Seiji Kanai, la canaille ludique du Japon

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Seiji Kanai présentant Love Letter

Voici un nouvel article de notre correspondant exclusif Gus&Co Izobretenik, qui nous fait le plaisir de revenir pour nous proposer un article sur Seiji Kanai. Petite info, j’ai rencontré Seiji à Essen 2013, et je peux vous assurer que la rencontre fut fort sympathique, Seiji a énormément d’humour et de chaleur humaine. C’est à ton tour de jouer Izo:

Le créateur indépendant Seiji Kanai continue de creuser son sillon dans le marché de niche du jeu de société.

Article publié le 31 janvier 2014 dans le Japantimes. Le Japantimes est le premier (en volume de publication) quotidien anglophone au Japon. Crédits photo : Japantimes. En ce qui concerne un éventuel commentaire de ma part, je pense que les auteurs de jeux japonais ont parfois tendance à idéaliser la situation des auteurs étrangers… Souvent, les auteurs imaginent que nombre d’auteurs étrangers peuvent vivre de leurs créations. Et puis, il y a cet imaginaire japonais indémodable qui veut que les Japonais soient toujours uniques et les autres représentants des nations mondiales, tous identiques… Les clichés ont la vie dure !

Dans notre époque très électronique où même les bébés s’amusent avec les consoles de jeux vidéo ou les smartphones, Seiji Kanai nous déclare que sa passion, c’est la création de jeux de société.

Ce natif de Kanagawa âgé de 33 ans fait partie des jeunes créateurs de jeu indépendants japonais qui proposent leurs créations faites main directement aux joueurs dans des salons désormais très populaires, même à l’étranger, tels que le Comic Market (Comike) ou le Game Market (un salon de jeux de société qui est organisé deux ou trois fois par an à Osaka et Tokyo. Kanai nous explique qu’il y a au moins 300 créateurs de jeux de société amateurs au Japon.

Et d’ajouter qu’ils sont de plus en plus reconnus internationalement, bien que les jeux de société dans l’esprit de beaucoup de gens ne se résument qu’au Shogi, au Go, à l’Othello, ou bien encore au Game of Life…

« Quand les gens pensent aux jeux de société ici, tous pensent en fait au Game of Life », expliquait Kanai dans une récente interview.

Créer des jeux de société nouveaux, c’est qualifié d’activité pour « Otaku » (mot très négatif en japonais, ndt)

C’est lors d’un salon que l’une des créations de Kanai a titillé l’intérêt d’un éditeur étranger. Son jeu de cartes, Love Letter, qu’il a présenté pour la première fois en mai 2012, a tout de suite attiré l’attention du fondateur d’un des plus importants éditeurs américains, AEG, Alderac Entertainment Group, alors que celui-ci s’arrêtait par hasard devant le stand de l’auteur. Avec seulement 16 cartes, chacune illustrée de personnages divers et variés : une princesse, un clown, un magicien, ou un soldat… le but du jeu est de faire parvenir une lettre d’amour à la princesse d’un château en utilisant les bons services de ses divers serviteurs.

AEG a tellement aimé le jeu qu’ils en ont tout de suite rapporté les droits aux Etats-Unis.

La version américaine est sortie en octobre 2012, suivie par une version allemande en octobre 2013 (et la version française ?, French bashing ? :D, ndt). En tout, c’est plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires qui se sont vendus, nous dit Kanai.

Le jeu a même reçu le prix du « meilleur jeu familial » en 2012 lors des Dice Tower Awards, une remise de prix ludiques organisée par Tom Vasel, un des hobbyist les plus populaires sur Internet.

Seiji Kanai a d’abord commencé par créer des petits jeux inspirés du Parcheesi, bien avant de devenir un adolescent, et cela fait maintenant plus de dix ans qu’il présente ses jeux dans des salons ludiques. Il déclare rêver pouvoir vivre de ses créations un jour. Après avoir quitté ses études assez tôt, il vit avec ses parents à Tokyo et navigue d’un emploi à l’autre…

Sa motivation principale n’est cependant pas financière mais bien de procurer de la joie et du plaisir aux autres.

« Ce qu’il y a de bien avec le jeu de société, c’est le plaisir que vous ressentez lorsque vous gagnez, un peu comme au Shogi », dit-il, expliquant aussi qu’il joue aux jeux vidéo mais qu’il n’en développe pas, n’ayant pas les compétences nécessaires.

« La victoire ne peut pas être atteinte uniquement par les compétences stratégiques… parce que les cartes sont mélangées, créant une part d’incertitude et de hasard dans le jeu. Même avec les bonnes cartes, il arrive de perdre… et même si vous avez une carte très faible, il est malgré tout possible de gagner. C’est de là que vient le plaisir. »

Malgré l’obscurité dans laquelle évoluent encore les jeux de société au Japon, il garde beaucoup d’espoir pour les créateurs amateurs. Certains d’entre eux sont repérés dans les salons internationaux, comme au Essen Spiel, en Allemagne, où 300 nouveaux jeux sortent chaque année. (on s’approche plus des 800-900, non ?, ndt)

« Le Japon est unique en cela qu’il y a de très nombreux passionnés qui, même s’ils ne sont pas affiliés à de grands éditeurs, ont des tas d’idée et essaient d’intégrer leur sensibilité propre dans le jeu de société », nous explique Seiji Kanai.

Petit à petit, ils commencent à être remarqués.

Izobretenik (pour la traduction française)

Source : 

Japantimes

Par TOMOKO OTAKE

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