CMON : Cthulhu: Death May Die vendu pour survivre
🐙 Coup de théâtre ! Asmodee rachète Cthulhu: Death May Die. On décrypte le naufrage financier de CMON et l’avenir du jeu culte.
Cthulhu: Death May Die racheté par Asmodee

Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :
L’essentiel en 3 points :
- CMON, en proie à de graves difficultés financières après des pertes record, a vendu sa licence culte Cthulhu: Death May Die pour assurer sa survie immédiate.
- Le géant Asmodee a racheté la licence, sécurisant la campagne de financement participatif en cours et promettant de développer la gamme.
- Ce rachat symbolise un changement d’ère dans l’industrie : la chute du modèle Kickstarter flamboyant et risqué de CMON face à la consolidation stratégique d’Asmodee.
On pensait que le plus grand danger dans Cthulhu: Death May Die venait des Grands Anciens, mais la vraie menace était bien plus terre à terre : une réunion de conseil d’administration.
Le 20 octobre 2025. Une notification Gamefound. Et soudain, le petit monde du jeu tremble. Ce n’est pas l’invocation d’une horreur cosmique qui provoque l’émoi, mais une annonce bien plus pragmatique, et pourtant lourde de conséquences : Asmodee vient de mettre la main (ou le tentacule) sur Cthulhu: Death May Die (DMD).
Oui, vous avez bien lu. La licence culte, joyau de l’éditeur CMON, change de crémerie. Pour des milliers de backers angoissés par la campagne Forbidden Reaches en cours, c’est un immense soupir de soulagement. Pour CMON, c’est peut-être un clou de plus dans le cercueil. Et pour l’industrie, c’est un signal fort.
Analyse d’un rachat qui ressemble moins à une transaction commerciale qu’à un sauvetage en pleine tempête sur fond de naufrage industriel.
CMON, chronique d’un naufrage annoncé
Pendant des années, CMON a été le roi soleil de Kickstarter. Zombicide, Blood Rage, Massive Darkness… L’éditeur hongkongais enchaînait les campagnes millionnaires, nous aveuglant avec des montagnes de figurines exclusives et un marketing agressif basé sur la peur de manquer (le fameux FOMO). Plus de 100 millions de dollars levés en une décennie. Impressionnant, non ?
Sauf que le château de cartes était fragile. Très fragile.
Le modèle CMON, c’était de la haute voltige sans filet. On lançait une campagne pour financer la production de la précédente. Un système qui ressemble dangereusement à une fuite en avant, voire, comme certains observateurs le murmurent, à un « schéma de Ponzi » ludique. Tant que la machine tourne à plein régime, tout va bien. Mais au moindre grain de sable, tout s’effondre.
Et le grain de sable est arrivé. Chute des revenus du crowdfunding, hausse des coûts… La réalité financière a rattrapé la fiction. Les chiffres sont vertigineux et donnent le tournis : près de 10 millions de dollars de pertes cumulées entre 2024 et mi-2025. En 18 mois, CMON a brûlé l’équivalent de neuf années de profits.
La grande braderie des licences
Face à la banqueroute, une seule solution : la grande braderie. CMON vend ses bijoux de famille pour survivre. En mai, Blood Rage, Rising Sun et Ankh sont partis chez Tabletop Tycoon. Puis, le coup de tonnerre en juin dernier : la vente de Zombicide, la poule aux œufs d’or, à… Asmodee, déjà. CMON vient même de revendre ses bureaux.
| Propriété intellectuelle | Acquéreur | Date annoncée (2025) | Importance stratégique |
| Blood Rage, Rising Sun, ANKH: Gods of Egypt | Tabletop Tycoon | Fin mai | La « trilogie mythique » d’Eric Lang, cœur de la réputation de CMON auprès des joueurs experts. |
| Arcadia Quest, Starcadia Quest | Tabletop Tycoon | Fin mai | Des gammes populaires de « dungeon crawl » accessibles. |
| Zombicide (licence principale) | Asmodee | 10 juin | La licence la plus célèbre et la plus rentable de CMON, son moteur financier. |
| Hel: The Last Saga, Anastyr | Don’t Panic Games | 10 septembre | Des licences récemment acquises et revendues avant même d’être finalisées, signe d’une incapacité à gérer de nouveaux projets. |
| Cthulhu: Death May Die | Asmodee | 20 octobre | Une autre licence majeure avec une communauté très active et une campagne en cours. |
Avec la vente de Cthulhu: Death May Die, l’une de ses dernières licences vraiment bankable, on peut légitimement se demander ce qu’il restera de CMON demain.
