Critique de jeu : Euphoria. Hunger (Board)Games

euphoria

avant-propos

Euphoria nous a été offert par l’éditeur pour test et critique sur notre site.

presentation

Euphoria est un projet qui a été financé sur Kickstarter en juin 2013 en anglais et sorti en vf en décembre 2014 chez les sympathiques jeunes éditeurs toulousains de Morning Players. Créé par deux américains, Jamey Stegmaier et Alan Stone, d’une durée (relative) de 60′ pour 2 à 6 joueurs, dès 13 ans. Vraiment 13 ans, voire plus.

L’éditeur américain (et co-auteur) demandait 15’000 USD pour lancer son jeu en 2013 sur KS, et il en a reçu… 309’000 USD. Dingue.

theme

Le thème est juste excellent et rare: la dystopie (1984, Hunger Games…), un futur sombre et contrôlé par un gouvernement liberticide. Les joueurs incarnent des factions essayant d’affirmer leur autorité sur différentes régions. Le tout a été pensé pour intégrer les mécaniques au jeu: lucidité des ouvriers, s’ils deviennent trop lucides ils préféreront vous abandonner, 4 régions bien spécifiques sur le plateau, dilemme éthique à gérer, etc.

Même les ressources sont « pimpées »: on aurait pu avoir de simples cubes, et non, chaque ressource est bien représentée: fruits, eau-goutte, extase (!) en forme de petite nuage vert. Un matos ultra-fun qui participe à la thématisation du jeu. Nous en reparlerons plus bas.

Franchement, le thème du jeu est tellement original et bien intégré qu’il augmente sensiblement le plaisir du jeu.

materiel

Un excellent matériel. Comme vu plus haut, les ressources / cubes sont bien différents et représentatifs, et le plateau, si hyper chargé à la toute première lecture tellement il est recouvert de picto de tous les côtés, devient finalement hyper clair et ergonomique après quelques minutes.

Les ouvriers sont représentés par des dés aux points / chiffres originaux, et les illustrations sur les cartes sont très fines.

Bref, un excellent matériel.

plateau

Peut-être toutefois deux regrets en ce qui concerne le matériel:

1. Devant un tel déluge de finesse, on pourrait regretter que les ouvriers soient représentés par des dés. Alors certes, il est bien plus simple pour les jeter et utiliser toute la partie, mais du coup on perd en immersion du thème, j’ai ressenti la même fâcheuse impression qu’en jouant au très médiocre Quantum avec ses dés représentant des vaisseaux.  Après, facile, comme critique, de me la péter et de critiquer, mais comment faire autrement? Un système comme les citadelles de Mage Knight? Bref, à cause des dés, le jeu, et le thème, perdent en immersion.

dés

2. Pas de thermoformage. Oui je sais, je dois bien être le dernier européen à trouver dommage que la grande majorité des jeux de plateau actuels n’en soit pas doté, mais je trouve juste dommage que tout ce superbe matériel soit rangé dans moult ziplocks perdus dans un carton vide, ça fait cheap, rangé à la va-vite, brocante, surtout avec un tel matériel chatoyant.

mecanique

Euphoria est un jeu de placement d’ouvriers au moyen de dés. A son tour on a deux choix (plus un, celui de révéler/activer son dilemme éthique une seule fois pendant toute la partie), soit on place un de ses dés (ou à choix plusieurs si les chiffres sont pareils) sur une case du plateau pour l’activer, soit on récupère un ou plusieurs de ses dés, et du coup on passe son tour puisqu’on ne fait que ça. Simple. Oui, ça ressemble quelque peu à Tzolkin.

Mais plus qu’un jeu de placement d’ouvriers, Euphoria est avant tout un jeu de course. Chaque joueur possède en effet 10 marqueurs d’autorité. Le premier joueur à les avoir tous posés a immédiatement remporté la partie. Donc oui, un jeu de course, avec toute la tension que cela génère.

Placement d’ouvriers, course, mais également gestion et conversion. Conversion, car on passe sa partie à convertir ses ressources: on extrait de l’eau, que l’on transforme alors en ouvrier supplémentaire ou en minerai, etc. Des ressources de base, qui permettent d’obtenir des minerais, des ressources avancées. De la conversion qu’on vous dit.

ressources

Si la mécanique est hyper fluide et au final extrêmement instinctive, certainement grâce à tous les pictos sur le plateau, il n’en reste que le jeu est vraiment riche, complexe et profond, il pourra en décontenancer plus d’un joueur les 4-5 premiers tours. Mais comme les règles sont vraiment bien écrites, le tout deviendra très clair.

