Remue-ménage dans la distribution française des jeux de société

Il est en train de se passer quelque chose au niveau de la distribution française.

En quelques mois, ce sont bien trois nouveaux acteurs qui viennent d’intégrer le marché.

Atalia

Novalis

Surfin’ Meeple France

Mais au fond, que fait un distributeur? Petit rappel des faits et gros blabla

Le distributeur… distribue. Il est l’intermédiaire entre l’éditeur qui fait produire le jeu et le vendeur qui s’adresse au client, au joueur. Autrement dit, le distributeur prend le jeu d’un éditeur et le distribue ensuite aux boutiques. Pour qu’ensuite le jeu finisse par s’échouer sur une table assiégée de joueurs.

Le distributeur de jeux de société peut compter sur un réseau de boutiques, un maillage national.

Quelles relations commerciales entretiennent l’éditeur avec son distributeur? En fait, tout dépend du pays. France et Suisse sont différents par exemple.

En France, les contrats entre éditeur et distributeur sont principalement du dépôt-vente. En général, c’est l’éditeur qui propose son prix et confie un stock au distributeur. Celui-ci va alors le relayer aux boutiques. En prenant une certaine commission sur la vente. Tout dépend du service rendu. Tout dépend du distributeur aussi. Cela va de 20% au minimum à 35% pour les plus onéreux.

Dans la plupart des cas, en France les distributeurs ne prennent pas de risque financier sur un jeu puisqu’ils n’achètent pas en ferme les jeux à l’éditeur. Mais la commission sert quand même à payer les salaires des commerciaux, les déplacements si besoin, la publicité le cas échéant, le transport, les frais douaniers si importation.

Encore une fois, tout dépend du contrat de prestation entre un éditeur et son distributeur. Mais disons, pour simplifier, plus la commission est élevée et plus les mandats du distributeurs sont conséquents. On peut alors parler de valeur ajoutée. Si elle existe. La captation finale des distributeurs est souvent plus importante que celle des éditeurs pour un risque financier au final minime, surtout avec le dépôt-vente en France.

Et une fois le jeu vendu?

En principe, le distributeur rend alors à l’éditeur le bénéfice des produits vendus, moins la commission.

Atalia. Le petit jeune. Mais ni très jeune ni très petit

atalia

Atalia, c’est le « petit » nouveau le moins nouveau des trois nouveaux distributeurs. Créé en 2015 par le truculent et doux géant mais néanmoins proactif Cesare Mainardi, la mini-micro société a vu son catalogue gonfler en deux ans. Azao Games, Sit Down, Flatlined Games, Elements Editions, Brain Games, Playad Games et d’autres.

Au point de vouloir se lancer dans l’édition et proposer son « propre » jeux en mars 2017, Lorenzo il Magnifico. Enfin, sa localisation VF. Atalia, le vent en poupe.

Novalis. Le vrai faux petit nouveau

novalis-logo

Lancé en juillet 2016, Novalis est le second de ces trois nouveaux distributeurs à intégrer le marché du jeu de société. Un petit nouveau. Enfin, plutôt un vrai faux petit nouveau. Car il s’agit en fait d’une division d’Asmodée.

Faut-il encore présenter Asmodée?

Non.

Asmodée est le plus gros éditeur et distributeur français. Avec un catalogue aussi long qu’une journée sans tofu. Et en juillet 2016, Asmodée a lancé Novalis. Une nouvelle structure de distribution pour jeux Core, jeux de rôle et « nouvelles pousses ». Enfin, ça c’est pour leur comm.

On peut tout de même s’interroger sur l’intérêt financier d’Asmodée à vouloir ainsi séparer les titres. Interro orale:

Pour alléger leur catalogue?

Pour segmenter jeu de rôle et jeu de plateau?

Pour arriver « en force » dans les boutiques, et plutôt que de leur demander de « cracher » un gros chèque, de le scinder sur deux commandes différentes, l’une à Asmodée et l’autre à Novalis?

Pour des raisons fiduciaires hermétiques?

