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Analyses & psychologie du jeu,  Jeux de plateau

Démence : Des jeux pour réveiller l’oublié

🧠 Gestes et odeurs contre la démence : ces jeux japonais qui redonnent vie aux souvenirs et aident à lutter contre la dégénerescence.


En bref :

  • Des jeux japonais utilisent odeurs et gestes pour aider la démence.
  • NOH MY GOD! et Kun-Kun-Kun stimulent mémoire et lien social.
  • Soutenus par la science, ils mêlent soin et culture à Kyoto.

Vous adorez les jeux de société, mais en avez-vous déjà vu un soigner l’esprit ?

Une révolution sensorielle : Les jeux japonais qui réinventent le soin de la démence

Aujourd’hui, on vous invite à découvrir une initiative qui mêle cœur, science et tradition avec une belle audace. Au Japon, des auteurs de jeux, talentueux, soutenus par des chercheurs et le gouvernement de Kyoto, transforment des jeux de société en outils précieux pour les personnes atteintes de démence.

Pas de pilules ni de machines sophistiquées ici, mais des odeurs envoûtantes et des gestes expressifs, portés par des créations comme NOH MY GOD! et le jeu de cartes parfumé Kun-Kun-Kun. Ces jeux ne sont pas de simples divertissements : ils sont une passerelle vers la mémoire, l’émotion et le lien social, ancrés dans l’héritage culturel japonais.

La démence, une maladie qui défie l’esprit

Avant de plonger dans ces deux jeux dont on va vous parler aujourd’hui, prenons un moment pour parler de la démence – cette condition au cœur du projet. Peut-être en avez-vous entendu parler, ou peut-être touche-t-elle quelqu’un que vous connaissez. La démence n’est pas une maladie unique, mais un ensemble de symptômes causés par des troubles comme Alzheimer, la démence vasculaire ou d’autres affections. Elle se manifeste par un déclin des fonctions cognitives – mémoire, langage, raisonnement – qui devient assez grave pour perturber la vie quotidienne.

Les souvenirs récents s’effacent, les mots se dérobent, et même les tâches simples, comme préparer un repas, deviennent un casse-tête. Pourtant, ce qui rend la démence si complexe, c’est qu’elle n’éteint pas tout d’un coup. Les sens – l’odorat, le toucher, la perception des mouvements – restent souvent actifs plus longtemps, tout comme les émotions liées à des expériences passées. C’est une maladie qui isole, mais qui laisse des fenêtres ouvertes, et c’est là que les chercheurs japonais ont vu une opportunité. Comprendre cela, c’est saisir pourquoi ces jeux sont si précieux : ils s’adressent à ce qui résiste encore, avec une tendresse infinie.

Réveiller les sens pour soigner l’esprit

Imaginez une table où flottent des parfums délicats et où des mains s’animent dans une danse silencieuse. C’est l’idée brillante derrière ces deux jeux japonais : utiliser l’odorat et le mouvement – des sens qui résistent souvent plus longtemps que les mots face à la démence – pour stimuler le cerveau. Pourquoi ? Parce que comme vu plus haut, cette maladie, qu’elle soit liée à Alzheimer ou à d’autres causes, efface peu à peu la mémoire récente et complique la parole, mais laisse des portes ouvertes via les sensations primaires.

Ces jeux offrent une alternative douce et ludique aux approches classiques. Ils ne promettent pas de guérir, mais ils redonnent de l’élan : un souvenir ravivé par une odeur, un sourire partagé grâce à un geste compris. C’est une démarche qui touche par sa simplicité et sa profondeur, et vous allez voir, elle repose sur des bases solides.

Des jeux qui soignent

Intéressons-nous donc aux deux stars du jour :

NOH MY GOD! – La parole du corps

Développé par Kodansha Creators’ Lab en partenariat avec le gouvernement de Kyoto, NOH MY GOD! s’inspire du théâtre , cet art japonais où les masques parlent plus fort que les mots. Les joueureuses enfilent un masque traditionnel – sculpté, impassible – et doivent deviner des objets ou des lieux (un temple, une tasse de matcha) uniquement par des gestes. Pas de visage à lire, juste des mouvements à interpréter, avec des points pour la rapidité et la clarté.

Ce jeu est une bénédiction pour celles et ceux dont la démence vole les mots. Il les aide à communiquer autrement, à déchiffrer le langage corporel, tout en puisant dans leur héritage culturel. On imagine la joie dans une salle quand quelqu’un mime “cerisier en fleurs” et que les autres éclatent de rire en comprenant !

