CMON licencie et met ses jeux en pause
⚠️ Licenciements, crise douanière et retards : comment l’éditeur de jeux CMON tente de survivre.
CMON fait front aux tarifs douaniers
En bref :
- CMON gèle ses projets et procède à des licenciements pour faire face à de nouvelles taxes américaines.
- Les campagnes déjà financées devraient être livrées, mais risquent de prendre du retard.
- L’ensemble de l’industrie du jeu tremble face à ces tarifs douaniers, qui menacent aussi d’autres éditeurs et boutiques.
CMON, éditeur de jeux de société à succès, est confronté à un défi de taille : des taxes inédites qui pourraient bien tout lui coûter.
La nouvelle est tombée comme un couperet : l’éditeur de jeux de société CMON (Cool Mini or Not) a confirmé un plan de licenciements et l’arrêt temporaire de ses projets en développement, ainsi que de ses futures campagnes de financement participatif.
Dans un communiqué daté du 24 avril 2025, la société pointe du doigt la hausse imprévisible des droits de douane américains sur les produits fabriqués en Chine, une situation qui mettrait en péril la rentabilité de ses futures sorties.
Les raisons de la décision
D’après les déclarations officielles, CMON se voit contraint de cesser toute création de jeux inédits tant que la situation commerciale ne se sera pas stabilisée.
L’instauration d’une taxe de 145 % sur les jeux produits en Chine, principal lieu de fabrication, engendre un véritable gouffre financier pour les éditeurs, qui se retrouvent avec des coûts d’importation multipliés. Alors que CMON s’était jusque-là appuyé sur des tarifs plus abordables et sur un réseau mondial de distributeurs, ces bouleversements douaniers rendent pratiquement impossible la mise en chantier de nouveaux projets à court terme.
Pour protéger sa pérennité, l’entreprise préfère se recentrer sur ses priorités immédiates : honorer ses engagements existants et veiller à ce que les jeux déjà financés soient bel et bien livrés aux joueurs et aux joueuses.
Conséquences sur les jeux en cours
Malgré la mise en pause annoncée, CMON assure vouloir terminer la production et la distribution de plusieurs projets participatifs qui avaient déjà atteint leurs objectifs de financement. Parmi eux figurent notamment :
Zombicide: White Death, objet d’une campagne à plus de 3,8 millions de dollars ; DC Super Heroes United, un projet ayant récolté 4,4 millions de dollars ; DCeased: A Zombicide Game, financé à hauteur de 2,5 millions de dollars.
Ces titres et d’autres en précommande restent donc prévus, bien que des retards et des révisions tarifaires puissent survenir. Les droits de douane exceptionnels exercent en effet une pression financière considérable, obligeant l’éditeur à réévaluer ses marges et ses délais de production.
En parallèle, la pause décrétée touche plus particulièrement les créations à venir : aucune nouvelle campagne de financement ou mise en chantier de jeu n’aura lieu tant que la situation douanière et économique ne se sera pas améliorée.
Dépendance à la finance participative
CMON fait figure de pionnier dans le domaine du financement participatif. Son succès fulgurant repose sur des campagnes Kickstarter spectaculaires, offrant du matériel de haute qualité et des figurines détaillées, notamment pour la célèbre franchise Zombicide. Cette méthode a longtemps assuré la croissance de l’éditeur, lui permettant de publier des nouveautés régulièrement et de proposer des extensions toujours plus élaborées.
Aujourd’hui, cette même stratégie révèle sa vulnérabilité :
La plupart des projets sont financés et budgétés longtemps à l’avance, sur la base de taux douaniers et de coûts logistiques stables. Toute hausse brutale des frais de douane anéantit les prévisions financières, rendant le modèle économique incertain. De nombreux emplois en interne (créatifs, illustrateurs, chefs de projet) dépendent justement de cette sortie continue de nouvelles références.
