Plus que jamais, nous avons besoin de jeux bienveillants. Maintenant

Nous vivons décidément une drôle d’époque. Une… sale époque?

Demain lundi, l’école primaire de mon fils organise une simulation pour se préparer en cas d’attaque terroriste. Avec des classes maternelles 😳

Dans mon boulot au lycée, l’Etat de Genève a édicté un plan officiel de réaction en cas d’intrusion

Plus une place ou une manifestation publique n’est désormais laissée ouverte, barricadée par des plots de béton pour empêcher les voitures-béliers (Nice, Barcelone, Londres…)

Pas un mois, pas une semaine ne passe sans qu’une attaque ou une tentative déjouée n’ait lieu. Las Vegas dimanche passé. Marseille quelques jours avant. Etc etc etc Le flux d’informations nous laisse parfois pantois, agacés, anxieux, révoltés

On en est là

Exorcisme

Étrange, alors, de se retrouver en soirée pour attaquer ses voisins, leur mentir et comploter contre eux, les racketter ou encore exploiter les ressources de la planète pour mieux se développer, comme c’est souvent le cas dans les jeux de gestion. Exploiter, amasser pour s’enrichir, en dépit de la nature, de la planète

Alors certes, tout ceci n’est que simulation. Un thème de jeu ne sera qu’un… thème de jeu. Facile lapalissade me direz-vous. Peut-on jouer de tout? Jouer, c’est le mot-clé. N’empêche, c’est à se demander si toute cette violence, ces coups bas, cette exploitation n’ont pas un effet sur nous

Comptez le nombre de titres de jeux qui ont les mots « dark », « kill » ou « meurtre », il y en a un paquet

Ou alors, c’est pour exorciser quelque chose? Nos craintes? Ou pour s’en approcher pour mieux les comprendre? Comme la peur ressentie dans les jeux, ou notre attirance pour les films d’horreur, comme en témoigne le récent succès du film Ça?

Au vu du contexte politique, plus que jamais nous avons besoin de jeux bienveillants

Amalgame

Bienveillant ne veut pas dire naïf, cucul, neuneu, niais. C’est souvent l’amalgame rapide et facile

Bienveillant ne veut pas non plus dire coopératif. Pas que. Car certains jeux coopératifs, sous le couvert d’une collaboration nécessaire entre joueurs, présentent un contexte anxiogène: le 7e Continent (se défaire d’une malédiction sur une île inquiétante), Pandémie, lutter contre des maladies qui ravagent la planète et qui menacent la population mondiale, Dead of Winter, repousser une invasion zombies (tout en trahissant ses amis), Ghost Stories ou Samurai Spirit, les deux du même auteur, empêcher la destruction d’un paisible village par une force maléfique (sorcier ou voleur)

Nous n’allons pas lister tous les jeux coopératifs sur le marché. Cette rapide radiographie témoigne toutefois d’un semblant de malaise. De nombreux jeux coopératifs, même s’ils poussent les joueurs à devoir agir, réagir, réfléchir ensemble, ils le font contre une réelle menace, pour se prémunir d’un total anéantissement

Nous vivons décidément une drôle d’époque. Une… sale époque?

Est-ce que nos jeux, de société, ne pourraient pas nous proposer parfois, alors, une bulle de bien-être? Plutôt que de chercher à combattre, à exploiter, à commercialiser, à détruire, ne pourrions-nous pas imaginer des mécaniques, des univers, plus…

oniriques

bienfaisants

constructifs

reposants

poétiques

Au final, très peu de jeu proposent aux joueurs de vivre pareille épopée

En voici toutefois quelques-uns: Tokaido, se balader et flâner sur un chemin japonisant dans un blanc très méditatif. Lanternes, chez Matagot, participer à la Fête des Lumières thaï, la Loy Krathong, en réalisant le plus bel assemblage de couleurs de lanternes. Ou encore Herbaceous, ce jeu floral, printanier, dans lequel il est question de planter des fleurs

Ne pourrions-nous pas imaginer un jeu sur la pleine conscience? Sur la communication non-verbale? Sur la méditation? Sur des solutions?

