Essen 2011, bilan

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Voilà, la foire du jeu Essen 2011 vient de fermer ses portes. Prochaine ouverture, du 18 au 21 octobre 2012.

Nous y sommes allés mardi soir 18.10 pour voir l’installation, mercredi 19.10 pour la journée presse et jeudi 20.10 pour l’ouverture publique.

Voici un petit bilan de cette année.

Beaucoup mais peu

Ce qui nous a marqué, ce fut la quantité de nouveautés présentées, un chiffre historique, 750 jeux. Bien entendu, ce chiffre est quelque peu biaisé, puisqu’il y avait des traductions de jeux précédemment sortis dans l’année, ainsi que de nombreuses extensions (nous en parlerons plus bas). Mais quand même, plusieurs centaines de nouveaux jeux !

Mercredi, lors de la journée presse, nous avons pu voir la grande majorité des jeux dans la showroom, et Thomas et moi, envoyés spéciaux pour Gus&Co, avons été passablement déçus par la sélection de cette année.

Pas de véritables créations originales, la plupart des jeux reprenant des mécaniques bien connues : enchères, combinaisons, guess, gestion, majorité, programmation, memory, jeu simultané. Comme si la création ludique commençait quelque peu à s’essouffler malgré (à cause de ?) une quantité époustouflante.

De plus, nous avons été surpris par le nombre de jeunes auteurs et éditeurs se lançant dans l’aventure commerciale. Voyant le marché exploser, beaucoup de gens se mettent alors dans l’idée de s’engouffrer à leur tour dans cette manne financière. Tout en négligeant un aspect pregnant, la concurrence féroce.

En effet, comment s’imaginer présenter un jeu plus ou moins abouti – nous en avons vu de nombreux hideux et pléthores d’insipides- et le lâcher au milieu de l’arène ?

Après une courte mais néanmoins riche discussion avec le senior-sérial-auteur qu’est Bruno Cathala, qui présentait pas moins de 4 jeux cette année à Essen (ne comptant pas Hadès, l’extension pour Cyclades, non présente pour des raisons inconnues), aujourd’hui, le marché est tellement saturé que sortir un bon jeu n’est plus suffisant. Et même si le jeu connaît un certain succès, encore faut-il asseoir ce succès sur plusieurs mois car la sortie des nouveautés continue avant Noël. Non, être auteur et éditeur de jeux en ce début de décade n’est pas très jouasse.

Du beaucoup donc, mais du peu. En effet, peu de véritables perles. Essen 2011 ne fut pas véritablement une année tonitruante du point de vue de la création ludique. Nos coups de cœur :

Tournay (critique ici), chez Pearl Games, une « suite » de Troyes, plus fluide, plus léger, mais très profond et tendu.

Dungeon Petz, chez Czech Games, une véritable suite de l’excellentissime Dungeon Lords, encore plus abouti, plus comique et plus riche.

Trajan (notre critique ici), chez Ammonit, nouvel éditeur, un jeu de gestion de Stefan Feld (Strasbourg, Notre Dame), très froid et au design très austère (pour ne pas dire laid), mais intelligent et profond.

Last Will, chez Czech Games, un jeu de Vladimir Suchy (Shipyard) à la mécanique et au thème original puisque pour une fois il faut dépenser son argent le plus rapidement possible et non pas en amasser comme c’est souvent le cas.

Extensions et menus allégés

Cette année, de nombreuses extensions furent présentées : nouvelles cartes pour Les Aventuriers du Rail, Black Secret pour Ghost Stories, Olympos.

Une nouvelle mode est également bel et bien en train de s’implanter, les jeux light. Depuis quelques temps, des jeux plus ou moins complexes ressortent sous forme allégée, plus grand public et facile d’accès, souvent rethématisés.

Ce fut le cas par exemple l’année passée de l’Ile Interdite, version ultra-light de Pandémie, et Essen 2011 a vu la sortie de The City, tiré de Race for the Galaxy, Die Ersten Funken, un Megawatts / Funkenschlag en simplifié et raccourci, ou encore Santiago de Cuba, un Cuba en condensé.

Belles rencontres

Au final, côté jeux, nous n’en avons pas tiré un souvenir impérissable. Certes, il est galvanisant et ahurissant de se promener parmi tous ces stands bourrés de jeux et au milieu d’une foule anonyme partageant son intérêt, on se sent alors noyé dans une passion commune et joyeuse, mais ce qui nous a particulièrement plu cette année, ce sont les nombreuses rencontres au détour d’une table, d’un couloir, d’un hall.

Nous avons ainsi pu croiser de manière inopportune Ludovic Maublanc, Marie Cardouat, Bruno Cathala, Mr Phal et sa horde, Régis Bonnessée, Cyril Demaegd, Sébastien Pauchon, Croc, Antoine Bauza, Matthias Cramer, Petr Murmak, Pierluca Zizzi et son collègue Andrea Chiarvesio, Provoost et Caumont, Emmanuel Beltrando, Ted Alspach, Alain Epron, Christophe Pont, Malcolm Braff, Sébastien Dujardin, Uwe Rosenberg, François et Murielle Richard de Ludigaume.net, Bernd Eisenstein, et j’en passe, et j’en oublie certainement, et beaucoup.

Car oui, la foire d’Essen c’est surtout et avant tout cela, toutes ces belles et furtives rencontres avec les acteurs du monde ludique, éditeurs, auteurs, illustrateurs, blogueurs, mettre des visages, des voix, des paroles, des échanges sur des noms inscrits sur toutes ces boîtes qui nous font jouer & rêver tout le reste de l’année.

Essen est bien plus qu’une foire du jeu dans laquelle on cède, ou résiste, à ses pulsions d’achats, bien souvent compulsifs et vains, en tout cas pas écologiques.

Essen est le cœur du jeu, un vrai salon au sens premier du terme, là où la famille se réunit pour parler, jouer, manger. Bien plus qu’un « pèlerinage » comme on l’entend souvent, Essen est la ruche dans laquelle chaque année toutes les abeilles se retrouvent pour… se retrouver. Certes vendre, découvrir et acheter, mais partager avant tout, sa passion, ses rêves, ses émotions. Et c’est en cela que nous apprécions Essen.

Même si 2011 n’était pas une grande année ludique, ce fut une grande aventure humaine, tout simplement.

A l’année prochaine à Essen.

Tous les jeux que nous avons ramenés pourront être testés à la prochaine soirée du Bar à Jeux de Genève spécial Essen, samedi 19 novembre.

Et vous, qu’en avez-vous pensé de cette édition du Spiel11?

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