Le « gel créatif » actuel pourrait se traduire par un ralentissement notable de la gamme CMON pour les deux ou trois prochaines années, privant ainsi le marché de titres inédits et mettant la pression sur l’équipe éditoriale, contrainte de réduire ses effectifs.
Turbulences financières et pressions boursières
Au-delà de l’arrêt des nouveautés, CMON se trouve confronté à des difficultés économiques plus globales. La chute des ventes en boutiques, combinée à la baisse des revenus issus du financement participatif, a déjà fait fondre les réserves de trésorerie de l’entreprise.
De plus, la société est cotée à la Bourse de Hong Kong, ce qui la soumet à des exigences de transparence et à des délais de publication de résultats financiers stricts. Tout retard ou toute annonce de pertes significatives peut entraîner une suspension de la cotation et aggraver la défiance des investisseurs.
Cette conjonction de facteurs, entre vente d’actifs avortée, injections de capitaux manquées et démissions au plus haut niveau (dont la récente annonce du départ d’un membre historique de la direction), crée un climat d’incertitude sur la solidité future de l’éditeur.
Un phénomène qui touche toute l’industrie
La crise douanière aux États-Unis ne se limite pas au seul cas de CMON. Plusieurs éditeurs souffrent de cette nouvelle donne. Certains ont d’ailleurs fermé, d’autres ont licencié une grande partie de leur personnel. Les tarifs pouvant atteindre (voire dépasser) 145 %, fabriquer en Chine et exporter vers le marché américain devient parfois intenable financièrement.
Des géants du secteur du jeu de société tentent de renégocier leurs marges ou d’augmenter leurs prix de vente, mais ces stratégies se heurtent souvent à la grogne des consommateurs, peu enclins à voir flamber les étiquettes dans un contexte inflationniste déjà tendu. Tandis que les recours juridiques pour contester ces taxes s’organisent, le sentiment d’urgence grandit au sein de l’écosystème ludique.
Perspectives et conclusion
Tant que la politique douanière américaine ne reviendra pas à des niveaux plus supportables, CMON restera sur la réserve. Malgré une volonté affichée de reprendre ses activités créatives dès que possible, la société ne peut actuellement pas se permettre de lancer de nouveaux projets incertains dans un contexte où les coûts d’importation explosent.
Ce repositionnement stratégique, conjugué à une conjoncture économique délicate, pourrait dessiner un paysage ludique très différent dans les mois (voire les années) à venir. L’arrêt temporaire d’un mastodonte comme CMON rappelle que l’industrie du jeu de société, si florissante ces dernières années, est elle aussi vulnérable aux turbulences internationales.
Les joueurs, les partenaires et les collaborateurs, quant à eux, ne peuvent qu’espérer un rapide dénouement de la crise, afin que l’aventure créative et participative de CMON reprenne son cours et continue de nous faire rêver.
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4 Comments
FSK
Eh bien, on dirait que le pompier prend feu si je puis dire : https://gusandco.net/2024/01/28/lacquisition-par-cmon-des-jeux-mythic-games-lances-sur-kickstarter/
Antoine
La même chose pour Glass Cannon Unplugged. Leur projet Dying Light est reculé d’un an…
Franck
Pendant des années, les mecs se sont goinfrés en usant, abusant et pervertissant le système de financement participatif et ça ose venir pleurer maintenant…
Je ne suis pas mécontent de leurs difficultés, loin de là
Un peu de clairvoyance
Les difficultés étaient déjà présentes avant les « tariffs ». D’autres ont commencé à chercher des partenaires locaux afin de produire moins cher (but des tariffs).
Cet article ressemble fort à la recherche d’excuses, alors que derrière cmon, il y a d’énormes zones d’ombre sur la gestion. Et le problème que personne ne veut adresser, l’incroyable augmentation des prix des jeux en boutique. Faut avoir sacrément envie d’acheter le n-ième jeu générique pour 150€.