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Codenames Back to Hogwarts : le sortilège que CGE n’a pas vu venir

📜 Le rêve Codenames Back to Hogwarts vire au cauchemar. Entre amour de la licence et boycott de J.K. Rowling, la communauté réagit.


Un sortilège que Codenames n’a pas vu venir : pourquoi le nouveau Harry Potter déchire le monde du jeu

Codenames Back to Hogwarts

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En bref :

  • L’annonce de Codenames Back to Hogwarts par CGE a déclenché une vive polémique à cause des positions de J.K. Rowling.
  • Entre appels au boycott et défense de la séparation de l’œuvre et de l’artiste, la communauté ludique se déchire.
  • La communication de CGE, jugée maladroite, a aggravé la situation, transformant un jeu très attendu en un cas d’école éthique.

C’était quand, votre dernière partie de Codenames ? Vous y jouez souvent, parfois, jamais ? Et si on disait que la nouvelle variante Codenames Back to Hogwarts vire au cauchemar ?

Imaginez le tableau : l’un des jeux d’ambiance les plus populaires de la planète, Codenames, rencontre l’une des licences les plus puissantes et aimées au monde, Harry Potter. Sur le papier, c’est le mariage parfait, la poule aux œufs d’or assurée. C’est sans doute ce que pensait l’éditeur tchèque Czech Games Edition (CGE) en annonçant fièrement, fin juillet 2025, Codenames: Back to Hogwarts.

Mais ce qui devait être une fête s’est transformé en l’une des plus grosses polémiques que le monde du jeu de société ait connues. Car en 2025, associer son nom à Harry Potter, c’est accepter d’invoquer un fantôme bien plus encombrant que Mimi Geignarde : celui de J.K. Rowling.

Un rêve de fan qui vire au cauchemar PR

Soyons clairs, l’idée de base était géniale. CGE n’a pas fait une simple resucée. Rappelons qu’une première version de Codenames Back to Hogwarts est sortie en 2018. Ce Retour à Poudlard promettait toutefois du neuf : une compétition entre Maisons (Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle et Serpentard), des capacités asymétriques pour chaque équipe, et même un système de Coupe des Quatre Maisons pour suivre ses scores sur plusieurs parties. Un véritable rêve pour les fans, que CGE disait réaliser avec des étoiles dans les yeux, parlant de « redonner vie à un rêve d’enfance ».

Les précommandes lancées en juillet pour une sortie fin 2025 semblaient bien parties. Mais l’enthousiasme a été douché en quelques heures par une vague de colère monumentale. La raison ? Les prises de position de J.K. Rowling sur les questions de genre, largement considérées comme transphobes, qui divisent profondément la communauté des fans depuis des années.

Codenames Harry Potter matos

« Je boycotte », la communauté sort les fourches

À peine l’annonce faite, les réseaux sociaux se sont enflammés. De Bluesky à Reddit, en passant par les forums de BoardGameGeek, le message était clair pour beaucoup : pas un centime ne doit aller, même indirectement, à J.K. Rowling.

It's here! CGE Unlocked: Summer Edition has landed!We've been quietly working on something exciting… and now it's time to reveal it all 👀 Watch the full premiere🔗 youtu.be/SAIsSCGm0d4?…#CGE #CGEUnlocked #Codenames#BoardGames

Codenames (@codenamesgame.bsky.social) 2025-07-22T19:15:13.702Z

Sur BGG, un sujet au titre sans équivoque, « Déçu par CGE : cette licence n’aurait pas dû être publiée aujourd’hui », a recueilli des dizaines de témoignages indignés. Pour beaucoup, le calcul est simple : acheter ce jeu, c’est soutenir financièrement une autrice qui utilise sa plateforme pour, selon eux, nuire à la communauté transgenre. Comme le résume un internaute, l’idée de donner de l’argent qui « sera transformé en arme contre nos amis et nos familles » est insupportable.

L’humour noir s’en est même mêlé, un utilisateur ironisant que chaque boîte vendue rapporterait « 666,66 $ à Rowling qu’elle dépensera dans un laser anti-trans ». Si c’est une caricature, elle illustre parfaitement la crispation : l’achat n’est plus un simple acte de consommation, c’est un acte politique.

La défense maladroite de CGE

Pris dans la tempête, CGE a tenté de calmer le jeu avec un communiqué le 25 juillet, intitulé « Pourquoi nous avons créé cette nouvelle version ». Le hic ? Le texte, qui se voulait apaisant, n’a fait que jeter de l’huile sur le feu.