Plus que jamais, nous avons besoin de jeux bienveillants. Maintenant

A méditer

Toute l’équipe Gus&Co vous souhaite un dimanche doux et radieux. Merci de nous lire. Merci d’être vous

20 Comments

  1. J’aime mon rdv du dimanche matin, c’est (une fois de plus) une belle analyse du Jeu dans son ensemble. Quelque soit le thème, le Jeu rassemble tout en opposant, l’espace d’un instant, des joueurs entre eux voire contre un plateau…souvent satirique.
    En ce qui me concerne il me permet d’oublier mon quotidien (qui est plutôt sympa au demeurant) entouré de mes enfants et/ou de mes amis…d’ailleurs cet aprem’ je vais faire une partie de trésor des lutins avec ma fille, quoi de mieux q’un dragon qui aime les bonbons…

    Bon dimanche à tous.

    Sam, lecteur (et joueur) assidue

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  2. Merci. C’est pour cela que le dernier jeu à être rentré chez nous est « Cottage Garden », des fleurs, des chatons, des pots. Quelque que soit le gagnant, ça nous met dans une atmosphère tranquille que bien souvent, le thé et les biscuits sont de la partie!
    Humeur du weekend cocooning familial!
    Merci pour les billets toujours colorés!
    Mathilde

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  3. N’ayant pas la télé et m’étant coupé de tous les médias mainstream, mes journées ne sont pas du tout anxiogènes mais purement créatives. Retrouver des camarades autour d’un jeu, peu importe le thème, n’est donc qu’une heureuse occasion de compétiter joyeusement, ce qui est humain, est donc bio, et donc top tendance.
    On s’éloigne du jeu, mais pourquoi subir tous ces faits divers en flux constant? Une fusillade à Las Vegas, oui c’est terrible pour les victimes et leurs familles, mais ça n’a tout de même rien de surprenant. Un attentat dans une capitale européenne, oui c’est horrible, mais le pays visé exploite bien les ressources du pays d’origine des fous furieux, soutien le régime en place et tue également des innocents là-bas. Un outrage à la patrie? Oui ok, mais que veut dire se sentir français (par exemple)? N’est-ce pas plutôt un pratique outil pour détourner l’attention de la masse bêlante (dans laquelle je m’inclue)? Pourquoi s’abrutir toute sa vie devant ces choses malsaines? Pourquoi pas plutôt faire le tout petit effort d’aller fouiller dans l’actu qui nous intéresse, s’émerveiller des trouvailles technologiques ou des rencontres humaines, de l’exploration des grands fonds ou du travail des grands reporters, désormais payés une misère au détriment des fouilleurs de poubelles. Toutes ces choses dégueulasses dont nous sommes abreuvés en continu, ce n’est pas la réalité, c’est une forme de contrôle des puissants sur nous autres, et je sais bien que cet argument me case parmi les complotistes, mais le simple fait de refuser de voir des évidences m’indique juste qu’il y a intoxication globale.
    Bref, égoïstement, je vais profiter des possibles quelques décennies qui me restent à profiter de la vie en générant le maximum de bonheur autour de moi, parce que seules les actions individuelles importent, dans un monde comme le nôtre. Après, je souhaite vraiment que l’humanité disparaisse, tant elle est en dehors de tous les cycles naturels. Place aux ornythorinques.

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  4. J’aime ce qui est proposé ici, mais je peine à voir comment on le vit ludiquement en dehors de cadres très précis.