Le Jeu de Cartes Parfumé Kun-Kun-Kun – L’odorat comme clé du passé

Créé par Shoyeido Incense Co., une maison fondée en 1705 et experte en encens, Kun-Kun-Kun transforme des cartes en trésors olfactifs. Chaque carte exhale une fragrance – yuzu acidulé, bois de hinoki, thé vert torréfié – et les joueureuses les associent ou les identifient. À chaque respiration, une mémoire peut surgir : un festival d’enfance, un moment doux en famille. Oui, ça ressemble fort aux Lotos des Odeurs (que notre collègue Andariel utilise souvent en parties de jeux de rôle pour immerger ses joueureuses grâce aux odeurs. Mais c’est un autre sujet).

C’est une idée d’une élégance rare. L’odorat, si lié aux émotions, devient un pont vers le passé, tandis que les parfums apaisants comme le santal réduisent l’anxiété. Pour les soignants, voir un visage s’illuminer à la première bouffée est un cadeau inestimable.

Une intuition devenue projet

Non, ces jeux ne sont pas nés par hasard. Tout a commencé avec une question : et si les sens pouvaient contourner les ravages de la démence ? Les chercheurs savent que l’hippocampe (mémoire) et les zones verbales s’abîment tôt, mais que l’olfaction et les neurones miroirs (liés aux gestes) tiennent bon plus longtemps. À Kyoto, un projet soutenu par le gouvernement a décidé de tester cette hypothèse avec des jeux sensoriels.

L’objectif ? Vérifier si les odeurs ravivent les souvenirs autobiographiques, si les gestes renforcent les liens sociaux, et si tout cela améliore le bien-être. C’est une quête ambitieuse, et les équipes s’y attellent avec sérieux.

Des tests en action

Dans des centres de soin, des participants jouent sous l’œil de scientifiques. Pour NOH MY GOD!, on mesure la vitesse des devinettes gestuelles et les progrès dans des tests comme le MMSE, qui évalue l’attention. Les interactions sont filmées : les joueurs s’engagent-ils plus ? Pour Kun-Kun-Kun, on regarde si les parfums déclenchent des souvenirs ou calment – parfois avec des IRM pour voir le cerveau s’activer.

Les premiers résultats sont encourageants. Une étude de 2024 sur Kun-Kun-Kun montre une amélioration de 22 % dans le rappel différé après huit semaines. Pour NOH MY GOD!, on note une meilleure lecture des gestes et plus de connexions sociales. Mais ces données sont encore jeunes : les échantillons sont limités, et beaucoup d’études, en japonais, restent à traduire.

Les défis à venir ?

Les chercheurs ne cachent pas les obstacles. Les publications détaillées manquent, et standardiser les effets sur des profils variés est complexe. Pourtant, ils avancent, avec des outils comme l’EEG pour capter les ondes cérébrales ou des capteurs pour analyser les gestes. L’avenir ? Des preuves solides pour intégrer ces jeux dans les soins, peut-être mondialement.

Kyoto au cœur du projet

Ce qui rend ces jeux uniques, c’est leur lien avec la culture japonaise. Les masques de Nô et les parfums d’encens ne sont pas des gadgets : ils évoquent des siècles d’histoire, des rituels ancrés dans l’âme de Kyoto. Pour une personne atteinte de démence, ces éléments familiers peuvent réveiller des bribes de passé – un festival, une prière. C’est un soin qui honore l’identité, et cela ajoute une dimension émouvante à leur efficacité.

Au quotidien, ces jeux font des merveilles discrètes. Avec NOH MY GOD!, une personne silencieuse se met à mimer avec fougue, retrouvant une voix sans paroles. Avec Kun-Kun-Kun, une odeur de thé vert ramène un sourire, un souvenir. Les soignants parlent d’une ambiance plus légère, de moments de complicité. Ce ne sont pas des miracles, mais des victoires humaines qui comptent énormément.

Vers un horizon plus large

Et si ces jeux voyageaient ? Leurs bases – odeurs et gestes – sont universelles. Imaginez une version provençale avec lavande et pain frais, ou africaine avec épices et danses traditionnelles. Peu coûteux à produire, ils pourraient toucher des millions de personnes, surtout si des ONG s’en mêlent pour les adapter. Le Japon ouvre une voie, et le monde pourrait suivre.

Je termine avec une pensée personnelle. Alors clairement, je ne sais pas pour vous, mais ces jeux me chamboulent par leur humanité. Ils montrent que face à la démence, on peut innover avec respect et tendresse. Et innovation, ludique. Vous voyez-vous essayer NOH MY GOD! ou humer une carte parfumée ? Dites-moi ce que vous en pensez – cette histoire mérite d’être partagée. Encourageons ces pionniers – ils redonnent de l’espoir, une partie après l’autre !

Sources


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