Critiques de jeux,  Jeux de rôle

Rosenstrasse. La vie en rose, même pour un bref instant

Dans Rosenstrasse le jeu de rôle, plongez dans une période trouble de l’histoire.


Rosenstrasse

Rosenstrasse est la dernière création en date de Unruly Designs dans la gamme Warbirds mettant à l’honneur les femmes pendant la guerre.

Il s’agit d’un jeu de rôle « tout en un », à savoir un gros scénario pour 2 à 4, prêt à l’emploi avec des personnages pré-tirés. Attention on va plonger dans une période trouble de l’histoire. Qui fait étrangement écho à la nôtre, par moment…

La rue des roses ? Kézako ?

Rosenstrasse peut être qualifié de jeu historique. Le titre fait référence à une importante manifestation qui a eu lieu en février-mars 1943 dans la fameuse rue éponyme berlinoise : la Rosenstraße ou rue des roses en français.

Le 27 février 1943, les nazis raflent à Berlin les derniers Juifs de la ville. Il s’agit pour la plupart d’hommes mariés à des femmes dites « Aryennes ». Plusieurs centaines attendent dans un bâtiment de la Rosenstraße d’être déportés dans un camp d’extermination. Les malheureux sont conduits dans cinq centres de détention au cœur de Berlin. L’un d’eux est situé au 2-4, Rosenstrasse, justement.

Le soir, des épouses constatant l’absence de leur mari se rendent devant le centre de détention. Le lendemain, elles sont plusieurs centaines qui crient devant la façade: « Rendez-nous nos maris ! » 

La manifestation se prolonge les jours suivants et même après la tombée de la nuit, malgré un froid glacial de février de la capitale allemande. Elle rassemble par moments plusieurs centaines de personnes dont quelques hommes.

Une brigade SS est appelée à la rescousse. Elle menace de mitrailler les manifestants mais la détermination de ceux-ci ne faiblit pas. Enfin, au bout d’une semaine, Goebbels, de guerre lasse, se résigne à suspendre la rafle des Mischehen (ceux mariés à des non-juifs).

À partir du 6 mars, les détenus du 2-4, Rosenstraße sont autorisés à rejoindre leur famille. Bref les mamans allemandes de l’époque n’avaient pas froid aux yeux, et c’est le cas de le dire… Frauen Power !

En 2003, le film allemand Rosenstrasse de Margarethe von Trotta retrace l’histoire de cette manifestation.

Rosenstrasse, c’est un peu comme Achtung Cthulhu ?

Nope, non, nada, 0%. Il s’agit d’un jeu de rôle réaliste, documenté et revu par un historien. Un jeu narratif, donc.

Pas de point de vie, d’XP ou d’arbre de compétences. Dans Rosenstrasse, tout se joue autour de la vie quotidienne : du début 1933 où la pression est mise sur le couple jusqu’en 1943, le dénouement de l’histoire.

Les joueuses et joueurs vont vivre de petites scènes de vie : des instants insouciants et heureux, des phases plus dures voire sombres. Ces couples pris dans la tourmente de l’histoire vont-ils rester soudés ou se séparer ? C’est à vous d’en décider. C’est un peu Fog of Love le jeu de plateau, mais pendant la Seconde guerre Mondiale.

Et ça se joue comment ?

Avant de débuter la parties, les deux autrices Moyra et Jessica suggèrent de procéder à une session zéro sur le consentement dans le jeu, afin d’évaluer quelles sont vos limites. Mais aussi, de parler de votre rapport au contexte historique. C’est clairement utile afin que les participantes et participants se sentent à l’aise.

Vous allez devoir ensuite choisir votre paire de personnages. Car oui, vous aller gérer non pas une seule et unique personne, mais bien deux. Cela peut sembler étrange, mais c’est toutefois une approche très intéressante, innovante. Vous pouvez en effet tour à tour choisir d’interpréter l’un ou l’autre, voire de laisser le/la MJ interpréter l’un de vos personnages durant les conversations.

Sans dé, comment avance l’histoire ?

Le jeu avance avec des cartes de scénarios. Vous recevez un début de scène à jouer. Les amorces sont très claires mais assez ouvertes pour ne pas vous enfermer dans la situation.

L’histoire se déroule en 5 actes, avec un prologue assez joyeux dans lequel on vit la soirée de rencontre des couples. On va du coup de foudre au débat d’idée, en passant par les rendez-vous arrangés. Charmant ! Cela permet d’ancrer les personnages dans la réalité, voire la banalité, et de leur donner du corps.

Suivront ensuite 3 actes durant la Seconde guerre mondiale avec des choix difficiles à prendre, mais qui peuvent être allégés selon l’approche narrative choisie. Et un épilogue… Sous forme de carte postale. Franchement original et charmant.

Mais, on n’a pas trop l’impression de regarder Arte ?

Le jeu parle avec originalité de sujets difficiles. Et c’est franchement prenant. Il faut toutefois relever que le tout est 100% narratif. Le système de jeu étant assez léger le/la MJ va avoir un gros travail de préparation.

En effet il n’y a pas à proprement de carte des lieux ou d’indication sur la vie courante de l’époque. Il va falloir quelque peu étudier la période en amont pour rendre le contexte réaliste. Pour gérer une partie de Rosenstrasse, il faut clairement une certaine expérience.

Vous ne seriez pas en train d’essayer de m’éduquer, par hasard ?

Rosenstrasse peut se jouer dans n’importe quel cadre. Mais à mon sens, il est un formidable outil pédagogique historique extraordinaire. L’étude de l’Holocauste est un sujet compliqué, sensible à l’école.

Vivre les petits et grands soucis de personnages dans ce cadre historique, permet une approche plus… empathique et directe. Si vous êtes prof d’histoire-géo, je vous conseille de tenter le coup.

⚠️ Attention SPOILER

Par exemple, un exemple. Il y a un moment dans le jeu dans lequel il est possible de faire baptiser son enfant afin de cacher son ascendance juive. C’est un passage dingue qui soulève des tonnes d’interrogations. Des réactions très humaines et émotionnelles, viscérales.

Du coup, Rosenstrasse, c’est génial ?

Le jeu n’est pas sans défaut. Le livre est assez austère et pauvre en illustrations. Et Rosenstrasse propose peu d’informations sur le contexte. Mais ce jeu de rôle se veut intimiste. En conséquence, grâce au beau travail d’écriture, la mayonnaise prend.

D’un point de vue ludique, Rosenstrasse est une œuvre imparfaite. Mais pleine de sincérité et absolument folle. On peut passer du rire aux larmes en quelques instants ! Les situations absurdes sont parfois de la partie (c’est le cas de le dire), mais sans exagérations et avec beaucoup de finesse.

En conclusion, si vous désirez savoir ce que ça fait de manger un sandwich en écoutant un air de violon sur les barricades de Rosenstrasse un matin de février 1943, je vous conseille de tenter l’aventure ! Attention, pour le moment le jeu n’est vendu qu’en anglais !


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Article écrit par Didi, membre de la Team Gus&Co. Sa passion : les jeux, mais surtout, les jeux de rôle. Ses chroniques sur Gus&Co vous présentent des nouveautés, et dépoussièrent aussi quelques raretés débusquées sur ses étagères.

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