Amanite : Champi maudits
🍄 « Je coupe, tu choisis »… et tu meurs ? Amanite revisite le bluff avec une direction artistique sublime à la gouache. Gros coup de cœur !
Amanite

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
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L’essentiel en 3 points :
- Des illustrations sublimes à la gouache qui créent une ambiance unique.
- Le « Je coupe, tu choisis » revisité pour créer des dilemmes constants.
- Attention à l’élimination directe si vous avez plus de poisons que d’antidotes !
On dit souvent que tous les champignons sont comestibles, certains une seule fois. Amanite en a fait une règle du jeu.
Oubliez la balade bucolique du dimanche matin. Avec Amanite, la forêt devient une arène impitoyable où le partage est une arme et où votre meilleur ami essaiera probablement de vous empoisonner avec un grand sourire. Après les succès de District Noir et Boréal, l’équipe toulousaine de Spiral Éditions remet le couvert. Verdict ? C’est un grand OUI, mais attention aux effets secondaires.
Dans le tumulte incessant des sorties ludiques, où chaque semaine déverse son flot de boîtes rutilantes et de promesses en plastique, il est rare qu’un jeu impose le silence par sa simple justesse. Amanite est de cette trempe-là. Ce n’est pas simplement un jeu de collection ; c’est un manifeste pour l’interaction directe, pour le retour à la matière (cette gouache, mes aïeux !) et pour une conception du jeu où la mécanique ne sert pas à gérer des ressources, mais à gérer des relations humaines (et à les détruire, un peu).
Nous avons disséqué la bête. Voici pourquoi Amanite est notre nouveau coup de cœur vénéneux de ce début d’année 2026 (même si le jeu est sorti fin 2025).

Spiral Éditions, la passe de trois ?
Il faut d’abord saluer le travail de l’éditeur. Fondée par des vétérans de l’industrie (dont l’auteur Théo Rivière), la maison Spiral Éditions semble avoir trouvé la formule alchimique : publier peu, mais publier juste.
Après nous avoir mis une claque minimaliste avec le duel District Noir et nous avoir glacé le sang de beauté avec Boréal, ils sortent de leur zone de confort pour s’attaquer au multijoueur (2 à 4 joueurs). Le pari était risqué. Le résultat est cinglant de maîtrise.

Une direction artistique qui tache (dans le bon sens)
À l’heure où l’IA nous inonde d’images lisses et sans âme, Amanite fait le choix audacieux de la texture. Les illustrations de Roxane Campoy, entièrement réalisées à la gouache, sont une bénédiction pour la rétine.
Ce n’est pas juste « joli ». C’est organique. On sent le grain du papier, l’épaisseur du trait. Les champignons ne sont pas de simples icônes ; ils ont une présence, une personnalité presque inquiétante. Ce contraste entre la douceur visuelle façon « carnet de naturaliste » et la cruauté mécanique qui va suivre est, disons-le, délectable. On baisse sa garde devant tant de mignonnerie, et paf ! On avale une Amanite phalloïde.
« Je coupe, tu choisis », la mécanique de la discorde
Entrons dans le moteur de la machine. L’auteur, Thanos Vasof (qui opère ici un virage à 180° après des jeux très « américains »), nous propose un cocktail explosif : déplacement d’ouvriers + information cachée + « Split & Choose ».
Le principe est diabolique de simplicité. Vous déplacez votre meeple sur une tuile.
- Vous êtes seul ? Bravo, servez-vous, petite récolte tranquille, vous ramassez deux champi à choix sur 4.
- Vous rejoignez une adversaire ? C’est là que le génie opère. Le nouvel arrivant divise le butin en deux tas, avec au minimum un champi par tas. L’ancien occupant choisit son tas en premier.
Vous sentez le dilemme ? C’est la mécanique du « partage du gâteau » revisitée à la sauce psychologique. Comment diviser pour inciter l’autre à prendre le tas qui contient secrètement un poison ? Faut-il faire un tas de 4 cartes médiocres et un tas d’une seule carte géniale pour le tenter ? C’est du bluff par l’offre.
L’épée de Damoclès
C’est ici qu’Amanite tranche avec la production familiale habituelle. La plupart des Eurogames sont des « salades de points » où tout le monde finit la course. Ici, non.
Il y a des Poisons. Il y a des Antidotes. À la fin de la partie, si vous avez plus de Poisons que d’Antidotes, vous êtes ÉLIMINÉ.
Brutal ? Oui. Jouissif ? Absolument. Cette menace de mort subite change tout. Elle empêche la stratégie de la « cueillette gloutonne » (je ramasse tout ce qui traîne). Elle force à l’investigation, au bluff, à la prudence. On ne joue pas seulement pour gagner, on joue pour survivre. Et voir un joueur ou une joueuse qui a amassé des tonnes de points se faire sortir parce qu’il lui manque un antidote, c’est un spectacle dont on ne se lasse pas (surtout si ce n’est pas nous).
Amanite, verdict
Amanite est un chef-d’œuvre de tension ludique. Il crée du lien, des discussions, des trahisons et des rires. C’est un jeu vivant, qui a du goût, du caractère, et juste ce qu’il faut de toxicité pour être addictif. Courez chez votre ludicaire. Cueillez-le. Mais méfiez-vous de ce que vos amis vous laisseront dans le panier.
Côté bémols, mais c’est juste pour pinailler, on chipotera sur la boîte un peu grande pour son contenu (les maniaques du rangement et des étagères KALLAX vont grimacer) et une légère ressemblance thématique avec Wonder Woods, bien que les sensations de jeu soient ici beaucoup plus corsées.
Ces quelques réserves n’entachent en rien le plaisir de jeu, et il faut vraiment chercher la petite bête (ou le petit ver dans le cèpe) pour trouver des défauts à ce champignon-là.
On a aimé :
- Le retour en grâce de la peinture traditionnelle (merci Roxane Campoy !).
- La tension insupportable au moment de retourner les cartes finales.
- Le plaisir sadique de voir un adversaire se jeter sur un tas empoisonné.
On a moins aimé :
- La boîte, vraiment trop grande pour le matériel (le syndrome du vide).
- La nécessité d’un bon éclairage : le soir, à la bougie, distinguer le brun du violet demande des yeux de lynx.
C’est plutôt pour vous si…
- Vous aimez le bluff, l’intox et la psychologie de comptoir.
- Vous cherchez un jeu rapide (30 min) mais profond tactiquement.
Ce n’est plutôt pas pour vous si…
- L’idée d’être éliminé avant le décompte des points vous donne de l’urticaire.
- Pour vous, une balade en forêt doit rester relaxante.
Si tous les champignons sont comestibles et que certains ne le sont qu’une fois, Amanite, lui, est un plat vénéneux qu’on redemande à chaque repas.
Au final, c’est un grand OUI. Un jeu qui fait rire, trembler et réfléchir.
5/5 = un must-have

- Date de sortie : Octobre 2025
- Langue : Française
- Assemblé en : Allemagne
- ITHEM : 2 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 4 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : A. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Label Dé Vert : Oui. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
- Création : Thanos Vasof
- Illustrations : Roxane Campoy
- Édition : Spiral Editions
- Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4
- Âge conseillé : 10+
- Durée : 30 minutes
- Thème : Champignons
- Mécaniques principales : Déduction. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
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