Robot en train de jouer
Jeux de plateau,  Technologie

Un robot suisse bat les humains à leur propre jeu

🤖 L’IA robot CyberRunner créé la sensation en maîtrisant le jeu du labyrinthe en un temps record ! Une révolution ludique et technologique.


Un robot capable d’apprendre et de jouer à un jeu physique

Imaginez. Vous êtes seul, un soir, et vous voulez lancer une partie d’un jeu de société à deux. Mais personne avec qui jouer. Dommage ! Ou pas ? Et si un robot physique pouvait se joindre à vous et jouer avec vous (et, peut-être, vous mettre la pâtée ?), capable de déplacer des pions, de poser des cartes ?

Non, on ne nage pas en pleine science-fiction. Pardon, je corrige ma phrase, une erreur s’y est glissée. On ne nage plus en pleine science-fiction.

Récemment, une prouesse technologique étonnante est venue chambouler le petit monde du jeu. Une équipe de chercheurs de l’EPFZ, l’École polytechnique fédérale de Zurich en Suisse, ont créé le premier robot capable de battre des humains dans un jeu physique analogique : le labyrinthe.

Baptisée CyberRunner, cette intelligence artificielle révolutionnaire a réussi l’exploit de surpasser les meilleurs joueurs et joueuses au labyrinthe en seulement six petites heures d’apprentissage ! De quoi nous laisser pantois devant tant de dextérité.

Pour rappel, ce classique indémodable du jeu consiste à guider une bille métallique à travers un labyrinthe truffé de trous, en pivotant le plateau à l’aide de deux manivelles. L’éditeur de jeux de société Blue Orange a même adapté le concept pour le moderniser avec Side Quest en 2019. Facile à expliquer, extrêmement difficile à réaliser avec précision ! On sait bien qu’un coup mal calculé envoie illico la bille au fond d’un trou et nous oblige à tout reprendre depuis le début. Frustrant !

Cette prouesse technologique ouvre la voie à une nouvelle ère de l’intelligence artificielle, avec des machines douées de dextérité physique et de sens tactique. Quelles implications pour l’avenir des jeux de société et le rapport homme-machine ? Décryptage d’une innovation qui risque de faire des vagues.

Un exploit de ouf

Imaginez un instant la scène : penché sur un plateau de labyrinthe grandeur nature, un robot actionne avec précision les poignées de commande. Sous l’œil médusé d’observateurs humains, la bille métallique slalome à toute allure entre les obstacles, frôlant les trous sans jamais tomber dedans. Le temps final est chronométré: CyberRunner a réussi le parcours 6% plus vite que le record humain !

Pour nous, joueurs et joueuses invétérées, ce genre d’exploit tenait encore de la science-fiction il y a peu. Certes, depuis Deep Blue et sa victoire historique aux échecs face à Kasparov en 1997, nous savions que l’intelligence artificielle (IA) pouvait surpasser l’humain dans des jeux de réflexion pure. Mais triompher dans une épreuve physique et tactile, voilà qui change la donne !

Car oui, le labyrinthe ne se résume pas à de simples calculs : le joueur et la joueuse doit coordonner ses gestes avec précision tout en anticipant la trajectoire de la bille. Un vrai défi sensori-moteur qui requiert rapidité d’exécution et sens de l’adaptation.

De quoi s’agit-il au juste ? La sensori-motricité désigne la coordination entre les stimuli sensoriels (la vue, l’ouïe, le toucher…) et l’action motrice. En clair, c’est notre capacité à percevoir notre environnement et à y ajuster nos gestes en temps réel. Un jeu d’adresse comme le labyrinthe sollicite au maximum cette fusion perception/action, d’où la nécessité d’anticiper, réagir vite et corriger sa trajectoire à la volée. Pas évident, même pour nous les bipèdes prétendument supérieurs !

En maîtrisant parfaitement ces compétences grâce à l’apprentissage automatique, CyberRunner franchit un cap décisif pour l’IA. Ses créateurs n’hésitent d’ailleurs pas à parler d’une «IA appliquée au monde physique», ouvrant la voie à des robots capables d’interagir avec dextérité dans notre environnement.

Une menace pour les joueurs humains ?

Faut-il dès lors s’inquiéter pour la suprématie de notre espèce dans le domaine ludique ? Ce robot suisse annonce-t-il l’avènement prochain d’une IA imbattable y compris dans nos jeux de plateaux préférés ? Est-ce qu’on va désormais se faire poutrer à tous les jeux, de dextérité et les autres ?

Pour certains experts, ce scénario catastrophe relève encore de la fantaisie. Alors non, il ne faut pas surestimer les capacités actuelles de ces robots. Le labyrinthe reste un cas d’école, avec des règles extrêmement simples. La plupart des jeux de société modernes proposent des mécanismes bien plus complexes.

