis devenu un joueur invétéré, c’était en 1994, je suppose que pour le jeu vous aurez deviné 😉

  3. Olivier Dracotek says:

    On peut aussi évoqué l’envie d’avoir ce que l’autre possede , effectivement rentrer dans la masse, cocher une case. Tout comme certains vont se marié car c’est d’usage. .etc

      • Damien says:

        Quel honneur, merci !
        Après j’ai toujours un doute sur l’authenticité de ce genre de vidéo. Tellement de video soi-disant « en caméra cachée » étant en fait jouées par des comédiens…
        Mais cela illustre le propos !

  4. Tom Tom says:

    Excellent article comme toujours !
    Disons qu’ajourdhui j’ai acheté les trois boîtes d’Undo juste suite au buzz généré par l’article de Gus and Co hahahaha donc je suis-je un mouton de Panurge ? Sans doute mais cela doit être contrebalancé par mes achats de jeux en promos qui n’ont parfois pas le succès qu’ils méritent.
    Buzz ou pas buzz ? J’aime les deux et du coup j’en achète trop, ce qui nous ramène à un autre article publié sur l’achat compulsif…

  5. Pierre Mooser says:

    Pour ma part, je suis plutôt celui qui aime acheter des trucs différents dans mon groupe ( du coup j’ai du mal à y jouer avec mes amis 🙂 ). Je suis hyper fan de jeux asiats. Après c’est très drôle dans notre groupe de jeu de comparer les listes mais je trouve justement qu’il y a un peu moins d’uniformité que dans le passé. Alors il y a toujours un ou deux jeu que tout le monde prend (par exemple le nouveau Pfister) et puis une majorité prennent que les jeux buzzés, un prend à peu près tout, pour ma part je prend donc des jeux asiats et quelques perles trouvés sur salon, en tout cas j’essaie principalement de prendre des jeux que je ne trouverai pas ou pas facilement en boutique. Et puis il y en a un qui arrive quasi toujours à dégotter des perles que personne n’a vu.

  6. WesK says:

    Très bon article ! Effectivement, on achète plus ou moins les mêmes jeux de société.

    Pour ma part, de mon retour de Pologne, j’ai ramené dans mes valises un jeu polonais que peu de monde en France connaît, Kolejka. J’aime beaucoup la mécanique, le thème et les graphismes.

    Et puis là, j’attends la livraison d’un autre jeu (de cartes cette fois ci) que j’ai Kickstarté, ça s’appelle Gremlins Inc. In dérivé du jeu de société disponible sur Steam et dont je suis absolument fan.

    Bref, j’aime bien dénicher des jeux moins communs. ^^

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