    Je m’explique: dans le cadre de mon travail, j’anime des jeux comme ceux dont il est rêvé ici et ils sont très chouettes. Mon seul souci dans leur intégration à ma vie de loisirs. Parce que ce sont des jeux qui s’inscrivent dans une démarche de développement des individus. Rien du tout contre le fait de faire cela sur mon temps libre, mais je trouve difficile de l’intégrer au mécanisme « régulier » du jeu, qui se base sur de la compétition et/ou de la survie. Le jeu comme nous le connaissons est presque forcé de se baser sur des mécanismes « brutaux », sans quoi il ne fonctionne plus. Du coup, tout jeu qui quitte ce sentier bien balisé a de la peine à être un jeu attractif. Un jeu où on ne lutte pas ensemble contre qqchose et/ou les uns contre les autres, c’est tout à fait possible, c’est juste très dur à concevoir (dans tous les sens du terme).

    Comme ça, au débotté, après cinq minutes de réflexion, je proposerais plutôt des jeux ambivalents. Des jeux qui nous posent la question de la bienveillance, mais qui permettent aussi une malveillance, pour voir ce que cela. La grosse difficulté à ce moment-là étant de ne pas être moral/jugeant. Mais cela laisse les options ouvertes d’une manière intéressante, car elle invite les individus à se déterminer. Un jeu comme celui-ci: https://ayowel.github.io/trust/ est en cela très intéressant.

    Je me réjouis en tous cas d’un développement de ce type de jeux en dehors du secteur enfants. Parce que j’ai l’impression que pas mal de jeux pour enfants sont capables de ce dont il est question ici, on juge simplement que c’est « pour les enfants » et qu’ils y ont droit, car ils vivent hors du « méchant monde des adultes ». Il ne reste donc plus qu’à espérer que les enfants gagnent :).

    PS: je ne suis pas dupe, le fait que ce billet soit posté le dimanche matin montre que Gus exorcise sa vocation pastorale ratée ;).

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    1. Merci pour votre commentaire

      Mais non

      Malheureusement je ne partage pas votre avis

      Organisateurs d’Escape depuis 2012, nous avons pu remarquer que la plupart du temps les scénarios sont angoissants

      Et tout est dans le titre. Escape

      S’enfuir. S’échapper. De quoi? De qui? Pourquoi?

      De plus, le jeu joue justement sur la tension, l’enfermement

      Du coop, certes, mais loin de la bienveillance

      A très vite Fred

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      1. Tous les joueurs qui sortent de chez nous le font dans la bonne humeur et le sourire, on joue à se faire peur, on fait semblant, le second degré (composant essentiel du jeu comme défini par Bourgeais) est roi. Et s’echapper, c’est s’evader, ne serait-ce que 60 minutes, du réel qui est pour le coup plus angoissant et incontrôlable que l’Escape Game. Au moins, entre ses murs, le monde répond à certaines règles rassurantes (notamment celle que le jeu s’arrête pour le participant qui ne souhaite plus en faire partie). Bref, si l’Escape Game est si populaire depuis quelques années, je crois que ce n’est pas pour rien, c’est justement qu’il répond à un besoin des gens, celui de se retrouver en chair et en os ensemble, et de coopérer dans un univers sécurisé pour aller pourquoi pas à la rencontre de ses peurs, et aussi pourquoi pas, les vaincre.

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        1. Oui, très juste

          Mais est-ce que se confronter à ses peurs est positif? Nécessaire, parfois, certes. Mais positif? Bienveillant?

          (Et je dis ça en tant qu’organisateur de jeux Zombies grandeur nature pour 400 joueurs 😯)

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          1. J’ai eu plus de dix mille joueurs dans mes murs jusqu’à présent, de tous âges, qui se sont évadés même s’ils n’ont pas réussi à s’échapper ^^

            Je crois dur comme faire que la peur d’à peu près tout et n’importe quoi est la source du mal dans ce monde. C’est ce qui nous limite, nous entrave. L’apprivoiser, et aider à l’apprivoiser, c’est plutôt bienveillant 😉

            « La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance ».

