Ăcolo mon cul ! L’essor du gamewashing
đ± Le jeu « Ă©colo » est-il vraiment vert ? Carton, plastique, labels, transport : on dĂ©crypte le gamewashing dans le jeu de sociĂ©tĂ©.
Le gamewashing, ou lâart de (presque) se la jouer Ă©colo
Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :
Lâessentiel en 3 points
- Le gamewashing transforme souvent un jeu que l’on pense Ă©colo mais qui ne l’est pas dans sa globalitĂ©.
- Le poids, le papier-carton et les boßtes surdimensionnées peuvent peser plus que le plastique.
- DÚs le 27 septembre 2026, les promesses écologiques vagues seront davantage encadrées en Europe.
Le plastique saute aux yeux. Le carton, lui, pĂšse parfois bien plus lourd dans lâaddition Ă©cologique de nos boĂźtes.
Une feuille, un logo FSC ou la mention « sans plastique » suffisent Ă crĂ©er un halo vert. Mais un thĂšme Ă©cologique et un bon choix de matĂ©riau ne racontent jamais, Ă eux seuls, tout le cycle de vie dâun jeu. Nous avons passĂ© les promesses au contrĂŽle technique, sans condamner ceux qui essaient, mais sans distribuer dâabsolution en carton.
Gamewashing. Le terme nâest pas encore une catĂ©gorie juridique, ni mĂȘme un concept parfaitement stabilisĂ©. Il a longtemps circulĂ© ailleurs, notamment autour du jeu vidĂ©o ou de la rĂ©pute des entreprises, avant quâun usage spĂ©cifiquement liĂ© au jeu analogique ne soit formulĂ© publiquement en juillet 2026, lors de la confĂ©rence Generation Analog. Une comm intitulĂ©e « How Green Is Green Play? Gamewashing in Analog Board Games » y examinait le dĂ©calage possible entre thĂšmes Ă©cologiques, discours de durabilitĂ©, mĂ©caniques rĂ©elles et expĂ©rience de jeu.
On retient ici une dĂ©finition plus large : il y a gamewashing lorsquâun thĂšme vert, une terminologie flatteuse, un label partiel ou quelques choix de matĂ©riaux crĂ©ent lâimpression dâune vertu environnementale globale que les preuves publiques ne permettent pas dâĂ©tablir. Ce nâest pas toujours un mensonge (plus ou moins) frontal. Le mĂ©canisme le plus courant est lâeffet de halo : un fait exact â « carton FSC », « fabriquĂ© en France », « sans plastique », « entreprise B Corp » â finit par illuminer toute la boĂźte. Y compris les zones que personne nâa mesurĂ©es.
Trois plans à ne pas mélanger
OK, on retrousse nos manches, et on attaque. Le thĂšme du jeu, sa fabrication et la gouvernance de lâentreprise sont trois sujets distincts. Un jeu peut mettre en scĂšne la transition climatique tout en restant opaque sur son usine. Un Ă©diteur peut ĂȘtre certifiĂ© au niveau de lâentreprise sans que chaque produit ait fait lâobjet dâune analyse de cycle de vie. Un Ă©lĂ©ment du matos peut ĂȘtre correctement sourcĂ© sans que la taille de la boĂźte, le transport, la durĂ©e de vie ou la fin de vie aient Ă©tĂ© examinĂ©s.
Cette distinction Ă©vite deux Ă©cueils. Le premier serait de croire tout communiquĂ© couvert de feuilles vertes. Le second, plus paresseux et facile encore, serait de traiter toute tentative dâĂ©coconception comme une opĂ©ration de comm. Les efforts existent. Ce qui manque souvent, ce sont des pĂ©rimĂštres clairs, des chiffres comparables et une publication honnĂȘte des limites.
La DGCCRF fournit un utile thermomĂštre, mĂȘme si son enquĂȘte ne porte pas spĂ©cifiquement sur le jeu de sociĂ©tĂ©. Lors de ses contrĂŽles 2023 sur des produits non alimentaires et des services, un Ă©tablissement sur quatre prĂ©sentait des anomalies ; lâautoritĂ© cite notamment les allĂ©gations globalisantes, non justifiĂ©es ou trop imprĂ©cises. Autrement dit : « Ă©co-responsable » nâest pas une preuve. Câest une invitation Ă demander laquelle.
