Jeux de plateau

Le décès de Reuben Klamer emmène le jeu de société au paradis

Reuben Klamer, l’auteur du jeu de société Destins, le Jeu de la Vie, est décédé à 99 ans. Retour sur un parcours insolite.


Reuben Klamer

L’inventeur Reuben Klamer, à gauche, avec l’animateur de télévision Art Linkletter sur une photo non datée.

Reuben Klamer a développé environ 200 jeux et jouets. Et sa création la plus connue était un jeu pour tout le monde, à l’époque, dans les années 1950 et 1960, Destins, le Jeu de la Vie. Il est décédé ce 14 septembre chez lui à San Diego. Il avant 99 ans.

Reuben Klamer a imaginé de nombreux jeux et jouets. Il a également travaillé en étroite collaboration avec des producteurs de télévision et a construit des accessoires pour des séries populaire, y compris le fusil phaser Starfleet, qui pouvait étourdir ou désintégrer des créatures vivantes, pour la série originale « Star Trek ». Il a également fabriqué un pistolet spécial Napoleon Solo pour la série « The Man From U.N.C.L.E.« , des « Agents très Spéciaux« , en VF. Mais la création la plus connue de Reuben Klamer était sans conteste Destins, le Jeu de la Vie.

Le jeu, lancé en 1960, reflétait les valeurs de la culture suburbaine en plein essor dans ces années-là : on suivait un chemin conventionnel qui menait à l’école, au travail, au mariage, aux enfants et à la retraite.

Reuben Klamer et le coup de chance

Réussir dans le jeu nécessitait une stratégie minimale et laissait peu de place au hasard, ce qui contraste avec la vie entrepreneuriale de l’auteur Reuben Klamer, pleine de risques et de… sérendipité. La sérendipité désigne la capacité de faire une découverte, inattendue et fructueuse, par hasard, souvent en cherchant autre chose.

La sérendipité a joué un rôle dans l’invention de Destins. Reuben Klamer avait approché la Milton Bradley Company, essayant de vendre un autre projet. Cela n’intéressait pas le patron de la société, qui a plutôt demandé à Reuben Klamer de développer un jeu pour célébrer le 100e anniversaire de l’entreprise.

C’est en parcourant les archives de Milton Bradley dans le Massachusetts que Reuben Klamer tomba sur un jeu de société que M. Bradley lui-même avait inventé en 1860, the Checkered Game of Life, ou le Jeu de la Vie en damiers, qui récompensait la vertu et punissait le vice. Reuben Klamer fut captivé. Non par l’approche très puritaine du jeu du 19e siècle, dont il allait se débarrasser, mais par l’idée de jouer à, de jouer avec, de jouer sur la vie, et par son puissant potentiel marketing.

Reuben Klamer développa alors un prototype du jeu, avec l’aide d’un artiste, Bill Markham, qui en a conçu une version en 3D, avec des bâtiments « réels ». Et son ami et présentateur de télévision Art Linkletter, en a parlé dans son émission. Ce fut un succès à la Toy Fair de 1960 à New York et le jeu fut alors bientôt traduit dans d’autres langues. Destins connut un joli… destin, se hissant longtemps à la deuxième place des jeux les plus populaires, les plus connus, les plus vendus, derrière le… Monopoly.

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À ce jour, selon le fils de l’auteur décédé, Destins, le Jeu de la Vie s’est vendu à environ 70 millions d’exemplaires dans 59 pays et est le jeu de société le plus vendu au Japon depuis plus de 50 ans.

On change tout, on fait pareil

Au fil des ans, le jeu a connu de nombreuses mises à jour. Représentatif de son époque, l’accent mis au début sur l’argent pour déterminer la victoire a ensuite été modifié.

Avec les temps qui changent, le jeu a fait pareil. Les joueuses et joueurs étant confrontés à des crises de la quarantaine et récompensés pour leurs bonnes actions, comme le recyclage des ordures et l’aide aux personnes sans-abri.

Reuben Klamer a compris que le Jeu de la Vie n’était pas seulement le jeu qu’il avait inventé. C’était une marque. Et pour qu’une marque reste viable, elle se doit d’évoluer. Elle doit refléter le paysage, le contexte contemporain. Même si, et soyons honnêtes, au fond, la critique fondamentale que l’on peut faire au jeu réside dans sa rétribution financière constante. Faites ceci, gagnez de l’argent. Faites cela, gagnez-en encore. Alors que dans la vie, la poursuite de l’argent n’est pas le seul et unique but. Enfin, je crois. Le bonheur en est également un…

Reuben Benjamin Klamer, petit bio

Reuben Benjamin Klamer, le troisième de quatre enfants, est né le 20 juin 1922 à Canton, dans l’Ohio, d’immigrants juifs de Roumanie. Son père, Joseph, a lancé une entreprise appelée Klamer Barrel Company. Il faisait le tour des magasins pour acheter des fûts qui avaient été utilisés pour des produits comme de la confiture et des cornichons, puis les revendaient ensuite avec un profit. Ruben a souvent dit qu’il avait hérité de l’esprit d’entreprise de son père.

Sa mère, Rachel (Levenson) Klamer, qui travaillait dans une usine, a quitté son mari et sa famille lorsque Reuben était un jeune enfant. Son père et sa nouvelle épouse, Miriam, ont alors élevé les enfants.

Reuben a été le premier de sa famille à passer par la fac. Il a fait un an à l’université George Washington, mais comme ses amis et sa famille lui manquaient, il a ensuite changé pour l’université d’État de l’Ohio à Columbus, où il suivait des cours de commerce lorsque les Japonais ont attaqué Pearl Harbor en 1941.

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Il voulait rejoindre la Marine, mais parce que l’État de l’Ohio n’avait pas de programme de bourse et de formation pour la Marine, Reuben a choisi l’Université du Michigan pour suivre une telle formation navale et militaire. Il a ensuite fréquenté la United States Naval Reserve Midshipmen’s School à Chicago et a enfin obtenu son diplôme en 1943, après quoi il a été envoyé dans le Pacifique Sud pour participer à la guerre. Ruben a obtenu son bachelor en administration des affaires de l’État de l’Ohio en 1944, alors qu’il était encore à l’étranger.

Après la guerre, Reuben Klamer a déménagé dans le sud de la Californie et a trouvé du travail en tant que développeur marketing pour une compagnie de fret aérien, où il a développé sa toute première invention majeure, un porte-habits pliable. Il a permis aux fabricants new-yorkais de transporter des vêtements vers les points de vente californiens sans les plier ni les emballer. Avec la possibilité d’être ensuite repliés pour gagner de la place dans les avions au retour.

Après des passages dans la publicité, le marketing et les ventes, Klamer est allé travailler pour la division des jouets d’Eldon Industries en 1951. Sa principale réalisation y fut d’employer le polyéthylène, un plastique incassable utilisé à des fins industrielles, pour la fabrication de jouets, qui à l’époque étaient faits d’un plastique qui se brisait facilement.

Son expérience dans les plastiques lui a permis de sauter sur la mode qui sévissait dans les années 50, le Hula hoop. Reuben Klamer est alors devenu l’un des plus grands fabricants du pays pour ces cerceaux virevoltants. Au cours de sa vie, l’auteur aura inventé près de 200 jeux et jouets. Un beau destin, pour une vie incroyable qui s’achève à 99 ans.

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