Critique de jeu : Nefarious

Présentation

Nefarious (infâme, en vf), est sorti pour Essen en octobre 2011. Jeu de plateau pour 2 à 6 joueurs, créé par Donald X Vaccarino, le papa de Dominion, dans une toute petite maison d’édition américaine, Ascora Games.

Thème

Dans Nefarious, les joueurs incarnent des savants fous développant d’abominables inventions pour détruire la planète et les gens dessus.

Vous avez aimé les grands méchants dans James Bond ? Les super-vilains dans les comics superhéros américains? Nefarious vous propose justement d’en jouer un.

Monstre sous-marin, rayon d’invisibilité, manipulateur génétique, fleurs empoisonnées, la liste est aussi ubuesque et longue qu’une journée sans jeux.

Le thème est excellemment bien rendu et jouissif. Ce n’est pas souvent qu’on a la chance d’incarner un grand méchant abominable.

Mécanique

Le premier joueur a avoir inventé pour 20 pts de cartes remportera aussitôt la partie. Comment faire pour les jouer? Chaque carte a un coût, il faudra donc chercher à obtenir des fonds, et c’est là que réside toute la difficulté du jeu.

Au début du tour, tous les joueurs placent une carte face cachée simultanément pour déterminer l’action à effectuer : spéculation, invention, recherche ou travail.

Inventer permet de jouer une de ses cartes de sa main pour scorer, à souligner également que la plupart des cartes inventions rapporte un pouvoir immédiat: tirage de nouvelles cartes, gain d’argent, etc.

Rechercher donne 2 sous et permet de tirer une nouvelle carte invention du deck

Travailler ramène 4 sous.

Spéculer représente tout l’intérêt du jeu. En effet, en spéculant, on pourra placer un de ses minions = « grouillot », travailleur sur l’une des quatre actions à disposition.

Dès le prochain tour, pour chaque action choisie par un autre joueur sur laquelle un de vos grouillots se trouve vous rapportera alors 1 sou payé par la banque, un bon moyen de renflouer vos caisses et construire ces satanées inventions qui coûtent méchamment cher.

Vous l’aurez certainement compris, il faudra donc déterminer ce que les joueurs vont ultérieurement jouer, car une fois posé, on ne peut plus déplacer ses ouvrier.

Nefarious est donc un jeu de guess à la Malédiction sorti chez Filosofia en vf en 2008. Il faudra deviner ce que les autres joueurs ont choisi comme action cachée pour pouvoir bénéficier d’un avantage.

Sachant également que les parties sont très courtes, à peine 30′, il faudra donc optimiser ses choix pour ne pas être trop largué côté points.

Pour rajouter du piment, et de la durée de vie, au début du jeu on tire deux évènements, appelés twists, qui demeureront en place toute la partie et en changeront la configuration : inventions à moitié-prix, perte d’argent non-dépensé en fin de tour, points de victoire supplémentaires, etc.

Matériel

Les illustrations sur les cartes sont somptueuses, très BD, et toutes différentes, chaque carte étant dessinée par un-e illustrateur-trice différent-e. Les minions / meeples sont également très représentatifs, alors qu’il n’y aurait pu y avoir au final que de simples cubes. Un petit plus sympatoche.

Interaction

L’interaction est forte puisqu’il faudra toujours être attentif à ce que les autres joueurs sont enclins à choisir comme action. De plus, beaucoup de cartes affectent directement le jeu des autres.

Conclusion

Nefarious est un jeu très léger, très familial, très fluide et plutôt court. Il n’apporte rien d’original à la mécanique de guess, mais son thème et les illustrations le rendent attractif.

Vaccarino, aujourd’hui l’über-famous papa de Dominion, sort ici un jeu simple, modique, pas franchement subtil ni profond. On joue à Nefarious entre amis, en famille, mais au vu du peu de substance, d’autres jeux de guess pourront s’avérer plus intéressants.

Comprenez-moi bien, je ne dis pas que Nefarious est médiocre; il est plaisant, rapide, tendu, mais je crains qu’il soit vite oublié sous la masse ludique croulante actuelle (1’400 jeux sortis en 2011!), surtout au vu de son manque flagrant d’originalité, son thème mis à part.

