Critique de jeu : Shanghai Trader

Gus&Co go retro – critique du jeu Shanghai Trader

Shanghai Trader est sorti en 1986, les illustrations (si on peut utiliser ce terme) sont hideuses, ceci explique cela. A l’époque, un jeu se devait juste d’être bien, aujourd’hui il doit encore être beau. Qui a dit « heureusement » ?

Shanghai Trader est un jeu culte pour tous les hardcore-gamers de plus de 30ans. Il n’est pas référencé sur Trictrac, c’est tout dire… Il a été édité par les Australiens de Panther Games, maison d’édition aujourd’hui reconvertie aux wargames vidéos (et collaborant avec le département de défense australien !), et on ne le trouve uniquement qu’en anglais, il n’a jamais été traduit. Il n’existe d’ailleurs plus, ou peut-être sur ebay en collector ou sur une étagère poussive d’un magasin de jeux. C’est d’ailleurs là que nous avons pu le trouver, par chance.

Enfoirés!

Oui, vous avez bien lu, Shanghai Trader, ou ST pour les intimes, et un vrai jeu d’enfoirés. Nous devrions d’ailleurs l’ajouter à la liste des jeux présentés dans l’article éponyme (voir ici). ST est dans la pure lignée de Junta; le plateau n’est que prétexte pour discuter, s’allier, trahir, magouiller. Si dans Junta la partie wargame / coup d’état peut ralentir le jeu, voire carrément lui nuire, il n’y a rien de tel dans ST. Le plateau est là pour développer sa tactique, se situer, se déplacer. Mais l’intérêt majeur, si ce n’est unique, réside dans les discussions, ou « collusion » dans les règles en vo (trad: connivence).

Même le thème est un thème d’enfoirés, puisque les joueurs incarnent des nations étrangères venues s’intaller à Shanghai entre 1842 (Traité de Nankin) et 1949 (révolution communiste), le but étant d’exploiter la ville au mieux, de l’utiliser, de la racketer. Oui , racketer: on peut engager des racketeurs, des voleurs, des gangsters, des « courtisanes », bref, développer un réseau mafieux pour gagner le plus d’argent. Politiquement incorrect.

Long (?)

Le jeu annonce une durée de 3 à 5h. A 5 nous avons quand même pris 5h30, ce qui peut paraître extrêmement long et fastidieux, mais une fois lancée, la partie nous a à tous semblée courte et intense. Et à choisir entre faire 4-5 plateaux de moyenne durée ou un seul, captivant, le choix est assez facile. Il est vrai que pour la moyenne des joueurs, un jeu se doit d’être court, léger, d’une durée de 30-45′, au risque de s’embêter. Génération zapping? A ST on ne s’embête pas. Rien que par le système de déplacement

Des dés en veux-tu en voilà.

Les années 80 n’ont pas laissé que de bons souvenirs ludiques. Les jeux qui sortaient demandaient constants jets de dés. Si aujourd’hui les dés reviennent en force, leur utilisation est devenue astucieuse, originale (ex. Yspahan, Jamaica, Kingsburg, Twilight Struggle). Malheureusement, à ST on n’arrête pas de lancer des dés: d’abord pour se déplacer, pour résoudre les évènements, pour les combats, etc. Mais finalement ce côté retro va bien avec l’aspect du jeu. On se prend rapidement au jeu à se passer le dé et à espérer tomber sur le bon nombre. Est-ce la part de ce joueur enfant découvrant le jeu de l’oie qui nous revient ? Quoiqu’il en soit, le hasard est très présent dans le jeu, et le rend encore plus chaotique et finalement léger et surprenant. ST n’est de loin pas un Diplomacy où l’on passe le plus clair de son temps à discuter et à plannifier. A ST on lance des dés, ce qui nous fait avancer, reculer, éliminer un joueur, etc. La mécanique est bien simple / simpliste. Et les dés vont évidemment influer sur sa position et tactique. A lire ces quelques lignes on a l’impression de ne rien contrôler du tout, et pourtant les jets de dés, même fréquents, n’apportent à ST qu’une part de surprise à sa stratégie, car mini-stratégie il faut tout de même avoir.

Coups de p

Le but dans ST, comme dans Junta, est de finir le jeu avec le plus d’argent. On doit exploiter la ville le plus possible, mais également veiller à empêcher les autres d’y arriver. On peut pour cela faire appel à la pègre locale qu’on devra payer et qui se débarassera du réseau adverse. Il y a même deux types de « courtisanes » qui opéreront leur charme sur les autres. A ST l’interaction est extrêmement forte. On comprendra vite qu’on prendra trop de risque à jouer tout seul, il faudra bien s’allier ou chercher à détruire les plans de ses voisins, et c’est tant mieux. Il aurait peut-être même fallu indiquer dans les règles que ST n’est qu’un jeu, car on peut rapidement se faire de réels ennemis. Je déconseillerais ce jeu aux couples, aux meilleurs amis, à moins qu’ils aillent un solide sens de l’humour ou un fair-play à l’abri de tout coups de p.

Fin, aïe

Pour gagner, comme indiqué précédemment, il faut remporter le plus d’argent dans sa banque (argent qui aura dû être transféré de son « compte courant » fragile à son « compte d’épargne » protégé). Mais il faudra être encore vivant pour cela, i.e. avoir réussi à fuir Shanghai à temps, juste avant l’arrivée de Mao et de ses révolutionnaires, et avoir échappé aux tentatives d’assassinat des autres joueurs. Pour vous raconter une anectode, à notre dernière partie à 5, une des joueuses est restée coincée à Shanghai, deux autres ont été assassinés avant d’avoir pu prendre l’avion (dont votre serviteur… 🙁 ), ne restait donc plus que deux joueurs, qui ont alors pu compter leur argent et déterminer le vainqueur. Perdre la partie en un seul jet de dé après avoir joué plusieurs heures pourrait paraître tellement frustrant et énervant, mais c’est cela ST, un jeu bourré de surprises et de retournements de situation, on s’y fait assez rapidement.

Conclusion

ST est laid mais tellement retro / vintage qu’il a son charme. On jette des dés pour pratiquement tout, mais cela rend le jeu finalement riche en surprises. Mais le côté discussion / diplomatie / magouille / interaction fait de ST un bon jeu, chaotique, d’enfoirés, et dans lequel on s’amuse beaucoup. Si vous aimez les jeux tels que Junta ou Intrige, je vous conseille fortement Shanghai Trader. Et avec un peu de persévérance vous pourrez peut-être le trouver quelque part.

Pourrait-on espérer une réédition de Shanghai Trader à l’avenir ? Pourquoi pas Ystari ou UBIK ? 🙂

Bonnes parties !

ps les variantes avancées sont de loin plus intéressantes. Utilisez-les dès votre première partie. Et la svastika nazie pour indiquer le clan allemand est assez mal choisie…

Delirium Ludens, notre magasin préféré en Suisse, à Bienne (BE), qui devrait encore en avoir 1-2 exemplaires !!! Sautez sur l’occasion. Malheureusement leur site est en constante construction, mais appelez-les et demandez à parler à Alain, le gérant, fort sympathique.

Laisser un commentaire