Enfin, il faut reconnaître qu’Euphoria regorge de mini-mécaniques extrêmement originales et subtiles. Il y en a tellement qu’il serait trop long de toutes les présenter ici, mais une fois les règles apprivoisées, on prend alors un réel plaisir à les apprécier et exploiter.

interaction

Euphoria ne propose pas une interaction très forte, on ne peut s’en prendre directement aux autres, mais l’interaction y est toutefois importante : jeu de course, donc, et mécanique à la « ça m’arrange, mais ça t’arrange aussi, du coup c’est moyen ». La plupart des actions offrent en effet plusieurs actions qui risquent fort d’avantager les autres joueurs, et pas que soi-même, donc on devra continuellement soupeser ses actions.

Le jeu propose également une mini-mécanique semi-collaborative: pour poser des marqueurs d’autorité, on pourra « ouvrir des marchés » à plusieurs, on aura besoin des autres pour y arriver plus facilement, malin.

Donc une bonne interaction au final, même si pas nécessairement flagrante de prime abord, on pourrait avoir l’impression de gérer ses ressources de son côté mais on comprend bien vite que l’on doit continuellement observer les autres pour ne pas trop les avantager, ou au contraire pour mieux les « utiliser ».

public

Party-Gamers, Familles, Casual: non, jamais, même pas la peine d’y penser. Euphoria est vraiment très très riche.

Hobby et Core Gamers: clairement, Euphoria propose un défi intellectuel stratégique d’envergure.

conclusion

Une fois la première impression touffue du jeu passée, une fois la surprise (ou le dégoût, si on préfère les jeux plus légers/simples) passée, une fois les mécaniques domptées, on prend un réel plaisir à jouer à Euphoria. En fait c’est vite vu, Euphoria fait clairement partie de notre TOP 10 2014. Nous y avons déjà joué 7 parties complètes, et j’ai toujours et encore envie d’y rejouer, preuve d’un excellent jeu, qui pousse à s’améliorer et à la courbe de progression très marquée.

Il faut ajouter qu’Euphoria est clairement un jeu d’une amplitude stratégique, à la Terres d’Arle, puisqu’on peut / doit y planifier ses 3-4 prochains coups au minimum, tout en se laissant une petit ouverture à l’opportunisme. Est-ce à dire qu’on finira forcément par toujours faire la même chose à chaque partie? Et bien non, tout dépendra du bonus de départ conféré par son spécialiste, qui orientera sa stratégie et en changera la configuration, surtout avec 48 spécialistes différents dans la boîte.

Autant le matériel que la pléthore de mini-mécaniques originales, subtiles, font de ce jeu un tout grand jeu de 2014 et au-delà. Pour peu que l’on aime les jeux de stratégie et profonds, Euphoria saura ravir les foules ludiques.

Euphoria me fait d’ailleurs un peu penser à l’excellentissime Lewis&Clark sorti en 2013 avec sa mécanique de course, la mécanique certes suprême mais servie par une foultitude d’autres bien intégrées.

A combien y jouer? A 2, la partie n’en sera que plus directe, mais avec moins d’interaction, et même à 6 la partie n’en devient pas plus lente. 4 joueurs serait l’optimum pour un rapport interaction-rythme.

Et qui dit dés dit forcément hasard? Très peu, au final les dés ne font qu’offrir un mini-avantage lors de l’extraction de ressources primaires, et encore, on peut toujours semi-collaborer en s’associant et en additionnant les valeurs des autres. Bref, pour les allergiques au hasard, pour un jeu d’une telle complexité, les dés ne dérangent absolument pas.

Bref, Euphoria est un excellent jeu, une véritable bombe ludique créée par deux auteurs relativement peu connus et servie par un éditeur en vf qui signe ici un tout premier fulgurant jeu de plateau. Comme quoi, loin des grosses machines bien huilées que sont les auteurs reconnus et les éditeurs ayant pignon sur rue, on peut encore être agréablement surpris dans le milieu ludique. Un peu comme ça s’est passé à l’époque pour Troyes chez Pearl Games.

Relativement peu buzzé, à Essen ou sur la toile, et c’est bien dommage, surtout comparé à d’autres titres beaucoup moins intéressants qui surfent sur une comm hypertrophiée, Euphoria mérite amplement de trôner dans toute bonne ludothèque de joueur passionné et exigeant.

like

Un excellent jeu.

Des mécaniques fines, originales et subtiles.

Des choix cruciaux à opérer. Et ça commence dès le tout début de partie en choisissant son spécialiste à révéler.

Un thème rare et original.

De superbes illustrations.

L’ergonomie du plateau, qui peut sembler très touffu et fouillé de prime abord, pour devenir ensuite parfaitement clair avec les explications.

Un superbe matériel, notamment les ressources symbolisées et pas « juste » des cubes de couleur.

