Asmodee s’offre Japon Brand (et le naufrage de CMON continue)
🇯🇵 Asmodee rachète Japon Brand à un CMON en plein naufrage, et lance son studio nippon Nekuma. Fin de l’indé ou aubaine ? Décryptage.
Asmodee rachète Japon Brand à CMON et lance le studio Nekuma
⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
L’essentiel en 3 points :
- En pleine banqueroute, CMON est contraint de brader l’agence Japon Brand acquise à peine en 2024.
- Asmodee rafle la mise et fonde « Nekuma », un tout nouveau studio interne pour capter en direct les créations asiatiques.
- Une promesse de distribution mondiale facile pour les jeux nippons, mais au risque d’une uniformisation corporatiste qui pourrait tuer l’esprit « doujin ».
Si vous pensiez que le Monopoly était le jeu capitaliste par excellence, attendez de voir ce qui se passe dans les coulisses de l’édition ludique.
Et boum. Ça vient de tomber. Ce vendredi 20 mars 2026, l’ogre Asmodee a encore frappé. Le géant de l’édition vient de racheter l’agence historique Japon Brand à CMON. Et dans la foulée ? Ils annoncent la création d’un tout nouveau studio interne : Nekuma.
Franchement, on le sentait un peu venir. C’est déjà la quatrième fois en moins d’un an qu’Asmodee fait ses courses dans les restes de CMON (rappelez-vous le rachat de Zombicide ou Cthulhu: Death May Die l’année dernière). Mais là, l’enjeu est radicalement différent. On ne parle plus de récupérer une grosse licence blindée de kiloplastique. Non. Asmodee vient carrément de s’acheter la porte d’entrée principale vers la création ludique asiatique.
De la petite asso de potes au géant mondial
Pour bien piger l’ampleur du truc, il faut remonter un peu le temps. Japon Brand, à l’origine en 2006, c’est une poignée de passionnés bénévoles. Leur but ? Aider les auteurs et autrices japonaises, le fameux milieu doujin, ultra-créatif mais souvent un peu amateur (dans le bon sens du terme, hein, je précise), à franchir la barrière de la langue pour présenter leurs protos au grand public lors du salon d’Essen.
Sans eux, soyons clairs, des cartons interplanétaires comme Love Letter, Machi Koro (Minivilles pour les intimes) ou Time Bomb, on n’en aurait sans doute jamais vu la couleur chez nous.
En avril 2024, surprise : CMON rachète le collectif. On s’était dit à l’époque que l’éditeur basé à Singapour voulait juste consolider son offre. Sauf que les choses ne se sont pas du tout passées comme prévu.
La descente aux enfers de CMON
Parce qu’il faut bien l’admettre, on assiste à un véritable naufrage, industriel, en direct. Rien qu’en 2024 et début 2025, CMON a cramé près de 10 millions de dollars. En pertes sèches.
Pourquoi un tel gadin ? Un cocktail particulièrement toxique. Une décision totalement désastreuse de plaquer Kickstarter pour Gamefound (qui a fait plonger leurs revenus crowdfunding en flèche), l’explosion hallucinante des taxes douanières américaines sur les jeux fabriqués en Chine, des licenciements massifs dans les équipes créatives… Bref, la cata, absolue.
Pour survivre, ils liquident les meubles. Un par un. En vrai. Aujourd’hui, l’entreprise entière est valorisée à peine 7,5 millions de dollars en bourse. Une misère quand on se rappelle les dizaines de millions qu’ils brassaient sur KS il y a encore trois ans.
Le coup de maître de David Preti
Ce qui est dinguissime (ou cynique, c’est selon) dans cette histoire, c’est de regarder qui tire les ficelles. Chez Asmodee, le nouveau grand ponte chargé de cette stratégie de rachat agressive, c’est un certain David Preti. L’ancien COO de… CMON. Le mec même qui avait géré le rachat initial de Japon Brand par CMON en 2024, avant de claquer la porte au printemps 2025 pour passer chez l’ennemi franco-suédois.
Autant dire que le bonhomme savait exactement ce qu’il glissait dans son caddie de supermarché. Le monde du jeu est vraiment tout, tout, tout petit.
Nekuma, la future machine à best-sellers
Avec le lancement de Nekuma, Asmodee affiche clairement la couleur : ils ne veulent plus se contenter de distribuer les petits jeux nippons au compte-gouttes. Ils veulent sourcer, développer et éditer en direct. Une vraie usine à gaz (mais bien huilée).
Pour nous autres, joueurs et joueuses, la nouvelle est plutôt séduisante. Sur le papier. Fini de galérer pour pécho un petit jeu asiatique introuvable à 8 euros en payant 48 balles de frais de port. On va sûrement voir débarquer plein de nouveautés traduites rapidement, et trouvables partout grâce au rouleau compresseur logistique d’Asmodee (qui pèse quand même 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires, rappelons-le).
Mais… ouais, il y a un gros « mais ». On a largement le droit d’être un poil inquiet pour l’âme de ces jeux indés. Le Japon Brand des origines, c’était la débrouille, le contact humain, la prise de risque, les jeux parfois un peu fous, parfois un peu foutraques. Maintenant que tout ça est absorbé par une multinationale de 2200 employés, on peut légitimement craindre que l’avant-garde japonaise soit gentiment mise au placard. Place aux titres « bankables » passés au filtre d’un tableau Excel.
Le grand Monopoly de l’édition ludique continue. Les gros mangent les moyens, qui avaient eux-mêmes mangé les petits. Et nous, au milieu ? Ben, on continue de jeter nos dés, de drafter nos cartes et placer nos meeples, en espérant que nos sushis ludiques ne finissent pas en vulgaires nuggets industriels.
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One Comment
Mehdi DERFOUFI
Ce que je trouve inquiétant c’est que Asmodée avec ce type de stratégie court directement à sa perte à terme, comme absolument toutes les entreprises qui multiplient les acquisitions sur un temps aussi réduit sans consolidation d’ensemble.
Moi ça ne me rassurerait pas de savoir que l’ancien COO de CMON qui a plongé la boîte dans le rouge en la rendant vulnérable aux variations des taxes, etc est maintenant à la tête de Asmodée.