Jeux de plateau

La « petite » entreprise Hasbro ne craint pas la crise

Un Q1 2025 fulgurant pour Hasbro : résultats en hausse, Wizards en tête, et un plan d’économies solide.


Hasbro Q1 2025 : Quand Wizards décolle et secoue l’industrie

En bref :

  • Hasbro enregistre un début d’année très solide, avec +17 % de CA et un bond de 50 % du résultat opérationnel ajusté.
  • Wizards of the Coast agit comme locomotive, avec +46 % de croissance et de fortes marges.
  • Les droits de douane menacent, mais le plan d’économies et la relocalisation partielle offrent une certaine résilience.

Au moment même où les droits de douane grimpent, Hasbro signe un premier trimestre record !

Le 24 avril, Hasbro a dévoilé à ses investisseurs des résultats illustrant un début d’année remarquablement solide : 887 millions de dollars de chiffre d’affaires, soit une hausse de 17 % sur un an, et un résultat opérationnel ajusté en progression de 50 %, à 222 millions.

Chris Cocks, PDG depuis deux ans, salue ces performances comme la preuve de la validité de la stratégie « Playing to Win ». Celle-ci consiste à recentrer l’entreprise sur le jeu, à miser sur des partenaires de premier plan et à livrer des résultats réguliers.

Wizards of the Coast en locomotive

Au cœur de ce succès se trouve la division Wizards of the Coast & Digital, regroupant Magic: The Gathering, Dungeons & Dragons et diverses licences mobiles. Elle enregistre une croissance spectaculaire de 46 % et affiche une marge opérationnelle proche de 50 %, véritable bouée de sauvetage pour le groupe dans son ensemble.

Les extensions Universes Beyond continuent de susciter un engouement au-delà du public de passionnés : après l’annonce d’une édition Final Fantasy pour le printemps, Spider-Man et Avatar: The Last Airbender suivront dans l’année. Fort de cet élan, Hasbro rehausse ses prévisions annuelles pour Wizards, désormais attendues en hausse à un niveau « mid to high teens », avec une marge toujours supérieure à 40 %.

Le jouet traditionnel en retrait, mais sous contrôle

En revanche, la division Consumer Products, dédiée aux jouets physiques, recule de 4 %. Les dirigeants soulignent toutefois le caractère saisonnier de ce repli : la date tardive de Pâques par rapport à 2024 aurait différé une partie des ventes familiales au deuxième trimestre. Surtout, la perte opérationnelle du segment se réduit de 18 %, grâce aux premiers effets d’un ambitieux plan de transformation.

La directrice financière Gina Goetter insiste sur le rôle stratégique d’une stricte discipline des coûts, devenue un atout compétitif dans une conjoncture incertaine, marquée par de possibles hausses de droits de douane.

L’épée de Damoclès des droits de douane

Comme vous le savez, Washington a en effet porté les droits sur les jouets chinois à 145 % et d’étendre ces mesures au Vietnam et à l’Inde. Hasbro évalue l’impact brut potentiel entre 100 et 300 millions de dollars cette année. Pour y faire face, le groupe actionne trois leviers :

Relocalisation partielle : l’usine historique d’East Longmeadow, dans le Massachusetts, continue d’imprimer des plateaux comme à l’époque de Milton Bradley.

Négociations commerciales : maintenir, autant que possible, les prix « psychologiques » de 9,99 $ et 19,99 $ grâce à la discussion avec les distributeurs.

Plan d’économies accéléré : réévalué entre 175 et 225 millions de dollars, pour absorber le choc tarifaire.

Malgré ce programme, Hasbro affiche toujours son engagement en faveur d’un libre-échange total. Chris Cocks relaie l’appel de la Toy Association américaine à supprimer purement et simplement les barrières douanières dans le monde, arguant que le jouet, à la fois créateur d’emplois et facteur de développement cognitif, doit circuler sans entraves.

Un modèle résilient face à la tempête

Comment Hasbro parvient-il à encaisser ces turbulences ? D’abord grâce à la nature même de ses produits : un jeu de société en carton et plastique se relocalise plus facilement qu’un jouet électronique complexe. Ensuite, par la longévité de ses gammes « classiques » (Risk, Cluedo, Puissance 4), qui génèrent des ventes régulières sans nécessiter des dépenses marketing colossales.

Enfin, la montée en puissance du digital (via Monopoly Go! ou Magic Arena) protège la trésorerie : chaque dollar gagné en ligne arrive presque net de logistique, un atout appréciable à l’heure où le fret s’envole.

Et pour nous ?

À court terme, l’impact sur les consommateurs européens restera limité, puisque la hausse tarifaire vise d’abord le marché américain. Toutefois, si les fabricants asiatiques répercutent une partie de leurs surcoûts à l’international, le prix des figurines et des accessoires sous licence (Marvel, Star Wars…) pourrait augmenter. Les boîtes produites aux États-Unis, elles, devraient conserver leur prix actuel.

Parallèlement, l’agenda créatif s’annonce chargé : l’extension Magic x Final Fantasy, prévue en mai, et Spider-Man à l’automne testeront la résilience du « premium » auprès des joueurs. Sur mobile, Monopoly Go! fêtera son deuxième anniversaire avec un événement Star Wars le 1ᵉʳ mai : la meilleure preuve que le jeu de société peut aussi briller sur écran.

Un cap maintenu malgré l’incertitude

Malgré un contexte décrit comme « volatile », Hasbro ne revoit pas ses objectifs 2025 à la baisse. La surperformance de Wizards compense la prudence sur les jouets physiques, et le groupe indique qu’il peut absorber jusqu’à 180 millions de coûts additionnels liés à d’éventuels droits de douane défavorables. La priorité financière demeure le désendettement – l’objectif reste d’atteindre un ratio d’endettement net de 2,5 fois l’EBITDA d’ici 2026 – avant un éventuel retour de cash significatif vers les actionnaires.

Une partie bien engagée, mais loin d’être gagnée

En réunissant jeux de plateau, figurines sous licence et mobile free-to-play sous le même toit, Hasbro s’offre un portefeuille mieux armé que les spécialistes du jouet 100 % physique. Le groupe se permet même de défendre vigoureusement le pouvoir d’achat des familles, tout en se préparant à d’éventuelles hausses tarifaires qu’il qualifie de « probables ».

Quelles que soient les pressions politiques, le numéro un occidental du jeu démontre sa capacité à anticiper plusieurs coups à l’avance. Reste à savoir si l’issue de la partie réglementaire l’obligera ou non à changer de stratégie en cours de route.

Pour l’heure, ce premier trimestre donne raison à sa politique : oui, on peut « jouer pour gagner » quand on s’appelle Hasbro.


Rejoignez notre chaîne WhatsApp


Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité

Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).

Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :

Le soutien direct : Rejoignez nos mécènes sur Tipeee pour le prix d'un café par mois.

☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee
Votre réaction sur l'article ?
+1
4
+1
0
+1
0
+1
0
+1
1
+1
1

À vous de jouer ! Participez à la discussion

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur Gus & Co

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture