Nos choix de jeux sont largement influencés par notre entourage. C’est ce qu’on appelle l’effet Caméléon
En plein mois d’août caniculaire, cet été, Coco et moi sommes partis faire du VTT en montagne. Sous un soleil de plomb, transpirant à chaudes gouttes, nous sommes arrivés par hasard devant un bassin, une petite retenue d’eau artificielle au bleu profond et qui invitait à la baignade. D’un rapide coup d’œil, nous avons peu observer deux éléments : aucun panneau d’interdiction de baignade ne trônait autour du bassin pour dissuader les possibles baigneurs à piquer une tête, et une autre famille s’y trouvait déjà
Cette famille de quatre se baignait, non pas entièrement, mais juste les pieds. Ils avaient tous enlevé chaussures et chaussettes et faisaient trempette des orteils dans le bassin pour se rafraîchir. Et qu’avons-nous alors fait, Coco et moi ? Vous imaginez la suite. Même si nous mourions d’envie de nous jeter dans cette eau cristalline, malgré le fait qu’aucun panneau ne nous interdisait de le faire, nous avons fini par faire pareil que la famille. Nous avons retroussé nos pantalons pour faire trempette des orteils
Fin de l’histoire
Fin de l’histoire, vraiment ?
Quelques minutes plus tard, d’autres promeneurs et promeneuses nous ont rejoint près de cette improbable et accueillante petite étendue d’eau. Et tous firent alors la même chose que nous : tremper les pieds, rien de plus. Personne ne s’est jeté entièrement à l’eau, alors que tous, certainement, comme nous, au vu des températures, devaient certainement mourir d’envie de le faire. Comme s’il y avait un contrat, social, de faire comme les autres
Encore aujourd’hui, quelques semaines plus tard, je me dit que nous sommes passés à côté d’une super opportunité de nous baigner dans ce lac de montagne artificiel un jour de grande chaleur pour ramener de super souvenirs. Au lieu de cela, j’ai juste cette anecdote miteuse
N’empêche
Et si la toute première famille avait déjà été entièrement dans l’eau, aurions-nous fait pareil ?
La réponse : oui, très certainement
Mais alors, pourquoi ne nous sommes pas baignés, alors que nous en mourions d’envie ? Pourquoi n’avons-nous juste immergé les pieds ? Et qu’auriez-vous fait, vous ?
Dans à peine quelques petites semaines, le plus gros salon de jeux de société au monde ouvrira ses portes. Essen, du 24 au 27 octobre, avec (certainement) plus de 180’000 visiteurs et visiteuses. Truc de ouf
Plus de 1’200 jeux seront présentés. Lesquels vont buzzer, se faire voir, acheter ?
Chaque année, quand je me balade dans les coursives des différentes halles, je finis par entr’apercevoir dans les imposants sacs les gens trimbaler les mêmes jeux. La plupart des gens finissent par acheter les mêmes. Comment est-ce possible ? Étonnant, surtout avec plus de 1K+ jeux présentés sur le salon
Et si au final, la raison qui explique pourquoi, comment les jeux qui fonctionnent le plus ne serait pas tout « simplement » non pas une question de qualité, mais… d’influence sociale ? Et si nos choix étaient… dictés par notre entourage ?
Île Déserte
Qu’est-ce qui nous rend plus susceptibles de copier le comportement, l’achat des mêmes jeux que les autres ? Et qu’est-ce qui nous pousse parfois, a contrario, à faire, acheter, jouer à ce que nous voulons, sans être influencés par les autres ?
Je me pose une petite question (stupide) : et si nous étions seuls à nous balader dans les halles d’Essen (ou FIJ, ou Gen Con, ça marche aussi), est-ce qu’on ne finirait pas par acheter d’autres jeux ? Des jeux moins « connus », moins… mainstream ?
Si nous étions seuls, nous ne ferions probablement pas les mêmes choix. Et ça marche aussi pour les restos, les sorties, d’autres achats
T’es camé, Léon
L’Effet Caméléon, ça vous dit quelque chose ? C’est cet effet, ce biais psychologique qui nous influence, nous pousse à opérer un certain choix pour nous « fondre » dans notre environnement. Comme le caméléon, donc
Certains travaux suggèrent exactement le contraire, certaines personnes adorent faire exactement le contraire pour se démarquer. Le contraire de quoi ? De ce que tout le monde fait. Donc il y a opposition, et ainsi validation d’une certaine norme construite contre laquelle on préfère se distancer, s’opposer
Acheter les mêmes jeux que vous ? Que les autres ? Acheter ces jeux au buzz « qui tâche » et faire comme les… moutons ? Ô grand jamais. Je ne vais pas à Essen pour ça. Je préfère ce tout premier jeu d’un auteur moldave de 14 ans sur ce micro-stand tout au fond de la halle 17 (la plus underground) auto-édité à 12 exemplaires, aux règles certes approximatives et non-traduites mais qui a l’air tellement bien et qui ne coûte que 78 euros. Au moins, je suis ainsi sûr que personne d’autre ne l’aura pris, j’aurai découvert LA perle
So ciété
Pour mesurer l’effet Caméléon, et notre propension à acheter ce jeu ou un autre, à faire comme les autres, ou pas, encore faut-il s’intéresser aux qualités, aux attributs intrinsèques et objectifs du jeu, tels que sa taille, son prix. Si certains des éléments de jeux sont objectifs et objectifiables, quantifiables, d’autres, en revanche, le sont moins et deviennent alors subjectifs, qualitatifs. Tels que le thème, certains thèmes plaisent à certains, d’autres pas (mon épouse déteste les jeux de SF, par exemple), les illustrations, un aspect très personnel (certains kiffent Dany, comme moi, ou d’autres ceux d En Quête du Dragon, pas du tout comme moi), ou encore, les mécaniques de jeu (les enchères, le deck-building, les majorités, etc)
Si les attributs quantifiables sont neutres et n’entrent pas tellement en ligne de compte pour une influence sociale, les qualifiables, subjectifs, eux, peuvent connaître, subir une plus grande influence qui pourraient impacter nos choix
Ces types de signaux sociaux qui renvoient aux choix des autres et à nos propres choix sont omniprésents, qu’il s’agisse d’interactions face à face avec des amis, avec les fameux neurones miroir, par exemple, ou de certaines publications sur Instagram que beaucoup de gens essaient de reproduire (comme les champs de tournesols, par exemple), ce qui rend, au final, difficile d’échapper à l’influence des autres sur nos propres choix de consommation
Car en fin de compte, il nous est impossible de l’oublier, et le sujet du jour nous le rappelle à grand bruit. Nous sommes des animaux grégaires, sociaux. Faire comme les autres nous permet de rejoindre, de faire partie du groupe. Et si certains et certaines d’entre nous préfèrent éviter d’acheter les mêmes jeux, pour se démarquer, pour éviter de se faire happer par des coups de comm parfois surfaits, c’est également un marqueur social, de force, de courage, d’être différent, de suivre sa propre ligne
Quand vous serez à Essen dans quelques semaines, amusez-vous à faire le test. Quel(s) jeu(x) buzzent ? Et demandez-vous pourquoi ? Effet de groupe, de caméléon ? Ou parce que le jeu le mérite vraiment ?
Damien, qui nous a laissé un commentaire ci-dessous, a balancé le lien de cette vidéo. Elle est tellement géniale, parlante et tout à fait cohérente avec le sujet de l’article que nous l’intégrons dans l’article. Merci Damien !