Le plastique est visible. Le carton pĂšse lourd
Notre intuition de joueur ou de joueuse est simple. On rĂ©agit souvent toutes et tous pareil : la figurine en PVC est le grand mĂ©chant, le cube en bois le gentil, et le carton se fond dans le dĂ©cor. Minute, papillon. Lâanalyse de cycle de vie bouscule ce casting / raccourci. La synthĂšse publiĂ©e par nos voisins de GameLab Lausanne, Ă partir dâune Ă©tude commandĂ©e par lâUnion des Ă©diteurs de jeux, compare trois scĂ©narios dâenviron 250 grammes, 500 grammes et 1,8 kilo. Lâimpact augmente presque linĂ©airement avec le poids. Dans le scĂ©nar de la grande boĂźte, la fabrication du papier et du carton arrive en tĂȘte sur les indicateurs Ă©tudiĂ©s ; le transport reste significatif, mais nettement derriĂšre.
Une restitution sectorielle de 2021 donnait, pour ce mĂȘme type de grande boĂźte, un ordre de grandeur spectaculaire : 65 % de lâimpact pour les supports de jeu, 16 % pour le transport, 15 % pour la boĂźte, 3 % pour les accessoires en bois et plastique, et une fraction minuscule pour le film cellophane. Ces pourcentages ne sont ni une loi universelle ni le bilan carbone de tous les jeux : ils proviennent dâun scĂ©nario datĂ©, et le rapport complet nâest pas librement auditable ligne par ligne. Leur hiĂ©rarchie reste nĂ©anmoins cohĂ©rente avec la synthĂšse publique de GameLab : la matiĂšre totale, et surtout la matiĂšre papier-carton, compte Ă©normĂ©ment.
Cela ne blanchit pas le plastoc. Sa persistance, sa fin de vie, les inserts thermoformĂ©s, les sachets et les figurines superflues restent de vrais problĂšmes. Mais « remplacer le plastique » nâest pas une stratĂ©gie complĂšte si lâon compense par davantage de matiĂšre, une boĂźte plus grande ou des composants fragiles quâil faudra remplacer. Le bon rĂ©flexe nâest pas de changer de fĂ©tiche. Câest de rĂ©duire la quantitĂ©, le poids et le volume sans sacrifier la durĂ©e de vie.
La boĂźte remplie de vide, ce truc invisible
Une boĂźte surdimensionnĂ©e consomme plus de carton, occupe davantage de place sur une palette, remplit plus vite un camion ou un conteneur et coĂ»te plus cher Ă stocker. Elle peut pourtant rester commercialement plaisante : dans le rayon, le volume ressemble encore Ă de la valeur. Câest prĂ©cisĂ©ment lâun des biais que la Green Games Guide invite le secteur Ă abandonner, avec le shrink-wrap inutile, le âswagâ de financement participatif et les stretch goals qui ajoutent du poids sans ajouter de jeu.
Une rĂšgle toute simple vaut parfois mieux quâun communiquĂ© : ouvrir la boĂźte. Quelle part est vide ? Combien de ziplocs ? Le thermo sert-il rĂ©ellement ? Les cartes auraient-elles tenu dans un format deux fois plus compact ? La sobriĂ©tĂ© logistique commence souvent avec un mĂštre ruban (et un soupçon de mauvaise humeur).
Trois boĂźtes sous la loupe (sans procĂšs dâintention)
Les jeux ci-dessous ne sont pas classĂ©s du âplus vertâ au âmoins vertâ. Ils illustrent trois niveaux de preuve et trois façons de communiquer. Lâobjectif nâest pas de distribuer des aurĂ©oles, mais de regarder ce qui est affirmĂ©, ce qui est documentĂ© et ce qui reste hors champ.
Daybreak : le bon élÚve (qui montre aussi ses ratures)

La campagne de Daybreak documente un effort inhabituellement dĂ©taillĂ© : aucun plastique, pas mĂȘme pour le film ou les sachets ; plateaux de rangement en pĂąte moulĂ©e ; papier et bois FSC ; recours Ă une consultante en durabilitĂ© ; partage des techniques et des moules dĂ©veloppĂ©s. LâĂ©quipe explique aussi avoir supprimĂ© un sac en tissu aprĂšs avoir Ă©valuĂ© son coĂ»t environnemental et reconnaĂźt quâune impression centralisĂ©e loin dâune grande partie des soutiens reste une limite Ă©conomique et logistique.