Sans jamais nommer Rowling ou le problème, CGE y parle de son amour pour l’univers, de la magie des histoires, et conclut par un appel à « l’empathie » et au « respect ». Une bonne intention, peut-être, mais perçue par beaucoup comme une esquive. Pire, le mot « empathie » a été interprété comme une demande de comprendre… CGE et ceux qui achèteraient le jeu, plutôt que les personnes blessées par les propos de l’autrice.

Pour couronner le tout, la situation s’est envenimée sur Bluesky, où CGE a été accusé de bloquer massivement les comptes critiques. Une liste de plus de 200 comptes bannis a circulé, incluant des critiques de jeu influents comme No Pun Included. L’image renvoyée fut désastreuse : d’un côté, un appel à la discussion respectueuse ; de l’autre, une porte fermée aux critiques.

Peut-on encore jouer à Poudlard en toute innocence ?

Cette affaire expose au grand jour le dilemme qui tiraille de nombreux fans : peut-on séparer l’œuvre de l’artiste ?

  • D’un côté, le camp du boycott. Pour eux, la réponse est non. Chaque produit dérivé est une victoire pour Rowling. Ils appellent à la cohérence éthique : si on désapprouve ses idées, on ne doit pas les financer. Certains vont même plus loin en proposant de faire un don à une association de défense des droits des personnes trans du même montant que le prix du jeu.
  • De l’autre, ceux qui nuancent. Ils défendent l’idée que Harry Potter leur appartient aussi, à eux, les fans. Que l’univers a dépassé sa créatrice. Cet argument, souvent résumé par la formule « pas de consommation éthique en système capitaliste », suggère qu’il est impossible d’avoir des achats 100 % purs. Après tout, nos smartphones et nos vêtements sont souvent issus de chaînes de production bien plus problématiques.

Peut-on séparer l’art de l’artiste, un jeu de son auteur ? Une question que nous avons déjà débattue. Avec ce Codenames Back to Hogwarts, la question se pose.

L’onde de choc

Pour CGE, la situation est un casse-tête. L’éditeur, réputé et apprécié, se retrouve piégé. En voulant s’appuyer sur une licence ultra-populaire pour ce qui semblait être un succès commercial facile, il a importé dans le monde feutré du jeu de société une « guerre culturelle » qui le dépasse.

Au final, Codenames: Back to Hogwarts est devenu, avant même sa sortie, le symbole d’une époque. Une époque où l’on attend des éditeurs qu’ils soient conscients des enjeux politiques de leurs choix, même commerciaux.

La grande question demeure : les joueurs et joueuses arriveront-ils à faire la part des choses et à simplement s’amuser à trouver des mots dans la Salle Commune ? Ou est-ce que le fantôme de la controverse hantera chaque partie, rendant impossible de lancer un simple « Expelliarmus ! » sans arrière-pensée ? Réponse dans les mois à venir, sur nos tables de jeu.

Dans le monde du jeu de société, certaines licences sont des cadeaux empoisonnés. Codenames vient de déballer celui de Harry Potter.

Le nouveau Codenames Harry Potter : l'achèteriez-vous ?

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16 Comments

  • patrikcarpentier

    Entre nous, ça devient du n’importe quoi ! En clair, il y a des gens qui ont vraiment du temps à perdre, il y a + urgent, il me semble.
    Il faut savoir distinguer l’auteur de l’œuvre, sinon on jette 95% (minimum) de ce qui a été créé, parce que les mœurs ont évolué, ont changé en bien ou en mal, et aussi parce qu’on ne pense pas tous pareil. Ça risque de virer à la dictateur des mini-minorités…

    J’ai relu certaines déclarations à ce sujet de J.K. Rowling. OK, elle ne s’aplatit pas devant les wokistes, c’est un fait. Elle n’y va pas tjrs avec le dos de la cuillère, mais ce qu’elle raconte est logique à sa façon. Je ne partage pas toutes ses idées, mais je ne les réfute pas toutes, loin s’en faut.

    Perso, les LGBT+-/*, peu me chaut. Chacun vit sa vie comme il l’entend, du moment qu’il ne marche pas trop sur les pieds de ses voisins et qu’il ne leur pourrit pas la vie. Je ne juge pas une personne sur ce qu’elle fait éventuellement au lit. Déjà que je me contrefiche de son statut hiérarchique (je suis surtout formateur de métier), donc un directeur ou un balayeur, même traitement. Un hétéro ou un/une trans, même traitement aussi.

    J’aurais tendance à citer un vieux proverbe de l’autre côté de la Méditerranée : les chiens aboient, la caravane passe.