Après la bombe que fut Dominion, si vous cherchez avec Nefarious une autre perle ludique, vous risqueriez d’être quelque peu déçu, surtout si vous avec pratiqué d’autres jeux de guess. Vite joué, vite apprécié, mais certainement également vite délaissé.

Attention, Nefarious est prévu pour 2 à 6 joueurs, mais à moins de 5, il ne présentera pas un intérêt massif puisque les interactions seront plus poussives.

Vf ? Vo ? Fin octobre 2011, je n’ai pas encore entendu parler d’une édition française. A part les règles, très courtes et simples, il y a extrêmement peu de texte dans le jeu, à peine sur les twists, il n’y a que des pictogrammes évidents sur les inventions. Le jeu peut donc très bien se jouer avec la vo.

Ce que j’ai beaucoup apprécié

Les illustrations, superbes et comiques, au style BD

Le thème, chafouin et original

La simplicité du jeu

Les twists qui changent à chaque fois radicalement la partie

Le guess

Très familial

Ce que je n’ai pas apprécié

Le manque de substance et d’originalité

Le prix, près de 30 euros, relativement cher pour un jeu principalement constitué de cartes

J’attendais plus (et mieux) de l’auteur de Dominion. On dirait presque ici un jeu commandé par l’éditeur, un peu bâclé.

4 Comments

  1. Merci Sabrina pour cette précision.

    Surprenant qu’Ystari se charge d’une édition VF, au vu de l’extrême légèreté du jeu. Mais bon, après tout, Ystari a également co-édité Kaleidos avec Cocktail G, donc ils peuvent être là où on ne les attend pas, et tant mieux.

    A part ça, Nefarious serait un excellent jeu pour Joca.

  2. Tu analyses ce jeu comme étant un jeu de pur guessing, il y en a un peu dans le jeu, mais c’est loin d’être sa composante dominante. Une fois qu’un minion est placé dans une base, plus de guessing, l’info est connue, tu mises plutôt sur le fait de choisir l’action qui à le plus de chance dêtre choisie au cours de la partie, etc… C’est presque un jeu d’apéro, avec un peu de guessing dedans au départ c’est vrai, mais c’est surtout une course à la construction d’inventions et au développement en combinant opportunément au mieux les 4 actions disponibles. Je trouve que dans sa catégorie de jeu lèger et opportuniste, il fonctionne vraiment bien, avec une petite mécanique très fluide, clean et efficace. Il se renouvelle plutôt bien grâce aux deux règles changeantes à chaque partie. A deux, ça marche tout de même pas si mal, même si bien sûr c’est plus marrant et varié à plus.
    J’ai l’impression que tu t’attendais à quelque chose de plus profond tactiquement, d’où ta petite déception.

  3. Merci Lord pour ton commentaire, j’apprécie ta contribution. Le guess est l’élément moteur, puisqu’il faudra deviner ce que les autres vont jouer, mais tu as amplement raison, ce n’est pas la seule mécanique.

    Nefarious est en effet, comme tu le dis, un léger jeu d’apéro. Le thème, le format et les illustrations le placent au même niveau qu’un King of Tokyo, avec le fun (et le hasard) en moins.

    Nous sommes toutefois des produits de notre environnement. Et l’environnement ludique actuel est clairement saturé, pour le meilleur et pour le pire. Quand un jeu est très léger, on peut émettre des réticences, voire même quelque déception. A chacun de se faire sa propre opinion, mais pour un jeu tellement léger et qui présente de nombreux éléments similaires à Malédictions! (guess, ressources), on est en droit de se poser la question suivante: mais pourquoi?

    Je ne m’attendais pas forcément à quelque chose de plus profond tactiquement, même si cela aurait pu être le cas avec l’auteur, mais je m’attendais à quelque chose de plus riche, de plus intéressant, pas forcément complexe. Oui, le jeu est très fluide, clean et efficace, mais au final, un peu creux, surtout après 3-4 parties. Ça fait peu, surtout pour un jeu à 30-35euros. Dans un mini-format, genre Cocktail Games, à 7-10euros, ma critique serait différente.

Laisser un commentaire