Cette transparence devient encore plus intĂ©ressante lorsque le rĂ©el rĂ©siste. AprĂšs lâexpĂ©dition, lâĂ©diteur a signalĂ© que 10 Ă 20 % des soutiens rencontraient des boĂźtes ou des autocollants endommagĂ©s, problĂšme attribuĂ© Ă lâabsence de revĂȘtement plastique et de ruban renforcĂ© sur un jeu lourd. Remplacement, remboursement partiel ou rĂ©paration ont Ă©tĂ© proposĂ©s. Ce nâest pas un âgotchaâ contre lâĂ©coconception ; câest un cas dâĂ©cole. Une solution plus sobre doit aussi rester robuste, faute de quoi les rĂ©impressions et les remplacements mangent une partie du gain. Rappelons que le jeu a reçu le Gus&Co Award 2024 du jeu Ă©cologique.
Earthborne Rangers : une ambition forte, des piĂšces Ă demander

Earthborne Games affirme placer la durabilitĂ© environnementale au cĆur de la crĂ©ation, de la fabrication au fulfilment, avec une transparence âsans Ă©quivalentâ. Earthborne Rangers a reçu en 2024 le Sustainability Award de la Green Games Guide. Ce sont des signaux sĂ©rieux, et la cohĂ©rence entre lâunivers du jeu et lâambition de production est manifeste.
Mais une ambition institutionnelle, mĂȘme rĂ©compensĂ©e, ne remplace pas une comptabilitĂ© produit. Dans les pages publiques consultĂ©es, les Ă©lĂ©ments techniques complets sont moins immĂ©diatement accessibles que le manifeste. Le bon rĂ©flexe consiste donc Ă demander les fiches matiĂšre, les sites de prod, les choix de transport, les taux de rebut et, si elle existe, lâACV (l’Analyse du Cycle de Vie). La transparence nâest pas une esthĂ©tique ; câest un dossier que lâon peut ouvrir.
Le Monde de Reterra : un bon label, pas un passeport global

Le Monde de Reterra, publiĂ© par Avalon Hill et Hasbro, a reçu un Leadership Award du Forest Stewardship Council en 2024 â une premiĂšre pour un jeu de sociĂ©tĂ© selon Hasbro. Le papier et le bois sont prĂ©sentĂ©s comme certifiĂ©s FSC, et le thĂšme de reconstruction durable trouve ici un Ă©cho matĂ©riel crĂ©dible.
La portĂ©e de la preuve reste toutefois prĂ©cise : le FSC renseigne lâorigine et la chaĂźne de contrĂŽle des matiĂšres forestiĂšres. Il ne mesure pas, Ă lui seul, le bilan carbone complet, la taille optimale de la boĂźte, les autres composants, le transport, la rĂ©parabilitĂ© ou la fin de vie. Le label est un bon signal de sourcing. Pas un blanc-seing.
FSC, B Corp, made in France, ce que les signes prouvent vraiment
Un label nâest pas dĂ©coratif. Il peut imposer des critĂšres, une traçabilitĂ© et un audit. Mais chaque signe possĂšde un pĂ©rimĂštre, et le gamewashing commence souvent lorsque ce pĂ©rimĂštre disparaĂźt dans le rĂ©cit marketing.
| Signal | Ce quâil Ă©tablit | Ce quâil nâĂ©tablit pas Ă lui seul |
| FSC | Lâorigine et la chaĂźne de contrĂŽle des matiĂšres forestiĂšres selon le type de label : 100 %, RecyclĂ© ou Mixte. | Lâempreinte totale du jeu, son transport, sa compacitĂ©, les autres matiĂšres ou sa fin de vie. |
| Origine France Garantie | Des caractéristiques essentielles acquises en France et au moins 50 % du prix de revient unitaire français. | Un faible impact environnemental ou une ACV complÚte. |
| B Corp | Une certification de lâentreprise sur des critĂšres sociaux, environnementaux et de gouvernance. | Une certification environnementale de chaque produit. B Lab le dit explicitement. |
| « Sans plastique » | Lâabsence de plastique dans le pĂ©rimĂštre effectivement dĂ©crit. | La sobriĂ©tĂ© en matiĂšre, la robustesse, le transport ou la performance globale. |
| « Neutre en carbone » | Au mieux, une mĂ©thodologie combinant rĂ©duction et compensation â quâil faut examiner. | Une absence dâĂ©missions. Les allĂ©gations produit fondĂ©es sur la seule compensation sont visĂ©es par lâinterdiction europĂ©enne. |
FSC. Utile, mais pas sacrĂ©. La certification forestiĂšre fait dĂ©bat. Greenpeace International, qui avait participĂ© Ă la crĂ©ation du FSC, sâen est retirĂ©e et a critiquĂ© lâefficacitĂ© de certains systĂšmes ; le FSC et le PEFC contestent une partie de ces accusations. La conclusion raisonnable nâest ni de jeter le label, ni de sâagenouiller devant lui. Il apporte une preuve circonscrite et vĂ©rifiable. Il ne dispense pas dâexaminer le reste.