  • Quinn Jolinar

    Réduire JKR à un sujet polémique est au mieux de l’euphémisme, au mieux de l’insulte. On ne parle plus du tout aujourd’hui de quelqu’un aux positions équivoques ou aux actions questionnantes, on parle d’une personne qui a décidé que désormais sa fortune personnelle servirait à annihiler les droits d’une des communautés les plus vulnérables au monde.

    Et il ne s’agit pas d’affabulations ou d’extrapolations : JKR a acté publiquement et plusieurs fois qu’elle se servait de sa fortune pour agir contre les droits des personnes trans (en Angleterre mais aussi ailleurs) et que toute personne qui aujourd’hui consomme sa licence serait en phase avec ses opinions par les achats qu’elle ferait.

    En 2025, il est loin le temps où on pouvait prendre des pincettes pour aborder le sujet : JKR est une militante d’extrême-droite anti-trans qui se sert de l’aura de son œuvre pour financer ses actions de lobbying et qui considère que toute consommation de la licence est une validation de ses actes.

    Il n’y a pas de demi-mesure sur le sujet, acheter un produit de la licence, c’est s’assurer qu’une partie ira financer des campagnes de diabolisation des personnes trans etde lobbying pour promulguer des lois diffamantes et excluantes.

    CGE a fait un choix, je fais le mien, tout comme avec Iello. Ça sera sans moi pour tous leurs produits désormais.

    • Duarcan

      Certes, JKR est une personne transphobe.
      Par contre, elle vote au labour party qui est un parti politique de centre gauche et elle est engagée depuis des décennies dans la défense des droits des personnes homosexuelles et des personnes racisées. Et aussi débiles et rétrogrades que soient ses opinions transphobes, elle utilise le cadre démocratique pour les promouvoir.
      Par conséquent, non elle n’est pas une militante d’extrême droite. Au passage tu devrais aller réviser la définition de l’extrême droite, car tu sembles ne pas savoir ce que c’est.

  • Compliqué

    Lovecraft était ouvertement raciste et pourtant on à des resucées de jeux dans l’univers de Lovecraft chaque mois…
    Du coup on s’offusque pour tel ou tel artiste/ouvres/réalisateur/acteur… selon la mode du moment ou bien?
    Comme le dit le commentaires plus haut, si on doit tout remettre en question, il va pas rester grand chose.

    Et ceux qui sont pas d’accord attention je suis armé d’une boite de Sky Team

  • Garibaldi31

    Et si la solution pour ceux que ça dérange de filer des royalties (j’en fait partie) était de faire un don à une association pour compenser?

    • Quinn Jolinar

      Je n’ai jamais trouvé cette solution pertinente. C’est pas parce qu’il y a un don compensatoire que les royautés ne seront pas versées.

      C’est un peu comme si je laissais volontairement quelqu’un te marcher sur le pied mais que derrière je te tendais un tube de pommade. Le tube de pommade est inutile si le pied est intact.

  • Christian Margris

    À tous ceux qui disent qu’il faut séparer les idées de l’artiste et de l’œuvre, sans insister sur la transphobie crasse de JKR qui lui a également fait coché la case négationisme, le principal problème est qu’elle a ouvertement indiqué qu’elle utilise l’argent d’Harry Potter pour financer des organisations transphobes, et c’est bien là la raison principale du boycott.

  • Ben

    personnellement je n’aime pas codenames, je me fous de JK rowling et je me moque de Harry potter que je n’ai jamais lu (ni vu un seul film) …
    Mais je vais acheter cette boite de jeu, et peut-être même plusieurs exemplaires pour les offrir, voire pour allumer mon barbecue avec le carton … Peu importe.
    Mais surtout pour me moquer de tous les crétins qui polémiquent sur tout et n’importe quoi.
    Pénible et risible, le pire du pire du wokisme, qui tend à donner à ce mot une connotation très négative (alors qu’il n’en a pas au départ).

  • Taratata

    Que l’on ne soit pas d’accord avec les idées ( respectant la loi) de quelqu’un c’est un droit.

    Mais chercher à le ou la réduire au silence ne l’est pas.

    Que je suis choqué par ces soit disant discours woke de tolérance qui au final ne tolèrent plus rien et surtout pas la contradiction.

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire ».
    VoltaireApocryphe de Voltaire

    Au faite, jusqu’à preuve du contraire, en démocratie ce n’est pas l’argent, ni l’énergie des riches qui doivent dicter les lois.
    Engagez vous, militez et votez si vous voulez vraiment changer les choses.

  • Celti

    Dommage ma réponse n’est pas présente dans le sondage.
    Oui je veux ce jeu. Et content que ça finance jk dans l’absolu. Parce que ces polémiques sont d’un chiant, castratrices et empêchent tout !

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