Le Léviathan s’éveille
Pendant que CMON prenait l’eau, Asmodee affûtait ses harpons. Le géant mondial, récemment libéré du bourbier Embracer Group, retrouve son appétit d’ogre. Son PDG, Thomas Kœgler, l’a annoncé clairement : la stratégie de croissance externe est réactivée.
Asmodee ne rachète pas au hasard. C’est un opportunisme froid et calculé. Pourquoi s’embêter à développer de nouvelles licences quand on peut s’offrir, à prix cassé, des succès éprouvés avec des communautés de fans déjà établies ? Zombicide hier, Death May Die aujourd’hui. C’est efficace, et un peu effrayant.
Signe des temps, Asmodee a même monté une équipe dédiée au participatif, dirigée par David Preti (ironiquement, un ancien architecte des campagnes CMON).
Quel avenir pour notre culte préféré ?
Alors, que signifie ce rachat pour nous, les joueurs et les joueuses ?
La bonne nouvelle : Forbidden Reaches est sauvé. Ouf. Asmodee s’est engagé à honorer la campagne Gamefound. Leur « priorité absolue » est de livrer le jeu avec la qualité attendue. Vu la puissance logistique et financière d’Asmodee, le projet aboutira. Fini l’angoisse de voir notre argent s’évaporer dans les limbes financiers de CMON.
L’incertitude : Le monstre va-t-il être dompté ? Cthulhu: Death May Die, créé par Eric M. Lang et Rob Daviau, est adoré pour son côté excessif, déjanté, et ses campagnes Kickstarter gargantuesques. Asmodee est connu pour sa gestion rigoureuse, sa volonté de pérenniser les gammes et de les rendre accessibles en boutique.
On peut s’attendre à une distribution plus large et plus stable. Mais l’ère des campagnes délirantes avec 50 figurines exclusives et des stretch goals à n’en plus finir est probablement révolue pour DMD. Asmodee va rationaliser, lisser, peut-être rendre le jeu plus « corporate ».
La fin d’une époque
La chute de CMON est une fable moderne sur les dangers d’un modèle économique bâti sur la hype et la croissance perpétuelle. L’ascension d’Asmodee, elle, illustre la consolidation implacable de notre industrie.
L’âge d’or du Far West de Kickstarter, où tout semblait possible, cède la place à l’ère des empires.
Cthulhu: Death May Die entame un nouveau chapitre. Arraché au gouffre de la faillite, il est désormais entre les mains du plus puissant éditeur de la planète. L’avenir du Grand Ancien est assuré, mais la nature de sa folie a peut-être changé pour toujours. Le Grand Ancien est sauvé, mais ne vous y trompez pas : c’est désormais Asmodee qui tire les tentacules.
FAQ : Le rachat de Cthulhu: Death May Die par Asmodee
Qu’est-ce qui s’est passé ?
Le 20 octobre 2025, Asmodee a racheté la licence Cthulhu: Death May Die à CMON, alors en pleine crise financière. Cette vente, faite pour sauver l’éditeur, permet à Asmodee de reprendre la campagne Forbidden Reaches en cours et d’assurer sa livraison. Ce rachat symbolise aussi la fin du modèle Kickstarter à grande échelle au profit d’une stratégie industrielle plus maîtrisée.
Pourquoi CMON a-t-il vendu ?
CMON, autrefois roi de Kickstarter, a accumulé près de 10 millions de dollars de pertes entre 2024 et 2025. Son modèle économique — lancer de nouvelles campagnes pour financer les précédentes — s’est effondré face à la hausse des coûts et à la baisse du financement participatif. La société a dû vendre ses licences majeures (Zombicide, Blood Rage, Death May Die…) pour éviter la faillite.