En septembre 2026, le vert devra davantage apporter ses preuves
La directive europĂ©enne 2024/825, dite EmpCo, est dĂ©sormais le texte Ă surveiller. AdoptĂ©e en 2024, elle devait ĂȘtre transposĂ©e par les Ătats membres avant le 27 mars 2026 et son calendrier europĂ©en fixe lâapplication des nouvelles rĂšgles au 27 septembre 2026. Elle renforce notamment lâinterdiction des allĂ©gations environnementales gĂ©nĂ©riques non Ă©tayĂ©es, des labels de durabilitĂ© dĂ©pourvus de systĂšme de certification ou dâautoritĂ© publique, et des affirmations selon lesquelles un produit serait neutre, rĂ©duit ou positif pour le climat lorsque cette conclusion repose sur la compensation hors chaĂźne de valeur.
La mĂ©canique est importante pour le jeu de sociĂ©tĂ© : âĂ©coâ, âvertâ, ârespectueux de lâenvironnementâ ou âbiodĂ©gradableâ ne pourront plus fonctionner comme de simples ambiances graphiques. Il faudra prĂ©ciser le bĂ©nĂ©fice, son pĂ©rimĂštre et sa base probante. Ce nâest pas encore une police du meeple, mais le temps du vocabulaire Ă©lastique se raccourcit.
Nuance de calendrier : le 28 mai 2026, la Commission europĂ©enne annonçait encore une procĂ©dure de mise en demeure visant la France pour transposition incomplĂšte. Le texte europĂ©en et sa date dâapplication sont Ă©tablis, mais les modalitĂ©s nationales dâexĂ©cution peuvent encore bouger.
Mais attention à ne pas confondre avec la directive Green Claims. La proposition dite Green Claims est un autre chantier, plus spécifique à la justification préalable des allégations explicites. En juin 2025, la Commission a annoncé son intention de la retirer et le troisiÚme trilogue a été annulé. Pourtant, le programme de travail 2026 la listait encore comme pendante. La formule la plus exacte est donc : texte bloqué et statut politique incertain. Le droit immédiatement pertinent pour septembre 2026 reste EmpCo.
La checklist anti-gamewashing Ă garder prĂšs de la ludo
On nâa pas besoin de devenir ingĂ©nieur ACV pour poser de bonnes questions. Une promesse Ă©cologique crĂ©dible accepte dâĂȘtre dĂ©coupĂ©e en Ă©lĂ©ments concrets.
- La promesse est-elle prĂ©cise ? âPapier recyclĂ© Ă 80 %â ou âsans film plastiqueâ se vĂ©rifient. âBon pour la planĂšteâ beaucoup moins.
- Le pĂ©rimĂštre est-il clair ? Le label concerne-t-il un matĂ©riau, lâusine, lâentreprise ou le jeu entier ?
- La boĂźte est-elle sobre ? Taille, taux de vide, thermoformage, sachets, double boĂźtage et poids total comptent.
- Le jeu est-il durable et réparable ? PiÚces détachées, composants remplaçables et robustesse prolongent réellement sa vie.
- La fabrication est-elle documentĂ©e ? Usine, encres, vernis, colles, certifications, matiĂšres et traitements devraient pouvoir ĂȘtre nommĂ©s.
- Le transport est-il traitĂ© honnĂȘtement ? âFabriquĂ© en Europeâ ne suffit pas si les composants traversent plusieurs fois le continent.
- Lâentreprise parle-t-elle de rĂ©duction Ă la source ou surtout de compensation ? Ce nâest pas la mĂȘme chose.
- Existe-t-il une ACV, un audit, un chiffre par exemplaire ou au moins une mĂ©thodologie publique ? Et quâest-ce qui nâest pas publiĂ© ?
Lâabsence de donnĂ©es nâest pas, en elle-mĂȘme, une preuve de tromperie ou de gamewashing. Les tirages, les taux de rebut, les modes de transport et les scĂ©narios de fin de vie sont difficiles Ă consolider. Mais ce silence indique exactement oĂč commence le travail critique. Un Ă©diteur sincĂšre ne connaĂźt pas toujours toutes les rĂ©ponses ; il sait au moins nommer ses angles morts.