Ou enfin, pour « rassurer » certains éditeurs de signer chez un « petit » distributeur au catalogue plus raisonnable et ne pas leur donner l’impression d’être noyés dans la masse de titres?

Levez la main si vous avez la bonne réponse.

Pour l’instant, Novalis distribue ces éditeurs en France: Helvétia Games, les jeux de rôle Black Book Editions et donc par extension le magazine Casus Belli, uniquement les jeux de rôle EDGE (Star Wars…), les jeux de rôle Raise Dead Editions (INS/MV) Ilopeli, Devil Pig Games. Ha oui et aussi j’oubliais, depuis très peu, Magic the Gathering, un tout petit jeu de cartes à collectionner pas très connu 😉.

Un non-non-événement qui est passé sous les radars. Hasbro a transféré le contrat de distribution de Magic (qui se porte très, très bien, merci de demander) du distributeur Abysse Corp à Novalis/Asmodée. Un test grandeur nature pour voir comment Asmodée gérait la distrib? Un truc qui se prépare en back-office entre Hasbro et Asmodée? De futures négo entre les deux colosses?L’avenir nous le dira. Mais quelque chose me dit que quelque chose se passe. Mais demander à Asmodée de distribuer Magic n’est peut-être pas aussi trivial qu’il n’y parait.

ps: tiens, en parlant d’Asmodée et de distribution, vous saviez, vous, qu’ils venaient tout juste d’annoncer avoir racheté Bergsala Editions, les distributeurs nordiques? Pour toute la Suède, Norvège, Finlande, Danemark, et aussi les Pays-Bas…

Surfin’ Meeple France. Ca va farter

surfing-meeple_logo

Ce mardi 21 février, Matagot a communiqué sur leur site l’arrivée d’un tout, tout, tout nouveau distributeur, Surfin’ Meeple France. Dès le 1er mars, SMF pour les intimes, distribuera les jeux Matagot de la gamme Experts (Inis, Captain Sonar…) et Entre amis (Dice Stars, Raptor…). Ainsi qu’en exclusivité les prochaines localisations de Matagot, dont Scythe et Oracles de Delphes.

Jusqu’au 31 décembre 2017, Blackrock continuera à distribuer les autres gammes Matagot, Family & Kids. Donc logiquement, dès 2018, tout Matagot devrait être rapatrié chez SMF. D’autres éditeurs sont déjà en discussion pour rejoindre ce tout nouveau distrisurfeur.

Tempête dans un verre d’eau?

Plus personne ne peut l’ignorer. Le marché du jeu de société est en pleine effervescence. En pleine croissance. Une bulle? Non. Plutôt une troisième phase qui s’amorce. Celle de la consolidation et de la validation. Le jeu de société ne s’est jamais autant bien porté, et vendu. Les chiffres du secteur témoignent de cette effrontée vitalité. Et KS et consœurs n’en représentent qu’une facette inouïe.

Et. Alors?

Et alors, la branche voit de plus de plus d’acteurs émerger. Auteurs, éditeurs, distributeurs. Comme la taille du gâteau gonfle, gourmands, de nouveaux intervenants veulent eux aussi prendre part au grignotage. Une saine concurrence?

Atalia, Surfin’Meeple et Novalis viennent aujourd’hui secouer l’ordre établi jusqu’ici pour proposer des services différents. Peut-être en offrant une commission plus basse qu’ailleurs. Peut-être en proposant une communication plus efficace qu’ailleurs. Peut-être en avançant un catalogue à taille plus « humaine » qu’ailleurs. Ce nouvel ordre est fertile pour le marché, il force à se réévaluer, à évoluer, à se réinventer, à chercher de nouveaux modèles plus performants, plus alléchants.

Et pour le joueur? Plus de distributeurs sur le marché, cela signifie quoi?

D’abord, plus de jeux, bien sûr. Tous ces éditeurs, plus ou moins petits, plus ou moins nouveaux, plus ou moins étrangers, bénéficient ainsi aujourd’hui d’un tremplin pour toucher leur public. Grâce à Novalis, Atalia et Surfin’, de nouveaux titres débarquent en boutique. Des titres qui, sans eux, ne seraient pas forcément trouvables. Alors, tant mieux.