Mon pledge de Forbidden Reaches est-il en danger ?
Non. Asmodee a garanti publiquement que tous les contributeurs recevront leurs jeux. L’entreprise a les moyens logistiques et financiers d’assurer la production et la livraison dans de bonnes conditions. Les backers peuvent être rassurés.
Que change le rachat pour le jeu ?
Le jeu gagne en stabilité et en accessibilité : Asmodee assurera une meilleure distribution mondiale. En revanche, les campagnes Kickstarter spectaculaires de CMON sont terminées. Asmodee privilégiera une production régulière, standardisée et rentable, moins basée sur la rareté et le FOMO.
Quelle est la stratégie d’Asmodee ?
Asmodee rachète des licences déjà populaires plutôt que de créer de nouveaux jeux risqués. Après Zombicide, Death May Die renforce son portefeuille de blockbusters. L’entreprise capitalise sur des marques reconnues pour asseoir sa domination. Ironie du sort : David Preti, ex-figure de CMON, dirige désormais les opérations de crowdfunding chez Asmodee.
Que révèle cette affaire sur l’industrie du jeu ?
Elle marque la fin du “Far West” de Kickstarter et l’avènement d’une ère de consolidation. Les géants comme Asmodee absorbent les succès des plus petits studios en difficulté. L’époque des campagnes à millions de dollars laisse place à une logique d’industrialisation et de contrôle.
Verdict final
Cthulhu: Death May Die est sauvé, mais son âme change de main. Sous Asmodee, le Grand Ancien survivra. Plus stable, plus présent, mais sans doute moins fou.
Rejoignez notre communauté :
Rejoignez notre chaîne WhatsApp
Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité
Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).
Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :
☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee
2 Comments
Cedric
Ca n’intéresse peut-être que moi, mais si CMON comble des pertes sur des campagnes en se servant sur les campagnes suivantes et qu’aucune perte correspondante n’est comptabilisée, la tenue de comptabilité est vraisemblablement erronée (pour ne pas dire plus).
A ma connaissance (et je me trompe peut-être) rien n’interdit d’utiliser la trésorerie d’une nouvelle campagne pour payer des charges courantes ou même une partie d’une nouvelle campagne.
Par contre les « avances » des backers devraient constituer une dette jusqu’à la livraison et les investissements dans la campagne un actif jusqu’à la livraison également. Toutes les normes comptables obligent une réévalulation des actifs si ces derniers ont une valeur réelle inférieure à celle comptabilisée. En plus clair, une campagne déficitaire engendre la comptabilisation d’une perte, même avant sa livraison, dès que les projections financières laissent craindre un déficit.
Une société qui accumule des campagnes à pertes devrait donc présenter des comptes suffisamment mauvais pour devoir cesser son activité même si elle a encore du cash grâce aux nouvelles campagnes.
Les « tarif » US peuvent expliquer un plongeon brutal, faisant passer tous les projet en cours dans le rouge. Ca n’explique toutefois pas la perte de 2024.
Tout ça pour dire que si les comptes étaient bien tenu (on parle tout de même d’une société côtée), il y a peu de change qu’on soit en face d’un ponzi. Par contre les « tarifs » ont certainement fait passer une majorité des projets en cours dans le rouge, occasionnant des pertes immédiates (même si non réalisées, les tarifs pourraient baisser). En ajoutant une situation déjà déficitaire en 2024, pas besoin d’un ponzi pour fermer boutique.
Par contre, si les comptes sont mal tenus, tout est possible …
Newton
Sauf qu’on imagine bien que les provisions passées sur les campagnes à venir étaient minorées..
On pense que ca va coûter 1 million mais 18 mois plus tard, ah ben zut ça en coûte 2. La trésorerie fond et paf.
Les comptes ne sont pas forcément insincères. Tu as juste un système où le borgne est roi au pays des aveugles. Ton bilan est bon, les banquiers ne comprennent rien à ton activité donc si les ratios sont bons ca leur va, les CAC tu les paies donc ils font ce qu’on leur demande, et les retours clients sont ok…
Si tu ne rentres pas dans le détail et vérifier à quel projet correspond telle dépense c’est mort. Au moins le contrôleur de gestion savait…