Des règles extrêmement claires malgré la complexité du jeu.

Des tours très rapides, absolument pas un jeu vaisselle, ce qui permet même des parties à 6 joueurs sans trop de longueurs. Dingue.

paslike

Les dés, qui n’aident pas à l’immersion, on n’a pas l’impression d’être projeté dans la réalité d’un 1984 ou Hunger Games.

L’absence de thermoformage. Mais ce n’est que mon avis à moi que je ne partage qu’avec moi-même.

La mécanique de conversion donne parfois l’impression d’un jeu purement abstrait et froid, surtout avec le bal constant des ressources.

mais

Il y a eu un petit couac dans la vf, une mauvaise trad sur l’une des cartes, qui pourrait nuire au joueur qui l’obtiendrait. Il faut prendre la vo.

Pour Curtis, quand vous perdez du moral, vous perdez aussi de la lucidité. En d’autres termes, quand vous descendez dans l’échelle de moral, vous descendez alors également dans la lucidité (et tant mieux, ça vous évite de risquer de perdre des ouvriers.). Petite mais juteuse compensation.

Curtis

En fait Curtis fonctionne de la même manière que Nick, mais inversée, qui, lui, est correctement traduit:

Nick

Et un petit clin d’œil avec cette carte « dilemme éthique »: Détendre les ouvriers. Qui jouent à un jeu de plateau. A Euphoria? Il me semble bien, on reconnaît le dirigeable d’Icarus et le verso des cartes spécialistes [edit: il s’agit en fait de Viticulture, jeu du même auteur]. Un Easter Egg, comme on dit. J’aime…

carte

5 réflexions au sujet de « Critique de jeu : Euphoria. Hunger (Board)Games »

  1. Et non, pour la petite histoire, le jeu que l’on voit sur les cartes artefact est « Viticulture ». Le premier jeu de Stonemaier. Info glanée lorsque j’ai kickstarté le jeu dans sa VO.
    Merci pour la qualité du site (^_^)

    Aimé par 1 personne

  2. Pour ma part, ca fait 1 an que j’y joue et le jeu continue de révéler de nouvelles subtilités. Et contrairement a ce que l’on peut penser, le jeu regorge d’interactivité :
    – Il est important de s’associer avec les joueurs qui joue la même faction révélé que vous. Ces alliances vous permettent de profiter des pouvoirs de la jauge d’allégeance.
    – Il est important d’essayer de deviner quel faction non révélé les autres joueurs ont choisis. (évitez d’avancer leur jauge d’allégeance)
    – Sacrifiez un dé dont la valeur est au moins 4 sur les usines de biens pour empécher une jauge d’allégeance de monter trop vite. (récupérez le lorsque votre jauge a pris suffisamment d’avance)
    – Au contraire, essayez d’exclure de l’ouverture des marchés, les joueurs qui sont en avance sur vous.
    – Influencez les autres pour qu’ils ouvrent des marchés dans votre territoire, là encore, la jauge d’allégeance montera plus vite pour vous que pour eux.
    – Essayez de vous faire bumpez par les autres pour gagner des tours de jeu. Bumpez vous vous même si possible.
    – Les Icarites ont une stratégie particulière par rapport aux autres factions. Ils essaye de jouer principalement les artefacts. Punissez les en ouvrant des marchés sans eux.
    – La mécanique d’échange de biens et de ressources est très importante, elle permet de s’organiser pour ouvrir des marchés sans les joueurs que vous considérez comme vos adversaires.
    – Trahissez vos alliés au bon moment !
    – Si vous jouez avec 4 dés, ne les récupérez pas forcément en même temps. Essayez de garder vos valeurs faibles devant vous pour limiter vos pertes d’ouvrier. Ce n’est pas si pénalisant que ça puisque vous avez de bonnes chances de faire des doubles (récupérer 3 dés avec un 1 devant soi = 1 chances sur 2 d’avoir un double 1 devant vous à la fin du tour)

    Au final, Euphoria est un jeu dont les alliances sont sans cesse remises en cause.

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  3. Je voudrais juste réagir à l’allusion à Quantum qui est faite dans ce test: le jeu est en effet qualifié de « très médiocre ».
    Or en cliquant sur le lien et en consultant le test du jeu, on n’a pas du tout mais alors pas du tout le même retour ni le même ressenti.
    Alors 2 testeurs différents ou une contradiction?

    De plus pour avoir fait moi-même plusieurs parties du jeu, sans en être fan, j’estime qu’il est très très exagéré de qualifier le jeu de très médiocre. Médiocre non plus. Je plussoie Simon qui a laissé un commentaire plus haut.
    Il vaut mieux dire que ce n’est pas son style, ça passe mieux je trouve!

    J'aime

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