Vue aérienne d'un grand navire de cargaison rempli de conteneurs colorés naviguant sur les eaux calmes de l'océan au coucher du soleil en Mer Rouge.
Analyses & psychologie du jeu,  Jeux de plateau

Crise en Mer Rouge : Tempête sur l’échiquier

🚨 Crise en Mer Rouge : découvrez comment cette tempête navale risque d’avoir des impacts sur le commerce mondial et les jeux de société.


Grain économique en vue en Mer Rouge !

Une tempête socio-économico (et ludique) se prépare en Mer Rouge ! Ce passage maritime vital pour le commerce planétaire est présentement paralysé par une série d’attaques menées par les rebelles Houthis du Yémen, appuyés par l’Iran, un débordement du conflit entre Israël et le Hamas à Gaza. Et cela risque de provoquer une onde de choc majeure dans l’approvisionnement mondial des produits mondialisés, jeux de société y compris.

La menace d’une guerre de grande envergure au Moyen-Orient est la dernière d’une série de catastrophes imprévues, comme le fut l’épidémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, qui ont fait déraper l’économie mondiale et laissé des cicatrices.

Laissez-moi vous expliquer comment cette crise navale sans précédent pourrait bien chambouler nos parties en 2024.

Quand le détroit de Bab el-Mandeb grippe le commerce mondial

Tout d’abord, un bref survol géopolitique s’impose pour bien saisir les enjeux. La Mer Rouge est ce long bras de mer qui relie la Méditerranée à l’Océan Indien via le Canal de Suez en Égypte. Ce passage maritime est vital pour le commerce entre l’Asie et l’Europe, puisqu’il réduit de plusieurs semaines le temps de transport par bateau. Environ 12% du trafic maritime mondial y transite annuellement !

Le détroit de Bab el-Mandeb est ce goulot d’étranglement de 30 km de large qui connecte la Mer Rouge et l’Océan Indien, bordé par le Yémen, Djibouti et l’Érythrée. C’est à cet endroit névralgique que la circulation maritime est présentement bloquée.

Depuis quelques semaines, les rebelles Houthis du Yémen multiplier les attaques contre les navires de commerce dans ce passage, affirmant ne viser que les bateaux à destination d’Israël. Mais selon plusieurs experts, il semblerait que plusieurs navires européens et asiatiques aient aussi essuyé des tirs.

Et hier, mardi 26 décembre, on apprenait sur X que l’armée américaine avait détruit en mer Rouge 12 drones et 5 missiles envoyés par les Houthis du Yémen. Utilisant divers équipements, dont des avions, les militaires ont intercepté 12 drones d’assaut, 3 missiles balistiques anti-navires et 2 missiles de croisière dans le sud de la mer Rouge. Plus tôt, le groupe rebelle, soutenu par l’Iran, avait prétendu avoir ciblé un navire en mer Rouge et effectué une attaque de drone vers Israël.

Détour par le Cap de Bonne Espérance : un périple coûteux qui donne des sueurs froides

Résultat : la plupart des grandes compagnies maritimes internationale comme Maersk ont cessé d’emprunter ce corridor, préférant faire un immense détour de plusieurs milliers de kilomètres par le Cap de Bonne Espérance au sud de l’Afrique. Ce qui ajoute près d’un mois et demi de transport pour un voyage entre l’Asie de l’Europe ! De quoi nous donner des sueurs froides à l’idée de devoir attendre encore plus longtemps nos jeux backés sur Kickstarter (qui ont déjà, très/trop souvent, beaucoup, beaucoup, beaucoup de retard).

Mais ce n’est que la face émergée de l’iceberg en termes d’impacts. Selon l’analyste danois Peter Sand, rien que pour un aller-retour Shanghai-Rotterdam, ce détour représente jusqu’à 1 million $ US en coûts de carburants supplémentaires par cargo ! Et cela, sans compter la explosion des primes d’assurance maritime dans la région et tous les frais additionnels reliés aux retards et à la congestion portuaire en Afrique. Et puis, enfin, une augmentation (massive) des rejets de gaz à effet de serre.

Bref, une véritable tempête « parfaite » qui risque de faire tanguer dangereusement toute l’industrie du transport maritime mondial.

Graphique réalisé par Reuters

Naviguer en eaux troubles en 2024

Évidemment, ces perturbations majeures des chaînes d’approvisionnement auront des répercussions. Pratiquement tous les biens de consommations courants, surtout les produits électroniques et les jeux de société, sont transportés par porte-conteneurs depuis les usines d’Asie jusque dans nos foyers européens. Oui, même un tout petit jeu composé uniquement de 24 cartes peut être fabriqué en Chine !