Le souci nâest pas un matĂ©riau, câest la surproduction
MĂȘme la meilleure Ă©coconception par exemplaire rencontre une limite arithmĂ©tique : si lâon fabrique toujours plus de boĂźtes, lâimpact total peut continuer dâaugmenter. La SPIEL Essen 2025 affichait 1 716 nouveautĂ©s, 948 exposants et 220 000 visiteurs. L’Ă©dition de 2026 va certainement faire pĂ©ter les/ces compteurs. Ce chiffre ne prouve pas que chaque titre est surproduit ; il montre la vitesse du tapis roulant Ă©ditorial.
Le financement participatif peut ajouter sa propre couche : versions deluxe, exclusivitĂ©s, figurines et goodies transforment la quantitĂ© de matiĂšre en argument de valeur. Puis le âculte du nouveauâ raccourcit la vie commerciale de jeux parfaitement jouables. On remplace alors une question de conception par une question de volume : combien de boĂźtes fallait-il rĂ©ellement fabriquer ?
La formule la plus⊠radicale / lucide vient de Simon Villiot, des Ă©ditions Blam! : « Le jeu le plus Ă©cologique est celui qui nâest pas produit. » Pour nous autres joueurs et joueuses, la traduction est moins ascĂ©tique quâelle en a lâair : jouer davantage aux jeux dĂ©jĂ possĂ©dĂ©s, emprunter, frĂ©quenter une ludothĂšque, acheter dâoccasion, rĂ©parer, donner et revendre. La boĂźte la plus verte est souvent celle qui circule au lieu de dormir sous cellophane.
De la promesse Ă la preuve
Le gamewashing nâest pas une raison de ricaner devant chaque effort. Câest une raison de mieux lire. Pour mieux acheter / jouer. Les Ă©diteurs qui rĂ©duisent la matiĂšre, compactent les boĂźtes, produisent plus prĂšs, documentent leurs choix et reconnaissent leurs compromis font avancer le secteur, mĂȘme sans solution parfaite.
Ă lâinverse, un thĂšme climat, un meeple en bois ou un logo forestier ne peuvent plus servir de raccourci vers une vertu globale. La meilleure comm Ă©cologique nâest pas celle qui peint tout en vert. Câest celle qui trace une frontiĂšre nette entre ce qui est mesurĂ©, ce qui est amĂ©liorĂ© et ce qui reste Ă faire.
Au fond, le geste le plus crĂ©dible nâest peut-ĂȘtre pas ce que lâon ajoute Ă la boĂźte. Câest ce que lâon a eu le courage dâenlever.
PS : Le titre de cet article est inspirĂ© de l’excellente sĂ©rie de vidĂ©o d’Arte : Ăcolo mon cul
Rejoignez notre communauté :
Rejoignez notre chaĂźne WhatsApp
Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité
Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).
Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :
â Soutenir Gus&Co sur Tipeee
4 Comments
Fred
Excellent article đđ»
DĂšs le dĂ©but jâai pensĂ© Ă deux choses :
– lâindustrie a toujours Ă©tĂ© trĂšs maline. Quel que soit le produit, elle finit toujours par trouver le moyen de retourner lâargument de ses Ă©ventuels dĂ©tracteurs Ă son avantage, en le transformant en une tendance.
– il nây a aucun objet totalement vertueux. Le meilleur restera toujours celui quâon a PAS produit, justement. Mais mĂȘme comme ça, on est pas irrĂ©prochable : je me questionne toujours quand je pense aux camions que je fais rouler par mes achats dâoccasion sur Vinted.
Fred
RĂ©flexion et rĂ©ponse Ă moi-mĂȘme pour clarifier mes propos au cas oĂč ils seraient mal interprĂ©tĂ©s : ça ne veut pas dire que tout est foutu et en faire une excuse pour ne faire aucun effort.
Chab
Pour revenir sur Earthborne Rangers, il y a eu Ă©galement une quantitĂ© non nĂ©gligeable de « bonus » Ă acheter Ă cĂŽtĂ© lors de la se onde campagne : jetons ou meeple deluxe en bois peint, map supplĂ©mentaires en papier de bois d’arbre, figurines en plastique garanties sans plomb, 4 tapis aux illustrations diffĂ©rentes ou insert en bois composite… Surtout les tapis qui doivent ĂȘtre en nĂ©oprĂšne puisque qu’aucunes infos dessus contrairement Ă tous les autres Ă©lĂ©ments mis en lumiĂšre.