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            1. Je ne considère pas qu’être enfermé ou devoir faire face à ses peurs comme étant un processus bienveillant. Au contraire, même

              Peut-être est-ce après tout une question de définition de la bienveillance

              Merci Fred pour cet échange intéressant

              Disons que nous sommes d’accord de ne pas être d’accord, c’est déjà pas mal 😀

              Revenez vite nous voir Fred, c’est un réel plaisir de vous lire

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  5. Superbe analyse.
    En tant que prof de yoga et de méditation je réfléchis à cela depuis longtemps.
    Mais de nombreux écueils se dressent sur cette voie :
    *La méditation et le yoga sont par essence non-compétitifs et n’ont pas d’autre objectif qu’Être.
    Un jeu sans objectif, sans gagner peut-il exister?
    * L’idée même que d’imposer des règles à un univers qui n’en veut pas, ou qui a les siennes propres hors de tout schéma,est paradoxal.
    * Cet univers est à vivre et à expérimenter, pas à intellectualiser.
    La totalité des ‘jeux’ sur le thème du yoga ou de la mindful sont de faux jeux, des adaptations souvent pauvres des asanas, des souffles, ou des conseils livresques sur cartes et plateaux.

    D’où mon orientation: présenter le yoga et la cohérence cardiaque dans les classes de tous âges, en vrai, avec le langage du corps et du souffle, avec le contact silencieux des camarades de classe, avec les messages clairs et bienveillants.

    Merci Gus, tu touches là un des grands enjuex des sociétés à venir.

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  6. Salut Gus,

    Fidèle lecteur de tes billets faut il que celui ci me touche plus particulièrement pour que j’ose (si si) poser une bafouille sur ton blog.
    Combien de fois je me suis posé ces questions autour du pitch et des thèmes de tous ces jeux.
    Combien de fois j’ai fini par dire: Mouaipf… c’est juste des jeux après tout…
    Pas tant en fait.
    Le joueur le plus roublard, manipulateur, traitre, voleur à la table ne peux pas toujours s’en défendre en disant que ce n’est « qu’un jeu ».
    Je suis convaincu que tous ses comportements ludiques émanent forcément d’une vrai nature.
    Je ne suis jamais surpris de la manière de jouer de certaines personnes de mon entourage: cela leur ressemble.
    Rassures toi je n’ai ni l’intellect ni la connaissance pour tirer une conclusion en trois phrases sur la nature humaine.
    Mais peut être que s’il y a tant de jeux aux mécaniques appelant à réveiller nos aspects les moins reluisants, est ce tout simplement plus vendeur? Cela nous ressemble t’il (pour pas dire nous ressemble) ?

    Mon jeu solo préféré est Onirim. Bizarre. On lutte contre des mauvais songes … 🙂

    Je ne te parle même pas des films où il m’est de plus en plus supportable des voir des armes…

    Merci encore de tous ces sujets Gus et du temps passé.
    Sans oublier les illustrations choisies, elles sont splendides.

    Moonloop.

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    1. Merci Moonloop pour ta belle « bafouille »

      Onirim, un beau jeu en effet

      « tant de jeux aux mécaniques appelant à réveiller nos aspects les moins reluisants, est ce tout simplement plus vendeur? »

      NC

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  7. Je vous propose un petit « Dixit », pour mettre un peu de poésie dans ce monde de brutes,
    Suivi par une ou deux parties d »‘hanabi », pour finir la soirée en co-op!

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  8. Super article ! Je suis tout à fait d’accord avec ce besoin / envie d’apporter un peu de paix et de sérénité dans le monde. Après tout, on joue, on s’évade, ce n’est pas pour se taper dessus. Je me souviens d’une partie de Citadelle, où tout le monde a fini en colère et ne cherchait qu’à se venger des crasses qu’ils avaient reçu quelques coups plus tôt.
    C’est pour ça que je ne fais que des jeux non-violents. Le premier à sortir sera Samsara, avec un kickstarter prévu au printemps 2018. Le but du jeu ? S’élever spirituellement et atteindre le Nirvana (…avant les autres. Ben oui, c’est compétitif)
    @moonloop : Je suis d’accord. Rien n’est jamais anodin, que ce soit en jeu, série, film, etc. Je suis également en recherche permanente de divertissements non-violents.

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