Avec ces délais et coûts de transport qui explosent littéralement, il est donc inévitable que les prix à la consommation emboîtent le pas au cours des prochains mois. Ce qui nous promet une nouvelle vague d’inflation, après à peine quelques mois de répit. Adieu les réductions (potentielles) sur les nouveaux jeux, et bonjour aux hausses de prix généralisées !

Mer Rouge : La menace qui plane sur le détroit d’Ormuz

Mais le pire reste possiblement à venir, si la situation continue à se détériorer dans la région. Jusqu’à présent, seuls des missiles anti-navires ont été utilisés par les rebelles Houthis pour bloquer le détroit de Bab el-Mandeb. Mais si ces attaques s’étendent au détroit d’Ormuz, par lequel transite la majorité des pétroliers de la péninsule arabique, là les prix de l’essence risquent d’exploser. C’est déjà le cas, avec une augmentation de 1%. C’est certes mineur, mais on voit que le marché réagit à cette crise majeure en Mer Rouge.

Et si en plus la production de pétrole des pays du Golfe est affectée, ce sera l’ensemble de notre économie qui pourrait s’enliser dans la récession en 2024. Pas glop !

Des pénuries dans les boutiques spé ?

Alors, de sombres nuages s’accumulent-ils sur notre loisir ludique préféré à cause de cette crise en Mer Rouge ? Tout porte à le croire. Même si à court terme les retards de livraison n’affecteront pas nos achats des Fêtes, il ne faudrait pas se surprendre de commencer à voir des tablettes vides dans les boutiques de jeux d’ici février. Et la situation ne risque de s’améliorer par la suite,

On peut imaginer trois impacts sur l’industrie ludique qui pourraient se faire sentir de trois manières :

Premièrement, par des hausses généralisées des coûts de production et de transport se répercutant sur le prix au détail des jeux. Deuxièmement, par des ruptures de stock temporaires causées par les délais accrus d’acheminement depuis les usines chinoises. Finalement, si la situation économique globale se dégrade, on assistera possiblement à une baisse généralisée de la demande, les joueurs et joueuses réduisant leurs dépenses pour les loisirs.

Bref, un parfait orage géopolitico-économique qui risque de causer bien des maux de tête aux fans de jeux de plateau que nous sommes en 2024 !

Cap sur la résilience ludique !

Alors, que faire pour atténuer les impacts de cette crise sur notre loisir (favori )?

D’abord, on peut porter un regard attentif sur l’évolution de ce conflit naval et de ses répercussions en termes de coûts de transport et de carburant. Gardons également un œil sur les prévisions économiques globales pour 2024, notamment sur les projections d’inflation et de croissance PIB qui donneront le pouls de la demande prévue pour les produits discrétionnaires comme les jeux.

Ensuite, n’hésitez surtout pas à précommander à l’avance vos nouveaux jeux les plus attendus pour 2024 ! Que ce soit via des campagnes Kickstarter ou directement chez votre boutique préférée, assurez-vous d’avoir déjà mis de côté le budget nécessaire. Ainsi, vous éviterez les mauvaises surprises si les prix grimpent abruptement au cours des prochains moins. Et cela minimisera aussi les risques de rupture de stock pour vos jeux convoités.

Finalement, une autre tactique serait de diversifier et d’optimiser son budget ludique en 2024. En misant sur un mélange de jeux neufs, d’occasion et de visite dans des clubs / bars à jeux (dont le nôtre ?), on pourra continuer à s’adonner à votre passion sans nous ruiner. Et qui sait, peut-être que cette crise maritime nous donnera l’opportunité de redécouvrir certains trésors oubliés qui dormaient dans notre « pile de la honte » ?

Bien entendu, espérons que les mesures mises en place par la coalition navale internationale intitulée à juste titre : Gardiens de la Prospérité permettront un retour à la normale le plus rapidement possible dans la Mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb.

Sur ce, je vous laisse retourner à votre partie. N’hésitez surtout pas à nous écrire pour discuter davantage des impacts potentiels de cette crise en Mer Rouge sur notre passion commune pour les jeux de société.

Sources :


Rejoignez notre chaîne WhatsApp


Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité

Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).

Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :

Le soutien direct : Rejoignez nos mécènes sur Tipeee pour le prix d'un café par mois.

☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee

Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.


Cette crise de la Mer Rouge vous inquiète-t-elle quant à d'éventuelles hausses de prix ou pénuries dans l'industrie du jeu de société en 2024 ? Quels impacts appréhendez-vous le plus comme joueur ou consommateur ?

Votre réaction sur l'article ?
+1
4
+1
0
+1
4
+1
0
+1
1
+1
3

One Comment

À vous de jouer ! Participez à la discussion

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur Gus & Co

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture