Critique de jeu : Evo (2011)

Temps de lecture: 5 minutes

Prélude

J’avoue, je n’ai jamais à la version originale d’Evo sortie en 2001. Je ne peux donc pas comparer la première version avec celle-ci, remake 2011.

Evo est un jeu de plateau pour 2 à 5 joueurs d’une durée de 90’, créé par le désormais très belge et bankable Philippe Keyaerts (Small World, Olympos).

Le grand éditeur Asmodée a décidé de lancer un nouveau studio de création, Studio Descartes, pour reprendre des « vieux » jeux plus ou moins vintage et les mettre au goût du jour. Evo en est le tout premier.

Thème

Les joueurs incarnent une peuplade en symbiose avec les dinosaures sur une île imaginaire. Tout le livret de règles place des citations pour immerger les joueurs dans cet univers fantastique.

Le thème est original, fantastique, différent, mais quand même un peu capillo-tracté (tiré par les cheveux), car au final, on passe la plus grande partie du temps à déplacer et gérer la localisation de ses dinosaures, donc le thème n’est pas véritablement exploité, il est plutôt collé à froid, comme s’il avait fallu en trouver un parce qu’un thème dans un jeu, ça le fait toujours plus.

L’auteurissime français Bruno Faidutti a même écrit un édito à ce sujet, très percutant, à lire ici.

Non, ce n’est décidément pas facile de trouver un thème funky pour un jeu et qu’il soit bien intégré.

Dinomeeple

Après les veggimeeple de Loyang (lire notre critique ici), les animeeple d’Agricola (notre critique ici aussi), voici venir les dinomeeple. En effet, au lieu de cubes en bois, l’éditeur s’est fendu de petits dino tout mignons en bois.

Côté matériel, Evo est une perle. Les illustrations sont superbes. Le plateau est très réaliste, bien rendu, et les illustrations sur les cartes et les plateaux des joueurs sont vraiment riches et fines. La roue du climat est très claire.

Le thermoformage, partie plastique dure à l’intérieur de la boîte pour ranger la matériel, est extrêmement bien pensé. Il faut préciser que les éditeurs pensent souvent plus à leurs règles et illustrations qu’au rangement et présentation, à titre d’exemple, la boîte calamiteuse de la première version de 7 Wonders, corrigée pour la seconde. Days of Wonder ainsi que la maison d’édition du nounours vaudois Sébastien Pauchon, Gameworks, sont reconnus galactiquement pour leurs thermoformages efficaces. Evo n’a rien à leur envier.

Mécanique

Amun-re, Cyclades, 20e siècle, Evo. Qu’ont ces jeux en commun ? La même mécanique d’enchères par expulsion.

Chaque joueur place sa figurine sur une tabelle, et si une colonne est déjà occupée, le joueur s’y trouvant est alors délogé, expulsé, et doit alors trouver un nouvel emplacement, sans avoir le droit de se replacer automatiquement sur la même colonne. Oui, Cyclades.

Il est vrai que lorsque Evo est sorti en 2001, cette mécanique fut « révolutionnaire », puisque tous les autres jeux cités ci-dessus sont sortis après. Mais aujourd’hui, en 2011, cette mécanique n’a plus rien d’originale. De combien d’autres jeux d’enchères avons-nous besoin ?

Le grand intérêt d’Evo, c’est que les enchères se paient avec les points de victoire, il faut donc bien soupeser toute décision.

Au début de chaque tour, on révèle une tuile au hasard qui tournera la roue du climat. Selon cette roue, en toute fin de tour, certains territoires / emplacements sur le plateau se révéleront dangereux pour ses dinosaures. D’où les enchères pour acquérir des composants protecteurs. En fait, on fait muter, évoluer, d’où le titre du jeu, ses dinosaures : résistance au froid, au chaud, déplacement augmenté, cornes offensives, sachant encore qu’un joueur à la table ne recevra aucun composant et devra se contenter d’une carte d’action souvent puissante mais tirée au hasard.

Après avoir enlevé ses dinosaures éteints sur les emplacements dangereux, chaque joueur reçoit autant de points de victoire, appelés ici « points de mutation » (PM), que le nombre de ses dinosaures encore sur le plateau. Sachant que les joueurs ont un stock de 8 dinosaures, on ne reçoit pas énormément de points par tour, mais il sera toutefois difficile de marquer le maximum en jonglant avec tous les terrains difficiles.

A la fin du jeu, entre 9 et 12 tours, selon l’apparition de la météorite cachée dans le stock des jetons climat, on compte alors tous ses PM, et le vainqueur est celui qui en a le plus.

Interactions

Hormis les enchères, extrêmement et naturellement interactives, on peut combattre les autres dinosaures au moyen d’un dé. Plus ses dinosaures possèdent de cornes, plus on aura de chance de vaincre.

Mais au final, le combat est plus qu’anecdotique, il permettra surtout à réguler les PM des autres joueurs et de faire du « tir au pigeon » contre un joueur, un peu comme Small World du même auteur où il est question de contenir un joueur qui prend trop d’avance.

Conclusion

Asmodée est un éditeur français surtout reconnu pour ses jeux légers, familiaux et d’ambiance. Evo, même s’il est issu d’un nouveau « studio » qui propose une nouvelle gamme, reste très familial.

Léger, fluide, clair, au très beau et bon matériel, on prend du plaisir à y jouer. On pourrait ranger Evo au même côté que le récent Cargo Noir de Serge Laget.

Mais Evo ne sera pas le jeu de l’année pour les gros joueurs. Et le souci actuel, c’est qu’il y a tellement de jeux qui sortent chaque année, que la concurrence est rude.

Evo n’est pas exigeant, il est surtout un jeu d’opportunisme. Après quelques parties, on le trouvera presque plat, pas sûr qu’il ressorte souvent. Pour un jeu de gamme moyenne, il lui manque ce « fun-factor » que possède Small World, très bon remake de Vinci dix ans plus tard.

Evo est divertissant certes, mais pas transcendant.

Ce que j’ai beaucoup apprécié

Le matériel (et les dinomeeples, oui, j’avoue, qui font plus funky sur le plateau que de vulgaires cubes en bois, ou pire, des figurines en plastique)

La fluidité du jeu

Les règles, claires, concises et au superbe graphisme

Un jeu pur Keyaerts, un très point

Ce que j’ai moins apprécié

Pas la révélation ludique de l’année

Trop familial et léger à mon goût

Si vous possédez plus de 20 jeux dans votre ludothèque, Evo n’apportera pas forcément du neuf. Oui, la concurrence ludique actuelle est rude.

Petits conseils stratégiques

  • Comme expliqué ci-dessus, les enchères se paient avec des points de victoire. Sachez donc être parcimonieux.
  • De plus, chaque composant de protection, fourrure, thermorégulation = climatisation intégrée, ne fait que rapporter un point puisqu’ilvous permettra de ne sauver qu’un seul dinosaure d’un territoire létal. Il n’est pas donc pas extrêmement judicieux de miser 5 ou 6 PM pour obtenir un tel composant. Parfois, prendre une carte comme « compensation » en ne payant peut-être rien vous permettra d’économiser d’importants pts de victoire, d’autant que ces cartes se révèlent souvent intéressantes.
  • Les fioles de mutation qui diminuent le coût des enchères = les prêtres dans Cyclades, sont bien entendu plus intéressantes en début de partie.
  • Les combats ne sont pas vitaux, puisque si vous perdez, vous pouvez quand même rester sur le même territoire que votre adversaire. Les combats servent avant tout à « tirer au pigeon », donc à ralentir / contenir un joueur en avance sur les PM. A moins que vous soyez ce joueur-ci, les cornes offensives ne valent pas tellement la peine d’investir 4-6 PM dans les enchères.
  • Veillez à obtenir des pattes additionnelles, et ainsi augmenter votre total de déplacement. Sachant que l’on commence à 2, et que ces points de déplacement se répartissent entre tout son cheptel de dinosaures, il vaut mieux en posséder plusieurs pour éviter les territoires létaux. L’évolution « cuisses musclées » s’avère extrêmement intéressante puisqu’elle confère 2 déplacements supplémentaires. Payer 5-6 PM pourra en valoir la peine.
  • Attention à économiser vos PM en fin de partie, puisqu’entre le 9e et le 12e tour la météorite pourra faire son apparition, marquant ainsi la fin.

7 Comments

  1. Je suis d’accord avec toi sur le côté familial. Et la comparaison avec Cargo noir me semble judicieuse. C’est presque le même jeu.

    Mais on passe quand même un bon moment avec les enfants à partir de 8 ans sans souci. Ma fille ainée l’a mis dans ses jeux préférés au côté de… Puerto Rico, sa référence absolue en matière de cube en bois.
    Elle aime particulièrement récupérer les cartes, et comme personne ne l’embête, elle gagne souvent celle-ci avec 0 points, ce qui lui donne un avantage au score.

    Ce qui donne un vrai plus à ce jeu à mon avis, c’est le fait que les enchères ne déterminent pas le score finale de manière trop importante, puisque le placement sur la carte, avec la roue du climat est tout aussi intéressante.
    Il est cependant vrai que cela me semble un peu redondant avec Small World quand même un peu.

    Par contre, on attend de voir le prochain studio Descartes.

    1. Merci Gaetan pour ton commentaire.

      Petite question: est-il possible de déposer une demande d’adoption pour ta fille de 8 ans, qui place PR comme jeu préféré?

      🙂

  2. Un bébé c’est fragile (et ça sert à rien, ça joue même pas à Caylus). Au contraire d’une fillette de 8 ans qui joue à Puerto Rico, ou d’un garçon de 18-19 ans qui a déjà son appart. J’ai fait des demandes d’adoption, j’attends des réponses.

  3. Y a pire qu’un bébé: la peluche Winnie du-dit bébé qui passe son temps à dire « viens jouer avec moi » mais qui reste muette et garde un oeil vide quand je la pose devant un plateau des Aventuriers du Rail… bêcheuse… je suis pas assez un assez bon partenaire de jeu pour elle ou bien?

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