Bref de quoi dépenser encore plus et de pourrir un peu plus la planÚte également.
J’ai beau adorer ce jeu et valider la maniĂšre de produire en Allemagne de l’Ă©diteur, le greenwashing a quand-mĂȘme ses limites lorsque l’on creuse un peu plus…
Et tout pareil que Fred sur les camion qui circule pour revendre une dizaine de fois, voir plus, les jeux en occasion.
On est un peu dans la bouse Ă©cologiquement parlant quand on y regarde de plus prĂšs et j’y participe Ă mon humble niveau đ€âčïž
davidluudo
Article trĂšs instructif, mĂȘme si ça fait beaucoup d’info quand on ne maitrise pas le sujet comme moi. đ
Pas compris ce qu’est la Compensation.
Et quand tu dis « La portĂ©e de la preuve reste toutefois prĂ©cise : le FSC renseigne… » Tu veux dire imprĂ©cise ou bien spĂ©cifique/ciblĂ©e ?
AprĂšs on est dedans Ă©cologiquement pas seulement depuis que l’on parles de Carbone autrement que pour la datation des ossements des dinos (J’attend avec impatience mon Dinogenics ^^), comme le Nutella et la forĂȘt amazonienne par ex ou tu te faisais engueuler par une personne qui suivait la mode du bien-pensant mais jetait ses mĂ©gots par terre, ne recyclait pas, achetait des vĂȘtements sans se soucier des mineurs qui les fabriquaient, faisait tourner sa clim fenĂȘtres ouvertes sans ĂȘtre dedans etc etc.
LĂ ou je veux en venir c’est que la mentalitĂ© des gens est la mĂȘme depuis toujours et que la conscience de chacun s’arrĂȘte nette lĂ ou son confort commence. La grosse diffĂ©rence c’est que maintenant, on ressent l’impact de notre Ă©goĂŻsme et on surfe sur la mode en cours du bien-pensant (je ne parle pas de cet article que je trouve vraiment utile) sans jamais rĂ©ellement faire une remise en cause sincĂšre en se sortant un peu de sa zone de confort. Quand ca arrive, c’est que l’on a Ă©tĂ© impactĂ© directement, sinon, « Ce n’est pas mon problĂšme ! ». Combien de fois j’ai pu l’entendre cette phrase. Le dĂ©ni est l’une des facultĂ©s le plus fortes de l’individu Ă mon avis.
Cet article m’a vraiment instruit car il dĂ©taille bien le sujet. Ca rajoutera un Ă©lĂ©ment d’analyse d’un prochain jeu qui me tentera, pour peu que j’en achĂšte un neuf qui me tente vraiment (je ne cherche plus que des occas que je connais dĂ©jĂ ) mais ne changera en rien mes habitudes. Attention Ă ne pas se flageller non plus pour une boite bourrĂ©e de plastique si cette boite tu l’a investie ou va l’investir durant des annĂ©es et Ă contrario, ne pas se fĂ©liciter d’avoir acheter « écolo » avec un jeu que l’on va sortir 3x en 2 ans. đ
Le financement participatif, incite et se destine bien plus au collectionneurs qu’aux joueurs finalement, mĂȘme si ce n’Ă©tait pas son but premier. Et lĂ l’impact Ă©co est flagrant.
Et quand je vois la part de responsabilitĂ© des Ă©tats, des lobbying Ă©galement, ca reste vraiment difficile d’Ă©valuer la portĂ©e du secteur du jeu de sociĂ©tĂ© qui finalement ne s’est fait rattrapĂ© par la sociĂ©tĂ© que trĂšs tardivement, ne serait ce que par rapport Ă celui des jouets. Et de mes gestes quotidiens… ce qui ne m’empĂȘche pas de les faire (je suis en paix avec ma conscience depuis trĂšs longtemps mais je ne suis pas dupe sur son impact).
Un exemple : J’ai fabriquĂ© pas mal de jeux traditionnels avec du matĂ©riel de rĂ©cup et sensibilise les familles Ă qui je les fais dĂ©couvrir en les incitant Ă les reproduire chez eux vu qu’ils les apprĂ©cie. Mais je ne suis pas naif, je sais bien que ca ne se fait que trĂšs rarement.
En tout cas merci pour cet article. đ