Prenons les échecs, ce sommet historique de l’affrontement homme-machine : 25 ans après Deep Blue, aucun ordinateur n’a encore réussi à vaincre le champion du monde Magnus Carlsen dans une partie classique. La finesse stratégique et la créativité humaines gardent encore un temps d’avance, même dans ce classique réputé cérébral.

Quid alors des jeux à composante physique comme le billard ou tous les jeux de dextérité, comme le tout récent, et excellent Nekojima (il faut qu’on vous en parle prochainement) ? Ou des incontournables party games mêlant adresse et rapidité ? À quand un Jungle Speed avec des robots (non merci ! Encore un truc à se faire broyer les phalanges à vouloir attraper le totem en même temps) ? Rien n’indique qu’une IA puisse un jour rivaliser avec les meilleurs joueurs et joueuses dans ces disciplines où la dextérité manuelle se combine à l’instinct.

Vers une cohabitation pacifique robot et humain ?

Plutôt qu’une menace, certains entrevoient dans CyberRunner l’aube d’une collaboration fructueuse entre l’homme et la machine. Cette complémentarité pourrait donner naissance à une nouvelle génération de jeux exploitant au mieux les qualités respectives des deux «espèces» (vous apprécierez les guillemets. En vrai, je devrais en mettre 18).

On peut par exemple imaginer des jeux coopératifs où humains et robots uniraient leurs forces au sein d’une même équipe. Chacun y apporterait ses points forts pour réussir des défis autrement insurmontables.

Autre piste enthousiasmante : la customisation des adversaires robotisés en fonction du niveau de chaque joueur et joueuse humaines. Un débutant pourrait affronter une IA dotée artificiellement de la même force de jeu que la sienne, avant d’augmenter progressivement la difficulté au fil de ses progrès. De quoi prolonger indéfiniment le plaisir de jeu !

À l’avenir, on pourrait même assister à l’éclosion d’une scène e-sportive réunissant les meilleurs joueurs et joueuses humaines et leurs homologues d’acier. L’affrontement entre le libre arbitre intuitif des uns et la logique implacable des autres promet des parties tendues, à l’issue toujours incertaine.

Qu’ils soient perçus comme des partenaires ou des rivaux, ces robots ludiques inaugurent dans tous les cas une ère nouvelle. À nous joueurs et joueuses humaines maintenant de relever le défi pour conserver notre couronne face à cette surprenante intelligence artificielle aux doigts de métal ! La bataille ne fait que commencer. Skynet, si tu m’entends…


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Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.


Pensez-vous que les humains garderont toujours une longueur d'avance sur les machines dans certains types de jeux comme les échecs ? Qu'est-ce qui selon vous fait encore notre supériorité ?

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2 Comments

  • Bertrand

    Je suis surpris par la phrase concernant Magnus Larsen. Qu’est-ce qu’on appelle une partie classique ? Pour moi, le jeu était plié depuis longtemps pour les échecs (et de mon point de vue, rien de grave, de la même façon qu’on continue à faire de la course à pied alors qu’on va bien plus vite en voiture ou à vélo, on aimera encore longtemps se mesurer à d’autres humains sur des tâches/jeux que les robots font mieux que nous). Je me trompe ?
    C’est encore ce que je lis là par exemple : https://www.apprendre-les-echecs-24h.com/le-monde-des-echecs/battre-ordinateur-echecs/ ou dans les vidéos de Science étonnante sur l’IA et le go.
    Du coup, je me dis que c’est peut-être « partie classique » que je ne comprends pas (je suis niveau -4912 aux échecs) ?

    • Cleo-Pill

      Vous ne vous trompez pas. Ce billet illustre une fois encore le fantasme et la méconnaissance qui règne autour de l’IA, et en particulier autour de la pratique échiquéenne. Il est à noté qu’au delà des lieux communs entretenus ci-dessus (ce qui est bien dommage), les algorithmes echiquéens les plus performants sont plus efficaces quand ils sont accompagnés par un ou plusieurs grands maîtres (IA + humains > IA seul > meilleurs humains), ce qui montre assez les progrès et les améliorations qu’il reste à accomplir dans la conception des IA echiquéennes et en tout genre, pour s’affranchir de l’intelligence humaine et évoluer dans un ensemble/sous-ensemble contenu en toute autonomie. CHATGPT (et assimilé) est à l’IA ce que le mentalisme est la magie. Un prolongement aux atours séduisants mais trompeurs pour maximiser l’effet… Tout en étant fondamentalement identique. Nous balbutions aujourd’hui malgré les buzz successifs et la mode actuelle qui consiste a évoquer l’IA pour à peu près tout. Demain ce sera différent… Mais parfois demain, c’est loin, et dans l’attente il faut savoir raison garder. Merci pour votre commentaire plein de mesure.

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