Et pour faire leur place, sur le marché, au soleil, ces « jeunes » distributeurs vont se démener auprès des boutiques, auprès des joueurs, auprès des médias, pour placer leurs titres. Leur credo: « Too big too fail? We start small. »

Mais ne soyons pas naïfs. Nous ne pouvons mettre Novalis et les deux autres dans le même panier. Aucun acteur professionnel du secteur professionnel du jeu de société ne peut se targuer aujourd’hui de jouir du même impact commercial qu’Asmodée. Si Novalis se la joue « petit distributeur », ils bénéficient du soutien du « grand » frère, ce qui n’est pas le cas des deux autres nouveaux, qui doivent pierre par pierre construire leur assise, leur réput, leur réseau, leurs contacts, leur maillage, leurs contrats.

On ne peut que se réjouir de l’arrivée de ces trois nouveaux. Comme dans les médias, la pluralité de tons, d’acteurs, de genres, de philosophies enrichit le marché.

Nous sommes justement en train de vous préparer un article sur la géopolitique du jeu de société à paraître prochainement. Avec des agents et des enjeux pour les jeux qui deviennent de plus en plus géants et juteux. Une quatrième phase qui s’annonce encore plus massive pour 2020.

Et vous, comment voyez-vous l’apparition de nouveaux distributeurs sur le marché du jeu de société en France?

17 réflexions au sujet de « Remue-ménage dans la distribution française des jeux de société »

      1. Pour être plus clair, j’aurais du ajouter : funforge se distribue lui-même via funforge distribution créé fin 2014. Je ne sais s’il distribue d’autres actuellement.

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        1. Pour être encore plus précis, ils sous-traitent leur distribution via Philibert qui fait le boulot pour eux en leur nom. Les jeux sont stockés expédiés par Philibert à Strasbourg au nom de Funforge.

          Aimé par 1 personne

                  1. Bien sûr : je ne suis pas le seul dans ce cas là. Intégrés au catalogue distribué par Iello, les jeux Funforge étaient faciles à avoir en boutique mais avec des conditions particulières pour un tout petit cata (Funforge doit avoir 15 jeux avec une majorité en rupture …) cela devient impossible.

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  1. Tout ceci cache des manipulations financieres et de la segmentation marketing. La distribution de Magic est un secteur juteux a mon avis mené de mains puissantes par plu gros qu’asmodée. C’est un grand pas vers le grand monde…
    Pour les petites boites, c’est surtout une segmentation marketing pour sortir de la dilution opérée par le catalogue trop long d’asmodée. Les boutiques risquent de se perdre a ce petit jeu là. Elles vont devoir redoubler de gestion pour accueillir chaque distributeur et gerer ses propres regles…
    c’est mon avis 🙂

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    1. C’est tout le problème de la multiplication des distributeurs : 3 distributeurs de plus, c’est 3 modes de distribution nouveaux (avec notamment 3 franco supplémentaires à atteindre !) à intégrer dans la gestion de sa boutique ! Ce n’est pas un souci pour les grosses boutiques mais pour les moyennes, et a fortiori les petites, c’est beaucoup plus compliqué.

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  2. Gus, pour le jeu de rôles et les jeux coregamers vendus par Novalis…

    La gestion des stock d’un distributeur de livres est très différent de la gestion des stocks d’un distributeur de jeux. Le mode de vente est très différent lui-aussi (dépôt-vente pour les livres, marge de librairies très différentes -30%-…) 🙂

    Je suppose que Novalis regroupe tout simplement tout le dépot-vente d’Asmodée : livres et jeux très « niches » et plus facilement vendus en dépôt-vente : aucun éditeur de jdr ne vends ses livres aux boutiques, ils sont tous en dépôt-vente.

    Ce qui permet un regroupement des méthode de travail et de gestion : ça me parait la réponse la plus logique qui soit.

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